Depuis le lancement, début octobre, d’un nouveau cycle de négociations sur la chronologie des médias orchestré par le CNC, l’enchaînement et la durée des différentes « fenêtres » d’exploitation des films de cinéma (salle, VoD, TV payante, SVoD, TV gratuite, AVoD…) sont de nouveau sur la sellette. Histoire d’y voir plus clair sur la réalité du terrain, NPA Conseil a étudié les 50 films ayant réalisé le plus d’entrées en salles en 2019, dernière année pleine qui n’a pas été perturbé par la crise sanitaire. Parmi l’ensemble de ces productions (34 américaines, 15 françaises et 1 coréenne) le cabinet de conseil a constaté que…
- Un film a été retiré des écrans avant la fin de la 8e semaine,
- Douze autres n’étaient plus exploités avant la fin de 12e semaine,
- Vingt-neuf supplémentaires en fin de 16e semaine,
- Huit, finalement, étaient encore à l’affiche après cette échéance
Si l’on observe les 20 productions qui ont dominé la même année le box-office en Allemagne (90 % et 73 %), aux Etats-Unis (95 % et 81 %) ou encore au Royaume-Uni (96 % et 82 %), le constat est identique. La répartition des entrées en France (127,6 millions au total), est également stable: tous les films du Top 50 2019 avaient réalisé 97 % de leurs entrées avant la fin de leur deuxième mois d’exploitation en salle, et, la différence est minime selon que le film est français (96% des entrées cumulées au cours des deux premiers mois) ou américain (97%).
Une baisse des entrées salles entre 30 et 60 % dans les grands marchés européens
Dans ce contexte, NPA souligne que la fréquentation des salles de cinéma, après le plongeon de l’année 2020, est loin d’avoir retrouvé son niveau d’avant la crise sanitaire et les fermetures des salles. La reprise enregistrée en 2021 est timide et 2022 donne déjà des signes d’essoufflement en France. L’annonce par Disney de la sortie de son film Black Panther 2 (Wakanda Forever) en salles le 9 novembre ne remplace pas le « Disney de Noël » où les familles avaient l’habitude de ses rendre en masse et qui, cette année, sera directement proposé sur Disney+. La multiplication de plateformes SVoD qui pour le prix d’une place de cinéma, voire moins, offre à toute une famille l’accès à un catalogue quasi illimité est une concurrence sévère pour les salles, et plus encore en période d’inflation… L’exploitation en salle risque donc de voir sa crise se pérenniser.
Un rebond des abonnements tiré par la zone APAC pour Netflix
En revanche, pour Netflix la situation pourrait redevenir plus radieuse. Le Géant de la VOD a publié mardi 18 octobre ses résultats pour le 3e trimestre 2022. Par rapport à la fin juin, la plateforme a gagné 2,413 millions d’abonnés, faisant largement mieux qu’effacer ses pertes de débuts d’année (-1,24 million). Sur le trimestre, comme sur un an, c’est dans la zone APAC que le streamer enregistre l’essentiel de ses recrutements (60 % des abonnés du trimestre ; 65 % sur un an).
Netflix n’a cependant pas partagé de prévisions de chiffre d’affaires publicitaire pour la fin 2022, ni pour l’année 2023. Il ne communique pas non plus d’estimation sur la part des nouveaux abonnés attendus pour le 4e trimestre – 4,5 millions – qui choisiront le forfait Basic avec publicité. Il a indiqué qu’il ne distinguera plus désormais abonnés payants (paid membership) et ensemble des utilisateurs (global membership), et ne communiquera plus que sur les seconds. Il a annoncé enfin l’extension à de nouveaux pays, début 2023, de son approche de monétisation des partages de codes testée 2022. (consulter) Les studios américains accélèrent le déploiement de leurs services de streaming en Europe
Ce paysage va continuer à vivre de profonds bouleversements puisque d’ici la fin de l’année 2022 les plateformes américaines SkyShowtime (joint-venture entre Comcast et Paramount Global), Paramount+ (Paramount Global) et Universal+ (NBCUniversal) vont étendre leur empreinte en Europe et tenter de trouver une place aux côtés de leurs concurrents Disney+, HBO Max, Netflix ou Prime Video. En Europe, seul le scandinave Viaplay poursuit un développement à l’international digne d’être souligné alors que les autres plateformes majeures (Salto, RTL+, demain ITVx) se cantonnent à leurs marchés domestiques…
A en juger par la complexité de ce nouveau paysage les acteurs français partent-ils « à la recherche de la chronologie perdue ? » … A suivre !