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À deux pas de Montpellier, 16 500 m2 de studios vont voir le jour. Le cadre sera idyllique : espace arboré, modules dessinés par des architectes internationaux… Et équipement de pointe ! © DR

Le plus grand studio cinéma de France verra le jour à Montpellier

 

Montpellier, nouvel eldorado du cinéma ? Le Languedoc est plébiscité : tournages de films, unitaires et feuilletons quotidiens, installation de studios et prestataires de services… Un élan appelé à s’accélérer : l’arc méditerranéen fait partie des territoires cibles de l’appel France 2030, visant à soutenir la filière de l’image.

Et parmi les projets, il en est un qui semble emblématique : Pics Studio. Un pôle de l’image porté par les groupes GGL et Spag, spécialisés dans la promotion, l’aménagement, l’imagerie médicale, l’art, la viticulture…

Ce complexe s’annonce de grande envergure : trois sites autour de Montpellier, 27 hectares, 16 500 m2 de plateaux, 61 000 m2 de décors naturels (backlots)… « En dehors de Londres, c’est l’un des seuls sites qui regroupera les maillons de la chaîne de fabrication d’un film, de la formation jusqu’à la postprod », annonce Sébastien Giraud, futur directeur du site. « À son ouverture en 2025, il sera le plus grand complexe de tournage en France, mêlant les mondes du cinéma, du jeu vidéo, des FX et de l’animation 3D. »

© DR

Soutenu depuis 2019 par des groupes aux finances solides disposant du foncier, le projet est bien avancé et devrait sortir de terre d’ici trois ans. « Ils ont vu l’opportunité du développement du cinéma dans le grand Montpellier, devenue place forte pour le tournage de films et séries, la concentration de talents. Nous arrivons à l’apogée de la production domestique. On cherche à passer à une marche supérieure. »

L’ambition est claire : viser l’international. « Tout le monde veut tourner en France, mais il n’existe pas d’outils pour accueillir les grosses productions. » L’annonce du projet séduit donc dans le monde entier. « On répond à un besoin réel. Aux USA et partout dans le monde, les studios saturent. »

 

 

À son ouverture, en 2025, ce sera le plus grand pôle de tournage en France. Avec un objectif : de gros volumes, pour attirer de grosses productions. © DR

 

Grands plateaux

Se positionnant sur le « long terme », les commanditaires ont confié le projet à des références. Outre Sébastien Giraud, ancien décorateur de tournage et repéreur de décors, des experts de renom apportent leur conseil : Benoît Jaubert, producteur des frères Russo (Avengers…), Véronique Cuilhé (ex-Gaumont International et Europacorp, cofondatrice de Mars Film…), Benoît Ruiz, expert en environnement et technologies (CNC, British Film commission…), Jimmy Fusil, directeur technique de Netflix, Dark Matters pour la production virtuelle…

Le cœur de Pics Studio, c’est bien sûr des plateaux de tournage. Le site principal, sur la commune de Saint-Gély-du-Fesc, en comptera huit à neuf (l’un d’eux est divisible). Tous ont des dimensions « internationales ». En plus d’un studio Mocap de 500 m2 développé avec Ubisoft, les plateaux auront des superficies de 1 200 à 3 000 m2. « Tous seront équipés de grils, la majorité de fonds verts, la moitié de fosses. Un plateau sera orienté virtuel, avec des écrans Led fixes et des modules complémentaires. »

Ce qui étonne, c’est la hauteur utile sous plafond : jusqu’à 17 mètres ! « Ce sont les mensurations que souhaitent les grandes productions. On est typiquement dans des formats anglo-saxons, comme à Londres ou aux États-Unis. » Des espaces « plus grands et plus hauts » permettent ainsi de tout réaliser sur place, et donc de moins sortir en décor naturel. « Et s’il le faut, on a beaucoup de belles choses à proximité ! »

 

Pour une totale polyvalence, un studio sera résolument orienté vers le numérique, avec des écrans Led fixes et modulaires. © Adobe Stock / Gorodenkoff

Équipement à l’américaine

Tous dotés de dalles acoustiques, les plateaux seront presque autonomes en électricité et bénéficieront, sujet sensible, d’une sécurisation des données de niveau T3, s’appuyant sur des data centers disposés hors site.

En pratique, les plateaux seront regroupés deux par deux dans trois modules indépendants. Un module sera dédié au 3 000 m2, divisible en 1 800/1 200. « Il sera en capacité de recevoir du public, pour les besoins d’enregistrement live. » Chaque « boîte » sera équipée d’un « appendice » de deux étages : loges et ateliers au rez-de-chaussée, bureaux de production au premier, et salles de postproduction au second.

