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On peut facilement imaginer le froid de nuit sur glacier, mais la caméra et les batteries ont parfaitement tenu (et nous aussi !) © Jonathan Viey

Tournage de nuit sur le Mont Blanc

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L’immense surface blanche reflète la lumière de l’astre, à tel point que l’on perçoit le monde environnant avec ses reliefs et ses ombres, sans avoir besoin de l’éclairer artificiellement, baigné d’une atmosphère très particulière, fantastique.

 

Jusqu’à présent, il était impossible de saisir ces impressions en vidéo. Les caméras n’étaient pas suffisamment sensibles pour capter ce que l’œil percevait. Quand j’ai lu les annonces de Sony à la sortie de l’Alpha 7S III, modèle dont les deux précédentes versions avaient déjà considérablement bouleversé le monde de la vidéo, cela m’a donné envie d’aller tourner une séquence de ride par une nuit de pleine lune sur les glaciers du Mont Blanc, les montagnes plus basses n’étant pas encore enneigées en ce début d’automne.

J’ai soumis l’idée à deux athlètes que je connais bien : Marion Haerty, triple championne du monde de snowboard freeride, et Liv Sansoz, championne du monde d’escalade, skieuse et alpiniste émérite : toutes les deux ont été emballées. Mon plus proche collaborateur, Jonathan Viey, s’est joint à nous avec son Panasonic S1H, excellente manière de comparer les performances de ces deux caméras entrant dans la même gamme et de compléter une équipe enthousiaste.

 

Le 31 octobre marquait l’apogée de la lune et même une « blue moon » puisque c’était la seconde de ce mois. Son lever était annoncé vers 18h, offrant un timing parfait après le coucher du soleil, et la météo était idéale : nuit claire sans vent, pas trop froide. Tous les éléments étaient réunis pour nous inciter à tenter l’aventure, ce que nous avons fait.

La France se reconfinait tout juste, mais nous avons profité du Skyway, le téléphérique sur le versant italien du Mont Blanc (le Monte Bianco donc), pour gagner de l’altitude sans effort. Nous avons laissé duvets et réchauds au refuge d’hiver de Torino où nous allions passer la nuit, histoire d’alléger des sacs déjà bien lourds car remplis de tout le matériel nécessaire sur ce terrain : cordes, crampons, piolets, peaux de phoque, kits avalanches et crevasses, doudounes chaudes… Profitant des derniers rayons du soleil, nous sommes ensuite partis repérer les lieux de tournage, aidés dans nos choix par une appli simulant la trajectoire de la lune.

Aparté pour les censeurs de service : nous sommes tous les quatre habitués au milieu montagnard et capables d’évoluer sur un glacier en toute prudence, nous n’avons fait que notre métier, sans prendre le risque de surcharger les hôpitaux de la région.

 

Sony France, à qui j’avais parlé de mon idée, m’avait envoyé quelques jours auparavant un Alpha 7S III avec de nombreuses batteries pour résister au froid et deux optiques : un 24-70mm F2.8 et un 24mm F1.4. J’avais pu discuter avec les chefs produits et effectuer de premiers tests autour de chez moi, mais il m’était difficile d’imaginer à quoi ressembleraient les images que j’allais pouvoir faire en pleine nuit.

Les premières impressions ont été très positives : exactement le gabarit de caméra que j’aime utiliser, ni trop grosse ni trop lourde mais suffisamment quand même pour donner confiance dans sa robustesse. Très bonne ergonomie, excellent viseur et écran tactile orientable, menus clairs, ce qui n’a pas toujours été le cas chez le fabricant nippon. Ceux dédiés à la vidéo offrent un vaste éventail de choix, avec des performances très poussées et des débits impressionnants.

