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Le nouveau siège d’Hiventy à Boulogne. Ce bâtiment a accueilli en son temps le groupe Duboi, puis Technicolor. © DR

Hiventy, une véritable offre globale de post-production

 

Commençons par un bref historique de la société…

Hiventy a été créé en 1984 par Denis Auboyer sous le nom de CMC. Son activité principale était alors celle de laboratoire vidéo, notamment pour accompagner la montée en puissance des nouvelles chaînes, en particulier de Canal+. Il fallait fabriquer énormément de Pad, répondre aux besoins de localisation, sous-titrer toutes les séries et films diffusés sur Canal ou qui sortaient en vidéo. Puis, avec la création de LVT, la société s’est spécialisée dans le sous-titrage laser pour la pellicule des films qui sortaient en salle. Les ruptures technologiques l’ont ensuite porté à fonder Digimage pour traiter tout l’aspect postproduction, acquérir Def2shoot et Start Polska en Pologne, puis créer CMC Vietnam. Il s’agissait d’accompagner les clients français, Canal+ et TV5 Monde en tête. Tout cela a vécu de sa belle vie et s’est fortement transformé…

 

Puis arrive le numérique…

La numérisation des salles, puis celle des régies, a fait que le métier, qui était alors vraiment un métier d’industrie technique, n’ait plus rien d’industriel. On conserve aujourd’hui encore cette terminologie « industrie technique », mais pour moi, clairement, il n’a plus rien d’industriel, nous sommes des prestataires de service. Notre rôle consiste à accompagner nos clients, faire en sorte que leurs œuvres audiovisuelles soient de qualité et diffusables sur un maximum de supports, dans un maximum de territoires, afin qu’eux-mêmes optimisent leurs revenus.

 

Comment est vécu ce retournement de marché ?

À partir de 2012, le groupe a fait face à de grandes difficultés, lesquelles se sont accélérées en 2014 et ont obligé Denis Auboyer à le céder, en 2015, à un fonds d’investissement, H.I.G. En même temps que le capital, il a également cédé la présidence et la direction générale. C’est à cette époque-là que j’arrive dans le groupe. Au départ, j’étais là pour l’accompagner, expliquer ce qui différencie un groupe appartenant à un fonds d’investissement d’une société détenue par son président fondateur. Cela implique une gouvernance spécifique que je trouve très saine.

Fort de mon passé dans le secteur de fonds d’investissement et de mon expérience de directeur financier de sociétés en transformation, j’ai également accompagné le management et travaillé sur la stratégie la plus appropriée pour nous permettre de redresser les finances du Groupe. À l’automne 2015, avec le management, nous avons présenté un plan stratégique à l’actionnaire qui nous a répondu : « Banco ! ». C’est ainsi que j’ai rejoint la direction générale du groupe.

 

En quoi consistait cette stratégie ?

Nous avons défini, à l’époque, plusieurs sujets assez spécifiques et des choix forts. Le premier était de se couper un bras en fermant le site de Montrouge où nous traitions la postproduction pour le cinéma. De toute façon, nous étions menacés d’expulsion, les clients ne voulaient plus venir travailler chez nous. De nouveaux acteurs s’étaient installés dans Paris intramuros et de plus en plus de personnes ne voulaient plus passer le périphérique. Mais l’idée n’était pas du tout d’arrêter l’activité ! Tout le monde l’a cru, mais nous l’avons continuée depuis le labo de Joinville-le-Pont.

 

Pourquoi avoir conservé le photochimique ?

Des films continuent de se tourner en 35 ou 16 mm. Beaucoup de pubs et de clips se tournent encore en 35. C’est un petit marché de niche, mais le besoin est réel. Nous maintenons un savoir-faire français : c’est tout de même en France que cette industrie a vu le jour, ce serait dommage de la perdre ! Et puis, le photochimique reste le meilleur support de conservation d’une œuvre. Son histoire sera toujours plus longue que celle du numérique, sur lequel on n’a pas plus d’une vingtaine d’années de recul, alors que le photochimique a plus de cent ans ! On sait encore relire et projeter des œuvres qui ont plus d’un siècle. On ne peut pas en dire autant de tous les films tournés il y a vingt ans en numérique et qui n’ont pas eu de retour sur film…

 

Outre la question du photochimique, quels autres axes stratégiques avez-vous définis à l’époque ?