Pour les loges, Pics Studio s’est adapté aux standards internationaux. Chaque module offrira plusieurs standings, de la pièce de 10 m2 à l’espace VIP, ainsi que des salles de repos conviviales. Mais puisque beaucoup de contrats américains imposent des loges en caravane à proximité du tournage, chaque plateau disposera de son espace « car lodges ». Le sens du détail impose d’anticiper une circulation à l’intérieur des locaux et entre les plateaux : les contrats imposent parfois une distance maximale de marche et des personnes qui ne doivent pas se croiser. « Cela peut sembler contraignant, mais si l’on n’intègre pas cela, les équipes ne viendront pas ! »

Chaque module disposera de ses ateliers menuiserie et peinture. Pics Studio va créer une bibliothèque de décors réutilisables, mais l’équipe discute avec les studios de France Télévisions, tout proche, pour devenir partenaire. « On pourrait s’appuyer sur leur menuiserie et leur Sorbonne peinture, très bien équipées. De plus, ils ont un grand stock d’accessoires. » Deux sites de backlots sont prévus : un terrain naturel viabilisé (avec loges, sanitaires, électricité…) sera à proximité directe des plateaux. Et à quelques kilomètres, le second site, intégrant d’autres plateaux et une grande dalle, sera proposé pour les scènes de voitures.

 

En plus des plateaux dédiés aux tournages, les écoles disposeront d’un espace de théâtre et de tournage de 300 m2. © Adobe Stock / Gnepphoto

 

Écoles et prestataires

Mais le complexe dépasse le simple tournage, dans l’esprit anglo-saxon « one stop one shot », ou tout sur place. « On pose les valises, et six mois plus tard, on repart avec un film tourné, monté, étalonné, les FX terminés… » Un auditorium/amphithéâtre et une salle de cinéma interne de 250 places vont donc être aménagés pour les projections pros, prévisualisations… Pour la partie audio, des studios seront dédiés au son, aux bruitages et à l’enregistrement de musique. En plus des espaces catering de chaque plateau, un restaurant de 1 500 m2 sur deux étages, accessible au public, s’intégrera au cœur du pôle.

Ce qui rend le projet original, c’est également la présence d’écoles à proximité. À quelques mètres, un campus de plusieurs bâtiments, « déconnectable » du site en cas de tournage confidentiel, regroupera des formations au métier d’acteur et aux professions du cinéma (lire plus loin). « Ils auront leur propre plateau et un service de restauration mutualisé », souligne Sébastien Giraud. « On imagine toutes les synergies possibles, l’émulation, lorsque les tournages accueillis sur place seront en mesure de les accueillir. »

Enfin, plusieurs sociétés de production et prestataires techniques voient l’opportunité de s’implanter sur place. Côté VFX, certains studios (The Yard…) ont manifesté leur intérêt. De même, Panavision devrait y installer une grande unité de location de caméra et matériel. Innport proposera ses solutions innovantes d’éclairage et de recyclage de batteries. Le site comptera plusieurs acteurs de catering (même si chaque tournage restera libre), et des loueurs de véhicules électriques (de la voiturette au van).

 

Être exemplaire

Proche de la mer, le troisième site de Pics Studio proposera une solution de logement, avec 125 ecolodges de 30 à 40 m2, un restaurant et un bar. Cet espace disposera de salles de réunion, projection et montage pour la pré et la postproduction. Le tout sera connecté en fibre sécurisée avec les plateaux de tournage.

Un point semble essentiel : la démarche durable et la responsabilité environnementale. Benoît Ruiz, expert du sujet, pilote ainsi une série de mesures limitant l’impact du complexe (voir encadré). « C’est un sujet majeur », annonce Sébastien Giraud. « Les tournages traditionnels sont très dispendieux en moyens et énergie. Ce n’est plus la bonne direction. Pour maîtriser les coûts et risques, pour être moins impactant, il n’y a pas cinquante solutions. Tout le monde repasse par l’appareil studio. On se dirige vers un conditionnement des productions en fonction de l’impact carbone. »

Pics Studio se veut donc « exemplaire » : « Ce sera le premier studio conçu en décarbonation massive et durable, pour plusieurs générations. Nous appliquons des normes qui n’existent pas encore, tout en nous conformant aux exigences de sécurité américaines et anglaises, comme la TPN. »

 

