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L’impressionnant bâtiment du Media and Technology Centre est situé non loin d’un ancien aérodrome de la Royal Air Force. Il abrite, depuis la crise du Covid-19, la remote production de la Formule 1, mais aussi tous les besoins de la plate-forme F1.tv © DR

Formule 1. Au cœur du centre de production High Tech

 

La remote production poursuit son petit bonhomme de chemin dans le monde entier mais à des rythmes différents. Les retransmissions sportives restent un domaine privilégié en la matière. Si la Liga, le championnat d’Espagne de football, a fait partie des précurseurs dans le domaine, d’autres disciplines s’y sont lancées activement depuis. La Formule 1 n’échappe pas à la règle, bien au contraire. Contrainte par l’épidémie de Covid-19 en 2020, elle a même poussé le concept à son paroxysme.

 

Un bâtiment ultra moderne

Propriété du géant américain Liberty Media depuis 2017, la Formule 1 s’est largement ouverte aux nouvelles tendances de consommations audiovisuelles, avec la série Netflix Drive to survive tout d’abord, mais aussi via des contenus proposés sur les réseaux sociaux, pour toutes les catégories d’âges. Le mode de narration de la diffusion des courses a également considérablement évolué en profitant des nouvelles technologies disponibles. Ces dernières sont dorénavant toutes regroupées au Media and Technology Centre. L’immense bâtiment installé dans la campagne londonienne est tout à fait représentatif de la nouvelle envergure prise par la discipline.

Lenovo, sponsor officiel de la Formule 1 met également à disposition ses équipes techniques et son matériel pour architecturer cette remote production de taille XXL. On ne compte pas moins de 400 écrans de toute taille de la marque chinoise au sein de l’édifice. « Près de 150 personnes s’activent ici, tandis qu’environ 160 techniciens et équipes éditoriales de contenus officient sur chaque circuit », explique Pete Samara, directeur des projets techniques stratégiques chez Formule 1.

Le paramètre essentiel de la remote production réside, bien évidemment, dans les temps de latences des flux entrants et sortants. Et compte tenu de leur nombre, cette gestion nécessite des infrastructures de haut vol. « Plus de 500 téraoctets de données transitent à chaque course avec quelques millisecondes de délais. Pour les circuits les plus éloignés, nous atteignons 250 ms d’écart entre ce que filme la caméra et sa réception dans notre centre », poursuit Pete Samara. De toute façon, le signal international, une fois réalisé, arrive jusqu’aux téléspectateurs avec presque sept secondes de retard. La raison est simple, en cas d’accident grave, il doit être possible d’envoyer une source divergée pour ne pas montrer des images trop insoutenables.

Sur le circuit, les images captées par les caméras, transitent toutes par une fibre 10 Gb/s dédiée. Sur les circuits les plus longs, ce n’est pas moins de 58 km de fibres qui sont déroulées quelques jours avant l’arrivée des premières écuries.

 

Le hall d’entrée met tout de suite en condition. © DR
Environ 148 caméras par Grand prix

La réalisation s’est véritablement étoffée ces dernières années. C’est en grande partie grâce à cela que la Formule 1 a retrouvé un nouveau souffle. La domination d’une ou deux écuries chaque saison, ainsi que l’image peu écologique du sport automobile, avaient progressivement réduit le nombre de fans dans le monde. Il a fallu donc réinventer la façon de raconter la course, en montrant ce que l’on ne pouvait parfois même pas apercevoir auparavant.

Dans l’audiovisuel cela passe en premier par le nombre de caméras accessibles et leurs emplacements. Elles atteignent en moyenne 148 sources vidéo pour chaque événement. Jusqu’à sept caméras peuvent être embarquées sur chaque monoplace. Quasiment aucun angle de prise de vue n’est oublié, pas même celui du pilote via une micro caméra placée dans son casque.

« Nos équipes collaborent avec chaque team F1 pour installer les paluches à bord. Elles sont alimentées directement par la voiture, et leurs emplacements sont très réglementés pour ne pas gêner la performance et engendrer une atteinte à la sécurité. Leur poids est bien évidemment strictement identique pour chaque voiture. Si nous mettons moins de caméras sur une Formule 1 nous compensons par un leste », ajoute Chris Roberts, directeur de l’IT chez Formule 1.

À ces sources on board, s’ajoutent vingt-huit caméras environ qui sont positionnées aux points clefs des circuits. À l’instar d’un car-régie géant, les nombreuses salles du centre de Biggin Hill répartissent bien évidemment les équipes techniques par postes : ingénieurs vision, contrôle des caméras embarquées, opérateurs ralentis, son, réalisation… Compte tenu du nombre de sources, une présélection est faite avant d’être mise à disposition du réalisateur.

