Public Sénat est une chaîne qui adopte une approche pragmatique de ses moyens et produit de nombreux contenus.
Lancée en 2000, la chaîne du Sénat Français diffuse 24/24, sur Internet et les réseaux IPTV. Elle possède ses propres canaux de diffusion et partage son temps d’antenne sur la TNT avec sa consœur LCP-Assemblée nationale. Cédric Laveau, directeur des productions et des moyens techniques, revient sur ses chantiers passés et à venir …
Public Sénat produit une grande diversité de contenus, des directs, des plateaux, des magazines… comment arrivez-vous à gérer ce volume ?

Cédric Laveau : Je peux vous donner un exemple précis et récent qui illustre bien notre besoin de faire beaucoup avec un environnement qui nous demande quelques réflexions avant l’action. Nous avons rentré en grille une nouvelle collaboration avec RTL M6, à savoir le Grand Jury RTL. Et il nous fallait manager le replay sur nos plates-formes, principalement sur notre site. Aujourd’hui, nous avons un workflow piloté par Louise de PCI qui orchestre à la fois nos archivages chauds ou froids et nos expositions replay du lundi au vendredi mais le Grand Jury étant un dimanche, que faire ?
En sachant que nos équipes ne travaillent que cinq jours par semaine, et solliciter des monteurs un dimanche pour déclencher un replay n’était pas viable économiquement. Il a donc été décidé de travailler avec les ressources à notre disposition dans une économie contrainte. Il fallait imaginer un workflow qui puisse permettre à un « non technicien » de gérer les différentes étapes de la vie du programme.
Sur Le Grand Jury, nous sommes en direct, il est nécessaire d’avoir une présence de production pour gérer les signaux, faire les coordinations avec notre régie finale… Le but était donc de développer quelque chose de très simple pour permettre à nos équipes de production d’accéder à un outil, à une interface simple, pour faire in, out, send, et c’est tout. Dans l’analyse de la problématique avec PCI, le but était d’utiliser un module déjà existant dans l’environnement Louise, qui s’appelle Media Bench. Faisant partie intégrante de Louise, l’interconnexion, les fermes de transcodage AWS Elemental présent physiquement dans l’environnement de la chaîne devenaient évidentes.

Il y a eu toute une programmation de workflow à travers les API d’AWS, déjà connectées avec Louise sur d’autres tâches. En parallèle du live, AWS Elemental transcode, créé un fichier mp4, et qui lui, une fois sa tâche terminée, remonte dans Media Bench de chez PCI, qui, dans cette configuration, est utilisé comme outil de bornage et de lancement d’ordre de publication. La personne présente en production rentre l’ID de l’émission, récupère son média, fait le point d’entrée et sortie, et le replay est disponible en cinquante minutes. Le projet a été réalisé en trois ou quatre semaines pendant l’été.
Habituellement, nous avons des temps plus longs de développement car nous sommes exigeants sur nos livrables. Les produits de PCI sont très stables. La chaîne a vingt-quatre ans et nous avons vingt-quatre ans de contrat avec PCI pour exploiter les environnements Louise. Depuis tout ce temps le corps central, n’a pas réellement bougé, mais nous avons ajouté de nombreux connecteurs pour répondre à tous nos besoins. La chaîne a évolué avec de nouvelles expositions et le chantier continue. Il n’a jamais de fin. Il faut se poser la question de comment on fait travailler les outils ensemble pour être encore plus pertinents dans ce que l’on a à faire. Cette diversité limitée de moyens nous rend sans doute plus créatifs.
PCI devrait sortir en 2025 une mise à jour importante. Public Sénat fait de nombreuses contributions sur les évolutions de cette version, quelles sont vos motivations ?
Nous attendons la V6 de Louise, mais cela va nécessiter un gros changement d’infrastructure. Sortir d’Oracle, c’est déjà un vrai chantier dans le chantier. La difficulté, comme peuvent le connaître nos confrères de LCP, c’est avant tout des équipes très restreintes et déjà bien occupées au quotidien. Pour un projet comme celui-ci, cela nécessite beaucoup de ressources par rapport aux disponibilités. Pour que cela puisse se financer cela doit s’anticiper pour arriver à l’heure au moment où il faut l’être.
Aujourd’hui l’infrastructure est très stable. Nous avons une particularité au sein de notre environnement, c’est que nous ne sommes pas seuls. Ce que l’on doit faire chez nous, il faut le faire également en même temps chez LCP et chez Cognacq-Jay (la régie finale de diffusion commune aux deux chaînes parlementaires). Chacun envoie ses conducteurs, avec les coquilles vides qui correspondent aux pleines de l’autre. Cognacq-Jay Images fait la concaténation des deux pour faire une seule grille.
Cela va être un beau projet passionnant. Les projets, nous en menons en permanence. Nous avons eu un chantier de dix-huit mois pour faire évoluer les expositions non linéaires car, précédemment, nous avions un départ de programmation non linéaire qui allait chez un partenaire tiers qui lui faisait la duplication sur tous les opérateurs. Donc ça partait de chez nous et quand il y avait des bugs à droite et à gauche, on n’arrivait jamais à savoir qui, quoi, comment, qui a fait quoi !
À mon arrivée j’ai tout remis à plat et nous avons fait en sorte que, plate-forme par plate-forme, nous récupérions un lien direct totalement pilotable et éditorialisable. Et tout fonctionne parfaitement depuis.

