You are currently viewing Temps mort pour la reconnaissance faciale
La diffusion des solutions de reconnaissance faciale se heurte, dans nos démocraties, aux règlements relatifs à la protection des données individuelles. © 2021 Olympic Broadcasting Services – Owen Hammond

Temps mort pour la reconnaissance faciale

 

L’accident cardiaque qui a failli coûter la vie au footballeur danois Christian Eriksen, survenu sous les yeux de millions de téléspectateurs lors d’un match de l’Euro contre la Finlande en juin 2021, aurait-il pu être prévenu ? Oui, peut-être, grâce à une caméra sur laquelle aurait été installée une solution logicielle capable de mesurer en temps réel le rythme cardiaque à partir de l’analyse du visage et d’alerter sur d’éventuelles anomalies.

Science-fiction ? Si ce genre de module est encore à naître dans le sport live, il n’empêche qu’en développant une technologie basée sur l’analyse de la peau et les changements subtils à ce niveau, un constructeur comme Panasonic a déjà fait un pas en direction de cet avenir.

Présenté en première mondiale à Las Vegas, lors du NAB Show 2018, le prototype, cependant, n’a pas encore été commercialisé car « ne fonctionnant que pour certains types de peau », indique un représentant de la marque.

Popularisée en particulier par les iPhone, la reconnaissance faciale a surtout percé dans des marchés comme le corporate, l’éducation et le studio, à l’instar des deux solutions proposées pour ces secteurs par Panasonic. Mais elle commence aussi à faire son chemin dans le sport, et spécialement le ticketing.

Ainsi, en partenariat avec Imply Group, le nouveau stade de l’Atletico Mineiro, à Belo Horizonte (Brésil), qui ouvrira ses portes en mars 2023, sera le premier du pays à disposer de cette technologie. De même, en décembre dernier, le club des New York Mets (base-ball) a fait appel à Wicket Soft pour en être équipé. Toujours aux États-Unis, le Mercedes-Benz Stadium, à Atlanta (Géorgie), terrain de jeu des Falcons (football américain) et du club local de soccer, va tester un pilote sans contact permettant aux fans volontaires d’entrer dans le stade grâce à une empreinte biométrique de leur visage comme billet.

 

Un gros frein : le RGPD

Dans le domaine de la vidéosurveillance où elle a distancé le reste du monde avec des caméras déployées par dizaines de millions dans l’espace public, la Chine, de son côté, utilise déjà des solutions de reconnaissance faciale dans le sport pour traquer les tricheurs qui, lors d’un marathon par exemple, seraient tentés de faire appel à une doublure pour courir à leur place ou de prendre des chemins de traverse pour améliorer leur chrono à l’arrivée.

Cependant, pour le sport, à côté de solutions logicielles de reconnaissance sonore ou d’objets (casaque sur un champ de course avec le module mis au point par Hexaglobe ou joueur « tracké » à travers son numéro de maillot avec le système Pixellot, par exemple), les techniques de détection corporelle (limb detection), sinon de reconnaissance faciale, se limitent le plus souvent à des usages en studio de type news, à l’instar de la solution Vision[Ai]ry de Ross Video dont RMC BFM vient d’acquérir deux exemplaires.

« La solution est utilisée pour “tracker” de la manière la plus fluide possible les mouvements des intervenants, journalistes ou invités, qui sont sur le plateau », décrit Vincent Loré, responsable commercial. « Aujourd’hui, nous travaillons à la rendre adaptable à tout type de caméra. » En revanche, enchaîne le représentant de Ross Video France, « elle n’est pas conçue pour une utilisation lors d’un événement sportif en direct, d’autant que, selon nos experts, les outils de reconnaissance faciale sont inopérants quand les acteurs de la compétition sont trop loin. »

Surtout, au-delà des problématiques purement techniques, telles les occlusions optiques, telle la nécessité, dans le cas de Vision[Ai]ry, de réinitialiser le système au bout d’un certain temps après qu’un journaliste ou un invité a quitté le plateau avant d’y revenir, la question centrale est de savoir jusqu’où, dans nos démocraties, la technologie peut aller, tout en étant compatible avec les règlements relatifs à la protection des données individuelles.

« Le contexte global du RGPD met de gros freins au développement et à la diffusion de ce genre de solution », convient Vincent Loré. « En l’occurrence, on ne parle plus du suivi d’un objet, comme un ballon, mais d’une personne et c’est la principale source des difficultés que nous rencontrons. »

En réalité, outre des applications via des modèles PTZ dans un écosystème de production automatisée, c’est sans doute dans l’ingest, dans l’indexation et la recherche dans des bases de données, sinon dans des solutions de clipping et/ou de montage automatisé ou semi-automatisé de sujets à partir de la demande d’un visage, que les algorithmes de reconnaissance faciale trouveront leur plein emploi dans le sport.

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #48 p.96-97