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1 900 participants, 800 sociétés (dont 170 nouvelles), 71 pays représentés… Une fois de plus, les chiffres-clés de la 32e édition consacrent le Sportel de Monaco comme « le véritable épicentre de l’industrie mondiale du sport business. » © Bernard Poiseuil

32e Sportel – Entre broadcast et autocast

 

« Sur un marché de la prestation technique qui, en France, perdait 2 à 3 % de valeur par an depuis vingt ans, la concentration était inéluctable », résume aujourd’hui Gilles Sallé, PDG et fondateur d’AMP Visual TV. Dans les coulisses du Sportel 2021, cet habitué de la convention monégasque décrivait le contexte ayant conduit à la reprise de l’activité vidéo mobile d’Euromedia France (EMF) par son groupe (lire « Rencontre avec le PDG d’AMP Visual TV ».

Depuis, l’intégration de quelque 115 ex-collaborateurs d’EMF s’est faite rapidement. « On ne voulait pas que les choses traînent. Très vite, de nouveaux accords d’entreprise ont été conclus et une grille des salaires négociée, et nous avons redessiné entièrement l’organigramme du groupe avec un mélange d’historiques d’AMP et de gens en provenance d’Euromedia. En l’espace de sept-huit mois, tout cela était derrière nous », explique de son côté Stéphane Alessandri, vice-président délégué, en charge des activités internationales, lui aussi présent à Monaco.

Par ailleurs, le groupe a créé une centaine de nouveaux emplois, portant désormais ses effectifs à 570 collaborateurs permanents. « Nous avons fait un gros effort sur la formation et le recrutement de demain », glisse Gilles Sallé. « Cette année, nous avons embauché soixante-dix nouveaux techniciens et ouvert l’entreprise à trente ou trente et un contrats de qualification. »

 

Des investissements revus à la hausse chez AMP Visual TV

Aujourd’hui, « nos clients ont compris l’intérêt qu’ils avaient de capitaliser sur un prestataire solide et agile, ayant la capacité de les accompagner sur des enjeux forts et de nouvelles méthodes de production », poursuit l’entrepreneur.

Grâce à l’établissement d’une relation nouvelle avec des clients devenus des partenaires, le prestataire, qui réalise quarante à cinquante tournages par week-end, a retrouvé une visibilité qu’il n’avait plus depuis des années, « ce qui nous a permis de lancer un programme d’investissement qui n’a jamais été aussi lourd », confie Gilles Sallé.

Initialement, le groupe prévoyait une enveloppe de quelque 30 millions d’euros sur la période 2021-2024 pour lui permettre d’être présent sur les futurs grands rendez-vous sportifs organisés en France (Coupe du monde de rugby 2023, Jeux Olympiques 2024), mais aussi d’accompagner le renouvellement de sa flotte et son développement structurel. « Aujourd’hui, on est plutôt dans une fourchette entre 35 et 39 millions d’euros d’investissement, et ce ne sont pas deux cars-régies qui nous seront livrés mais trois », annonce le PDG d’AMP Visual TV, rappelant au passage que le sport représente la moitié du chiffre d’affaires global du groupe, notamment grâce au déploiement de ce type d’équipement sur des grands événements.

 

Le bâti du monitoring du futur Millenium Signature 14, qui sera mis en service par AMP Visual TV en janvier, sera le même que celui des Millenium 3, 4, 6 et 9. © AMP Visual TV

 

Ainsi, le Millenium 9  – à quinze caméras – a été mis en service le premier week-end d’octobre et deux cars jumeaux de la gamme Millenium Signature le seront dans le courant de l’année prochaine, l’un (MS 14) en janvier, l’autre (MS 19) en juillet. Ces deux régies mobiles, capables de gérer chacune un minimum de vingt-cinq caméras et parfaitement interopérables, seront déployées lors de la prochaine Coupe du monde de rugby, l’une sur le cluster Nice-Marseille, l’autre sur le cluster Lyon-Bordeaux, en plus du Millenium 12.

