La société a récemment « boosté » son infrastructure technique et poursuit son développement, notamment sur la fiction pour les chaînes et les plates-formes. Une interview de Guillaume Bossu, directeur technique et cofondateur de À la plage Studio.
Vous avez cofondé avec Christophe Le Mer le studio de postproduction À la plage. Comment, quand et dans quel état d’esprit le projet est-il né ?
Christophe et moi-même nous sommes connus au Studio l’Équipe, la petite succursale française du laboratoire de postproduction belge. Après notre départ de la société, nous avons entretenu un étroit relationnel avec nos clients. Toutefois, pour mener à bien certains projets, il nous fallait des locaux.
Fin 2015, Christophe a appris par un ami que le local où nous nous trouvons, rue Delta à Paris, était libre. Très vite, nous nous sommes dits qu’il serait intéressant de nous y installer. Nous pourrions répondre à la demande de nos clients, autrement dit, faire de la prestation son et image. Nous avons travaillé le projet, réalisé qu’il était possible d’installer, à l’étage, cinq salles de montage image en profitant de la lumière et, au sous-sol, trois salles de montage son, un audi de mixage et un autre d’étalonnage. Nous avons entamé des travaux très rapidement.
En mai 2016, nous avons occupé les locaux et accueilli nos premiers clients le mois suivant. Nous investissions les revenus réalisés dans la poursuite des travaux pour nous agrandir. Et l’entreprise s’est développée ainsi. Début 2017, nous disposions déjà de notre audi de mixage et d’une station d’étalonnage.
Une anecdote à ce sujet : c’est un seul et même réalisateur, Ludovic Bernard, qui a inauguré chaque salle : montage image, montage son, audi de mix et audi d’étalonnage. Depuis, il nous est fidèle, appréciant notre concept d’avoir tout au même endroit. Tous les prestataires détiennent à peu près les mêmes machines. C’est pourquoi nous cultivons le service, mettant en avant notre service Premium. Au moindre souci, nous sommes présents pour conseiller et répondre aux questions qui se posent.
Vos stations de montage sont-elles reliées ?
Dès le départ, nous avons équipé nos salles de montage image d’une solution de stockage Avid Nexis. Nous les avons dimensionnées pour traiter trois ou quatre séries, sans problème de place. Et puis les séries ont explosé, très demandeuses de pouvoir tout concevoir au même endroit, rendant ainsi la gestion plus simple. Il nous manque actuellement un deuxième audi de mix. Les séries recherchent de plus en plus à disposer de deux audis de mix tournant en parallèle afin de diminuer le temps de fabrication des épisodes.
Votre équipement se veut-il hétérogène avec des produits Avid comme Media Composer et Pro Tools ?
Oui, absolument, nous avons opté pour des outils mainstream afin de nous assurer que n’importe quel technicien intermittent qui vient chez nous ne se trouve pas dépaysé par le matériel utilisé. Les produits Avid, en fiction, sont ce qu’il y a de plus répandu, et Pro Tools est carrément incontournable. Pour l’audi de mix, nous avons choisi une Euphonix S5, qui permet à ceux qui le désirent de travailler avec en mode console, en mode télécommande de Protools ou les deux. À l’époque où nous avons acheté la console S5, la S6 sortait tout juste et n’était pas encore bien adaptée à nos besoins. Aujourd’hui, tout a changé, tout le monde est en S6. Si nous ouvrons un deuxième audi de mixage, nous l’adopterons.
Avez-vous assez de place pour ouvrir ce deuxième audi ?
L’idéal serait de trouver un autre local où nous installerions la salle d’étalonnage et l’audi de mix actuel. Nos deux audis de mix pourraient se trouver au même endroit, avec les mêmes configurations, les mêmes volumes. Il s’agirait de deux audis jumeaux pour faire de la série. Du coup, nous aurions un bâtiment davantage dédié au son, ce lieu-ci plus à l’image, un autre endroit où nous disposerions d’une salle d’étalonnage un peu plus grande et d’autres salles de montage image. Nos salles de montage doivent tourner à plein régime pour nourrir l’étalonnage et le mixage.
Une seule salle d’étalonnage vous semble-t-elle suffisante ?
Pour l’instant, l’étalonnage concerne surtout le long métrage, le grand écran. C’est bien d’avoir cette salle qui sert aussi à nos clients en montage pour réaliser des projections, voir leurs images en grand, donc différemment. Pour de l’étalonnage télé, nous n’avons pas vraiment besoin d’une salle comme celle-ci. Nous avons adapté une salle de montage un peu polyvalente, plus typée étalonnage TV. On peut y faire des SFX, de l’assistanat montage si besoin.
