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Les deux fondateurs de LucidLink, Peter Thompson et George Dochev. © LucidLink

Dossier : Montage et postproduction dans le cloud (IV) – Lucidlink, un NAS dans le cloud

 

Depuis le stockage des médias en local sur les stations des utilisateurs avec mise à jour par synchronisation via des outils type Dropbox, jusqu’à l’utilisation de stockages entièrement cloud par des machines virtuelles, en passant par l’exploitation de stockage à distance sur des sites d’entreprise, les configurations sont multiples. L’alternative offerte par LucidLink semble sortie d’un rêve de postproducteur : pouvoir travailler directement sur des médias stockés dans un cloud public ou privé, voire sur site (On Premise) sans les rapatrier ni les synchroniser.

 

David Cayla, directeur des ventes multimédia entertainement de LucidLink. © LucidLink

Comment résumez-vous ce qu’est LucidLink ?

Julie O’Grady : Quand nous expliquons aux gens ce que LucidLink peut faire, ils nous disent : « No way ! You can’t do it ! ». Quand ils voient la solution, ils n’y croient pas ! Nous appelons cela la magie de LucidLink. Concrètement, LucidLink est un système de fichiers modernes dans le cloud conçu pour les créateurs de contenu. Nous leurs permettons d’accéder à leurs médias depuis n’importe où, même avec les fichiers très volumineux que manipulent les monteurs vidéo et les créatifs : des fichiers qui se mesurent en mégabits, gigabits et même térabits. L’accès aux données est immédiat, comme si ces dernières étaient stockées sur un disque dur local d’une station de travail.

C’est une solution SaaS où tous types de données peuvent être streamées à partir d’un stockage objet. Les contraintes de distances et de latences ont été résolues. LucidLink travaille avec IBM Cloud, Amazon AWS, Microsoft Azure et tout autre fournisseur de stockage objet compatible S3 à travers le globe. C’est la pile de technologies sous-jacentes qui autorise l’efficacité de la solution.

Le produit proposé par LucidLink se nomme « filespace ». Je suis en Californie, et je peux partager un filespace avec David qui est en Angleterre et y placer des fichiers de plusieurs Go ou même To. Les utilisateurs peuvent commencer à les lire immédiatement alors que le transfert est en cours et que les fichiers grossissent. Notre méthode de streaming permet même de lire la fin d’une vidéo alors que celle-ci est toujours en cours d’envoi vers un filespace.

 

Quelle est l’origine de LucidLink ?

Les deux cofondateurs Peter Thompson et George Dochev sont issus de DataCore Software. Alors qu’il était CTO de cette compagnie, George rencontrait des problèmes pour partager des médias avec ses équipes en Bulgarie et à travers le monde. Après avoir tenté toutes les solutions, depuis l’envoi de fichiers WeTransfer jusqu’à l’expédition de disques durs navettes, il a initié la conception d’un système de fichiers cloud via Internet. Les deux cofondateurs de Nimble storage, Umesh Maheswari et Varun Mehta, ont vendu leur compagnie 1,3 milliard de dollars à Hewlett-Packard, et Umesh nous a rejoints en qualité de scientifique en chef. C’est un homme brillant qui n’aurait plus besoin de travailler ! Nous avons effectué d’autres superbes embauches, notamment notre directeur des alliances et des partenariats, Rupert Watson, qui était auparavant chez Jigsaw 24.

 

Dépôt centralisé des médias, travail collaboratif sur les vidéos et solution 100% sécurisée. © LucidLink

 

Quand avez-vous ressenti un intérêt auprès du public ?

LucidLink est disponible depuis 2016, mais la pandémie a décuplé le succès de notre stratégie marketing. Notre technologie était déjà innovante, mais les gens continuaient à collaborer via des navettes de disques durs. Pendant la pandémie, de nombreuses personnes se sont tournées vers les technologies Dropbox, Aspera ou d’autres alternatives sans obtenir totale satisfaction. Un de nos plus gros utilisateurs est une compagnie broadcast majeure qui a trouvé avec LucidLink une solution à sa problématique lors de la pandémie. Quatre-vingts utilisateurs étaient bloqués chez eux avec leurs Mac portables et une connexion VPN. Il est souvent compliqué de trouver des solutions compatibles Mac, mais en seulement quelques jours, avec notre solution, tout était fonctionnel. Ils ont pu retourner chez eux et commencer à créer. Ils ont très vite économisé a minima 30 000 dollars par jour.

 

Quel secret technologie explique l’efficacité de LucidLink ?

Notre technologie, maintenant en version 2.0, est extrêmement innovante et n’a été égalée par personne. Nous streamons les données en minuscules morceaux issus des blocs de fichiers originaux. Habituellement, en stockage objet, ce sont des blocs qui sont échangés. Nous les hachons en toute petites parties pour permettre le streaming à haute vitesse. Les métadonnées sont également séparées des données, et au lieu de les synchroniser, dorénavant nous les streamons. Il n’y a plus aucune synchronisation, ce qui rend LucidLink encore plus rapide.

