Médiakwest : Depuis combien de temps êtes-vous à la direction de Iron Mountain France ?
David Forest : Je suis arrivé en janvier 2020, soit il y a un peu plus d’un an, en pleine période Covid.
Avez-vous tout de même pu rencontrer des clients ?
Nous avons tous dû faire preuve de créativité. Le développement des téléconférences s’est accéléré tant pour nos salariés en travail à domicile qu’avec nos clients avec lesquels nous communiquons via Zoom ou autre, ce qui est déjà bien ! Nous sommes très impatients de reprendre le contact physique habituel, « old school », et que les choses reviennent un peu plus à la normale !
Faute de pouvoir nous rencontrer, nous voilà également à échanger par écran interposé… Pourrions-nous faire un point sur les activités et l’actualité de Iron Mountain ?
Iron Mountain Entertainment Services, plus connue sous son acronyme IMES, a pour principal objectif d’offrir à ses clients la préservation, l’accessibilité et la valorisation de leurs archives média avec l’idée de conserver notre héritage culturel collectif. Cet élément fort est une valeur de l’entreprise Iron Mountain. La préservation de l’héritage culturel global est dans nos gènes. À titre personnel, comme tout citoyen français, il s’agit là du sujet que je trouve le plus frappant. C’est ainsi que le groupe Iron Mountain travaille en partenariat avec la French Heritage Society (FHS) en finançant des restaurations du patrimoine global. Je vous donne un exemple : nous avons en cours de finalisation un grand projet de restauration avec la Bibliothèque nationale de France (BnF), notamment du salon Louis XV. Dans ce cadre, Iron Mountain contribue au financement de cette restauration, tant pour la bibliothèque elle-même, que pour l’ensemble des œuvres d’art et des peintures restaurées dans le cadre de ce grand programme ambitieux. J’espère que nous pourrons tous l’admirer lors de son ouverture en 2022. En tant que Français, je suis fier non seulement de travailler pour mon entreprise, mais aussi pour ce type de projet. Cela peut sembler un peu atypique côté business, mais il s’agit d’un marqueur fort de ce que représente Iron Mountain.
Comment s’équilibre aujourd’hui votre activité entre des métiers ou secteurs plus traditionnels et le monde des médias, plus justement la préservation en numérique de ces médias ?
Sur cette approche de préservation du patrimoine, l’élément numérique ne fait que croître. L’expertise d’Iron Mountain sur le sujet, de IMES en particulier, est très axée sur, d’un côté, la transition digitale des médias et, de l’autre, la sécurité et la pérennité des éléments produits. La sécurité s’appuie aujourd’hui sur la richesse et l’expertise de l’ensemble des salariés de IMES. Nous offrons un service complet, une préservation forte, physique, tangible et la capacité à nos clients de valoriser, réaliser, développer et utiliser leurs éléments.
Est-ce à dire que vous avez mis en place de nouveaux outils pour que vos clients puissent accéder rapidement aux archives ? Avez-vous des offres sur du stockage froid, tiède, chaud ? Sur ce point, quelles sont vos relations avec les chaînes de télévision ?
En 2020, l’un des axes d’investissement très forts de IMES France a été de développer notre solution de préservation numérique par la mise en place d’une plate-forme numérique « Smart Vault » accessible à nos clients. Pour vous aider à mieux cerner ce que leur apporte notre plate-forme, je vous donne l’exemple de deux clients.
Le premier, Point du jour, est une société de production audiovisuelle qui produit des documentaires, comprenant des éléments historiques, culturels. L’autre, Tony Comiti Productions, est à la fois agence de presse et de production, très fortement en relation avec les principales chaînes de télévision françaises ou internationales.
Pour ces clients, nous avons développé une solution sur mesure, sur notre plate-forme « Smart Vault », qui leur permet de conserver l’ensemble de leurs fichiers numériques à chaud qu’ils peuvent enrichir. Non seulement leurs éléments sont présents, sécurisés et accessibles rapidement, mais notre plate-forme leur offre toute une palette de services complémentaires. Les plus frappants, les plus parlants sont la possibilité que nous offrons de faciliter l’indexation des contenus permettant des recherches plus performantes. Nous avons mis en place des outils de recherche améliorés et intelligents pour que chacun trouve rapidement ses éléments, puisse ajouter si besoin des solutions de sous-titrage, de la transcription de dialogues, partager ses éléments avec des clients à distance sans forcément avoir à les livrer physiquement, puisse collaborer avec d’autres sur des commentaires, sur l’enrichissement du contenu associé à ces éléments. Nous offrons vraiment une solution maison, sécurisée.
