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Le système Mars T1000 de chez Hollyland, un bon rapport qualité prix. © DR

Les systèmes d’intercoms et les « tally »

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J’ai eu la chance de travailler souvent avec des moyens techniques et des prestataires comme AMP Visual qui m’ont toujours apporté un vrai confort de travail dans des cars régies super sophistiqués et équipés de matériel au top mais souvent totalement inaccessibles pour la production orientée Web.

Au-delà des caméras, optiques, micros, câbles et mélangeurs, un des outils qui peut paraître anecdotique au premier abord mais qui est essentiel à la réalisation multicaméra, ce sont les « intercoms ». Sans intercom, impossible de diriger son équipe pendant une captation, le réalisateur a besoin de communiquer, donner des ordres aux cadreurs principalement pour varier les valeurs de plans et être toujours au plus proche de ce qu’il se passe sur le plateau.

 

Si cette pandémie a anéanti bien des perspectives pour le spectacle vivant, elle ouvre un champ des possibles assez incroyable pour le streaming et les constructeurs comme Blackmagic design qui font un véritable carton avec leurs systèmes basés sur leurs mélangeurs Atem. Les trois Atem mini sont en rupture de stock systématique depuis leur lancement il y a un an et les modèles les plus onéreux sont aussi de plus en plus difficiles à trouver.

Une fois que vous avez les caméras, le mélangeur, un peu de son et un peu de lumière, le réseau d’ordre et les « tally » seront la première pierre qui manquera à votre édifice et, pour en avoir fait la cuisante expérience, ils sont indispensables !

La communication entre le réalisateur et ses cadreurs est également indispensable pour avoir un résultat à la hauteur de vos espérances. Blackmagic propose un système de réseau d’ordres intégré à ses mélangeurs à partir de l’Atem Television Studio HD et ceux au-dessus, mais il reste assez rudimentaire et ça passe par des systèmes de double câbles BNC SDI ou par de la fibre optique via des convertisseurs.

Les bons vieux systèmes filaires sont toujours efficaces mais sont quand même contraignants et à l’ère du sans fil, il est difficile d’imaginer un câble en plus à gérer.

 

Parmi les critères qui font pour moi qu’un système d’intercoms est bon ou pas, il y a principalement la qualité audio, l’isolation phonique du casque et du micro permettant de travailler dans des univers comme la scène où les retours des musiciens sont parfois très forts sur scène. La facilité de mise en œuvre et une bonne portée radio comptent également. L’autonomie des batteries est aussi un critère essentiel.

L’offre n’est finalement pas très vaste du côté des produits accessibles, pourtant elle est assez vaste chez les équipementiers dits « broadcast ». Ce n’est donc pas simple de s’y retrouver et faire les bons choix peut paraître un vrai parcours du combattant.

 

Parmi les offres qui ont attiré mon attention, on trouve le système Mars T1000 de chez Hollyland. Celui-ci m’a semblé très intéressant, d’autant plus que j’aie réussi à avoir une unité en test pour vous écrire cet article. Après plusieurs mois d’utilisation, même s’il n’est pas exempt de défauts, j’apprécie sa simplicité de mise en œuvre et son efficacité.

Le kit est composé d’un boîtier central et de quatre boîtiers à fixer à la ceinture ainsi que cinq micros casques : c’est vraiment un dispositif pratique. Le réalisateur peut ainsi se brancher via le mini jack à la centrale et diriger une équipe de quatre personnes. À noter qu’il est possible d’étendre le système via un câble pour brancher une deuxième unité.

La centrale, un boîtier format demi rack, est vraiment très simple et la qualité de fabrication plutôt correcte pour le prix. Il est possible de l’alimenter via un adaptateur secteur ou via deux batteries de types Sony F. Le constructeur annonce vingt heures d’autonomie sur une batterie de type F970. Les récepteurs intègrent une batterie qui peut se recharger via un port USB type C et assurent huit heures d’utilisation.

Sur la face avant, un écran Oled indique le niveau de batterie, la qualité de la liaison mais également si le micro de l’opérateur est ouvert ou pas. Un bouton de volume, un petit « trèfle » pour naviguer dans les menus, un bouton d’alimentation et un bouton de volume pour le micro/casque du réalisateur font que l’interface est vraiment basique mais permet l’accès à l’essentiel. Un bouton « remote kill mic » permet de couper tous les micros des opérateurs ce qui est fort pratique ! Combien de fois j’ai hurlé : « Coupez vos micros » lors de captations de concerts de rockeurs amoureux de leurs gros Marshall 3 corps !

La qualité de la transmission du signal audio est plutôt correcte mais il manque selon moi un élément essentiel : la sensibilité du micro n’est pas réglable. Ce n’est pas préjudiciable mais dans des environnements de travail comme les concerts, par exemple, ça peut être délicat.

 

L’autre fonctionnalité intéressante c’est la possibilité de transmettre, via un petit câble et une Led optionnelle, un signal de tally ce qui fait cruellement défaut aux petits dispositifs d’entrée de gamme. Je n’ai malheureusement pas pu tester cette fonction pour le moment, il faut passer par le boîtier Blackmagic Design appelé « GPI/Tally interface » et un câble spécial du côté du boîtier central des intercoms de Hollyland.