Y a-t-il un partenariat entre les chaînes Public Sénat et LCP ?
Il existe un tronc de diffusion pour chaque chaîne et dès que nous avons des événements particuliers, des auditions exceptionnelles, les services antenne, les directions des programmes des deux chaînes travaillent ensemble à adapter les grilles au plus près de la vie parlementaire. Il y a quelques programmes de flux communs. Nous avons une version hebdomadaire de l’émission de l’info parlementaire qui s’appelle Parlement Hebdo qui est diffusée tous les vendredis sur Public Sénat et sur France 3 tous les dimanches. Les journalistes de deux chaînes travaillent ensemble. Ils reçoivent en plateau pendant vingt-six minutes un député et un sénateur, et passent au crible l’actualité du Parlement de la semaine. Nous sommes également associés avec France 24 sur une émission qui s’appelle Ici l’Europe qui traite de l’actualité de l’Europe et du Parlement européen. Cette année, nos camarades de LCP viennent nous rejoindre sur cette émission-là. Et puis, tout au long de l’année, nous avons des collaborations de façon événementielle.
Comment se répartissent les plateaux, les régies ?
Nous avons deux régies et un plateau. Il a fallu faire le ménage il y a trois ans pour stabiliser toute l’infrastructure qui laissait paraître de gros signaux de faiblesse : les câbles s’étaient entassés les uns aux autres au fil des années. Il a fallu tout casser, sans interruption de service, en délocalisant les moyens techniques dans des bâtiments modulaires dans le jardin du Luxembourg, ici même. Les régies sont redevenues opérationnelles le 1er septembre 2021.
Nous sommes partis d’une régie, et nous en avons fait deux. L’espace a été conservé et tout a été revu et refait à l’intérieur de l’espace dédié : que ce soit la distribution électrique, les fluides, la répartition des espaces ou bien encore les mobiliers. Le plateau, lui, a été refait à l’été 2023. À cette époque, le Sénat conduisait de très gros travaux générant énormément de bruit et il n’était plus possible d’y produire. Nous avons déménagé vraiment rapidement le plateau en cinq semaines fin 2021. Un plateau a été recréé à l’identique dans une salle de réunion à côté du métro Odéon, non loin du palais du Luxembourg. Le nouvel environnement a été relié à la régie avec tout un réseau de fibres noires. Tout était en natif et renvoyé directement en régie à travers notre nodal tout fraîchement inauguré. Nous avons déporté sur le plateau les remote-cam sur place et ainsi que la vision. Durant la trêve de Noël 2021, nous avons fait la bascule de site, et à la rentrée c’était transparent, personne n’a vu la différence. Cette installation transitoire devait durer six mois, elle a finalement été exploitée dix-huit mois.
La régie est historiquement installée au cœur du palais du Luxembourg. Sous bonne garde. Public Sénat a fait l’intégration avec Videlio Media (intégration et de câblage). Tout ce qui était accompagnement en ingénierie et traitement des infrastructures de fibres optiques a été traité avec Synoptic Broadcast. Les interconnexions à reprendre étaient conséquentes car nous sommes sur plusieurs sites comme celui situé à côté de la tour Montparnasse et sur lequel se trouve 80 % de la postprod pilotée sur environnement Avid basé au Sénat.