Les solutions de partage de fichiers par synchronisation nécessitent un temps important, celui du téléchargement des données, spécialement dans un environnement distribué. Avec LucidLink l’accès est immédiat et les personnes peuvent collaborer sur les filespace en temps réel car l’unique source de données reste dans le cloud. La solution est transparente et parfaite pour les équipes réparties dans plusieurs villes ou pays. Il est même possible d’accéder à ces fichiers, même de grandes tailles, depuis un coffee-shop, en étant assuré de travailler sur la dernière version. LucidLink fonctionne sur les principaux systèmes d’exploitation : Windows, Mac OS ou Linux.

 

LucidLink est accessible sur votre ordinateur comme un disque dur local. © LucidLink

 

Quels types de vidéo acceptez-vous ?

Nous sommes totalement agnostiques, c’est la beauté de la solution. Les utilisateurs ne sont pas contraints de travailler avec des proxies, comme avec d’autres solutions.

 

Est-il nécessaire de disposer d’une très bonne connexion Internet ?

Une connexion standard de 10 Mb/sec (montant et descendant) est suffisante. Des utilisateurs ont travaillé avec LucidLink dans des coffee-shops ou des halls d’aéroports. Les fichiers étant streamés, il n’y a que quelques blocs de médias qui sont téléchargés, 2 ou 3 Mb pour des fichiers de grandes tailles. Si le débit est insuffisant, pour la lecture de fichiers 8K depuis une chambre d’hôtel par exemple, avec une bande passante d’environ 1 Mb/sec, « l’épinglement » des fichiers (leur téléchargement) peut être forcé. Les fichiers sont alors présents sur le disque SSD de l’utilisateur, mais la seule « vérité orginelle » reste dans le cloud. Si quelqu’un modifie le fichier, l’utilisateur est rapidement et automatiquement averti. Tous les blocs modifiés sont automatiquement et directement mis à jour dans son cache local. Si la bande passante est suffisante, le transfert est aussi rapide ou même supérieur aux stockages de masse. Il n’y a en effet pas de problème de réseau parce que nous streamons les blocs à partir du cache de l’utilisateur. Nos utilisateurs disent que la solution est plus rapide qu’un NAS.

 

 

Tarifs des abonnements à LucidLink. © LucidLink

Quelle est la latence de la solution ?

Cela dépend des travaux effectués sur les fichiers et de la bande passante, mais la latence est quasiment nulle. Deux personnes travaillant sur un fichier à New York et à Sydney via un même fournisseur de stockage pourront rencontrer une petite latence, mais elle restera très faible.

 

Disposez-vous de votre propre stockage cloud ?

Les utilisateurs peuvent travailler avec leur stockage sur site (On Premise) ou dans le cloud (exemple Amazon S3). Nous proposons une liste de stockages compatibles et des offres incluant l’egress (coût de rapatriement des données), grâce à un partenariat financièrement très intéressant avec IBM, cela afin d’éviter toute mauvaise surprise sur les factures ! Nous venons en surcouche de leur offre.

 

Quels bénéfices recherchent les utilisateurs de LucidLink ?

Avant tout un incroyable gain de temps. Les monteurs d’une société de production cliente de LucidLink perdaient cinq heures par jour à attendre des téléchargements de fichiers. Avec LucidLink, l’entreprise a valorisé ce temps et a ainsi pu embaucher une vingtaine de personnes.

Un autre avantage est la collaboration. Un second client rencontré en Californie, alors qu’il se rendait en Arizona, produit des films à travers tous les États-Unis. Ce sont véritablement des guerriers de la route de la production : après le tournage, les médias sont chargés depuis Dallas et l’équipe éditoriale en Inde débute immédiatement le montage. Grâce au décalage horaire, les projets peuvent être finalisés en seulement 24 à 48 heures. Cela ne permet pas seulement à l’utilisateur de récupérer du temps, mais également d’économiser de 50 à 80 % des coûts de production.

La solution étant Saas, les investissements sont minimisés. Sans matériels, les coûts de maintenance et de support sont quasi nuls. Utiliser LucidLink est aussi simple qu’ouvrir un disque dur. En résumé, LucidLink permet d’économiser du temps, du matériel, des coûts IT et également de la formation. Si quelqu’un enregistre la captation d’un événement directement dans un filespace, une autre personne à l’autre bout du monde peut directement travailler sur le fichier en cours d’acquisition, alors qu’un technicien prépare les sous-titres et un compositeur la musique.

 

LucidLink est maintenant en version 2.0. Les métadonnées sont désormais également streamées. © LucidLink

 

Comment fonctionne concrètement la solution ? Que paye le client ? L’utilisation du service, la capacité de stockage ou une licence ?

