Le pôle fictions de France Télévisions amorce sa révolution à Montpellier

Six ans après leur création, les studios de Vendargues de France Télévisions s’étendent. Avec le soutien de la Grande Fabrique de l’image, quatre nouveaux plateaux vont être créés d’ici 2026, soit 2100 m2 d’espaces de tournage supplémentaires. L’ambition claire : accueillir toujours plus de productions françaises et étrangères.

Publié le 15/05/2025

 

« Petit Hollywood » deviendra grand ! À Vendargues, aux portes de Montpellier, les studios de France Télévisions (FTV) changent de dimension. Dans un an, « V Studios » (le nouveau branding du site) va doubler sa capacité de production !

« C’était une nécessité, car le site actuel arrive à saturation », explique Laurence Schwob, directrice du développement du groupe et présidente de V Studios. « On a déjà dû pousser les murs ! » Et pour cause : en plus du feuilleton Un si grand soleil (France 3), la future quotidienne de M6, portée par SND, occupe déjà un plateau de 1 100 m2. En parallèle, la société ZQSD s’est installée sur place en août 2023. Elle propose des contenus et événements sur l’eSport, diffusés notamment via Twitch. Si l’on ajoute les clients de passage attirés par les équipements, notamment le mur Led, ainsi que les autres projets de séries et unitaires, cela fait beaucoup !

 

Grâce au soutien de France 2030, quatre studios vont voir le jour. Adaptés aux contraintes du cinéma, ils sont déjà attendus par les producteurs ! © DR

Quatre studios de plus

Le groupe anticipait le besoin d’agrandissement : l’appel à projets de La Grande Fabrique de l’Image a permis de le concrétiser. Sélectionné par France 2030, V Studios bénéficie de près de 6 millions d’euros de subventions, sur un budget global de 30 millions.

L’extension consiste en la construction, à proximité du site « historique », de deux nouveaux bâtiments, d’une surface de 8 228 m2 dont 2 620 m2 pour un immeuble « A » (sur deux étages), et 5 608 m2 pour un immeuble « B » (trois niveaux). Ils abriteront quatre studios de 300, 400, 600 et 800 m2, portant à huit le nombre de plateaux opérationnels à Vendargues. Ils contiendront également des espaces de restauration, convivialité, bureaux, loges et une zone de stockage de 600 m2.

Se voulant « complémentaire avec l’existant », le nouveau projet s’appuiera sur les atouts du premier site : postprod, menuiserie, atelier de peinture, réserve de décors… Mais le groupe n’exclut pas des évolutions. « Si les besoins sont supérieurs aux outils que nous avons ou qu’utilisent les productions, nous aurons la possibilité de nous développer. Il est toujours possible de transformer des espaces de bureaux en salles de postprod. »

 

Vue générale des studios © DR

Environnement et technologie

Les équipes profitent de cette construction « from scratch » pour suivre les besoins de l’industrie : « les hauteurs de plateau seront supérieures au premier site, avec 12 m utiles contre 7 », détaille Laurence Schwob. De quoi répondre aux attentes de productions plus ambitieuses. L’approche d’isolation phonique sera similaire à Vendargues 1. « La qualité sera même un peu meilleure. Nous avons désormais l’expérience des premiers studios. Comme on construit, les choses sont plus libres. » La directrice du développement de France Télévisions certifie que l’acoustique a constitué « l’un des gros enjeux » dans le cahier des charges technique des nouveaux plateaux.

Une nouveauté : deux boîtes seront en capacité d’accueillir du public. « Cela permet d’envisager d’autres types de productions, comme des émissions de flux ou divertissement. » Le tout, avec une « exigence environnementale poussée », conforme à la politique du groupe.

Comme les quatre premiers studios, les petits nouveaux seront dotés de fonds verts et calibrés pour être compatibles avec le système de décors virtuels des Tontons Truqueurs. Ce qui justifie les superficies limitées. « Aujourd’hui, en prolongement de décor, on peut faire tellement de choses qu’il y a besoin de moins de surface de plateau ! » Par ailleurs, V Studios réfléchit encore à l’ajout d’autres outils, du type mur Led. « Cela permet d’être dans une économie d’exploitation mieux maîtrisée, par rapport à de grands plateaux qui coûtent très cher à tout point de vue », note Laurence Schwob.

 

Laurence Schwob, directrice du développement du groupe France Télévisions et présidente de V Studios. © Guilhem Canal

Écosystème

Présentant le nouveau complexe comme une « offre globale et intégrée », incluant tous les maillons nécessaires à la création de contenus, l’équipe porte une ambition : « développer l’activité de production hors groupe et ainsi générer des ressources propres pour France Télévisions. »

Et si de grands producteurs (UGC, Pathé…) se manifestent déjà, c’est que le site de Vendargues, conçu « par les utilisateurs, a fait la démonstration de sa qualité ». Laurence Schwob en tient pour preuve le choix de SND d’y installer une partie de sa série. « Dans la mesure où l’on peut tester de nouvelles technologies sur le feuilleton, cela nous permet d’être dans une innovation permanente. C’est assez rare dans le secteur. »

L’autre avantage différenciant, c’est l’écosystème à venir. Aux côtés des deux hectares dévolus à l’extension de V Studios, le terrain de onze hectares (appartenant à la foncière Proudreed) a pour objectif de réunir de nombreuses structures du monde de l’image. Des instituts de formation sont pressentis : ArtFX (animation 3D/effets spéciaux), Travelling (métiers du cinéma), Le Plateau (acting). Et France TV suggère que des entreprises du monde de l’image devraient rejoindre le site. Cela pourrait être par exemple des acteurs de la postproduction, permettant d’absorber les débordements de besoins. De quoi faire de Vendargues « un grand pôle audiovisuel », selon Laurence Schwob. « Un épicentre des industries culturelles et créatives », se réjouit même Guy Lauret, le maire de la commune.