Cet été, le prestataire a également fourni un effort financier particulier en faveur de la remote production en modernisant notamment toute l’infrastructure réseau de son media center installé au parc des Portes de Paris. « Celui-ci utilise désormais la même technologie que nos cars et peut s’interfacer avec eux aisément », signale Stéphane Alessandri.

« Depuis longtemps déjà, nous avions l’outil mais, cette année, nous avons franchi un cap important », souligne de son côté Gilles Sallé. Ainsi, lors des derniers Internationaux de France de tennis, « onze courts annexes ont été couverts en production remote intégrale pour le compte de HBS, l’opérateur hôte, et de la FFT, avec des caméras pilotées depuis notre media center de la Porte de la Chapelle. »

Upgradée, l’infrastructure réseau, baptisée en interne Subway, va permettre un meilleur partage des ressources et une connectivité aisée entre les huit régies fixes attenantes aux studios de l’entreprise afin d’accroître sa capacité de production remote. Le nombre de liens externes avec Globecast a été porté à trente-quatre, sortants ou entrants, en passant à la technologie IP. À terme, avec le projet d’un cloud privé, « la partie électronique ne sera plus physiquement déployée dans les régies, mais mutualisée à l’intérieur du media center », résume le dirigeant.

Pour l’entreprise, le défi du futur sera aussi de savoir bien combiner les méthodes de production broadcast qui sont les siennes avec des diffusions totalement délinéarisées sur les nouveaux médias. « Le fait nouveau est que la rupture n’est plus technologique, elle est dans les usages », pointe Gilles Sallé. « Par conséquent, nous devons faire preuve d’agilité afin de nous adapter à tous les formats de production, à toutes leurs contraintes, à tous les budgets et à toutes les attentes. »

À cet égard, le récent GP Explorer, une course de Formule 4 réunissant vingt-deux apprentis pilotes, youtubeurs ou streameurs célèbres, qui a drainé plus de 40 000 spectateurs dans les tribunes du circuit Bugatti du Mans et plus d’un million sur Twitch, illustre bien celles des nouvelles générations. « On se rend compte que ce qui les attire, c’est l’immersion dans la course, les caméras embarquées, les caméras dans les stands, des choses techniquement compliquées à réaliser. »

Aussi bien, à la suite du renouvellement pour les quatre prochaines années du contrat qui lie AMP Visual TV à l’Automobile Club de l’Ouest et au Mans Endurance Management, la prochaine innovation sur les huit épreuves du championnat du monde d’endurance de la FIA (WEC) sera d’équiper jusqu’à vingt-huit voitures de caméras « on board » sur les 24 heures du Mans et jusqu’à vingt sur les autres manches du championnat mondial. « Jusqu’ici, en raison d’un manque de fréquences, on avait l’habitude d’en équiper treize ou quatorze, exceptionnellement dix-huit. Désormais, à raison de quatre par voiture, les fans de sport automobile auront plus d’une centaine de caméras “on board” à leur disposition », conclut Stéphane Alessandri.

 

EMG « booste » ses services graphiques

« Cette marque unique pour l’ensemble des activités graphiques du groupe EMG doit nous permettre de mutualiser nos ressources et de mieux attaquer le marché des grands événements, comme l’Euro de futsal aux Pays-Bas, la Finalissima (Italie-Argentine) à Wembley et l’Euro de foot féminin en Angleterre, sur lesquels nous avons été présents cette année », annonce Matthieu Skrzypniak, directeur de la stratégie de Boost et vieil habitué de la convention monégasque.

Désormais regroupés sous cette nouvelle marque, qui était déjà, depuis 2018, celle du département graphique de la filiale belge d’EMG, l’ensemble des services graphiques du groupe emploie au total cinquante collaborateurs, hors free-lances, et propose une expertise complète, du motion design (graphisme animé) avec une activité d’agence de création jusqu’aux opérations sur site.

