Le championnat du monde d’endurance (WEC), relancé en 2012 par l’ACO, connaît depuis le début de la saison 2023 un véritable engouement. Les changements récents de réglementation et la baisse des coûts qu’ils ont engendrés ont permis d’attirer de nouveaux constructeurs dans la catégorie reine (Hypercar). Ferrari faisait son retour après 58 ans d’absence, de même que Porsche ou encore Cadillac.
Cette année on célébrait le centenaire des 24 Heures du Mans, épreuve phare du championnat. Tout était donc rassemblé pour que l’édition 2023 soit particulièrement mise en valeur. Pour les diffuseurs du monde entier l’attente était grande. En France, ce sont les chaînes L’Équipe et Eurosport qui proposaient une couverture d’envergure en retransmettant l’intégralité de la course. L’Équipe alternait entre sa chaîne TNT et sa plate-forme L’Équipe Live, tandis qu’Eurosport consacrait son deuxième canal spécifiquement à la course.

Encore plus de caméras embarquées et de moyens HF
À l’instar de la Formule 1 et du rallye, le sport automobile se regarde de plus en plus de l’intérieur du cockpit. Si lors de la précédente saison 18 voitures étaient équipées de caméras embarquées, leur nombre est passé à 24 cette année (sur 62 participantes).
« Chacun des 24 prototypes est pourvu de trois à quatre caméras embarquées. La transmission s’effectue en 1080p contre 720 auparavant. Nous pouvons parallèlement envoyer le signal d’une des caméras en direct mais aussi enregistrer l’ensemble des onboard dans la voiture afin de passer une séquencer en replay si quelque chose d’intéressant se déroule. Pour gagner de l’espace de stockage, nous sauvegardons des boucles de 1h10 », explique Stéphane Alessandri, directeur général d’AMP Visual TV.
Afin d’être en mesure d’augmenter le nombre de caméras embarquées, il a été nécessaire de faire une importante mise à jour des liaisons HF dédiées. Avec l’arrivée prochaine de constructeurs supplémentaires, l’objectif à terme est de pouvoir atteindre le chiffre de 30 voitures filmées de l’intérieur. « Le réseau HF était arrivé à saturation. Heureusement nous avons pu bénéficier d’une nouvelle bande à plus hautes fréquences grâce à l’organisation prochaine des Jeux Olympiques en France. En plus de cela nous sommes parvenus à faire passer des signaux de qualité 1080p dans des débits divisés de moitié. De 10 Mb/s nous sommes passés à 5 Mb/s », ajoute Anthony Martin, responsable des sports mécaniques à la RF Factory (filiale d’AMP Visual TV).
En 2023, le réseau d’antenne mis en place sur les voitures a doublé. Leurs positions sont uniques pour chaque Hypercar et les contraintes de chaque voiture sont à prendre en considération au moment de leur installation. C’est un travail qui débute presque un an avant la course. Il implique les techniciens de la RF Factory mais aussi les personnels des teams et ceux de la Fédération Internationale d’Automobile (FIA) qui s’assurent du respect des règles de sécurité. Les angles de prises de vues et les cadres des onboard sont choisis avec soin. Il faut en effet tenir compte de l’habillage qui est incrusté ensuite dans le signal international.
L’ensemble des sources embarquées est également envoyé vers chaque team qui peut les exploiter. C’est d’ailleurs eux qui prennent en charge l’intégralité des coûts des onboard. La direction de course bénéficie elle aussi d’un accès en permanence à ces images.
L’augmentation des caméras au sein des voitures est aussi une donnée bénéfique pour la couverture de nuit. En effet, même si une grande partie du dispositif reste proche de la production de jour (avec une seule slow motion tout de même), les sources embarquées sont davantage exploitées dans les parties du circuit non éclairées. Dans ces conditions, les phares des voitures viennent parfois parasiter la bonne lecture des prises de vues extérieures.
« Afin d’assurer sereinement l’ensemble du dispositif HF, c’est-à-dire les caméras embarquées, les caméras portables présentes dans les stands ou autour des 13,629 km du circuit, la caméra Cinéflex de l’hélicoptère et l’ensemble des besoins privatifs, 45 liaisons HF sont nécessaires », poursuit Anthony Martin.
L’exploitation de ces liaisons monte crescendo. Une partie des moyens est déjà utilisée dès le mardi qui précède la course pour les compétitions supports.

Des demandes accrues
Pour le centenaire, l’ACO a voulu marquer le coup avec une infrastructure nettement plus importante que pour les éditions précédentes. Trois caméras hyper slow motion supplémentaires sont venues compléter le dispositif habituel ainsi que deux nouvelles positions autours du circuit.
« Au total ce ne sont pas moins de 120 caméras qui sont en mesure d’être utilisées par le réalisateur. En plus des caméras positionnées dans les voitures, 40 couvrent le circuit et 15 sont disponibles dans les stands et les paddocks. Il y a également les slow motions, la Cablecam sur la ligne droite d’arrivée (dans le partie permanente du circuit) et l’hélicoptère pourvu d’une caméra Cinéflex. L’intégralité des sources est enregistrée dans un LSM », souligne Alexis Hulin, directeur des productions internationales d’AMP Visual TV.
Cette année le volume de production est en hausse. Il y a notamment des captations d’événements spécifiques au centenaire, comme la parade des cent voitures ayant brillé au Mans depuis 1923, ou encore le show des vendredi et samedi soir. Ce dernier se déroule sur la scène des concerts, un lieu un peu éloigné de la piste. Sa mise en scène intègre des feux d’artifices, des projections vidéo et un incroyable spectacle de drones illuminés qui retrace l’histoire des 24 Heures. Les essais qualificatifs de la course sont également filmés avec plus de caméras qu’à l’accoutumé, le dispositif est finalement assez proche de celui de la course. Durant les 24 Heures, l’hélicoptère filme jusqu’à minuit, soit près de 16 heures de vol et de direct au total.
Les privatifs des ayants droit sont eux aussi en augmentation pour cette édition particulière. Si TV Danemark met toujours des moyens conséquents (le recordman de victoires n’est autre que le danois Tom Kristensen), la chaîne L’Équipe dispose pour la première fois d’un car dédié et d’un plateau spécifique. À l’instar d’autre disciplines, depuis la Covid notamment, les diffuseurs qui avaient gardé l’habitude de faire commenter en cabine, au sein de leurs locaux, sont de retour sur site. Un nombre conséquent de postes commentateurs est donc cette fois installé dans les cabines situées à l’avant-dernier étage de la tribune principale.