 

Complémentarité

Offre globale, cluster… Autant d’avantages qui ont convaincu le jury de France 2030. « La qualité technique du dossier était excellente », explicite Fabrice Casadebaig, conseiller culture au Secrétariat Général pour l’Investissement. Comme l’exigeait le cahier des charges de l’appel à projets, V Studios tisse une réelle interaction avec les organismes de formation. « Et le jury a apprécié la complémentarité sur le territoire. » En effet, à quelques kilomètres, La Grande Fabrique de l’image a également labellisé le projet Pics Studios, d’immenses boîtes calibrées pour les gros tournages. « L’un est adapté aux productions nationales, l’autre internationales », reprend le conseiller. « Cela crée un ensemble cohérent et logique. »

Vendargues ne conviendra pas aux blockbusters, mais se veut « polyvalent » pour tout le reste : cinéma, audiovisuel, clip, publicité, flux…

Déjà lancé, le chantier est prévu pour une grosse année. Mais les deux bâtiments ne sont qu’une première phase. Si les clients sont au rendez-vous, un « plateau monumental de plus de 1 000 m2 avec 12,5 m de hauteur » sortira de terre. Ce qui porterait la surface de « V » à plus de 25 000 m², en faisant l’un des grands complexes de tournage en France.

 

Inauguration de la première pierre du studio 2 à Vendargues © DR

Optimisme

Dans les discours, la prudence est de mise. Mais les équipes de France Télévisions sont plutôt confiantes. Déjà, le groupe n’a plus la place de tourner certains projets sur place. En plus, la série de M6 souhaitait un second studio. Enfin, les touches et visites se multiplient et l’impatience est de mise ! « On crée une attente », se satisfait Laurence Schwob. « Notre espoir, c’est que la conjoncture reste favorable, pour que ces besoins tiennent jusqu’en 2026. »

Du côté des collectivités, on se frotte les mains. Avec ce développement, V Studios va doubler son besoin en professionnels, passant de 2 500 à 5 000 à l’année. Les futurs autres acteurs du cluster devraient générer plus de 2 000 emplois supplémentaires. Les élus locaux offrent donc tout ce qui est possible : transports publics, soutien à la formation de nouveaux talents, investissement dans les équipements techniques, comme le premier mur Led… « France Télévisions est le moteur positif de la filière », justifie Carole Delga, présidente de la région Occitanie. « Notre souhait est de devenir le premier territoire européen de production audiovisuelle, ainsi que le premier en France pour les productions internationales, à l’horizon 2028. » Elle est déjà leader sur les tournages de fiction.

 

Force de production

Se pose tout de même une question : est-ce le rôle d’un groupe public de créer une activité commerciale de location de plateaux ? Laurence Schwob répond par l’affirmative, rappelant que « depuis 2018, nous étions le seul groupe à avoir développé des studios modernes », avant France 2030. « Nous avons la capacité de créer de nouveaux outils en région. » Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, souligne que cela fait partie des « ambitions et de la stratégie » de l’entité, qui représente « plus de 50 % de la création audiovisuelle en France. Il n’est pas absurde que nous soyons aussi une force d’innovation en termes de production. »

Laurence Schwob ajoute un élément important : ces activités ne sont pas financées par les fonds publics. « Au contraire : elles permettent d’aller chercher des recettes commerciales. » Elle ne craint pas que Vendargues contribue à une surabondance d’offres. « On a essayé d’être mesuré. V Studios est le petit poucet de l’appel à projets France 2030. Nous sommes dans une logique de développement local, dans des dimensions raisonnables. » Récemment, Laurence Schwob glissait d’ailleurs que si Vendargues 2 était ouvert, il serait « déjà plein » !

 

Potentiel de croissance

Pour Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, le site de Vendargues est stratégique, au coeur d’une région de plus en plus prisée par les caméras. © Guilhem Canal

De quoi faire dire à Delphine Ernotte que loin de provoquer un embouteillage, le projet répondra à un besoin. « Des producteurs importants recherchent des lieux. » D’ailleurs France 2030 visait à répondre au « manque d’infrastructures dans le pays ». La présidente juge donc que le « potentiel de croissance » est important, au niveau des tournages, des emplois, des compétences… Et l’Occitanie semble très bien positionnée. « On sait qu’en France, la question est de savoir où tourner. La région est parfaite, car elle offre des capacités de production importantes et de nombreux décors naturels. »

Michaël Delafosse, maire de Montpellier et président de la Métropole, évoque un atout non négligeable : le climat. « Un jour, Claude Chabrol est venu dans mon bureau, car il voulait tourner à Montpellier. » Quand l’élu lui a demandé ce qu’il faudrait pour attirer les productions, le réalisateur lui a répondu : « Vous avez un atout, c’est une lumière que l’on ne voit pas beaucoup ailleurs ».

Une lumière qui devrait permettre d’attirer toujours plus les caméras dans l’aire urbaine de la capitale languedocienne. Et notamment à Vendargues. Ou plutôt, comme l’a surnommée Delphine Ernotte, à « Vendarwood » !

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #60, p.20-22

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