Parmi les formats proposés, citons le XAVC-HS 4K (UHD) qui enregistre en 4 :2 :2 10 bits à des cadences montant jusqu’à 120p en base NTSC et 100p en base Pal avec enregistrement du son, ce qui est exceptionnel, et un réel atout pour filmer du sport. Le codec utilisé est le h265 pour le meilleur rapport qualité/taille, avec des débits qui montent à presque 300 Mbit/s. L’appareil est équipé de double-slots pour pouvoir enregistrer en interne sur deux cartes SD ou CF express, à condition qu’elles soient suffisamment rapides : une SD V90 est requise pour tourner à cent images par seconde, avec une carte plus lente il faut réduire la cadence. Une autre option permet de tourner en All-Intra avec des débits qui grimpent cette fois jusqu’à 600 Mbit/s et uniquement sur cartes CF express, les seules à pouvoir assumer de tels volumes de données.

Bien sûr, l’appareil a une sortie HDMI permettant d’enregistrer du Raw 16 bits sur un support externe, mais vous imaginez facilement que ce n’est pas envisageable pour un tournage en montagne. Sony ne fait pas le choix des résolutions, en se concentrant sur de beaux formats UHD plutôt que de monter jusqu’au 6K. Pour ce tournage, j’ai fait le choix du XAVC-HS UHD 100p, qui m’a permis d’enregistrer vingt-huit minutes de vidéo par carte de 64 Go.

 

L’Alpha nous met en garde et il ne faut pas se leurrer : ces fichiers sont redoutables pour les ordinateurs, aussi puissants soient-ils, et leur lecture manque de fluidité dans nos logiciels de montage. C’est sans doute pour faciliter ce workflow que Sony a rajouté la fonction S&Q, qui génère deux fichiers dans des formats différents. Par exemple, on tourne à cent images par seconde mais on crée un fichier à vingt-cinq en proxy pour une lecture aisée. Cela peut être très utile pour ceux qui vont seulement retravailler leurs fichiers sur tablette ou téléphone, mais comme j’avais prévu une postproduction sur ordinateur je ne m’en suis pas servi. J’ai généré mes proxies dans Premiere Pro directement.

En dehors de ces performances dans les formats, cadences et débits, l’Alpha 7S III séduit par sa sensibilité – à l’origine de ce projet de tournage – son autofocus et sa stabilisation. Il est équipé du nouveau capteur plein format Cmos Exmor R de 12,1 MP, couplé au processeur Bionz XR doté d’une puissance de traitement très élevée. Seulement 12 MP diront certains ? Insuffisant pour mes tirages photo ! Le choix n’a assurément pas été celui de la quantité mais de la qualité : on n’est pas dans la course au nombre de pixels, que ce soit pour la résolution vidéo ou pour le capteur. L’accent a été mis sur la taille de ces pixels, plus grands, pour améliorer la qualité visuelle et la sensibilité. L’Alpha 7S est de toute façon une caméra avant d’être un appareil photo, ce dont on ne peut pas se plaindre.

L’ISO natif est de 640 ISO et monte jusqu’à 102400, avec une plage d’extension de 80 à 409600 : c’est phénoménal ! J’ai testé la vision nocturne à de telles sensibilités autour de chez moi : le capteur voyait les montagnes qu’il m’était impossible de discerner à l’œil nu. Toutefois avec tellement de bruit que cela reste anecdotique et qu’il vaut mieux rester dans la plage non étendue, déjà suffisamment vaste. Le capteur fonctionne par paliers et on remarque étonnamment que l’image est meilleure à 16000 ISO qu’à 12800. La dynamique reste très bonne, 11 diaphs, jusqu’à 102400 ISO, soit au-dessus de beaucoup de caméras du marché.

En SLog3 et HLG3, à des sensibilités plus modestes, la plage est de 13 diaphs. Quand on tourne dans ces pictures profiles une Lut s’applique pour restituer une image en Rec709 sur l’écran et le viseur afin d’avoir un meilleur confort au tournage. Attention néanmoins, le rendu est plus lumineux que ce qu’on obtient réellement dans le fichier et j’ai eu tendance à sous-exposer mes plans, qui sont sortis pour certains quasi-inexploitables en postprod alors qu’ils me semblaient bons dans le viseur, à l’enregistrement comme à la relecture. Jonathan a eu le même souci avec son S1H, donc on peut penser qu’il s’agirait d’un effet général plus que propre à une marque, lié aux différences de rendus entre les petits écrans (dont nos téléphones font partie) et les plus grands.

