Jean-Michel Tari a réalisé plusieurs films courts mais le nom de sa structure, AJM Studio, est davantage associé à la postproduction et notamment aux effets spéciaux.
Alors, lorsque Jean-Michel écrit un scénario de science-fiction, on se dit que les processeurs des PC vont tourner à plein tube pour le calcul des rendus des logiciels VFX. Pourtant, même si les images d’introduction du film sont réalisées en image de synthèse et en 4K, les décors sont eux bien réels.
Un scénario intrigant
Dans un futur lointain, deux prisonniers, Froggy, frêle trentenaire, et Maximilien, une brute épaisse de 120 kilos, purgent leur peine à l’intérieur d’une minuscule cellule au sein d’une prison orbitale survolant la Terre.
Soudain, des cris résonnent dans le couloir suivis de bruits de pas et de tirs d’armes laser. La lourde porte s’ouvre sur deux gardiens exténués qui viennent s’écrouler au sol. Victor, blessé à la jambe et Carla, qui se relève d’un bond et referme la porte, mettent en joue les deux prisonniers. Carla interroge l’ordinateur central sur l’état de la prison. Des hologrammes montrent que des formes humaines ressemblant à des zombies ont envahi toute l’installation.
Voilà posé le postulat d’une histoire à rebondissement qui tient le spectateur en haleine jusqu’au bout, grâce à une succession d’intrigues inattendues. « Je souhaitais écrire un court-métrage de science-fiction qui ait à la fois une trame narrative à suspens tout en m’efforçant, à la réalisation, de faire un film visuel auquel on peut croire vraiment », explique Jean-Michel Tari.
Au casting on retrouve des acteurs aux profils très différents. Juliette Tresanini (qui joue notamment dans la série Demain nous appartient diffusée sur TF1), Alain Figlarz (également chorégraphe-metteur en scène de cascades) ou encore Jonathan Pineau-Bonetti, Eric Debrosse et Pol White.
Tous ce petit monde se retrouve en février dernier dans les studios de Cinedesk, à Ivry-sur-Seine, dans une cellule spatiale pensée et construite par l’auteur lui-même.
Presque deux années de création du décor
« Comparé à une incrustation 100 % virtuelle, avoir un décor réel a deux avantages qui se rejoignent. Il permet selon moi un bien meilleur rendu à l’image, mais il offre aussi la possibilité aux comédiens de vivre vraiment dans le décor et non simplement de l’imaginer au moment du tournage. Ces deux aspects convergent pour une meilleure crédibilité du film », poursuit le réalisateur.
Oui mais voilà, après avoir consulté plusieurs chefs décorateurs et demandé des devis à partir des plans déjà bien ordonnés du décor, la sentence est sans appel : les coûts sont bien au-dessus de ce que permet le budget du film.
Jean-Michel Tari (qui s’autoproduit) avait déjà un peu testé l’impression 3D pour la fabrication d’objets. Il se lance alors l’incroyable défi de construire lui-même la quasi intégralité du décor.
Après avoir essuyé les plâtres et découvert les possibilités, mais aussi les limites du procédé, avec une première imprimante 3D, ce sont cinq unités de marque Prusa qui vont travailler jour et nuit durant un peu moins de deux années afin d’aboutir au résultat final. Chaque pièce est, dans un premier temps, modélisée sur le logiciel Fusion 360 avant d’être exportée en format STL. Ensuite, les fichiers sont importés dans un logiciel propriétaire des imprimantes : Slicer. Le système génère des fichiers de type G-code qui pilotent ensuite l’impression. Au final, il aura fallu près de 300 bobines, de 300 mètres de filament, soit 90 km et près de 1 200 heures d’impression pour parfaire l’ensemble de la cellule spatiale.
« Bien entendu en parallèle de la fabrication des éléments du décor, je postproduisais d’autres projets pour d’autres sociétés. Mais il est vrai que ce fût un long travail solitaire par défaut, car je n’avais pas le choix si je voulais obtenir le résultat escompté. Cependant, mon objectif a toujours été de me donner les moyens d’être avec une équipe complète de tournage le moment venu », tient à préciser Jean-Michel Tari.