Un besoin réel

D’ici la fin de l’année, les permis de construire seront déposés et instruits. Le foncier étant déjà maîtrisé, les travaux devraient démarrer l’an prochain, pour une livraison fin 2024. Le temps de tout équiper, les premiers tournages pourraient débuter en 2025. « De premiers films américains sont signés », assurent les responsables. Des discussions sont même en cours avec « un studio américain majeur », pour un partenariat de longue durée (voire un co-naming du studio ?). « Mais malgré tout, on maintiendra toujours une mixité. Pour être rentable à long terme, notre projet doit avoir un modèle ouvert. Tout le monde peut venir, quels que soient sa taille et son besoin. »

Se pose tout de même une question : un si grand complexe, n’est-ce pas démesuré ? Sébastien Giraud balaye cette idée. « Actuellement, il n’existe pas d’infrastructures de standard international pour accueillir les productions souhaitant tourner en France. Si le plan France 2030 est lancé, c’est bien que le pays a besoin de ce genre d’équipements. » Il pointe une étude récente, selon laquelle il manquerait chaque mois 1 000 plateaux dans le monde. « Si on arrive à capter une petite partie de ces films, ce serait énorme. Il faudrait que d’autres appareils de notre genre voient le jour, pour que des écosystèmes se structurent. Cela placerait la France sur l’échiquier mondial des tournages. »

Il est convaincu que les grosses productions viendront tourner à Pics Studio. « On coche beaucoup de cases. La France offre un crédit d’impôt compétitif. La directive Smad impose aux plates-formes de tourner localement. Et tout cela va s’accélérer, car les plateaux américains débordent. »

L’opportunité de tourner dans le Sud, où le climat est clément et les décors naturels majestueux, constitue un autre argument. « Depuis le Covid, les professionnels n’ont plus envie de s’enfermer dans des zones industrielles. Les productions recherchent un équilibre entre infrastructures et qualité de vie. À Montpellier, on offre un peu cet esprit de vacances ! »

 

© DR

Un projet durable

Conscient des enjeux environnementaux, Pics Studio portera une démarche responsable, de sa conception à son exploitation. « C’est une demande croissante des diffuseurs et plates-formes », certifie Benoît Ruiz, expert du sujet auprès du projet. Dans la conception, la voirie sera calculée « au plus juste ». Le pôle central, à Saint-Gély-du-Fesc, est actuellement une zone de stockage de remblais. « On va les réutiliser, ce qui économise l’empreinte liée à leur extraction et l’acheminement. Cela réduit le coût carbone du chantier de 749 tonnes de CO2 ». Le choix des matériaux sera réalisé selon un bilan énergétique global. Deux exemples : l’usage de béton « décarboné » et de parements en bois pour « séquestrer le carbone ».

Pour compenser l’exploitation, 9 500 m2 de panneaux photovoltaïques seront installés sur le toit des plateaux, ce qui leur permettra d’être autonomes à 80 %. La géothermie et les pompes à chaleur seront déployées dès que possible. Un système de réutilisation des matériaux et décor est envisagé. Et le transport (intra site, entre les sites et vers les aéroports et gares) se fera en véhicules électriques. Enfin, les utilisateurs (entreprises et écoles) seront incités à suivre un cahier des charges d’écoresponsabilité.

 

Un pôle de formation complet

Dès la rentrée 2024, Pics Studio accueillera un campus des métiers de l’image. L’École 24, école de cinéma portée par Art FX, dispensera des cursus en mise en scène, scénario et image. « On introduira dans chaque filière des enseignements de base en effets visuels, utilisation du temps réel et des moteurs 3D et production virtuelle », précise Luc Pourrinet, directeur pédagogique de l’École 24. « Cela correspond à un besoin croissant sur les tournages. »

Travelling, école de cinéma locale, installera un pôle de formation continue dans les métiers majeurs du secteur. Certains des cursus à destination des professionnels seront menés en lien avec l’École 24, notamment autour de la production virtuelle. Enfin, l’école d’acteurs Le Plateau déménagera sur place. « On imagine déjà les convergences entre nos structures », se réjouit Luc Pourrinet. Un plateau de 300 m2, une salle de théâtre/cinéma et un restaurant seront mutualisés entre les structures. Au total, près de 500 étudiants seront accueillis par an. « C’est une opportunité unique. Dans le monde du cinéma, il faut construire des relations, un réseau. Le meilleur endroit pour croiser de futurs pairs, c’est au contact des tournages. Même si ce sera plus complexe pour les grosses productions, il n’est pas impossible que les techniciens viennent chercher des stagiaires. »

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #49, p. 28-31