 

Un point sur lequel l’Alpha 7S III m’a impressionnée, alors que je ne m’y attendais pas, c’est son autofocus. Je n’ai jamais trop fait confiance aux automatismes et surtout pas ceux de la mise au point. Le test du Nikon Z7 m’avait déjà étonnée sur ce point-là et j’avoue avoir été vraiment séduite.

L’autofocus fonctionne hyper bien et ce, même en basse lumière. Il a fallu que mes rideuses éteignent leurs lampes frontales et évoluent à la seule lumière de la lune pour que le point se mette à pomper, le reste du temps (qui correspond à 99 % des situations habituelles) il fonctionnait parfaitement. Dans le menu, on choisit la sensibilité du contrôleur et la vitesse de rattrapage de point, ce qui donne des rendus très « humains ».

Une fonction de tracking permet de garder l’œil net sur un visage ou de sélectionner un objet sur l’écran pour que le focus le suive dans ses mouvements. À chaque tutoriel que j’enregistre, je galère pour faire la mise au point sur moi, ce qui ne serait pas le cas avec cet appareil : un élément intéressant pour tous ceux qui se filment eux-mêmes.

 

Autre avancée notable : le processeur analyse les mouvements de la caméra et les compense de manière optique, offrant une stabilisation qui fonctionne bien pour tourner à main levée, jusqu’à 50 i/s, le mode actif ne fonctionnant pas au-delà (mais l’intérêt étant moindre pour les plans au ralenti). Ce n’est pas aussi efficace qu’un stabilisateur, mais ça permet de s’en passer quand on ne recherche pas des travellings extrêmement fluides.

J’ai eu beaucoup de plaisir à profiter de tous les atouts de l’Alpha 7S III lors de ce tournage nocturne, avec la sensation qu’on peut désormais créer des images impossibles à faire il y a seulement quelques années en arrière. Ce gabarit de caméra est idéal pour mon utilisation, puisque j’ai pu la garder accrochée à la bretelle de mon sac à dos (avec l’accessoire Peak Design) pour skier et être prête à tourner à chaque instant.

Sony m’avait prêté quantité de batteries et j’avais pris en plus une grosse power bank – puisque l’appareil peut se recharger via le port USB-C – mais au final je n’ai utilisé qu’une batterie et demie, malgré le froid qu’on peut imaginer sur un glacier en pleine nuit.

 

Que citer d’autre ? Le lever de lune derrière le Cervin (sommet suisse que connaissent tous les amateurs de Toblerone), la montée sous la Dent du Géant, le cri émerveillé de Marion quand elle a vu nos ombres se détacher dans le clair de lune sur le versant d’en face, les virages face à un Mont Blanc illuminé par une clarté laiteuse, le bonheur de toute l’équipe en partageant un moment magique, le Prosecco au refuge pour améliorer nos rations de nourriture lyophilisée et célébrer la vie…

J’aime quand les caméras nous incitent à innover, à essayer de nouvelles choses. Les évolutions technologiques élargissent constamment le champ des possibles, en repoussant toujours plus loin les limites de ce qui est faisable. Les performances se rapprochent de plus en plus de celles de l’œil, jusqu’à les dépasser parfois.

J’ai l’impression que la période est particulièrement riche en innovations qui rendent les caméras de plus en plus excitantes. Difficile de faire son choix entre des modèles tous plus attirants, tant l’évolution semble continue et toujours plus prometteuse, mais parmi eux j’avoue avoir été particulièrement séduite par cet Alpha 7S III.

Vous pouvez vous faire votre propre idée en allant voir la vidéo tirée de ce tournage sur mes réseaux sociaux. Rendez-vous à la prochaine pleine lune ?

 

Article paru pour la première fois dans Moovee #6, p.17/19. Abonnez-vous à Moovee (6 numéros/an) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.

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