Dans un premier temps, Gump a surtout fait de la production de films publicitaires. Comment êtes-vous venu à la postproduction ?
La société de production Gump a été créée en 2017. À l’époque, nous produisions des films courts, publicitaires ou institutionnels, tout en bénéficiant d’opportunités de travail en postproduction, notamment avec la fabrication de bandes annonces pour des acteurs du secteur du cinéma : Pathé, Orange Studio, TF1 ou SND. Sur les films courts, nous avions aussi une partie de motion design. La postproduction a toujours fait partie intégrante de notre ADN. La société s’est construite ainsi. Au fil du temps, nous avons fait de plus en plus de postproduction pour d’autres producteurs. Nous avons appris que Lylo Media Group allait se séparer de son activité de postproduction dans les locaux que nous occupons désormais, à Philippe Auguste dans le XXe arrondissement de Paris. Du coup, nous nous sommes positionnés pour récupérer l’exploitation du lieu et monter une structure de postproduction à destination des producteurs de films documentaires et de fiction, pour la télé comme pour le cinéma.
Et vous avez abandonné la partie prod ou l’avez-vous dissociée ?
L’activité de production se poursuit de façon distincte, elle fait son bout de chemin. Nous continuons à travailler pour les agences de communication, en direct pour des annonceurs, des institutionnels, des marchés publics, etc. L’activité de postproduction est, elle, vraiment liée à ce lieu, à l’exploitation de ce bâtiment, une petite partie est néanmoins délocalisée à Tourcoing au sein de la Plaine Images où nous agrandirons sûrement notre activité dans les années à venir.
Quand avez-vous repris l’exploitation de ce bâtiment parisien ?
En janvier 2021, soit il y a un peu plus d’un an. Lorsque nous avons récupéré le bâtiment, nous avons d’emblée accompli un gros travail de rénovation de chaque salle d’un point de vue technique. Nous avons réinvesti dans du matériel pour amener le lieu à un niveau d’exigence supérieur et mettre en place un workflow qui fonctionne parfaitement. Côté son, nous avons équipé cinq auditoriums en 5.1, développé la partie étalonnage avec des outils plus performants, comme la capacité de traiter du 4K, de l’HDR, etc. Et revu le workflow des salles de montage image. Autant de choses qui n’existaient pas par le passé. Nous avons travaillé toute la chaîne de postproduction, de la réception des rushes jusqu’à la livraison finale tout en accompagnant bien les producteurs sur la création des masters et les sorties (DCP et fabrication de PAD notamment).

Comment se répartit votre activité entre télé et cinéma ? Quelle est la place du documentaire télé qui marque historiquement ce lieu ?
Lors de la reprise de ce bâtiment, nous avons cherché à capitaliser sur ce qui s’y faisait déjà, en continuant de travailler avec ses utilisateurs. À l’heure actuelle, nous avons toujours cet ADN très documentaire. Mais nous souhaitons nous ouvrir à une nouvelle clientèle, des projets plus ambitieux, notamment pour le cinéma et les plates-formes, qu’il s’agisse de séries ou de longs-métrages. Pour le moment, notre activité se répartit à 70-30, 70 % de télévision et 30 % pour les autres destinations. Nous travaillons également sur des formats dédiés à la fiction, du court-métrage au long-métrage. Nous accueillons vraiment tout type de format, mais il est vrai que nous ambitionnons de porter des projets qualitatifs et ambitieux, d’aller vers le cinéma et les plates-formes d’apporter l’accompagnement le plus personnalisé. Nous n’avons pas vocation à faire du flux télé, même si on peut en accueillir.
En termes d’infrastructures, de salles, auriez-vous la capacité de grossir ici-même ?
D’infra oui, nous avons notre botte secrète ! Actuellement, nous occupons 700 m². Nous avons déjà anticipé des possibilités d’extension dans cette impasse. Nous pourrons nous étendre afin de créer de nouveaux espaces en montage, étalonnage, en studio son. Pour le moment, nous avons déjà de quoi faire, mais il est vrai que le volume de nos studios pourra être juste pour certaines activités dans le futur. Des possibilités d’extension ailleurs sont également envisageables quand les besoins seront identifiés.

