Avec le FC Grenoble Rugby, l’ASM Clermont-Auvergne a été le premier club de rugby français à s’équiper d’un drone pour filmer ses séances d’entraînement. Chez les « Jaunards », la première utilisation d’un aéronef télécommandé remonte à l’automne 2014, quand la plupart des clubs ont investi dans l’installation de caméras IP motorisées autour de leurs terrains d’entraînement, et plus rarement dans des systèmes de trépied, onéreux et beaucoup moins flexibles d’utilisation.
« Nous utilisons des modèles DJI, au départ des Phantom II, III, Mavic Pro, etc., et, aujourd’hui, deux AIR 2S et un Mavic 3 », décrit Stéphane Boiroux, l’analyste vidéo du club auvergnat. En revanche, l’essai d’un FPV (First Person View) du constructeur chinois, numéro un mondial du drone civil, a tourné court. « L’appareil était très réactif et doué d’une plus grande autonomie, mais il ne répondait pas à nos besoins. »
Quel que soit le modèle, celui-ci est commandé manuellement à l’aide d’un Smart Controller qui permet de visualiser en direct l’image capturée par le drone grâce à une sortie HDMI. « Les fichiers vidéo conviennent pour notre logiciel d’analyse et la qualité est suffisante », glisse Stéphane Boiroux. Avant de poursuivre : « Le codage des entraînements, c’est-à-dire la qualification de chaque “événement” (action) en synchronisation avec les données GPS utilisées par les préparateurs physiques, s’effectue à 90 % en direct, ce qui nous fait gagner énormément de temps. »
Aux manettes du drone, l’analyste clermontois filme les phases d’entraînement, selon le thème de travail défini par l’encadrement.
En suivant l’action de manière dynamique, l’appareil permet de garder un point de vue dans l’axe de celle-ci. Grâce à cette caméra volante, « on peut voir la largeur et la profondeur sans perspective, tandis qu’une caméra fixe donne toujours une perspective à l’image, notamment sur les directions de course », argumente le pilote.
L’autre avantage d’une technologie télécommandée est de pouvoir s’adapter et changer d’axe rapidement. Ainsi, sur des phases de jeu collectives, l’appareil évolue à une hauteur de 25 à 30 mètres, tandis que sur des phases d’entraînement plus réduites, typiquement une mêlée, son plafond d’évolution oscille entre 7 et 9 mètres. « Le zoom de la caméra équipant le modèle AIR 2S nous permet aussi de jongler rapidement au besoin. »
En position stationnaire, le drone scrute les postures individuelles. « La puissance développée dans une mêlée, par exemple, est énorme (quelque 900 kilos par équipe en moyenne) et un appui trop avancé ou trop reculé aura des conséquences sur l’angle d’un genou ou l’inclinaison d’un bassin qui vont impacter le collectif », éclaire le représentant des « Jaunards ».
Seul bémol : l’autonomie réduite des batteries. L’énergie embarquée ne permet pas de filmer les entraînements plus de vingt minutes quand ceux-ci durent entre 45 et 120 minutes. Maintenant, « avec l’expérience et une bonne communication avec l’encadrement sur le programme d’entraînement, on arrive à anticiper pour rater le moins possible d’actions. Le changement de batterie, retour au sol et décollage compris, prend moins d’une minute », pondère Stéphane Boiroux.
Moins avérée encore est l’incapacité du drone, d’un poids de 595 grammes, à voler lorsque la météo est critique. « Depuis 2014, on a dû rater cinq entraînements pour cause de pluie. »
La mise à disposition des images capturées par l’aéronef peut s’effectuer via la régie et l’écran géant du stade Marcel-Michelin, après avoir été renvoyées par le logiciel d’analyse sur le réseau interne. « À la demande du coach uniquement, sinon l’entraînement durerait des heures, il nous est arrivé de mettre les “retours” en direct sur l’écran géant du stade afin que les joueurs puissent revoir collectivement la séquence qu’ils venaient de réaliser. La mise en place est un peu longue mais on l’a fait plusieurs fois », confirme Stéphane Boiroux.
Dans la préparation des « Jaunards », « le drone n’est qu’un outil parmi d’autres », relativise cependant l’analyste clermontois. Avant de conclure : « On utilise en même temps caméra et tablette pour les entraînements, ce qui nous permet d’avoir plusieurs angles de vue synchronisés dans notre logiciel d’analyse et, au bout du compte, une précision inégalée dans les “retours” proposés aux joueurs. »
Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #51, p. 96-105