En dehors du live quels sont les autres programmes ?
Quand nous ne sommes pas en live à l’antenne nous produisons du magazine, des débats, on a un planning plateau bien rempli. La chaîne démarre tôt le matin, les premiers arrivent à 5h. Nous avons trois rotations par jour. En ces temps de rentrée, nous pouvons mettre en avant nos partenariats historiques avec les congrès des élus locaux. Cela commence par le congrès de région de France à Strasbourg au Palais de la Musique et des Congrès, puis avec le congrès des départements de France qui va s’opérer à Angers au mois de novembre. Nous enchaînerons avec le traditionnel congrès des maires de France à la Porte de Versailles. La grosse nouveauté cette année c’est vraiment de faire du full remote. Les plateaux de Strasbourg et d’Angers seront sur une base de quatre à cinq caméras, plateau trois axes avec remontée de tous les flux. La réalisation se fera à Paris. Le schéma du congrès des maires, toujours sur un concept en full remote prod, est bien plus conséquent, mais sera techniquement sur les mêmes schémas.
Vous êtes directeur de la production et de la technique, c’est original !

La fonction de direction de la production et de la technique. Oui, c’est plutôt unique mais les deux sont très liés. Tout le monde dépend de tout le monde. Donc nous avons revu un petit peu l’organisation globale. Dès mon arrivée en 2018, j’ai pris la direction des environnements opérationnels tels que la production, la technique, l’exploitation, la documentation et l’archivage. Charlotte Grandchamp, responsable de la production depuis dix ans chez Public Sénat, m’accompagne désormais en tant que directrice adjointe, permettant de mettre un accent plus prononcé sur la transversalité des projets au sein de l’ensemble des pôles de la direction que j’anime. On a des petits moyens, mais on a de quoi travailler. Cela nous pousse à être imaginatifs et à nous donner des challenges que l’on ne retrouverait pas dans une maison aux moyens plus conséquents.
Est-ce que l’IA est prise en compte dans votre organisation ?
Nous travaillons avec Moments Lab (Newsbridge) qui nous apporte ses solutions à base d’IA, notamment pour la gestion de notre photothèque. L’IA nous permet d’accompagner au mieux les équipes ayant recours à notre photothèque.
Un passage IP est-il prévu ?
Pas tout de suite. On vient de refaire une belle infra HD-SDI, évidemment que ça deviendra une évidence mais pour le moment nous n’en avons pas le besoin. Une chaîne comme Public Sénat ne peut pas se permettre d’être dans un schéma encore lourd à mettre en œuvre pour une petite infrastructure comme la nôtre, mais cela viendra avec le temps et les évolutions.BIO
Cédric Laveau a été prestataire ici, avec sa société de production de 2001 à 2015. Puis il s’éloigne quelques temps afin de piloter les infrastructures audiovisuelles et broadcast de la COP 21 allant jusqu’à la coordination des infrastructures médias auprès du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et de l’ONU. Il revient en 2018 au sein de la chaîne et prend le poste de directeur de la production et de la technique.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #59, p. 114 – 116