 

Le plateau dédié à F1.tv. © DR
Une immersion par l’infographie et le son

Si vous avez regardé au moins un Grand prix de Formule 1 récemment, vous avez dû être marqués par le nombre de données intégrées à l’écran, notamment durant les phases de caméras embarquées. Ces informations permettent de mettre tout un panel de performances et d’évolutions de la course en avant (vitesses de la voiture, choix du sélecteur de boîte, écarts, chronos, types de pneus…). Elles participent activement à la lecture de l’événement.

« C’est depuis le centre que sont gérées les données chronométriques, mais aussi de positionnement géographique sur le circuit des vingt voitures ainsi que de nombreuses autres données techniques. Pour cela, des capteurs sont positionnés à différents points clefs des Formules 1. Nous utilisons une quarantaine d’antennes de réception autour de la piste pour détecter ces signaux », explique Lee Wright, chef des opérations informatiques chez Formule 1. Ces précieuses informations pour les fans de la discipline sont également essentielles pour les écuries qui les récupèrent pour leur propre exploitation.

 

L’une des salles éditoriales dans laquelle sont présélectionnées les sources qui arriveront jusqu’au réalisateur. © DR

Le son est devenu, en termes de diffusions sportives, un élément essentiel pour parfaire l’immersion du spectateur. Comment pourrait-il en être autrement avec la Formule 1, discipline pour laquelle le vrombissement des moteurs fait partie intégrante du spectacle ? Afin de rendre cela au mieux, ce ne sont pas moins de 147 micros qui sont exploités. Certains sont embarqués (avec ou sans caméras) dans les voitures, dont un particulièrement résistant à la chaleur, puisque placé à proximité de la sortie d’échappement.

Une salle baptisée « team radio » est dédiée uniquement à la réception des communications des vingt pilotes et de leurs ingénieurs. Dans un brouhaha et une confusion totale, les équipes parviennent à distinguer chaque échange, pour ensuite sélectionner les plus intéressants et les mettre à l’antenne (après « bipage » des noms d’oiseaux parfois employés).

À proximité immédiate, derrière un long couloir, plusieurs cabines audio insonorisées sont installées. Elles permettent de sélectionner les sons isolés du circuit. Un pré-mix est tout de même effectué depuis le circuit, avant d’être envoyé au centre de Biggin Hill. Certaines de ces salles sont également pourvues de cabines speak afin de pouvoir être exploitées pour les commentaires envoyés à différents ayants droits.

 

La salle baptisée « Team radio » est consacrée uniquement à la réception des communications des vingt pilotes et de leurs ingénieurs. © DR
Les nouvelles consommations de la Formule 1

Comme évoqué en préambule, le sport automobile et sa diffusion ont été obligés de se repenser afin de s’adapter à un nouveau public. Les contenus sur les réseaux sont nombreux depuis la reprise de la Formule 1 par Liberty Media, ce qui a littéralement tranché avec l’attitude de son ancien dirigeant Bernie Ecclestone qui ne voyait que par la télévision.

Aujourd’hui, ce sont encore près de quatre-vingt diffuseurs traditionnels qui s’acquittent des importantes sommes d’argents nécessaires à l’obtention des droits de diffusion à travers le monde. Mais la Formule 1, déjà productrice de ses images, s’est aussi dotée de sa propre plate-forme de diffusion. F1.tv est accessible dans les différents pays en fonction des accords passés avec les ayants droit nationaux. En France par exemple, Canal+ détenteur des droits de la discipline, a fini par obtenir cette année gain de cause et à limiter l’accès à cette plate-forme dans l’Hexagone.

Mais en fonction de la géolocalisation de l’internaute, l’accès total à la plate-forme, moyennant un abonnement annuel ou mensuel, permet non seulement de suivre les Grands prix en direct et en replay, mais aussi d’avoir accès à des contenus enrichis et les caméras embarquées de son choix. Une version pour les enfants de moins de treize ans est également proposée avec une lecture plus simple et ludique des événements de la course. F1.tv est gérée depuis le centre technologie et média de Biggin Hill. Un très joli plateau à plusieurs espaces, dont un fond vert, avec caméras robotisées et grue, est exploité du jeudi au dimanche durant l’ensemble de chaque étape d’une course : essais libres, qualifications, course sprint et enfin grand prix.

Cotée plus de 17 milliards de dollars en 2023, la Formule 1 a su prendre en charge elle-même la production et la distribution de ses images, générant ainsi des ressources considérables. À noter que les teams qui participent aux championnats perçoivent une partie des bénéficies de la saison en fonction de leur classement final. La saison 2024 ne fait que commencer. Il y aura pour la première fois vingt-quatre Grands prix au programme. Bon spectacle !

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #56, pp 88-92