Ingénieur formé à l’école des Mines, Charles Bebert a travaillé pour l’industrie et la banque avant de tomber dans le cinéma, puis d’œuvrer pour la télévision. Spécialisé dans la veille technologique et fonctionnelle, il publie régulièrement des études commandées par les chaînes de télévision.
Quel est l’apport qualitatif du format HDR pour les chaînes de télé ?
Le HDR est une manière de numériser qui fait qu’on a plus de degrés de différenciation entre les noirs et les blancs, et révèle une image plus contrastée. Il permet d’obtenir des hautes lumières plus lumineuses, plus détaillées et plus saturées en couleur. Les technologies liées au HDR offrent également la possibilité d’améliorer le détail dans les zones sombres. Mais c’est associé à la norme 1 080-50/60P que l’on mesure tout son potentiel. Si vous voulez une vidéo de sport par exemple avec une meilleure qualité, c’est le nombre d’images par seconde qui compte. Face à la concurrence du streaming, les diffuseurs doivent proposer une meilleure qualité d’image et la solution choisie est le HDR. La télévision suisse a d’ailleurs fait le test auprès de son personnel. Sur un premier écran, il y avait de la HD avec de l’HDR et, sur l’autre, de l’UHD avec du SDR. C’est le premier que les salariés ont préféré parce que c’était plus réaliste. L’œil humain est ainsi fait. Il est beaucoup plus sensible au contraste qu’à la résolution.
Comment les chaînes vont-elles s’adapter à ce saut technologique ?
Il y aura forcément un besoin de formation du personnel de production pour la colorimétrie et de nouveaux métiers de coordination. Avec ces systèmes HDR-SDR, on peut avoir de très mauvaises surprises. Une étape supplémentaire dans la chaîne de production devient nécessaire. Le réglage colorimétrique existait déjà mais, avec ce mélange de technologies, il devient plus complexe, plus instable surtout pour les grosses opérations. Le développement des algorithmes, des automatisations (IA) peut être une solution. Automatiser le processus du changement d’une norme à l’autre et en particulier la modification des paramètres à chaque scène vous permet d’optimiser le résultat à la sortie en fonction de la norme de diffusion que vous avez choisie pour votre contenu.
Quelles sont les limites à ces avancées ?
Il y a bien sûr nos propres limites d’être humain. Toujours plus de définition, de contraste, n’aura guère d’intérêt à partir d’un certain seuil, mais la limite la plus importante est la dépense énergétique et le bilan carbone qui accompagnent ces technologies. Produire, stocker et diffuser tous ces contenus demande une capacité de calcul et mémoire informatique exponentielle, surtout si on ajoute de l’IA dans l’équation.
Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #61, p.44-46