Comme nous perdions de l’argent, il nous fallait par conséquent travailler sur nos coûts, nos process de fabrication. Chose qui a été faite. Mais parallèlement, comme nous intervenons sur un marché très innovant, nous avons décidé de développer en interne une start-up, Hiventy Le Hub, pour proposer de la coordination de travaux de localisation (doublage et sous-titrage). Ce nouveau marché est arrivé avec la montée en puissance des plates-formes et notamment Netflix.

Aujourd’hui, quand une plate-forme achète ou produit une œuvre, elle veut qu’elle soit diffusée le même jour à travers la planète, dans toutes les langues, sur tous les territoires où elle est présente. Le besoin de sortir une œuvre originale doublée et sous-titrée dans toutes les langues possibles est réel. Ce besoin vient transformer le fonctionnement historique : tant qu’une vente n’est pas conclue dans un territoire, le doublage ou le sous-titrage n’est pas fait, que ce soit une vente pour une sortie cinéma ou télé.

 

Comment vous positionnez-vous dans l’écosystème actuel ?

Nous couvrons l’intégralité des prestations qui vont de la gestion des rushes aux « delieveries » (c’est-à-dire les fichiers de visionnage) en passant par la postproduction image et son, le doublage, le sous-titrage, le stockage et la restauration des œuvres. Nous n’intervenons pas en amont, à savoir les loueurs de plateaux et matériels de tournage, ni en aval, avec la distribution. Ainsi, nous intervenons à la sortie des rushes que l’on récupère et sécurise.

Ensuite, nous proposons des moyens techniques (à la pointe de la technologie actuelle) pour faire du montage, de l’étalonnage, du montage son, de la post-synchro, du bruitage, du mixage. Après, on fait le « finishing ». Les fichiers qui vont être diffusés au cinéma (DCP), à la télé (Pad), en DVD Blu-ray ou sur des plates-formes (fichier de transcodage avec les métadonnées associées) sont traités pour une large diffusion. On peut leur ajouter de l’audiodescription, du sous-titrage sourds et malentendants (SME). Si c’est une œuvre internationale, on va la doubler, la sous-titrer. On va conserver tous ces fichiers.

Nous avons également une importante activité de restauration de films. À partir des images d’origine d’une pellicule, on peut faire en sorte que son aspect redevienne identique à celui qu’il avait à sa sortie initiale : il faudra d’abord scanner la pellicule, enlever les traces du temps puis on ré-étalonnera le film en 4K et potentiellement HDR. Nous proposons tout ceci en France, que ce soit en numérique ou en photochimique, pour le cinéma, la télé, l’animation.

 

Et à l’international ?

Nous disposons de la plate-forme de coordination de travaux précédemment évoquée. Nous sommes capables de faire quasiment toutes les combinaisons de langues possibles et imaginables, sachant que pour obtenir un sous-titrage de qualité, il faut que le traducteur soit habitant du pays de destination et connaisse bien la langue d’origine. On essaie autant que possible de ne pas passer par l’anglais comme langue pivot. Ce facteur a son importance si l’on veut garder une certaine qualité.

Cette activité fait partie du business international, mais elle s’effectue à partir de la France, puisque Le Hub est une start-up développée dans l’Hexagone. Elle fait néanmoins appel à des ressources à travers le monde. En effet, nous comptons plusieurs centaines, voire milliers de traducteurs, à qui nous confions plus ou moins de travail en fonction des combinaisons de langues. Et puis, nous avons un réseau partenaire de studios de doublage et nous nous appuyons sur les studios dont nous disposons en France, en Pologne, en Asie et en Afrique.

 

Effectivement vous avez ouvert Hiventy Africa à Nairobi (Kenya) fin 2019 puis Hiventy Africa à Lagos (Nigéria) pendant le confinement, pourquoi ce choix ?

Le continent africain devient une zone très dynamique qui s’apparente d’un point de vue global au reste du monde, c’est-à-dire qu’aujourd’hui les programmes africains voyagent d’un pays africain à un autre. La production locale a besoin d’une localisation parce que les langues française et anglaise ne sont pas aussi parlées que cela. Ce continent compte des bassins de plusieurs millions de personnes qui s’expriment dans une langue locale. Les besoins concernent surtout le doublage, le sous-titrage ne touchant pas assez de personnes en raison du faible taux d’alphabétisation.