En fait, tout se passe dans notre infrastructure à travers la plate-forme que nous avons développée en partenariat avec Limecraft. Laquelle est bien évidemment principalement fonctionnelle et très utile pour tout ce qui est partie média, vidéo et audio, mais pas que. On peut tout à fait utiliser des photos, des contenus, du matériel pas forcément du média, notamment des documents contractuels. Notre outil est puissant et adapté aux besoins de chaque client, tous n’ayant pas forcément les mêmes besoins. Nous disposons d’un socle comprenant un certain nombre de services fondamentaux qui répondent à l’ensemble des besoins opérationnels de tous. Chacun peut facilement centraliser ses médias, les sécuriser, les partager et y accéder rapidement afin de les valoriser.
Quand vous parlez d’outils en propre, est-ce sur la partie software ou sur le stockage ? Êtes-vous propriétaire de vos serveurs ou sous-traitez-vous ?
Nous avons mis en place notre propre infrastructure technologique. La partie logicielle est un mix entre des éléments effectivement propriétaires et notre partenariat avec Limecraft, bien connu sur le marché pour ses solutions.
Vous avez cité deux sociétés de production qui ont une certaine volumétrie, mais vos solutions peuvent-elles s’adapter à une structure de moindre envergure ? Vos outils sont-ils adaptables et taillés financièrement pour tout type de société ?
Oui, technologiquement parlant, il n’y a pas de limitation de notre côté pour pouvoir accepter un client qui aurait quelques centaines ou milliers d’éléments et un qui en aurait davantage ou moins. La logique de notre offre est en cohérence avec le volume confié en conservation, c’est la partie volumétrique qui constituera l’offre financière. Cela nous permet justement d’avoir quelque chose qui soit en ligne avec les besoins exprimés, pas une solution fixe sur laquelle quelqu’un qui n’aurait pas énormément de contenu ne trouverait pas son intérêt. Notre service est vraiment adapté, proportionnellement parlant, à la quantité d’informations que le client souhaite conserver, utiliser au travers de notre plate-forme.
Que répondriez-vous aux sociétés qui vous mettraient en concurrence ou se poseraient des questions par rapport à la prestation classique d’un Amazon ou Azur ?
La grande différence avec les solutions dont vous parlez et qui sont disponibles sur le marché, c’est qu’elles sont essentiellement attractives pour conserver. Ce que l’on ne vous dit que rarement, c’est que dès que vous aurez besoin de télécharger, vous aurez de la facturation complémentaire. Notre facturation est packagée sur la quantité que vous confiez à notre plate-forme, vous n’aurez aucune autre facturation si vous téléchargez un fichier. Très complet, notre outil répond à l’ensemble des besoins d’utilisation de nos clients.
Il s’agit en quelque sorte d’un « all inclusive »…
C’est all inclusive. Bien sûr, des options complémentaires d’IA ou ML sont proposées et s’enrichiront avec le temps. Mais notre concept fondamental demeure le libre accès aux contenus média que nos clients hébergent chez nous. Il leur est accessible en permanence, ils ont la capacité de pouvoir le lire, le partager, l’éditer.
Pensez-vous que les détenteurs de catalogues, les producteurs de contenu aient atteint une forme de maturité en matière de conservation et de stockage ou y-a-t-il encore beaucoup d’évangélisation à faire ?
Je ne suis pas un expert pour pouvoir vous répondre, mais mon sentiment est que l’évangélisation demeure toujours nécessaire. On aura toujours besoin d’expliquer aux clients pourquoi les solutions qui existent aujourd’hui et dont ils peuvent bénéficier sont intéressantes pour eux. Pourquoi, effectivement, la façon dont précédemment ils stockaient, « Je suis producteur, j’ai mon PC, je vais sur Amazon » ne correspond plus aux temps actuels. On l’a vu à travers l’événement Covid qui a obligé les distributeurs à retrouver des contenus très rapidement pour pouvoir les réutiliser de manière simple et sans perte. Ce genre de plate-forme répond à ce besoin.