 

La marque Boost était déjà, depuis 2018, celle du département graphique de la filiale belge d’EMG. © Bernard Poiseuil

« Chaque pays a ses spécialités », complète le responsable. Avant de détailler : « En Belgique, nous sommes très forts sur le plateau, la réalité augmentée, également tout ce qui est applications sur des sports ou des compétitions de long range (cyclisme, cyclo-cross, marathon, Iron Man…) ; aux Pays-Bas, nous opérons beaucoup sur le marché du divertissement (shows, jeux télé…) ; en Italie, nous sommes leaders sur le football, le basket-ball, le volley-ball avec une gestion de la donnée assez avancée. » Quant à la France, elle centralise la R&D et fait un peu office de laboratoire, où sont développées les solutions graphiques qui vont ensuite être utilisées par l’ensemble du groupe.

À l’échelle de ce dernier, ces solutions sont déployées chaque année sur quelque 2 500 événements (dont quelque 1 000 en France en 2021) concernant pratiquement tous les sports collectifs (foot, rugby, handball, futsal, hockey sur gazon en Belgique et aux Pays-Bas…), quelques disciplines individuelles (cyclisme, course à pied, boxe, MMA…) ainsi que la pétanque, hors les émissions de plateaux qui, à elles seules, totalisent quelque 10 000 heures de production par an.

Côté outils, « depuis longtemps, nous avons fait le choix de développer nos propres solutions », souligne Matthieu Skrzypniak. Ainsi, la plate-forme NextCG de nouvelle génération, dont la première version date de 2017, en remplacement de la solution Caspar CG d’origine suédoise, embarque un moteur de rendu basé sur Unity permettant d’optimiser l’usage des cartes graphiques. « L’idée, c’était d’amener le côté 3D et la puissance des moteurs de jeux vidéo qui offrent des rendus incroyables en temps réel. » Pour autant, poursuit le responsable, « cela ne nous empêche pas d’utiliser d’autres outils, comme ceux de Vizrt en Belgique pour les plateaux et Ross Xpression aux Pays-Bas. »

 

Si les fonctionnalités de NextCG comme le moteur de rendu sont communs à toutes les prestations, chaque projet graphique est un cas particulier pour lequel les développeurs maison créent un applicatif qui va venir nourrir la plate-forme. « Pour la Ligue 1, par exemple, on gère en parallèle un signal anglais », illustre Matthieu Skrzypniak.

Par ailleurs, sur le cyclisme, une solution comme Boost Maps propose une cartographie réelle de la difficulté (par exemple, l’ascension d’un col) que les coureurs vont devoir franchir, avec des explications qui viennent enrichir la réalité.

Précisément, parmi les axes de développement pour le sport, « la réalité augmentée est un sujet sur lequel on travaille. En industrialisant le process, on veut arriver assez vite à une solution de groupe qu’on pourra déployer sans que cela demande quinze jours de préparation », dévoile le responsable. « D’ailleurs, des ligues, des fédérations et d’autres organisateurs [ndlr : parmi ceux-ci, il se murmure que l’un des premiers intéressés serait ASO sur le cyclisme], soucieux de mettre en valeur leur produit grâce à une meilleure utilisation de la donnée, nous demandent d’avancer dans cette voie. »

Sous la marque Boost qui porte sa nouvelle ambition et fort de son expérience dans le broadcast, EMG veut aussi s’orienter vers l’e-Sport. « Le gros avantage ici, c’est que la donnée est nativement fournie par le jeu », observe Matthieu Skrzypniak. « Du coup, il n’y a pas vraiment besoin de concevoir des graphiques comme on en fait en télé puisque le jeu génère ses propres overlays. En revanche, on a développé une solution qui enregistre en direct toutes les données disponibles et qui, entre les parties coupées de longs temps morts, permet d’expliquer ce qui s’est passé. » Cette solution a été exploitée pour la première fois en production sur CS : Go, un jeu de tir, lors du LouvardGame, le plus gros événement d’e-sport en Belgique.

 

Le sésame de l’autocast

De la nouvelle tendance à l’autocast, qui ne cesse de se développer dans un climat d’émancipation des ligues et des fédérations privées d’écrans traditionnels, les principaux exposants, parmi d’autres (Vislink, Studio Automated, Sportway…), étaient cette année Pixellot et Spiideo.