Les Africains consomment l’audiovisuel différemment, ils n’ont pas connu la télé hertzienne, ils sont directement sur smartphone. Divers pays sont aujourd’hui en 4G et implantent la 5G. C’est une autre façon de consommer des œuvres audiovisuelles.

Hiventy Africa est géré par Juliette Vivier qui s’occupe également de l’Asie, deux régions du globe qu’elle connaît très bien pour y avoir toujours travaillé. Nous nous sommes implantés d’emblée avec douze studios d’enregistrement et de mixage. Nous avons fait monter en compétence une petite équipe qui était déjà implantée localement ; notre site était déjà sécurisé en termes d’assets.

Nous avons pu débuter notre activité avec un bel outil : Hiventy Emea, qui enveloppe l’Afrique, est référencé Netflix Preferred Fulfillment Partner (NPFP). Et Netflix, tout comme Canal+, TV5 et d’autres, sont très demandeurs de partenaires comme nous qui avons la qualité technique et la sécurité pour encadrer des équipes locales afin de les accompagner dans la diffusion de leurs programmes. Voilà pour ce super projet !

 

Revenons à un sujet abordé précédemment concernant le stockage numérique…

Concernant le stockage numérique, il convient de différencier deux sujets : le stockage d’exploitation et le stockage patrimonial. Pour le stockage d’exploitation, il est indissociable de notre plate-forme BeHive. Cette plate-forme est accessible d’un peu partout et notamment avec son smartphone.

Historiquement, le business model des industries techniques a été de dire : « Je stocke l’élément gratuitement parce que comme ça, s’il y a besoin de travaux dessus, lesdits travaux vont être faits dans mon laboratoire ». Sauf que, maintenant, les prix sont tellement justes, que le prix de la prestation n’est plus que… pour la prestation.

De plus, aujourd’hui, avec le 4K, la HDR, la taille des fichiers devient énorme. Même si dans l’inconscient collectif « le numérique, c’est gratuit », quand on parle de plusieurs téraoctets, cela ne peut plus être gratuit ! Surtout si on veut avoir cette réactivité et conserver les assets d’exploitation stockés sur serveur accessible de suite.

Ainsi, grâce à BeHive et au stockage associé, nos clients peuvent organiser un visionnage pour une vente à l’international, une livraison. Notre plate-forme permet à notre client de visionner tout ce qu’il a de disponible chez nous, il peut procéder à des tâches automatiques sans passer par notre intermédiaire. Et les fonctionnalités de la plate-forme sont en constante évolution.

L’autre stockage est le stockage numérique patrimonial, là on conserve dans le temps une œuvre audiovisuelle. Cela s’est adressé dans un premier temps plutôt au cinéma, mais cela concerne toutes les œuvres de catalogue. Dans ce cas, nous proposons un contrat qui permet de stocker pendant au moins cinq ans une œuvre et de garantir qu’on pourra bien la relire dans cinq ans, dix ans si c’est renouvelé, voire dans vingt ans. Nous n’allons pas stocker des ProRes, des fichiers compressés parce que, dans vingt ans, aura-t-on le logiciel qui permettra de les décompresser ? C’est toute la question. Il faut stocker la suite d’images natives. Pour le coup, on arrivera toujours à relire une image, on aura des outils pour pouvoir les re-compresser dans le format qui existera dans vingt ans.

 

Disposez-vous de votre propre infrastructure, d’un data center ?

Oui, nous pouvons utiliser notre propre infrastructure. Dans ce cas, nous fabriquons deux jeux de LTO que nous stockons dans deux endroits différents, qui sont sécurisés. Puis nous prenons l’engagement de vérifier et à nouveau sauvegarder les fichiers toutes les deux générations de LTO. Mais nous considérons que ce n’est pas complètement notre métier de conserver de manière pérenne (quasi infinie) de la donnée numérique et surtout il existe des acteurs qui le font très bien.

En revanche, notre métier est de qualifier les assets à conserver sur une œuvre et donc de nous assurer que le fichier que l’on conserve concerne bien le bon film, qu’il a la bonne durée, qu’il est dans la bonne version… Globalement, seul un laboratoire comme le nôtre peut le certifier et le faire. Les Google, Amazon, ne sauront jamais faire. En revanche, ce qu’ils savent faire, c’est conserver de manière pérenne un fichier numérique.

