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En Europe, les deux clubs de Manchester font partie de ceux qui utilisent la solution d’analyse Piero. © Ross Video

Ross Video à la croisée du sport et du broadcast

 

Avant de passer d’abord sous le pavillon d’Ericsson, puis sous celui de Ross Video il y a trois ans, il est bon de rappeler que la solution a été développée à l’origine par deux filiales de la BBC (BBC Broadcast et BBC Resources) et utilisée pour la première fois lors de l’émission Match of the Day en septembre 2004…

Oui, au départ, la BBC la destinait plutôt à des sports « compliqués » (sic), surtout le rugby. L’idée était de capter un public plus vaste en lui expliquant, via Piero – dont le nom renvoie à Piero della Francesca, un peintre italien de la Renaissance qui introduisit l’usage de la perspective dans l’art pictural – des décisions techniques sur des sports réputés plus stratégiques que d’autres.

Autrefois, les caméras de la BBC étaient équipées de senseurs pour savoir ce qu’elles filmaient, sur quel niveau de zoom, etc. La mise en place de ces systèmes demandait un jour ou deux et on ne pouvait pas les installer sur tous les matches du week-end. Du coup, il fallait en choisir un pour faire de l’analyse. Avec Piero, dès lors que vous pouvez rapatrier les flux et que l’écran est suffisamment large pour avoir des points de repère, vous n’avez pas besoin d’être sur place ni de faire de mesures.

 

Ce qui fait l’originalité de votre positionnement, c’est que, contrairement à certains de vos concurrents, vous êtes présent non seulement dans le sport broadcast, mais aussi dans le sport institutionnel. Comment êtes-vous arrivé à vous intéresser à ce dernier ?

Vincent Noyer : En Europe, les clubs voyaient ce que proposaient Canal+, la BBC, Sky… et il y avait une grosse demande de leur part. Seulement leurs workflows n’étaient pas forcément ceux des broadcasters, qui s’appuient sur du SDI, etc. Ils voulaient une solution capable de tourner sur des laptops avec des fichiers du genre QuickTime. Aujourd’hui, les deux clubs de Manchester, le PSG, l’Ajax et d’autres encore, notamment en Espagne et au Portugal, utilisent Piero pour faire de l’analyse en interne avec leurs joueurs.

 

À l’origine, il existait deux versions de la solution Piero, l’une pour le monde du broadcast, l’autre pour celui du sport…

Oui, le broadcast avait besoin de cartes d’acquisition assez grosses, mais aujourd’hui on arrive à un stade où on peut faire tourner Piero sur des laptops, et non plus sur des machines dédiées, avec un boîtier d’acquisition SDI à côté. On voit même que des technologies destinées au monde du broadcast, comme le NDI, commencent à arriver dans le sport parce qu’elles sont matures, fonctionnent de mieux en mieux et sont faciles à utiliser et vice versa. On est clairement dans une phase d’évolution technologique où tout se croise. Chez Ross Video, nous appelons cela l’hyperconvergence. Depuis trois ou quatre ans déjà, beaucoup de nos produits, dont l’empreinte matérielle et la consommation électrique ne cessent de diminuer, vont dans cette direction-là.

 

Les utilisateurs de Piero, qui peut s’intégrer à un moteur de rendu basé sur Unreal ou sur Xpression pour la 2D, mettent volontiers en avant la qualité des graphiques…

Oui, la qualité des graphiques a toujours été une marque qui nous distinguait des autres. Notre module d’écran tactile surclasse ce que la concurrence propose. On a ainsi été les premiers à visualiser de la data en temps réel. Pour les graphiques que vous voyez à la télévision, tels la heatmap d’un joueur, son nombre de passes, les interactions entre deux joueurs-clés, etc., il faut un temps de préparation, utiliser des templates et souvent attendre la mi-temps, sinon l’émission d’après-match, pour les pousser alors que, chez nous, tout est fait dynamiquement. Vous n’avez pas à pré-composer la scène ni à la fabriquer.

 

De quels développements ou perfectionnements, le cas échéant, la solution va-t-elle bénéficier dans un futur proche ?

On a déjà beaucoup avancé sur la réalité augmentée, comme aux États-Unis, avec la ligne virtuelle (down distance) sur le football américain. En ce moment, on est en train de mettre au point un dispositif, appelé filtre de luminance (luminance filter), qui va permettre d’intégrer la luminosité ambiante, selon la météo, dans le mode de rendu des graphiques et faire que ceux-ci collent davantage au réel. Cette innovation va aussi permettre de prendre en compte les contrastes nés des passages de l’ombre de la tribune à la partie ensoleillée du terrain au cours d’un match. Dans tous les cas, l’incrustation des graphiques, qui jusqu’ici étaient un peu uniformes, n’en sera que meilleure.

 

Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #51, p. 96-105