Ce système permet d’interfacer ainsi votre mélangeur à l’émetteur principal et la lampe Led Tally se branche en mini-jack au bout du boîtier récepteur. Ça fait des câbles à gérer, mais c’est simple et efficace.

Le boîtier de la centrale dispose de quatre ports USB et le kit est livré avec quatre câbles permettant de recharger les boîtiers récepteurs. Il est par contre nécessaire de laisser la centrale allumée pour qu’elle recharge les boîtiers ceinture !

En plus du port XLR, on trouve quatre broches destinées à l’alimentation sur le côté. Il est possible de raccorder le Mars T1000 à un autre système via un port RJ45.

 

Côté portée, c’est plutôt très bon. Le constructeur annonce trois cents mètres à vue ce qui me semble tout à fait possible, même dans des environnements compliqués au niveau de la transmission radio. Je n’ai pas eu de problèmes, y compris à travers des murs qui ne doivent pas être trop épais quand même. La transmission est plutôt claire et efficace.

Certes, la qualité audio n’est pas formidable mais c’est suffisant pour être compris. Et, à l’heure où un simple casque/micro de chez Telex coûte à peu près le même prix que ce dispositif complet, je suis totalement conquis par le rapport qualité/prix de ce produit. Il est vraiment pratique, fait ce qu’il doit faire et le fait plutôt bien. Les casques ne sont pas désagréables à porter, même si on les garde longtemps sur les oreilles et le son reste très correct.

Le seul petit bémol serait pour moi cette impossibilité de régler le gain des micros car tout est automatique de ce côté-là. Petite suggestion : la possibilité de rentrer une source sonore extérieure, qu’on puisse mixer en écoute dans le casque, pourrait être un atout très intéressant. En effet, cela m’éviterait de travailler avec deux casques sur la tête, un pour écouter le son des concerts et l’autre pour le réseau d’ordres !

 

L’autre produit qui a retenu mon attention est un petit bidule assez génial qui permet de gérer des tally via le wi-fi ! J’utilise principalement des appareils photo comme caméra. J’aime l’esthétique de l’image issu de ces caméras « grand capteur » et je n’ai pas souvent la possibilité de tourner en Multicam, en Alexa 65 ou en Red Monstro, et ces boîtiers types Nikon Z, Sony Alpha, Canon R et autres Lumix S m’apportent beaucoup de satisfaction.

Néanmoins, ces caméras ne sont pas conçues comme des caméras plateau et la présence d’un tally indiquant au cadreur qu’il est « à l’antenne » est pour moi un des éléments les plus importants d’un dispositif multicam et, malheureusement, pour ce genre de produit le low cost n’est pas forcément très répandu.

J’ai trouvé une petite société hollandaise nommée Cuebi qui fabrique un produit très malin. Un simple bout de logiciel vous permet de programmer, en branchant en USB, des petits boîtiers récepteurs sur votre ordinateur. Pour se connecter en wi-fi sur les commutations de votre mélangeur, il suffit de renseigner l’adresse IP de votre mélangeur Atem sur votre réseau, renseigner les coordonnées du réseau wi-fi branché sur le même routeur, la bonne adresse IP du mélangeur et hop ! C’est quasiment magique !

 

Les boîtiers sont tout petits et proposent deux Led qui signalent, grâce à deux couleurs différentes, vert pour le « preview » et rouge pour le « program », le passage de l’un à l’autre. C’est tout simple et très efficace. L’alimentation se fait avec un simple câble USB et un boîtier sur piles est livré avec chaque boîtier Cuebi mais il existe des cibles DTap.

En plus des mélangeurs Blackmagic, les Cuebi supportent aussi ceux de chez Ross, Newtek, Roland, FOR-A, Panasonic, VMIX, etc.

Ce petit système est totalement évolutif puisqu’il supporte les mises à jour des firmwares des boîtiers récepteurs.

Plusieurs accessoires assez malins existent comme la big light pour avoir quelque chose de plus visible en cas de travail sur un plateau avec un présentateur. Le « viewfinder light » apporte une toute petite Led pouvant rentrer dans un viseur. Après plusieurs jours de test grandeur nature lors de directs de plusieurs heures, je suis totalement séduit. En revanche, ça consomme un peu de batterie mais si vous utilisez l’alimentation par le biais des boîtiers piles/batteries rechargeables, c’est terriblement efficace surtout pour le prix !

Ces deux équipements sont vraiment pertinents et ils permettront à de nombreux projets de régie mobile low cost dédiée au streaming d’émerger. Je suis totalement ravi de mes trouvailles, même si je continue à préférer le confort des jolis cars régie.

 

Après plusieurs productions avec ces dispositifs, je me rends compte combien nos métiers deviennent de plus en plus « orientés IP ». Les gros systèmes intercom passent par un protocole réseau, le son passe aussi de plus en plus par les câbles RJ45, sans oublier l’éclairage via le DMX et l’arrivée massive des caméras PTZ qui enfoncent le clou !

Aujourd’hui, je recommande à tout le monde d’apprendre à paramétrer une plage d’adresse IP sur un routeur car l’avenir des techniciens de l’audiovisuel passe par la maîtrise des protocoles réseau !

 

Article paru pour la première fois dans Moovee #6, p.32/33. Abonnez-vous à Moovee (6 numéros/an) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.

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