Récapitulons, vous disposez ici de neuf salles de montage et de cinq salles audio, exact ?
Nous avons effectivement neuf salles de montage image, une salle d’étalonnage 4k HDR, une salle de projection et d’étalonnage cinéma 2K, cinq studios de mixage et montage son, trois cabines d’enregistrement. Les salles sont plutôt spacieuses, bénéficient toutes de la lumière du jour, sont climatisées et traitées acoustiquement.
Côté outils techniques, tout est-il rationalisé ? Êtes-vous sur Avid, Premiere ou les deux ?
Sur Avid, Premiere, voire sur Final Cut pour les aficionados ! Avid est le plus demandé, mais certains projets se font aussi sur Premiere Pro. Nous sommes à l’écoute de nos utilisateurs et pouvons proposer des configurations sur mesure. En tout cas, tout est optimisé pour Avid, Premiere, Davinci et Pro Tools pour le son.

Est-ce à dire que le stockage est centralisé sur des Nexis ?
Nous avons deux Nexis pour le travail et nous avons instauré un gros serveur de stockage linké à une librairie LTO 6 et 8. Nous sommes nombreux à gérer les rushes qui arrivent ici en daily par exemple. Nous développons également de nombreux outils techniques en interne. Notre directeur technique, David Collet, a écrit un script qui permet d’automatiser énormément de fonctionnalités pour la partie Ingest : réception des données automatiquement copiées, puis vérifiées ; création d’une LTO dédiée puis vérifiée ; mise en proxy, puis vérifiée… Toutes ces étapes automatisées nous permettent de gagner du temps et de contrôler que toute la chaîne est bien sécurisée. Du coup, lorsqu’un projet arrive, on a automatiquement une partie en LTO, une partie en stockage un peu froid et une partie en stockage chaud type Nexis pour le travail.
En ce qui concerne notamment les documentaires d’une durée assez longue, comment gérez-vous le passage des disques au stockage un peu plus froid ?
Ça se déroule assez bien parce que nous disposons de bonnes capacités de stockage : 60 To sur Nexis, 500 To de serveur pour les rushes et une librairie LTO. Nous sommes en mesure de proposer du cloud si besoin également. La sécurité et la confidentialité des médias et des projets fait partie intégrante de notre ADN et des besoins de certains de nos clients.

Au point de vue sécurité, tant d’accès au bâtiment que des données, qu’avez-vous mis en place ?
Nous avons beaucoup travaillé sur la sécurité des médias et celle du site. Gestion des droits d’accès avec des cartes nominatives RFID pour toutes les salles, caméras de surveillance, alarmes, etc. Pour une raison quelconque, si je décide de désactiver votre carte à distance, lorsque vous arriverez vous ne pourrez plus entrer. Nous pouvons en outre désactiver toute carte qui ne nous aurait pas été rendue afin d’empêcher votre entrée, alors que sur nombre d’autres systèmes une fois la carte encodée, la personne conserve les codes. C’est important. La sécurité des médias et entre les réseaux constitue un autre point de taille. On peut tout cloisonner : données d’un côté, Internet de l’autre. Tout a été réfléchi pour que si demain une plate-forme ou un acteur exigeant nous propose un travail sensible, nous puissions lui garantir une bonne sécurité et les rassurer pleinement. Nous avons un technicien réseau qui a développé une architecture sur mesure bien cloisonné et sécurisé en accord avec les normes TPN.
Vous n’avez encore jamais travaillé avec une plate-forme ?
Nous avons traité de nombreux projets destinés à des plates-formes, mais n’avons pas été en lien direct avec elles, plutôt avec des producteurs qui négocient avec elles. Nous avons œuvré ici des projets pour Netflix, HBO, Amazon Prime, Brut, etc. Nous en avons la capacité et voulons poursuivre dans cette voie. Nous sommes constamment à l’écoute du marché afin de déterminer les besoins, les problématiques pour proposer un accueil de qualité.
Ce site est-il continuellement accessible ?
Oui, avec notre système de cartes sécurisées, nos clients y ont accès 24h/24, à des jours et horaires prédéterminés selon leurs besoins. Il convient toutefois de savoir que notre accueil technique est assuré uniquement du lundi au vendredi de 9h à 19h, sauf demande spéciale qui sera facturée. Autrement dit, si vous venez faire du montage un samedi, vous aurez accès au site, mais pas à notre support technique.
Justement, en quoi consiste ce support technique ?
L’une des caractéristiques de notre lieu réside dans ses équipements internes et la flexibilité de nos équipes aptes à faire du montage, du motion design, du titrage, de l’habillage en 2D, de la 3D, à travailler sur tout type de projet. Du coup, elles viennent fréquemment en support sur les projets ici, accueillies pour aider en graphisme, à la création d’une bande-annonce ou simplement en conseil. Simon Philippe et Paul Bouvier, tous les deux monteur, graphiste et motion designer partagent fréquemment leur expérience avec les réalisateurs et monteurs ici présents. Si vous avez besoin de faire une animation 3D dans un film, on peut s’en occuper. Il est plus facile pour un monteur de discuter avec le motion designer qui est à ses côtés, de réfléchir techniquement avec notre équipe. Forcément, cette prestation sera tarifée, mais l’objectif est avant tout d’étudier techniquement comment peuvent se faire les choses et de trouver des solutions plus rapidement. C’est plus simple avec une équipe expérimentée sur place.