Le paiement est à l’usage. LucidLink est une solution purement Opex (financée en exploitation car fonctionnant sans matériel spécifique). Il existe différentes offres adaptées aux différents besoins. Parmi nos clients, nous comptons plusieurs importantes sociétés de postproduction travaillant sur de gros projets destinés à Netflix par exemple. Ils imposent l’utilisation de LucidLink à leurs partenaires. Nous avons même lu des propositions d’embauche demandant aux prétendants de connaître LucidLink pour pouvoir postuler.

 

Les filespace sont-ils sécurisés ?

Les données sont hautement sécurisées. Elles sont encryptées pendant le transfert et restent encryptées sur le stockage. Si l’utilisateur perd son mot de passe, il nous est impossible de récupérer ses données. Même le fournisseur de stockage objet cloud ne peut pas voir les données, ce qui n’est pas le cas avec les différentes solutions de partage par synchronisation de fichiers où d’autres personnes peuvent voir vos données.

Les industries de la télévision, du documentaire et du film portent une grande importance à la propriété intellectuelle. LucidLink a très rapidement réussi les tests de sécurité parce que nous ne touchons pas aux médias ! Notre sécurité est excellente et nous avons conçu la solution en ce sens. Nous découpons les fichiers en bouts de 128 Kbits chacun par défaut et encryptons ces blocs en AES 256. Les fichiers n’existent pas dans le cloud « en tant que tel » car LucidLink stocke de multiples blocs lisibles uniquement par les clients grâce à leurs identifiants.

 

Avez-vous des partenaires et des marques avec qui vous collaborez ?

Nous avons des partenariats avec Microsoft, IBM, le MAM Cloud Iconik et également la société bretonne de solutions de contribution vidéo Aviwest. Nous sommes compatibles avec toutes les applications : Protools, Adobe Premiere Pro et toute la suite Creative Cloud d’Adobe, Blackmagic DaVinci Resolve et Avid Media Composer. Adobe est un contributeur financier important de LucidLink. Dave Helmsey, son directeur stratégique du développement broadcast, résume LucidLink ainsi : « Mettez-le en place et oubliez-le ! ».

 

Pouvez-vous nous citer quelques références clients importants ?

Nous avons travaillé avec ViacomCBS, A&E Networks. De ce côté de l’Atlantique, nous travaillons avec Red, Brut, Condé Nast et Spotify. Les marchés des médias et du divertissement sont très importants pour nous. Nous sommes présents dans le cinéma et les VFX, les médias, le broadcast, l’actualité live, la publicité et l’événementiel. Une autre industrie avec laquelle nous travaillons concerne également des créatifs utilisant des très larges fichiers CAD : c’est l’industrie architecturale. Nous permettons aux gens de mettre un pied dans le monde du cloud très facilement. C’est la porte vers la transformation digitale. Nous traitons des pétabytes de données. Tous les effets visuels du dernier film de Mel Gibson ont été réalisés avec LucidLink. Nous sommes également derrière la scène du Super Bowl avec notre partenaire BeBop et travaillons sur de nombreux films et documentaires.

 

Proposez-vous une solution d’accélération de l’envoi de fichiers ?

Nous connaissons des clients qui utilisaient Aspera ou des outils équivalents onéreux avant d’adopter notre solution. Avec LucidLink, les utilisateurs payent pour ce qu’ils utilisent, sans limites. Comme nous streamons les données dès que le premier bloc de médias atteint le stockage object, les utilisateurs peuvent commencer à travailler dessus : ils n’ont donc pas besoin d’accélérateurs de fichiers. Des clients ont vérifié cette affirmation avec des fichiers 4K : ils pouvaient travailler très fluidement très peu de temps après le début du chargement des médias. Par contre, comme de très nombreux petits bouts de fichiers sont lus en parallèle, la bande passante du réseau est « cannibalisée ». Une autre explication de la rapidité de LucidLink est son fonctionnement en TCP-IP plutôt qu’en UDP.

 

Les filespace de LucidLink sont-ils « verts » ?

Solution SaaS, LucidLink ne contribue pas à l’accumulation de matériels. Facilitant le travail à distance, LucidLink permet des économies de voyages et donc d’émissions CO₂ substantielles. Des envois de disques sont évités. Les besoins en support sont réduits au strict minimum. Un administrateur doit uniquement définir les droits d’accès de lecture et d’écriture aux fichiers. Certains clients doivent juste pouvoir lire certains fichiers sans les modifier. LucidLink est plus vert que la majorité des autres solutions. De nombreuses entreprises se sont même débarrassées de leurs encombrantes baies de stockage ou ne les ont pas remplacées.

 

Extrait du dossier « Montage dans le cloud » paru pour la première fois dans Mediakwest #47, p. 54-71 

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