Un TV Compound conçu sur mesure
À l’instar des pilotes des 24 Heures, les équipes éditoriales et techniques se relaient tout au long de l’épreuve. Olivier Denis réalise l’ensemble des manches du WEC, c’est aussi lui qui étudie avec l’ACO les différentes options de mise en image et de scénarisation de l’événement. Bernard Sauvelier prend les manettes par la suite, tandis que c’est à Sébastien Galodé qu’incombe la responsabilité de la réalisation de nuit, entre minuit et 6 heures du matin.
Alexis Hulin raconte : « Nous proposons pour la première fois un second signal international enrichi. Les équipes éditoriales de l’ACO se rendent dans les stands ou sur divers lieux du circuit (village des partenaires inclus) afin d’effectuer des interviews en anglais. Ils proposent également régulièrement des highlights de la course et des sujets pré-produits. Envoyé lui aussi par satellite, ce signal est mis à disposition de l’ensemble des ayants droit, libre à eux de l’utiliser ou non. »
Pour la fabrication du signal enrichi, pas de réalisateur supplémentaire mais un chef d’édition qui travaille en collaboration avec un switcher truquiste. Au total ce sont près de 330 personnes qui officient pour le compte d’AMP Visual TV. À cela s’ajoutent les équipes d’ACO TV (50 membres environ, équipes techniques et éditoriales confondues).
« En 2006, lorsque nous avons pris en charge pour la première fois la production du signal international des 24 Heures du Mans, il y avait quatre cars-régies avec quatre réalisateurs répartis tout autour du circuit. Aujourd’hui, grâce à la fibre optique mise en place par l’ACO sur l’ensemble du parcours, nous pouvons regrouper le centre névralgique sur un seul et unique point », souligne Gilles Sallé, fondateur et CEO d’AMP Visual TV.
Avec un tel dispositif centralisé, le TV Compound est un véritable village hightech. Ce n’est plus un car-régie qui est exploité pour la réalisation mais un très grand espace dédié dans des bâtiments amovibles. Dans cette cellule le réalisateur, la scripte, les opérateurs truquistes et certains responsables éditoriaux orchestrent la retransmission dans un confort de travail absolu.
La régie ainsi déportée est raccordée à un imposant nodal lui-même connecté au car MS12 de la flotte du prestataire. En son sein officient les techniciens LSM et les ingé vision. Le car Extender 3 abrite quant à lui les opérateurs graphiques. À noter que, compte tenu de l’augmentation du nombre de caméras embarquées et des moyens HF, c’est un grand Algéco qui regroupe l’ensemble des équipes dédiées et leur imposante régie fly.

2024 en perspective
Si l’édition du centenaire des 24 Heures du Mans, et ses festivités annexes, ont largement contribué à l’augmentation des moyens techniques mis en place par AMP Visual TV pour le compte de l’ACO, il est à parier que l’an prochain le dispositif devrait demeurer assez similaire. En effet, ce sont finalement les constructeurs qui participent grandement au budget de production et au dynamisme médiatique de la course. Après avoir assisté cette saison aux retours de Ferrari, Porsche, Cadillac ou encore Peugeot, l’arrivée
prochaine de Lamborghini et BMW devrait vraisemblablement permettre à nouveau une couverture audiovisuelle ambitieuse.
Le savoir-faire d’AMP Visual TV

Gilles Sallé, fondateur et CEO d’AMP Visual TV, est très fier de l’évolution des moyens de production mis en place pour le compte de l’ACO depuis 2006. « C’est la dix-huitième année consécutive que nous produisons les 24 Heures du Mans pour le compte de l’ACO. Nous travaillons main dans la main à la fois avec le réalisateur Olivier Denis mais aussi l’équipe d’organisation pour leur faire profiter au mieux de notre savoir-faire. Ma satisfaction principale repose sur le fait que nous nous étions engagés auprès de l’ACO, dès le début de notre collaboration pour l’édition 2006, à apporter toujours plus d’immersion et cela à une époque où les technologies n’étaient pas encore disponibles. La qualité de transmission et le nombre de caméras dorénavant embarquées sont à ce titre symboliques. L’arrivée progressive de la fibre autour de l’ensemble des 13,662 km du circuit nous a réellement permis de faire un bond en avant. Cela nous a permis d’éviter ainsi la répartition de cars-régies sur plusieurs sites et de concentrer l’ensemble du dispositif principal sur le TV Compound. Il est essentiel pour nous de proposer des solutions permettant aux équipes éditoriales et de réalisation de raconter le déroulement de la course de manière novatrice et cela pour l’ensemble des écrans et des modes de consommation en perpétuelle évolution. »
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #53, p. 12-14