Combien êtes-vous de permanents ?
Une petite dizaine sur le site, à laquelle s’ajoute notre réseau d’intermittents et de freelance dans toutes les typologies de métiers, ce qui permet d’accompagner producteurs ou réalisateurs sur des postes clés pas toujours identifiés en amont, comme l’étalonnage, le mixage, les VFX. Néanmoins, la plupart de nos clients viennent avec leurs propres monteurs image. Fleur Robin, directrice de postproduction, propose cet accompagnement personnalisé à l’ensemble des utilisateurs.

Nombre de prestataires s’installent depuis quelque temps dans le centre, le nord ou, comme vous, dans l’est de Paris. La localisation est-elle si importante ?
Elle est l’un de nos points forts. Nous nous trouvons à proximité du métro Philippe Auguste, au carrefour des XXe et XIe, deux arrondissements parisiens qui n’ont pas eu la cote pendant des années, mais qui aujourd’hui affichent un dynamisme certain. Effectivement, nous ne sommes pas seuls, nous avons pour voisines d’autres sociétés de l’audiovisuel. Une vraie identité artistique subsiste dans le quartier et plus précisément dans cette petite impasse du Pilier très sympa. C’est ici qu’ont débuté des groupes comme Sinsemilia, que la chanteuse Camille avait son studio et que Jeanne Cherhal conserve le sien. Ça a fait sens finalement d’installer un site de postproduction ici. Je pense que tous les utilisateurs du lieu apprécient cet emplacement, certains viennent à vélo qu’ils garent dans l’impasse. Nous sommes entourés de pas mal de petits restos. L’endroit est très calme, on n’entend pas les bruits de rue et c’est important dans nos métiers d’être au calme.

Comment se passe la rénovation du lieu ?
L’entrée a été rénovée intégralement, plusieurs salles ont eu le droit à une passe cosmétique et au fur et à mesure l’ensemble suivra. Nous voulons que nos clients se sentent bien, un peu comme à la maison. Dans ce grand espace, les personnes doivent pouvoir se rencontrer, se croiser, la famille de l’audiovisuel est petite, autant amener chacun à échanger. Nous accueillons des productions différentes aux divers enjeux un court-métrage d’auteurs, un long-métrage de fiction, une série documentaire, etc. Les temporalités divergent également, certains viennent pour plusieurs mois afin de faire toute la postproduction, d’autres pour quelques jours afin de terminer un étalonnage ou un mix… Toutes ces personnes, tous ces monteurs se rencontrent. Ici se créent des réseaux, des mises en relation très appréciées. Nous avons envie de favoriser ces échanges, que les gens se partagent leurs réseaux, qu’ils travaillent ensemble. Des collaborations sont nées ici. Nous voulons ce lieu vivant, à l’image de l’impasse et de notre équipe.