 

Pixellot table sur la vente de 20 000 exemplaires de sa Camera Air en 2023. © Pixellot

Le premier nommé, régulièrement présent sur le Rocher, présentait sa solution portable Pixellot Air, déjà sur le marché depuis un an et demi mais enrichie, depuis peu, d’une fonctionnalité de streaming live. « Cela signifie qu’il est désormais possible pour le sport amateur d’utiliser en direct une technologie qui autrefois était réservée à l’élite pour un prix inférieur à 1 000 euros », vante Julien Bergeaud, responsable des ventes pour l’Europe. Installé sur un trépied haut de 4 à 7 mètres, selon les endroits, et composé de deux capteurs 4K, l’appareil est capable d’enregistrer jusqu’à six heures d’images, de zoomer et de proposer un plan large de plus de 200°. « La marque de fabrique de Pixellot, c’est d’avoir ce plan panoramique qui prend tout le terrain avec une seule caméra », rappelle Julien Bergeaud.

Destiné à un usage grand public, Pixellot Air a également trouvé sa place dans certains clubs professionnels qui l’utilisent en complément de la caméra S-1 du même constructeur pour leurs séances d’entraînement ou les matches de leurs équipes de jeunes. « 4 000 exemplaires ont déjà été vendus, on prévoit d’en écouler 6 000 d’ici la fin de l’année, et l’année prochaine on table sur 20 000 ventes dans le monde, États-Unis en tête, sur trois principaux marchés : le football (soccer), le basket-ball et le hockey sur gazon », indique Yossi Tarablus, en charge du marketing.

Le futur modèle S-3, appelé à remplacer la S-1, équipant actuellement l’ensemble des clubs de Ligue 1 à la suite d’un accord avec la LFP et Stats Perform, et la S-2, est un autre exemple de la démocratisation de la captation automatique poursuivie par le leader mondial de la spécialité. « Les fédérations, les ligues, les clubs disposeront d’une technologie, toujours en 4K, encore plus performante et encore plus accessible en termes de prix puisque celui-ci devrait se situer entre 3 000 et 4 000 euros. » Sur la base des chiffres de ventes de la S-1 et de la S-2, dont il existe actuellement 25 000 exemplaires dans le monde, la commercialisation du nouveau modèle, qui sera mis sur le marché au début de l’année prochaine, s’annonce prometteuse.

À la différence de la S-1 et son étagement de quatre capteurs enfermés dans un caisson, l’ergonomie de la S-3 se rapproche plus de celle de la S-2 avec trois capteurs alignés sur un seul niveau. Surtout, elle apporte une meilleure qualité que la S-1, spécialement sur la calibration, qui s’effectue automatiquement. De plus, comme pour l’ensemble des solutions Pixellot, le nouveau modèle nécessite un niveau de bande passante très bas, de l’ordre de 3 à 5 Mégabits, permettant plus que jamais son installation dans des endroits où la connectivité est faible.

Parallèlement, le constructeur israélien s’oriente vers des solutions end-to-end, de la production à la diffusion, avec le lancement d’une plate-forme OTT disponible en marque blanche pour les ayants droit, comme la Major League Baseball (MLB) aux États-Unis, qui peuvent la monétiser ensuite par abonnement ou par la publicité. « La première a été lancée en 2020 et la version 2.0, le mois dernier, avec de nouvelles fonctionnalités (création automatisée de highlights, clips, résumés, chats…) qui vont permettre aux organisations sportives d’engager les fans et de créer plus de trafic », indique Julien Bergeaud. Plus de soixante-dix plates-formes ont déjà vu le jour ou sont en cours de développement. Au départ, Pixellot faisait appel des prestataires externes mais, depuis, le constructeur israélien a internalisé la technologie.

Enfin, après la nouveauté d’une réalisation automatisée à deux caméras sur le base-ball grâce à l’intelligence artificielle, « nous avons mené toute l’année des tests de production multicam sur le cricket et nous allons pouvoir lancer en 2023 la version finale de la technologie sur ce sport à des fins broadcast », annonce le constructeur.

