Le paysage de la diffusion des œuvres en numérique, et principalement celui des longs-métrages de cinéma traités ici (plus de 60 minutes), est encore largement en développement, d’où un indicateur basé sur les données fournies par la société Ampere Analysis, étendu aujourd’hui à 81 plateformes dans 48 territoires (contre 69 plateformes et autant de territoires en 2020).
Dans ce contexte évolutif et en croissance constante, il est satisfaisant de constater que les films français occupent un espace de plus en plus large. En trois ans, la présence des productions nationales au sein des plateformes dans le monde bondit de 2,4% en 2019 à 3,5% en 2020, pour atteindre 4,8% en 2021 (soit près de 2 900 films distincts, France exclue), derrière les États-Unis et l’Inde qui représentent respectivement 41,8 % et 8,4 % du catalogue des plateformes étudiées. À titre de comparaison, dans les salles des pays étudiés (données UniFrance 2020), les films français représentent 9,9 % du volume de sorties globales. Les films français sont donc deux fois plus représentés en salles qu’en SVOD.
L’Europe reste naturellement le premier territoire pour les films français avec 5,4 % de films français sur les plateformes SVOD en Europe occidentale et 6,3 % en Europe centrale et orientale. Bien qu’en augmentation, la présence des films français sur les plateformes SVOD en Afrique, au Proche et au Moyen-Orient (3,9 %) ainsi qu’en Amérique du Nord (2,9 %) reste la plus faible. Le top 10 des pays ayant la plus grande part de films français dans le monde est composé de 9 pays européens : trois pays d’Europe occidentale (l’Italie, l’Espagne et le Portugal) et 6 pays d’Europe centrale et orientale (la Roumanie, les Pays Baltes, la Russie et la Turquie). Les États-Unis n’arrivent qu’en 43e position (- 13 places par rapport à 2020) en termes de présence de films français au sein du catalogue des plateformes SVOD (3,1 %). C’est en Chine (2,3 %), Inde (2,2 %) et Indonésie (1,9 %) que la part des films français est la plus faible. En Amérique latine, le Brésil reste le territoire avec la plus grande offre de films français. Cette place de choix s’explique notamment par le catalogue de deux plateformes locales : Globoplay (12,1 % de films français, 121 titres français) et Looke (5,1 %, 160 titres français).
La double augmentation de l’offre, à la fois d’opérateurs et du nombre de titres proposés, profite aux films français. Mais, à l’exception de la plateforme britannique mondiale MUBI, aucune plateforme globale ne parvient toutefois à dépasser la moyenne mondiale de films français au sein de son catalogue : la part de films français sur Amazon Prime Video s’élève ainsi à 3,9 % (1200 titres français distincts), celle sur Netflix à 3,6 % (6000 références de films français, pour près de 600 titres distincts), de HBO à 3,5 % et de Disney à 0,6 % (Apple TV+ ne contient à ce jour aucun film français au sein de son catalogue). Au sein du top 5 de ce classement, il convient de noter la place des plateformes russes Okko et Ivi qui proposent toutes deux plus de 500 films français différents à leurs abonnés.
Les plateformes locales, qui se renforcent sur la durée, sont moins orientées vers les films américains et réservent aux films français une plus grande part, même si elles pèsent moins en nombres de titres acquis.
Il est aussi réjouissant de constater la très grande diversité des genres des films français représentés sur les plateformes, comme l’attestent les trois films hexagonaux présents sur le plus grand nombre de plateformes distinctes : une comédie dramatique (Chocolat), un film noir (Un prophète), un film fantastique (Valerian).
Rendez-vous à l’automne 2022 pour voir si cette analyse se vérifie dans un environnement où les effets de deux années de pandémie auront aussi un impact sur la croissance du secteur et étudier de près les nouveaux entrants qui ne cessent d’arriver, des plus ambitieux comme les dérivés des studios hollywoodiens (Disney +, HBO Max, Peackock), aux plus pointus et locaux (Joyn en Allemagne, Looke au Brésil ou encore Viaplay qui dépasse désormais les frontières scandinaves).