Qu’est-ce qui vous différencie d’autres structures de postproduction de taille similaire ou plus importante ? Quel est votre ADN ?
Je dirais que toute notre équipe est extrêmement cinéphile, notre ADN est donc ancré dans le cinéma. Parallèlement, pour avoir beaucoup travaillé en publicité, nous savons fabriquer des films de qualité, dans des temps assez compressés, et faire preuve d’agilité. En publicité, on nous a demandé tout et n’importe quoi pendant des années, ce qui a fait de nous des débrouillards, capables du jour au lendemain de proposer une prestation en un temps record, avec une qualité maximale et à un prix compétitif, autant d’avantages concurrentiels. L’âge d’or de la publicité a quelque peu disparu. Les formats se sont multipliés sur tous les réseaux sociaux. Nous restons très exigeants techniquement, nous sommes capables d’accueillir des projets très importants, aux nombreux enjeux, tout en ayant appris à nous positionner sur le marché. Plutôt jeune, notre équipe est entourée de personnes qui ont de l’expérience, à commencer par notre directeur technique, David Collet, un ancien de Sylicone, fort d’une vingtaine d’années dans le suivi de postproduction. À leurs compétences, nous ajoutons notre énergie, notre envie de toujours challenger. Nous avons développé un logiciel maison pour suivre l’intégralité des affaires, le planning des salles, etc. Nous bouillonnons de projets !
Quel est votre chiffre d’affaires ?
Un peu plus d’un million d’euros, chiffre en forte croissance puisque nous tablons sur une hausse de 50 % pour parvenir, en 2022, à quelque 1,5 million de CA. Nous le réaliserons principalement ici, mais une petite partie de notre activité se fait également à Tourcoing. Pour le moment, nous nous concentrons toutefois sur notre site de Paris que nous cherchons à faire rayonner pour devenir, petit à petit, un des acteurs incontournables de la postproduction, même si nous sommes loin d’être les seuls à avoir cette ambition. Nous avons commencé à rencontrer quelques-uns de nos concurrents, disons plutôt ceux qui font simplement le même métier que nous. Nous entamons cette démarche parce que souhaitons travailler en réseau avec eux : nous avons tous intérêt à trouver une synergie de travail entre nous. Chacun a sa manière de faire. Pas besoin de se marcher sur les pieds. À l’heure actuelle, il y a assez de travail pour tous, donc autant coopérer en bonne intelligence.

Pourquoi ce nom « Gump », est-ce un hommage cinématographique ?
Ce choix est avant tout sonore. Nous cherchions un nom qui attire la sympathie, sonne bien, soit un peu rond et sommes finalement tombés sur « Gump ». Effectivement, vous êtes nombreux à penser à Forrest Gump. Ce ne fut pourtant pas tout à fait notre cas, mais la référence à un beau et grand film que tout le monde a aimé ne nous pose aucun problème !
Pour revenir au réseau, vous demande-t-on de livrer des PAD dématérialisées ? Êtes-vous connectés avec les chaînes ou pas du tout ?
Oui, nous avons cette compétence, nous sommes connectés avec toutes les chaînes. Nous avons une partie labo et je suis d’ailleurs un ancien directeur commercial d’un laboratoire parisien. Nous connaissons bien cette partie et nous avons un savoir-faire sur toute la chaîne de fabrication d’un film.
Sur la partie audio, y-a-t-il une demande de plus en plus importante sur du Dolby Atmos ?
Nous sommes à l’affût de tout, nous veillons constamment sur ce qui se fait. En audio, pour le moment, nous ne sommes pas équipés pour faire de l’Atmos, mais nous y réfléchissons. Nous avons notre salle de projection, quasiment un petit cinéma dans le quartier. Nous avons une vraie diffusion 2K et volume pour créer un Dolby Atmos, nous réfléchissons sur la mise à jour et d’autres investissements d’ampleur sur le site.
EN BREF
Au bout d’une impasse au calme du XXe arrondissement de Paris, Gump possède deux salles d’étalonnage : une dédiée aux diffusions cinéma avec un écran de projection de cinq mètres de base, un projecteur NEC 2K DCI et une station DaVinci Resolve ; et la seconde salle est optimisée pour la diffusion TV avec un écran Eizo Prominence 4K HDR. Neuf salles de montage image équipées de Première ou Avid, trois salles de montage son 5.1, trois studios d’enregistrement avec cabine et deux auditoriums de mixage 5.1. Enfin, une partie laboratoire audiovisuel propose l’ensemble des sorties.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #47, p. 86-92