 

Spiideo, l’un des spécialistes de la captation automatique, présentait ses modèles D-Line (à gauche) et S-Line. © Bernard Poiseuil

De son côté, son concurrent suédois Spiideo, qui équipe plus de 2 000 organisations sportives dans le monde, exposait son modèle waterproof D-Line à quatre capteurs avec micro incorporé offrant une vision à la verticale de 90° et de 180° à l’horizontale, spécialement adapté à des environnements ou des espaces exigus comme un but, ainsi que son autre modèle S-Line. Équipé de deux capteurs munis de tubes optiques Axis délivrant une image de 100° à 170° diffusée via les protocoles RTMP/SRT à faible latence dans une résolution de pointe (4K/12 K), ce dernier est doué d’une capacité de zooming automatique et d’une fonction auto-follow permettant d’aller cropper dans l’image le sujet qui intéresse.

Ces solutions à base d’intelligence artificielle (IA) sont qualifiées pour le hockey sur glace, le basket-ball, le handball, le rugby, le hockey sur gazon, le floorball (hockey indoor), la crosse au Canada ou encore le football (soccer). Ainsi, le club de Wolverhampton, pensionnaire de la Premier League anglaise, les utilise, de même qu’aux États-Unis, « 90 % des franchises professionnelles de la Major League Soccer et de la MLS Next (deuxième division) et 50 % des équipes de première division de la NCAA (collèges) en sont équipées », assure Niklas Bergdahl, directeur marketing produit.

Aux termes d’un accord de partenariat avec Ringier Sports, Spiideo opère également sur les championnats suisses de football de troisième division (Promotion League) et quatrième division (Liga Classic), sur laquelle pas moins de 66 caméras ont été mises en place. Au total, 1 038 matches seront ainsi filmés au cours de la saison 2022/2023. Depuis cet été, les amateurs de ballon rond peuvent les suivre sur RED FC, la plate-forme de streaming lancée par le groupe Ringier, moyennant un abonnement de 12,90 CHF pour un mois ou 59,90 CHF pour un an.

 

La solution Viz Now, lancée par Vizrt Group, peut être déployée en quinze minutes. © Vizrt

 

De cette démocratisation des outils et des workflows, une autre manifestation est la nouvelle stratégie de Vizrt Group qui, hier encore, passait seulement pour dominer le marché des graphiques, notamment grâce à son moteur de rendu Engine. Après le rachat de plusieurs marques (Mosart Medialab, LiberoVision, NewTek et, très récemment, Flowics) au cours de ces dernières années, le groupe vient de lancer Viz Now, dont les capacités facilitent l’accès au cloud grâce à sa simplicité d’utilisation. « Cette plate-forme unique, de type SaaS, créée pour abonner différents services, peut être déployée en quinze minutes », affirme Yan Heydlauf, l’un de ses représentants au Sportel. Autre atout : sa licence très flexible, qui a une incidence sur les coûts. « On peut payer par match alors qu’autrefois on travaillait seulement avec des licences perpétuelles. »

Par ailleurs, la technologie intégrée NDI, aujourd’hui l’une des trois marques du groupe, adoptée depuis la crise sanitaire par des chaînes qui, au départ, avaient opté pour des standards 2110 très coûteux, favorise la remote production, en permettant le contrôle des caméras à distance. Ou comment Vizrt Group poursuit la construction d’une offre de production globale destinée à un marché dont le potentiel est immense : aujourd’hui, de source américaine, des éditeurs de clips sur YouTube aux chaînes linéaires, on estime à 25 millions le nombre des producteurs de contenus dans le monde.

 

Une alternative au satellite et à la fibre nommée GlobalM

Cette tendance à une plus grande démocratisation n’est pas confinée à la production, elle s’affirme aussi dans le domaine de la contribution. Historiquement, celle-ci a connu plusieurs étapes : d’abord avec les faisceaux hertziens analogiques, puis le satellite analogique, avant de passer au numérique et à la fibre.