La partie média est-elle un secteur stratégique pour Iron Mountain ou simplement un secteur de plus par rapport à la banque, l’aérospatiale et autres ?
Iron Mountain est un grand groupe international surtout basé sur la préservation multisecteurs : banque, assurances, etc. Néanmoins, ces derniers temps, Iron a réellement souhaité investir fortement dans la partie média. Le groupe a une forte volonté de créer une ligne business dédiée aux médias, tout simplement parce que cela fait sens. Nous avons toute une histoire, une valeur sur la préservation de tout ce qui est patrimoine culturel. Nous sommes, si je peux le caractériser ainsi, un élément excessivement fort globalement, avec des expertises qui s’expliquent par le savoir-faire de personnes ayant travaillé vingt ans (voire plus) dans le secteur technologique des médias. Elles se déploient notamment en France et localement avec une forte capacité de proximité. En local, nous sommes la petite PME très proche de ses clients, lesquels nous connaissent quasiment par nos prénoms, tout en bénéficiant de la force d’un groupe international qui a la capacité de pouvoir financer, investir dans les technologies.
En France, votre développement s’est fait notamment par du rachat d’entreprises locales, en va-t-il de même ailleurs en Europe ?
Aujourd’hui, en Europe, IMES est présent en France et en Angleterre. Il y a eu effectivement une création par acquisition d’entreprises en France puisque IMES a racheté en 2018 Capital Vision, et aussi par rachat en Angleterre.
Et vos « infras » sont-elles en partie locales ? Disposez-vous de data centers locaux ? Comment le tout est-il géré ?
Sur la France, nous avons investi fortement dans le développement de nos studios numériques. L’an passé, nous avons entièrement reconstruit notre laboratoire vidéo, refait nos infrastructures ce qui nous permet de disposer d’un ensemble d’éléments parmi les plus pointus technologiquement, d’avoir les plus hauts débits possibles pour les transmissions de bande passante. Nos capacités sont adaptées à l’ensemble des services que nous proposons à nos clients, tant sur la numérisation que l’archivage des fichiers. Tous ces investissements forts se font à travers des structures locales.
Vos concurrents sont-ils principalement des spécialistes du stockage ou les laboratoires traditionnels tels VDM ou Hiventy ?
En vérité, je ne vois pas de concurrent en mesure de fournir les mêmes services que nous. IMES a l’ensemble du périmètre de services, c’est cela qui nous différencie fortement et qui apporte une valeur forte à nos clients. Nous avons à la fois la capacité de conserver chez nous leurs biens physiques et de leur donner la possibilité de les récupérer, les cataloguer, être en mesure de les transformer, les numériser, les mettre sur les plates-formes digitales, enrichir leurs éléments, tout ça sans avoir à se balader dans tous les sens. C’est une valeur très forte, reconnue par nos clients.
Avec le Covid, toutes les activités globales de production, de live, se sont arrêtés et, du coup, est apparu un besoin instantané de trouver très rapidement des contenus pour pouvoir diffuser. Je sais que cela a été compliqué pour nombre de sociétés. Nous avons eu, quant à nous, la chance de ne pas ressentir cet arrêt d’activité. Bien au contraire, nous avons fait face à beaucoup plus de demandes de nos clients à la recherche d’anciens reportages à livrer en fichiers à diffuser ce que permet notre socle, notre offre complète de A à Z.
À combien de personnes s’élève votre équipe et quel est le nombre de vos clients en France sur le secteur des médias ?
Nous sommes une vingtaine de personnes fortement impliquées dans la relation avec nos clients, lesquels s’élèvent à quelques deux-cent-cinquante en France.
Comment travaillez-vous sur les fichiers ? Avez-vous opté pour un fichier pivot en particulier, un standard, un codec ? Quelle est votre philosophie ?
La technologie présente sur notre plate-forme « Smart Vault » est vraiment adaptée aux différents codecs du marché. Nous avons la capacité de travailler avec la plupart des standards de nos clients. Avec, évidemment, au niveau de la plate-forme, la capacité de générer des fichiers de visionnage ; des proxys qui permettent à nos clients de les visionner n’importe où depuis les différents browsers Internet. Notre entreprise a vocation de s’adapter aux besoins de nos clients.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #42, p. 78-80. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.