 

Pour mettre en place ce système d’archivage numérique innovant, vous avez noué un partenariat avec Wordline et Pathé…

Depuis 2017, nous sommes en partenariat avec Worldline pour fournir cette solution de stockage et une plate-forme dédiée, pour le coup, à Pathé. Pathé a très vite compris la valeur stratégique, pour un groupe comme le sien, de son stock de films. Ainsi pour que ce stock soit pérenne dans le temps, Pathé a choisi de conserver physiquement (en pellicules en réalisant systématiquement un retour sur films de ses œuvres, y compris celles tournées en numérique) et de conserver numériquement (grâce au partenariat Hiventy Worldline) tous ses films.

Ce partenariat permet d’accéder au meilleur des deux mondes : Hiventy apporte son savoir-faire dans l’identification et la qualification d’assets, et Worldline (leader européen depuis quarante ans dans la sécurité des données) l’expertise technique et technologique nécessaires au traitement et au stockage des données, en s’appuyant sur ses data centers Tiers-3+ situés en France. Ceci est gage de sécurité et de pérennité optimales que ne pourront jamais proposer des laboratoires comme le nôtre. On observe, actuellement, une prise de conscience quasi collective de la valeur d’enjeux de ce stockage par les acteurs du cinéma, mais également de la fiction.

 

Nous avons parlé sous-titrage, doublage, stockage… qu’en est-il de vos autres activités ? Peut-on faire un tour des sites en France ?

Pour le stockage physique, nous disposons d’un entrepôt à Morangis. Nous conservons et continuons d’exploiter toute l’activité de laboratoire photochimique à Joinville-le-Pont sur le site historique des anciennes usines Pathé. De plus, nous sommes physiquement implantés à Paris, à la Bastille, dans les locaux de l’ancien Sylicone que nous avons repris à la barre du tribunal il y a trois ans. Là, on fait essentiellement de la postproduction image et son de fictions et de documentaires, de films d’animation aussi.

Nous sommes présents dans les XVIe et XVIIe arrondissements, autour de l’avenue de la Grande-Armée, dans l’ancien Captain Vidéo. Là on fait plutôt de la postproduction image et son de flux. En postproduction son, nous avons également une implantation à Angoulême ce qui nous permet d’être encore plus proches du marché de l’animation, mais également avoir accès à des mixeurs et ingénieurs du son de qualité grâce aux écoles présentes sur place. Enfin, nous avons également de grandes capacités en postproduction sur notre site « Navire Amiral » de Boulogne.

 

Vous venez d’entrer dans vos nouveaux locaux, qu’est-ce que cela va changer dans votre outil technique ?

Notre groupe vient d’emménager dans son nouveau vaisseau amiral à Boulogne. Ce bâtiment a accueilli en son temps le groupe Duboi, puis Technicolor a été restructuré avec une refonte complète du réseau informatique et l’ajout de nouvelles salles. Le site regroupe désormais les activités qui étaient présentes à Joinville (hormis la photochimie qui reste sur le site historique) et celles de Malakoff.

Notre nouveau siège social est fonctionnel, qualitatif avec une volonté évidente de forger un outil à la hauteur des ambitions du groupe et d’offrir une vitrine technologique aux nouveaux clients que sont les plates-formes. Il faut redonner ses lettres de noblesse à notre métier de prestataire technique. Pour cela nous avons réaffirmé notre stratégie qui est de proposer l’offre la plus complète sur le marché.

Les travaux qui ont commencé avant la crise sanitaire ont été arrêtés quelques semaines. Toutefois, au final, l’immeuble a été livré à la date prévue, à la mi-septembre. Le nouveau site mutualise les compétences, permet d’économiser des coûts de fonctionnement sur les bâtiments et également de se rapprocher géographiquement des clients et diffuseurs.

Outre la mise à jour du réseau informatique, le changement de la climatisation, l’un des gros chantiers fut la création de quatre auditoriums de doublage en lieu et place d’un ancien auditorium de mixage. La conception et l’intégration ont été faites par Serge Arthus. Chacun de ces nouveaux audis a une superficie d’environ 60 m2. Le site de Boulogne ne comprend pas de salles de montage image. Celles-ci se trouvent sur le site de Bastille et, bien évidemment, les sites sont interconnectés.