Autant de technologies encore relativement chères pour de petites organisations sportives qui, du coup, directement ou via des prestataires, se tournent vers l’Internet public, sans aucune garantie de service. « De notre côté, nous proposons des liaisons sécurisées dans le cloud Amazon, à des coûts cinq fois inférieurs à ceux du satellite », résume Lance Newhart, vétéran des actualités Eurovision pour lesquelles il a travaillé pendant vingt-cinq ans et cofondateur de GlobalM avec Paul Calleja, un ingénieur australien, lui-même ancien de l’Eurovision, après avoir exercé à Sky Australia et à la BBC. Et de rappeler qu’« un contenu n’a de valeur que s’il est distribué. »

GlobalM, fondée par d’anciens collaborateurs des actualités Eurovision, veut s’imposer comme une alternative au satellite et à la fibre, spécialement auprès d’acteurs du sport économiquement contraints. © Bernard Poiseuil

L’utilisateur peut se servir de ses propres équipements tant que ceux-ci répondent au standard SRT, ou demander à GlobalM de fournir codeurs et décodeurs. Pour s’équiper, cette start-up de droit suisse, basée à Genève, a choisi Matrox, acteur bien connu du monde des serveurs vidéo (postproduction, ralenti, stockage) qu’il fournit en cartes vidéo depuis des décennies. « Le constructeur canadien nous ouvre la porte d’une production à distance et écoresponsable, sans les inconvénients qu’on aurait avec le satellite, avec des codeurs/décodeurs – huit au maximum – synchronisables et une maîtrise des latences », justifie Paul Calleja.

En lien avec son réseau de contribution, GlobalM propose en outre tout un écosystème fonctionnant, de manière agnostique, avec des outils du marché, comme un applicatif smartphone qu’on peut télécharger gratuitement, avec un débit de 15 à 20 Mb/s en sortie d’appareil. « En utilisant le codec du téléphone, l’autonomie de la batterie est à peu près multipliée par quatre », précise le responsable australien. Cet applicatif permet de faire de l’auto-reportage avec toutes les facilités d’usage, comme un retour antenne.

« Grâce à notre système, un journaliste peut intervenir en direct, ce que très peu d’autres solutions permettent de faire. Mais il peut aussi enregistrer une séquence qui sera sauvegardée de manière autonome dans le cloud, même si on lui piétine son téléphone ! », complète son collègue.

Le système, reposant sur une base logicielle actuellement en cours de brevet, répond aux standards de radiodiffusion, avec la possibilité de créer des circuits redondés, et permet d’atteindre la volumétrie d’une transmission classique, à des débits équivalant à ceux du satellite.

GlobalM est ainsi capable de dupliquer au sein de son réseau virtuel numérique des flux destinés à de multiples radiodiffuseurs, avec pour ces derniers des possibilités d’enregistrement et de transcodage, et ce très rapidement sur commande via une simple interface Web.

Dernier exemple en date : les funérailles d’Élisabeth II. « La BBC nous a contactés le mardi, nous demandant d’assurer des transmissions vers des pays dont certains ne voulaient pas payer le prix d’une réception satellite le jour des funérailles. Nous avons fait des tests le vendredi et le samedi, et le dimanche nous étions prêts. Le lundi, nous avons assuré neuf heures de transmission non-stop, sans incident, notamment vers la Nouvelle-Zélande, les îles Fidji et d’autres pays membres du Commonwealth. »

Laurent Puons (à gauche), CEO de Sportel, en compagnie de Peter F. Gontha, président de Transvision, son partenaire indonésien, lors de la présentation du rendez-vous de Bali, en février prochain, qui marque le retour de la convention en Asie, après quatre ans d’absence. © Bernard Poiseuil

Côté sport, GlobalM a déjà opéré sur plusieurs événements internationaux pour le compte du producteur britannique Sunset + Vine et a couvert la course des sommets en Suisse via cinq smartphones embarqués sur des motos et des liaisons 4G ou 5G, selon les endroits. Plus récemment, son réseau a été utilisé par la télévision finlandaise lors d’un ultra-marathon au pays des mille lacs. « Nous avons une dizaine de clients en portefeuille, dont la plupart (60 %) appartiennent à l’univers du sport. En la matière, les deux principaux sont les fédérations internationales de canoë-kayak et de lutte auxquelles on offre la possibilité d’être beaucoup plus visibles », précise Lance Newhart. Avant d’ajouter : « Cette année, nous avons pour la première fois un stand au Sportel, ce qui témoigne de la montée en puissance de notre société, créée voici quatre ans. »

 

Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #50, p. 120-132