Sened Dhab, directeur de la fiction numérique de France Télévisions, nous apporte ses lumières à ces interrogations au travers d’une dizaine de questions…
Pouvez-vous nous donner un aperçu de votre unité de production et nous expliquer comment elle fonctionne vis-à-vis de l’unité de fiction linéaire de France Télévisions ?
Nous sommes une petite équipe composée de cinq conseillers de programmes, coordinateurs et coordinatrices et des personnes qui réceptionnent les projets destinés à alimenter la plate-forme France.tv. Elle s’adresse avant tout à un public plus jeune que celui que touche notre offre linéaire.
France Télévisions est entrée dans le monde de la fiction numérique avec des formats courts de type Web séries, avec des budgets vraiment très limités telles que Le visiteur du futur, Mr. Flap, Martin sexe faible… Depuis trois ans, on est passé à la vitesse supérieure avec l’ambition de concurrencer Netflix, Amazon et les autres plates-formes. On se devait donc de créer une proposition de fiction à même de les concurrencer.
Cette année, nous avons produit dix saisons de séries, soit un volume horaire de cinquante heures. On était environ à quarante heures l’année précédente, trente-cinq l’année d’avant, nous progressons doucement mais sûrement…
Est-ce que vous pouvez nous donner des détails sur votre politique de production et d’acquisition ?
Nous ne faisons pas de production interne. Nous travaillons uniquement avec des producteurs. Nous fonctionnons avec des budgets d’environ 4 500 euros à la minute… Mais c’est une moyenne, certains projets sont plus chers que d’autres… nos séries coûtent le prix qu’elles doivent coûter !
On reçoit environ cinq cents projets par an et on en développe à peu près une dizaine avec méthodologie que j’appelle la démocratie dictatoriale ! Tous les projets sont lus par au moins deux conseillers de programmes différents. Ceux qui semblent intéressants après cette première lecture sont discutés en comité éditorial, une à deux fois par mois, selon la charge de travail. Là, tout le monde donne son avis et derrière, en réflexion avec les directeurs des antennes, je choisis les projets sur lesquels on se lance.
Généralement entre le moment où on dit « banco » et le moment où le projet est livré, on est sur des délais de six à sept mois, à quoi il faut ajouter au moins un an de développement en amont sauf pour les renouvellements de séries : on arrive à regrouper écriture, tournage et livraison en près d’un an…
Quelles sont à vos lignes force de thématique et les formats que vous recherchez ?
Avec le numérique, on n’est pas contraint par une grille ou des cases. Le seul cadre que nous nous fixons est de ne pas proposer de formats courts ou de manière très exceptionnelle. Mis à part cela au niveau du format, c’est plutôt l’histoire et le projet qui dictent les formats. Nous développons des séries 10×22, 8×26, 4×45 minutes et même au sein de ces séries, le minutage peut fluctuer. Il nous arrive de proposer des épisodes de 135 minutes d’autres de 18 minutes car le plus important pour nous, c’est que l’histoire soit racontée de la meilleure façon possible et le format s’adapte donc à l’histoire.
Parmi les projets les plus emblématiques que nous avons produits on peut citer Skam France, Mental, Stalk, Parlement… Ces séries montrent bien l’étendue thématique et de genres de l’offre.
Pour travailler avec vous quels sont les prérequis ? Et y a-t-il des thématiques qui vous séduisent plus que d’autres ?
Comme il s’agit de création, nous aimons être rattachés au projet assez tôt, idéalement depuis le développement. Pour ce qui est des thématiques, il y a des genres sur lesquels on ne va pas s’aventurer, comme l’anticipation, dans le style de Black Mirror, parce que c’est un peu la tarte à la crème de la création numérique. Nos concurrents le font déjà avec plus de moyens, donc aujourd’hui cela n’a pas de sens d’aller sur ces territoires… Mais nous sommes assez ouverts à toutes les possibilités et à tous les projets proposant un concept fort…
Les séries telles que Skam sont particulièrement bien finies… Au final, qu’est-ce qui différencie vos programmes des fictions pour le linéaire ?
La contrainte de produire avec des budgets limités nous oblige à réfléchir à de nouvelles façons de produire, plus efficaces, plus rapides. On fait notamment plus de répétitions pour limiter les prises sur le plateau, on travaille plutôt en cross boarding : on prend un lieu pour la saison et tourne toutes les scènes qui se passent dans ce lieu avant de passer à un autre…
On retrouve parfois des productions qui sont créées par l’unité de fiction numérique dans l’offre linéaire… Quelles sont les motivations ?
Oui, cela arrive parfois. Cela se produit au cas par cas. Il peut s’agir d’une promotion pour la série sur notre plate-forme, comme c’était le cas pour Mental quand la première saison est sortie. Parfois, c’est pour faire un essai comme nous l’avons fait avec Stalk sur France 2 en début d’année. C’est au cas par cas et l’on garde toujours dans nos contrats la possibilité de renégocier des droits linéaires de manière stratégique et ponctuelle. On réfléchit à cela avec la programmation des antennes au cas par cas.
Cet été vous étiez sur Série Séries pour présenter votre line up et plus particulièrement Diana Boss, l’une de vos séries phares de la rentrée…
Ce rendez-vous de Fontainebleau représente pour nous une possibilité d’échanger avec le public, de rencontrer des producteurs et des talents. Diana Boss est une série produite par La Belle Télé, destinée à être diffusée d’ici la fin de l’année. Cette série produite par la télé Sébastien Folin et Olivier Drouot et c’est censé ses diffuseurs, sera diffusée d’ici la fin de l’année. Elle relate l’histoire d’une jeune stagiaire qui entre dans un cabinet d’avocats en même temps qu’elle est rattrapée par son amour pour le rap et le freestyle. Elle va devoir jongler, faire des choix et en même temps se construire en tant que femme et arbitrer entre le monde du droit des affaires et le monde durable.
Vous travaillez avec des producteurs nouveaux entrants ?
Oui, l’une de nos missions est d’accompagner de nouveaux talents vers des projets plus grands et plus ambitieux. On travaille avec à peu près tout le monde, autant avec des grands groupes que des petits producteurs indépendants. Diana Boss était la première fiction produite par La Belle Télé. Voilà, encore une fois, on marche aux projets et aux personnes.
Quels seront les temps forts de la rentrée ?
On aura Hors de lui qui est sélectionné en compétition française à Séries Mania, la saison 2 de Stalk, la saison3 Des engagés et, présentée en séance spéciale à Séries Mania, Diana Boss. On vient par ailleurs de lancer le tournage de la saison 2 de Derby Girl, de la saison 2 de Parlement, ainsi que le tournage des nouvelles séries La meilleure moitié, Louis XXVIII et de Nina and the pig…
Pour repartir sur une nouvelle saison, vous vous basez sur l’audience ?
Non, nous sommes un service public, l’audience n’est donc pas notre motivation première ! D’autres facteurs sont pris en compte : l’impact, l’image, la capacité de conquête d’un public que l’on ne touchait pas avant, la proposition éditoriale…
Y a-t-il une série que vous affectionnez particulièrement ?
C’est comme si vous me demandiez quel est mon enfant préféré ! Non, j’aime toutes nos séries… Chacune d’elles a un objectif différent, une cible différente… Elles sont toutes aussi belles les unes que les autres !
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #43, p. 42-43
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