La crise sanitaire a modifié inévitablement nos habitudes de travail. Ainsi en temps normal, il pourrait accueillir plus de 300 personnes, actuellement il y a en environ 150, le reste en télétravail, ce qui avec une superficie 4 500 m2 nous laisse de la place !

Le site a été également restructuré sur l’aspect sécurité que ce soit en vidéosurveillance, contrôle d’accès, détection incendie. Ce sont des évolutions nécessaires pour la sécurité des salariés et celle des assets que nous confient nos clients et qu’exigent les majors américaines et les plates-formes.

L’ensemble des salles d’étalonnage sont sur Resolve DaVinci de Blackmagic. L’une des salles d’étalonnage est équipée d’un projecteur 2K qui fait sans doute partie des plus spacieuses du marché. Les projecteurs seront progressivement remplacés par des modèles laser.

En termes de stockage, Hiventy possède environ 5 Po de stockage chaud (Isilon), et également du stockage semi-chaud en NAS (Elements). Selon le type de projet et de contenu, les médias sont archivés sur telle ou telle technologie.

 

Que vous apportent Netflix, Amazon et autres AppleTV+ avec lesquels vous travaillez ?

Si on arrive à maintenir un certain niveau d’activité et donc de rentabilité, c’est notamment grâce à eux qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ne tirent pas trop les prix de vente vers le bas. De plus, ils paient en temps et en heure… Dans notre collaboration avec les plates-formes, nous sommes constamment challengés en termes de qualité et de respect des délais, ce qui est normal, et nous oblige à nous maintenir à un niveau optimal en termes de compétence et de service. Et plus on a leur confiance, plus elles nous confient des projets !

À titre d’exemple, aujourd’hui, Hiventy est l’une des seules entreprises qui sait répondre à toutes les demandes de Netflix en termes de prestations techniques. Ce qui, finalement, quand on doit prospecter en France, mais également à l’international, est notre meilleure carte de visite !

 

Pour tout ce qui concerne la traduction, le sous-titrage, le doublage, restez-vous sur de l’humain ? Y a-t-il de la traduction automatique ?

Non, pas de traduction automatique. D’ailleurs, il s’agit d’un savoir-faire français, ce n’est jamais de la traduction littérale, il y a un vrai travail d’adaptation, pour tenir compte, en sous-titrage, du fait qu’on lit moins vite un sous-titre que l’on ne parle et en doublage pour adapter le texte aux mouvements de lèvres (doublage lip-sync). Justement, avec l’arrivée de plates-formes comme Netflix, les Américains se sont rendu compte qu’il n’y avait pas qu’aux États-Unis qu’on faisait de l’audiovisuel, de belles séries. Et comment s’en sont-ils rendu compte ? C’est qu’une série espagnole comme Casa de Papel, à partir du moment où elle est doublée en anglais, avec les méthodes de travail françaises – c’est-à-dire en faisant attention au lip-sync – on ne fait pas de différence entre une version originale et une version adaptée ! Ils ne connaissaient pas la bande rythmo, mais maintenant oui ! Et avec cette qualité de doublage et sous-titrage, les programmes voyagent mieux.

 

Pas de traduction automatique donc, mais utilisez-vous d’autres outils ?

On peut être amené à utiliser des outils de « speech to text » quand nous n’avons pas le script original de l’œuvre à localiser. Dans ce cas, nous utilisons ces technologies qui permettent de reconstituer à 80% la liste des dialogues originaux et l’adaptateur n’a plus qu’à se concentrer sur la correction et la modification des 20 % restants, ce qui est donc d’une grande aide et un gain de temps pour l’adaptateur.

 

Combien de collaborateurs compte en tout Hiventy ?

Nous sommes 370 personnes à temps plein dans le groupe dont 199 salariés en CDI en France et 78 free-lance auxquels nous faisons appel lors de pics d’activité. La répartition géographique est la suivante : 277 en France ; 18 en Pologne ; 44 au Vietnam et d’ores et déjà 31 en Afrique.

 

Pour un chiffre d’affaires… ?