Nous disposons de deux ou trois salles polyvalentes qui nous permettent de nous ajuster en fonction de la demande. Une salle de montage image peut se transformer en salle de montage son. Les séries sont très avides de salles de montage image mais, en comparaison, passent finalement peu de temps en étalonnage ou en mixage. Une série occupe fréquemment trois ou quatre salles de montage pendant des mois et des mois, mais deux ou trois semaines seulement une salle d’étalonnage. Le rapport n’est pas du tout le même. Nous disposons ici de neuf salles de montage auxquelles s’ajoutent cinq autres de l’autre côté. Pour continuer à faire beaucoup de séries, il nous faut davantage de salles montage image, d’où notre recherche d’un nouveau local.
En ce qui concerne les audis de mix, êtes-vous également sur du classique ? Faites-vous du 5.1 ? Regardez-vous du côté de Dolby Atmos ?
Nous sommes trop petits pour du Dolby Atmos. À la fabrication, il faut le penser. Je comprends son intérêt quand il s’agit de gros volumes mais, dans les volumes dans lesquels nous travaillons, cela ne vaut pas le coup. Nous avons du 7.1, mais en vérité nous faisons beaucoup de 5.1, voire de la stéréo pour la télé. Certains films ont d’autres besoins mais d’autres prestataires sont là pour répondre à leurs demandes. Nous n’avons pas vocation à tout faire ! Prestataires et films sont assez nombreux pour que chacun puisse travailler correctement, faire ses choix. Il est aussi possible d’utiliser nos audis en premix et finaliser dans un audi plus grand comme l’ont déjà pratiqué deux ou trois films.
En salle d’étalonnage, êtes-vous sur DaVinci, la solution de Blackmagic ?
Oui, n’importe quel étalonneur travaille sur du DaVinci. Les étalonneurs sont moins après des outils plus poussés comme le FilmLight. J’ai le sentiment que Baselight se positionne davantage cinéma alors que DaVinci peut tout faire. On apprend vite à l’utiliser, voire on se forme chez-soi. Il y a même des chefs op qui s’y mettent un peu, ce qui complique quelque peu la gestion avec l’étalonneur… Pour le coup, nos équipes ne comprennent pas d’étalonneurs en fixe mais en free-lance. Dans ce métier, prédomine la mouvance. Bien souvent le chef op a la volonté de travailler avec untel ou untel, ce que nous respectons, tout en disposant d’un pool d’étalonneurs avec qui nous travaillons régulièrement.
Le DaVinci est-il aussi relié sur du Nexis ?
Non, le Nexis ne sert vraiment qu’au montage image. Par contre, en ce qui concerne l’étalonnage, nous avons commencé avec des Terrablock de Facilis qui étaient de bonnes machines. Nous les avions récupérées chez Nightshift qui les détenait de chez Aranes (ça remonte…) D’ailleurs, au début de notre activité, nous avons repris beaucoup de matériel d’occasion.
Cette année, nous changeons nos infrastructures afin de répondre à la demande grandissante de projets en Ultra HD. Nous avons ouvert les tuyaux, passant à 25, 50 et 100 gigabits dans le cœur du réseau. Nous avons acquis une solution qui s’appelle RozoFS, une évolution de NAS. Elle est plus qualitative et nous permet d’avoir des débits pour supporter trois flux non compressés en UHD et faire nos conversions, lire en temps réel, en séquences images. Nous avons vraiment la même simplicité, le même confort qu’avec la HD. Nous peaufinons actuellement l’installation.
C’est là-dessus qu’intervient la société AvantCam…
Exact, très souvent AvantCam propose de bons produits. C’est comme ça que j’ai acheté du Facilis quand j’étais chez Studio l’Équipe. RozoFS, ce sont des Français, installés à Nantes. Ils savent de quoi ils parlent quand ils parlent de débit, de serveur, contrairement à d’autres fabricants où tout est packagé et qui vous disent simplement : « C’est bien pour vous », sans vous expliquer pourquoi. L’équipe de Rozo prend la machine à distance et voit exactement où et ce qui coince. Leurs outils de diagnostic sont plutôt élevés pour tout gérer. C’est un vrai confort ! Quand on achète un produit, il est primordial de disposer d’un support digne de ce nom, de ne pas être un simple ticket d’incidents mais figurer dans la partie.
