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« La 4ème Planète », réalisée par Jean Bouthors et Titouan Bordeau, est une série d’anticipation sur fond de questionnements politiques et sociétaux destinée à un public ados/adultes. © Les Astronautes, Sun Creature

« La 4ème Planète », un come-back remarqué

 

Produite et initiée par Les Astronautes (Bourg-lès-Valence), La 4ème Planète fait partie des projets de longue haleine. Rencontre avec le fondateur et réalisateur Jean Bouthors lors du 35e Cartoon Forum.

 

La 4ème Planète était déjà en germe il y a dix ans…

Jean Bouthors : Titouan Bordeau et moi l’avions initiée chez Folimage sous forme d’un projet transmédia. Le projet avait même fait l’objet en 2014 de pitchs au MIFA lors du festival d’Annecy, puis l’année suivante au Cartoon Forum. Lors de son rachat, Folimage a changé l’orientation de sa ligne éditoriale pour se concentrer sur la jeunesse. Entre-temps, j’avais ouvert, avec Vanessa Buttin-Labarthe et Rémy Schaepman, le studio de production et d’animation Les Astronautes à Bourg-lès-Valence. Nous avons pu alors reprendre le projet toujours sous forme d’une série d’animation audiovisuelle pour les adultes.

 

Dix ans plus tard, le marché pour une animation adulte vous paraît-il plus mature ?

Produire une série d’animation pour adultes continue de ne pas être évident. Mais il y a dix ans, il l’était encore moins ! Même si nous avions été très soutenus dans le développement du projet, les cases adultes chez les diffuseurs n’existaient pas, les plates-formes étaient balbutiantes. Hormis les productions japonaises, il n’existait pas de modèle d’animation adulte en audiovisuel. Aujourd’hui, nous notons une forte envie des diffuseurs d’aller vers ces projets. Mais il y a encore du chemin à parcourir avant que le linéaire diffuse des séries animées comme de la série en prises de vues réelles.

 

Avez-vous apporté des changements au projet ?

À l’époque, la série s’annonçait comme feuilletonnante avec des thématiques sociétales et politiques très fortes (immigration, environnement…). Celles-ci n’ont pas changé. Au contraire, ce propos est devenu encore plus incisif aujourd’hui. Par contre, nous nous sommes remis à l’écriture concernant les protagonistes. Leur histoire acquiert plus d’ampleur, leurs questionnements sont plus fouillés et personnels. Pour élargir l’audience, nous allons peut-être intégrer des personnages plus jeunes. Concernant le développement graphique, le parti pris du projet demeure fortement ancré dans une identité 2D très européenne. Nous restons aussi assez naturalistes dans le son et la lumière.

 

Comment le projet s’inscrit-il dans une économie de série ?

Nous avons acquis, chez Les Astronautes, un savoir-faire en animation 2D (court-métrage, série et long-métrage) au fil de nos productions déléguées ou en prestation (Le Sommet des Dieux, Sirocco et le royaume des courants d’air), ainsi qu’une expertise dans la création de pipelines de fabrication sur-mesure en fonction de la direction artistique des projets (sur Toon Boom Harmony, Blender, TVPaint). Cette expertise est évidemment mise à profit sur La 4ème Planète qui porte en effet une forte ambition artistique dans un cadre économique assez contraint (budget de 7,5 millions d’euros).

 

Toujours à destination des adultes mais cette fois-ci sous la forme d’un long-métrage d’animation, vous produisez Bataille de Vergine Keaton…

Nous développons actuellement, avec Iliad & Films, Bataille, un projet de long-métrage 2D de Vergine Keaton (court-métrage Le Tigre de Tasmanie). Celui-ci repose sur un large corpus de tableaux de bataille de la Renaissance italienne. Raconter, par le menu, une journée d’une grande bataille, côté assaillants mais aussi assiégés, constitue la trame narrative de ce film pour adultes. Réalisé avec le logiciel 2D Moho, il aura un rendu différent de ce qui se fait habituellement. Nous venons de finaliser le teaser, et allons entrer en production l’année prochaine. Produire un long-métrage pour adultes semble plus rapide qu’une série audiovisuelle !

 

Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #59, p. 124- 132