En 2019, il s’est élevé à un peu moins de 40 millions. Il était attendu en hausse en 2020, mais la crise de la Covid est passée par là. Le chiffre d’affaires 2020 devrait donc être en baisse de 15 % par rapport au budget. Heureusement, toutes les mesures mises en place par le gouvernement pour les entreprises, et notamment les entreprises en lien avec la culture, ont permis de préserver notre trésorerie, mais il ne faudrait pas que la crise sanitaire dure trop longtemps.

 

Vous diriez quoi en conclusion ?

Mon sujet est de faire prendre conscience à tout l’écosystème que sans nous et sans la qualité de notre travail, le sérieux dont nous faisons preuve, eh bien les œuvres ne sortent pas, ne voyagent pas ou ne durent pas. Hiventy veut vraiment s’inscrire en tant que tiers de confiance pour les producteurs, les distributeurs, les vendeurs internationaux et les diffuseurs, mais aussi les plates-formes qui sont souvent les quatre à la fois.

Grâce à nos compétences et à nos installations, nous permettons à une œuvre de voir le jour en étant garants de sa bonne fin en sécurisant les rushes et en permettant de les monter. Nous permettons à une œuvre d’être vue par le plus grand nombre sur tous types d’écrans (cinéma, DVD/BR, TV, plate-forme…) et dans tous les pays, mais aussi d’être visible dans la durée en la conservant et en la remettant au goût du jour en la restaurant et tout cela dans le respect des normes internationales techniques et de sécurité les plus exigeantes.

On n’a jamais créé autant d’œuvres audiovisuelles à travers le monde, avec une forte exigence de qualité et un fort besoin que ces œuvres soient diffusées largement, on a donc besoin de plus en plus de nos compétences. Il n’y a alors aucune raison pour que nous ne retrouvions pas le chemin de la croissance et de la rentabilité.

 

LES ÉQUIPEMENTS

Deux salles d’étalonnage avec projection cinéma.
Deux salles d’étalonnage sur moniteur professionnel 4K.
Trois auditoriums de mixage dont un équipé Atmos Cinéma, un dédié pour les programmes TV et un pour le doublage.
Deux studios de bruitage.
Quatre studios de postsynchronisation
Une salle de montage son.
Une salle de voice over.
Six salles de vérification.
Quatre salles de simulation de sous-titrage.
Plusieurs plateaux de restauration image et son (diamant), création et mastering DVD Blu-ray, création SVOD…

 

QUELQUES TRAVAUX RÉCENTS DE RESTAURATION

  • Total Recall, Le cercle rouge et Les trois jours du Condor pour Studiocanal
  • La Haine pour Le Pacte/Studiocanal
  • Tango, Tandem et Monsieur Hire de Patrice Leconte pour Pathé
  • Madame Bovary, Merci pour le chocolat et La Fleur du mal de Claude Chabrol pour MK2
  • L’Avventura d’Antonioni pour Lyre
  • En post-prod, nous attaquons le dernier film de Céline Sciamma, Lilies.
  • Pub Valentino Lady Gaga (Iconoclast)…

 

POSTPRODUCTION DE DOCUMENTAIRES

  • PLTV – World’s most wanted – 5 x 52’ – Netflix
  • Roche Productions – Ku Klux Klan, une histoire américaine – 2 x 52’ – Arte
  • Cinétévé – Les coulisses de l’Histoire – 6 x 52’ – Arte
  • Capa Presse – L’odyssée de l’écriture – 3 x 52’ – Arte

 

POSTPRODUCTION DE FICTION TV

  • Fontaram Productions – Meurtres à la Pointe du Raz – 1 x 90’ – France 3
  • Beaubourg Stories – Balthazar S3 – 8 x 52’ – TF1
  • France.tv studio – Alex Hugo #18 – 1 x 90’ – France 2
  • UGC Fictions – La Traque – 1 x 90’ – TF1

 

POSTPRODUCTION ANIMATION

  • Miraculous New York : Les Héros unis produit par Method Animation (groupe Mediawan).
  • Wolfwalkers produit par Cartoon Saloon et Folivari.
  • Petit Vampire produit par The Magical Society by Joann Sfar.
  • Ernest et Rebecca, série produite par Media Valley. Gestion des enregistrements des voix françaises, le sound design, le mixage, les masters vidéo et les livraisons des Pad TF1.

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #39, p. 62-68. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.

 

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