Et d’avoir des interlocuteurs qui savent ce qu’est l’image…
C’est ça. Ils travaillent pour la Fox, ils ont mis les premiers serveurs chez Fox TV et n’arrêtent pas d’en installer. La société est française, sa technologie brevetée s’est beaucoup exportée mais demeure curieusement peu connue en France. Studio l’Équipe en Belgique et Umedia l’utilisent un peu différemment de nous.
Avez-vous installé Mediacomposer sur PC ou Mac ?
Nous sommes sur Mac. Au tout début, j’avais des PC parce qu’une majorité de professionnels, notamment aux États-Unis, les utilisent. J’ai toutefois arrêté d’essayer de lutter contre les monteurs français qui veulent pour la plupart du Mac. J’ai abdiqué ! Nous sommes passés sur Mac. Cela fonctionne bien, même si je pense que le système est un peu moins stable sur Mac que sur PC. Au fur et à mesure des années, on arrive avec des patchs à obtenir quelque chose de plutôt stable. L’important est que les monteurs soient contents des machines et que tout roule !
Quels sont vos fournisseurs ?
CTM Solutions nous suit depuis le début. Nous avons un très bon contact avec Julien Coeffic qui s’occupe chez eux de la location ; il nous accompagne et nous aide. Nous avons acheté tout notre matériel de montage son et image chez CTM. C’est bien d’avoir un tel fournisseur qui dispose d’un grand parc de matériel et de bonnes connaissances. Tout petit, quand un matériel lâche, il est super appréciable d’avoir un loueur qui soit là, réactif, puisse rapporter la pièce qui manque. Nous sommes très satisfaits de CTM et là, comme ailleurs, ce sont les rapports humains qui sont importants.
Et il y a aussi, bien sûr, Basile Glaize d’AvantCam qui me suit depuis très longtemps. C’est un fournisseur qui a l’énorme avantage d’avoir une relation très direct avec les fabricants et à la capacité de mettre en place des partenariats avec ces derniers pour répondre à des problématiques complexes liés à notre secteur avec un support spécifique pour chaque solution.
Nous utilisons également la solution ADA d’Atempo pour le stockage longue durée sur LTO. J’ai rapidement vu les bénéfices de la solution d’Atempo. J’ai tout de suite été conforté dans l’acquisition de cette solution en raison de ses performances et de sa transparence. La solution offre une gestion simple, avec des informations pratiques sur le temps et la vitesse de stockage. Nous avons gagné en sérénité avec une automatisation qui s’exerce en toute transparence et qui s’est traduite par un véritable gain de temps pour nous
Côté séries, avec qui travaillez-vous ?
Beaucoup de producteurs français mais des opportunités de travail se présentent avec Netflix ou Amazon. Nombre de nos projets leur ont été vendus après coup mais nous n’avons pas encore assuré de productions pour eux en direct. Nous avons deux ou trois projets de fictions ou de documentaires qui pourraient se faire avec Netflix ou Amazon. Nous avons vu ces plates-formes arriver il y a deux ans mais, maintenant, leur présence est beaucoup plus concrète. Nous avons actuellement une sorte de fil rouge de meurtres, de crimes, etc., pour ces téléfilms conçus sur France 3 pour vendre la région. Nous avons aussi travaillé sur des séries pour M6, France 2, Arte et un petit peu pour TF1. Dernièrement, nous avons contribué à une série qui sera diffusée sur Canal+.
Pouvez-vous citer quelques références…
Justement, nous venons de livrer à Canal OVNI(s), une toute nouvelle série composée de douze épisodes de trente minutes. L’image a un bon look, les personnages sont bien ancrés et j’aime bien l’histoire, une cour des miracles de découvertes d’ovni, de choses un peu paranormales. Pour M6, nous avons aussi terminé Ils étaient dix, autre nouvelle série qui sortira bientôt. Actuellement, nous travaillons sur la saison 2 de Mytho, une série qui est passée sur Arte et qui a été rachetée par Netflix. Nous avons aussi fait les deux saisons de Zone blanche pour France Télévisions, également disponible sur la plate-forme.
Travailler en direct pour les plates-formes exige beaucoup de sécurité…
Justement cette année, en mettant le réseau en place, j’ai fait appel à un ingénieur réseau afin de rajouter plus de sécurité sur la partie informatique et aussi un peu de sécurité dans la partie physique. Nous avons déjà placé les caméras à droite à gauche, revu les accès. Après tout, le jeu c’est que ce soit sécurisé mais pas pénalisant pour les personnes qui travaillent. Nécessiter un badge pour ouvrir cinquante portes avant d’atteindre les toilettes, c’est compliqué ! Nous essayons de conserver un environnement sympa comme à la maison, de ne pas trop complexifier les choses qui n’ont pas à l’être. Il faut que notre personnel se sente bien et puisse travailler sereinement.