L’ossature bois, découpée à l’aide d’une fraise numérique, sert de support aux pièces imprimées. Pour des raisons à la fois pratiques et esthétiques, la cellule spatiale est conçue un peu comme un nid d’abeille à l’aide d’alvéoles.
Pour donner encore plus de véracité à la cellule, chaque pièce est peinte puis patinée afin de donner un effet d’usure. Dans certains recoins de la cellule, des écrans diffusant des vidéos sont incrustées. Selon les dires du réalisateur/chef déco, il a fallu à un moment savoir s’arrêter tant le niveau de finition des détails peut aller loin avec le type de technologie employée.
L’ensemble du décor a été créé dans un grand bureau de Cinedesk juste au-dessus du plateau de 150 m2. Ce dernier dispose d’un font vert à cyclo. Il aura donc fallu prévoir, dès la conception de la cellule, des solutions de démontage et remontage stables et sans accros.
Une caméra Alexa Mini sur le plateau
Dès les préparations, le réalisateur s’est orienté vers une image au format cinémascope. Après plusieurs pistes de caméras le choix s’est porté finalement sur une Alexa Mini. Le rapport qualité/prix a semble-t-il fait la différence. « Avec Jean-Baptiste Rière, le chef opérateur, nous sommes partis sur des objectifs zoom Angénieux de la gamme Optimo. Cela a été une véritable bonne surprise pour moi qui étais plutôt hostile aux zooms. Je continuerai à exploiter ces optiques tant elles nous ont fait gagner un temps précieux et cela sans compromis avec la qualité d’image », insiste le réalisateur.
Tourné au format UHD, Dark Cell a aussi nécessité le scan 3D des comédiens. C’est la société 3DLyfe et Joël Réjouis qui se sont attelés à la tâche avec le scanner Artec EVA.
Les avatars des personnages ainsi créés permettent de simuler des séquences d’apesanteurs en toute facilité et avec une cohérence parfaite avec les sources lumineuses du plateau.
Au total ce sont six jours de tournage qui ont été nécessaires pour enregistrer la presque centaine de plans d’un film très préparé grâce à un story board précis, lui aussi dessiné par Jean-Michel Tari.
Un film peut en cacher d’autres
Au moment où nous écrivons ces lignes, Dark Cell (qui devrait durer 26 minutes environ) entame tout juste sa postproduction. Les séquences que nous avons pu visionner ont conforté l’impression que nous avions eu lors de notre passage sur le tournage, d’un réalisme des décors. C’est déjà un premier objectif atteint par le réalisateur. Reste à Jean-Michel Tari, qui monte lui-même son court-métrage sur Resolve de transformer l’essai.
« Dès le début, j’ai imaginé Dark Cell comme un point de départ. Plusieurs possibilités s’offrent ensuite aux personnages et aux décors, mais il est encore trop tôt pour en parler », affirme l’auteur/producteur avec un brin de mystère.
Une série est probablement à l’étude ou pourquoi pas encore un long-métrage. Toujours est-il que nous ne manquerons pas d’annoncer le réseau de diffusion (chaîne ou plateforme) qui se sera positionné pour nous faire nous évader devant des prisonniers dans l’espace.
L’EQUIPE DU FILM
- Les acteurs : Alain Figlarz, Juliette Tresanini, Eric Debrosse, Jonathan Pineau-Bonnetti, Pol White
- Auteur / Réalisateur : Jean-Michel Tari
- Chef opérateur : Jean-Baptiste Rière
- Ingénieur du son : Florent Bonet
- Cheffe costumière : Chouchane Abello-Tcherpachian
- Chef décorateur (qui est intervenu un fois le décor finalisé) : William Abello
- Étalonneur : Fabien Remblier
- Production : AJM Studio
Article paru pour la première fois dans Moovee #7, p.58/60. Abonnez-vous à Moovee (6 numéros/an) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.
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