Quid du long métrage ?
Dernièrement, nous avons travaillé avec Ludovic Bernard qui réalise pratiquement tous ses films avec nous. Nous n’avons pas collaboré à son premier film, L’Ascension, avec Ahmed Sylla qui monte l’Everest, mais bien sur tous les autres : Mission Pays Basque, Au bout des doigts avec Lambert Wilson et Kristin Scott Thomas. Ce dernier a été beaucoup vendu à l’étranger.
Entre séries et longs métrages, quel est le rapport ? Est-ce du 80-20 ?
Notre production de documentaires ou clips est assez anecdotique. Nous nous basons clairement sur la fiction. Nous associons toujours le montage image, à une prestation de mix ou d’étalonnage pour une question de rentabilité. Le montage image est vendu presqu’au prix de la location du matériel et du lieu. Il faut donc, et je pense qu’il en est de même au sein des autres sociétés de postproduction, proposer une prestation de mastering à la fin pour que ce soit correct.
En long métrage, ces derniers temps nous avons fait pas mal de son, montage image, montage son et mixage. Autrement, nous gérons aussi tout ce qui est DIT, c’est plus même des labos nearset c’est vraiment le labo qui se déplace sur le tournage. Il récupère les rushes, transcode, sauvegarde, fait de la synchro, envoie les delays sur place. En fonction de l’accès, il nous renvoie les transcodages et les rushes si c’est possible. Comme la synchro est faite sur Avid, ce projet peut être récupéré directement par le monteur ou l’assistant. Si c’est une série, l’assistant a beaucoup de travail pour dispatcher les travaux. Sur un téléfilm, cela dépend s’il y a ou non beaucoup d’effets. La personne qui s’occupe du DIT peut revenir à la fin pour faire les sorties. C’est un service que nous proposons. Les techniciens intervenant sur ces sujets sont des intermittents. Ils ont souvent été formés chez nous, ils connaissent nos habitudes de travail.
Et d’où provient votre drôle de nom « À la plage » ?
Nous le devons à Christophe ! À une certaine époque, il avait des copains qui lui disaient : « Moi, je vais aux Bahamas ». Il ne s’agissait pas des îles mais de la société de son qui existe encore. Ils allaient travailler le son. Christophe trouvait cela sympa, cool. Du coup, nous avons repris l’idée. Nous n’imaginions pas le pouvoir marketing, l’impact, que ce choix allait avoir ! Aujourd’hui, le producteur ou l’assistant dit : « Cet après midi, je vais À la plage. Je vais finir mon film À la plage ». C’est drôle.
Et le nom des salles ?
Nous avions en tête de leur donner des noms de plages, mais n’avons pas encore réfléchi l’idée jusqu’au bout.
EASY ELEMENT
Sylvain Jardin, directeur de la société Easy Element, fondée en 2016 a été directeur technique du groupe Eclair pendant quinze ans. Il connaît bien les problématiques d’infrastructures informatiques, de workflows et d’interopérabilité. Il collabore régulièrement avec la société AvantCam.
« J’interviens sur différents cas de figures et profils d’entreprise. Dans certains cas les directeurs d’exploitation se retrouvent bloqués techniquement pour installer des machines. J’interviens en amont avec eux pour définir le cahier des charges, connaître leurs besoins en termes de performance, d’usages », précise Sylvain Jardin.
Concernant À la Plage, Sylvain et Guillaume Bossu ont travaillé de concert les deux axes prioritaires qui étaient d’augmenter la capacité de stockage et de pouvoir travailler sur des fichiers hautes résolutions en temps réel. Ils ont choisi la solution NAS Rozo FS, développée par une société française qui s’avère diablement efficace en termes de prix : la performance, mais qui nécessite un tuning approfondi lors de l’installation. « Nous avons fait une étude du réseau, du workflow, de l’intégration, de la mise en place du NAS avec un dimensionnement du réseau en 25, 50 et 100 Gb. »
Easy Elements ne vend pas de matériel, il s’adosse avec des fournisseurs et fait les recommandations nécessaires. Il travaille sur des solutions OpenSource, le but est d’avoir une solution robuste nécessitant le moins de maintenance possible. Il travaille actuellement sur de nombreux projets de remote en postproduction, un sujet dans l’air du temps.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #39, p. 74-77. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.
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