Cette industrie est en pleine croissance, portée par des avancées technologiques sans précédent et une demande accrue des productions internationales.
Aux origines de la filière
Si la filière des VFX en France semble avoir le vent en poupe, cette industrie tire son héritage de l’évolution de la filière informatique. En 1977, le président Valéry Giscard D’Estaing est à l’initiative de l’organisation du colloque international « Informatique et société ». Une prise de conscience sur l’évolution des usages de l’informatique dans nos sociétés naît dans ces années-là. En 1981, l’arrivée du président François Mitterrand au pouvoir permet à la culture de passer de 0,45 à 1 % du budget de l’État (avant de redescendre sous la barre des 1 % en 1986).
C’est dans les années 1980 que l’industrie des images numériques va commencer à s’établir. De nombreux plans pour la culture vont voir le jour et cette industrie naissante va pouvoir bénéficier des aides allouées aux œuvres artistiques. Le Plan Recherche Image, coordonné par Henri False, s’inscrit dans cet élan. Plusieurs millions de francs seront consacrés à ce plan entre 1983 et 1990. Ce rapport a mis en place un comité avec la Culture, l’Industrie et l’INA, la coordination étant confiée à l’INA. Concernant l’image de synthèse, un volet devait se charger d’aider des productions nouvelles, aider la création d’une formation, aider les sociétés prestataires, ou qui développaient des logiciels, et favoriser l’exportation.
Alors que les premiers essais en image de synthèse se concrétisent dans les années 1970, c’est dans ce contexte économique que vont naître, dans les années 1980, des sociétés montées par une nouvelle génération de professionnels, dont certaines sont encore en activité aujourd’hui : BUF (1984), Mikros Image (1985), Mac Guff Ligne (1985), Excalibur (1982). L’effort réalisé par l’État va permettre aux images numériques de pouvoir se développer, tout en mettant les moyens pour la formation et ainsi voir émerger des talents français. À la fin des années 1980, le budget va diminuer et va rester le CNC, qui va continuer à financer le cinéma, notamment la création d’images de synthèse pour le cinéma et l’audiovisuel.
Les aides ciblées du CNC
Ces aides ne se limitent pas à des dispositifs financiers ; elles participent à une transformation structurelle de l’industrie, favorisant la relocalisation des productions et l’émergence de nouvelles méthodes de fabrication. Aujourd’hui, trois grandes typologies d’aides concernent spécifiquement les VFX à savoir les aides sélectives, l’aide automatique et le crédit d’impôt international (C2I).
– Les aides sélectives
Attribuées par une commission présidée par Alexandre Aja, elles soutiennent les projets français qui intègrent significativement les VFX. Héritières du programme de création visuelle et sonore, elles concernent des œuvres déjà soutenues par le CNC, tous formats confondus (cinéma, séries, unitaires). Ces aides permettent de financer des initiatives innovantes qui redéfinissent la manière d’utiliser les technologies numériques.
– Les aides automatiques
Elles sont accessibles à tous les projets dépassant un seuil minimal de dépenses en VFX. Elles offrent une allocation budgétaire proportionnelle à l’effort financier consenti par les productions, sans plafond annuel fixe.
– Le C2I
Avec son bonus de 10 %, il offre un taux compétitif de 40 %, s’appliquant aux dépenses en VFX et aux dépenses de tournage. Ce dispositif rend la France particulièrement attractive pour les productions internationales, qui trouvent dans les studios français une expertise technique et artistique unique. La France doit cependant tenter de rester compétitive, notamment face aux pays frontaliers comme l’Espagne avec son crédit d’impôt de 50 % pour les tournages sur les îles Canaries. En 2024, malgré la grève à Hollywood et le ralentissement des plates-formes, les dépenses internationales dans les VFX en France restent à un niveau élevé.
Le fond d’aide au moyen technique peut également accompagner les studios soutenir des projets techniques, sans spécificité pour les VFX.
Pauline Augrain, directrice du numérique au CNC, souligne que ces dispositifs ne se limitent pas à une aide financière. Ils envoient un signal clair aux réalisateurs et producteurs, les incitant à intégrer les VFX. « L’objectif est d’encourager le recours aux VFX et de faire évoluer les mentalités. […] Même si les chiffres ne sont pas définitifs, ces dernières années, le montant consacré à ces aides combinées n’a cessé d’augmenter. Pour 2024, nous atteignons un chiffre record avoisinant 10 millions d’euros de subventions. Cela concerne à la fois l’aide automatique – où la dynamique est la plus forte – et l’aide sélective. Ce qui est intéressant, ce n’est pas tant le montant alloué que ce que cela révèle de la trajectoire du développement de l’industrie. »
En 2017, la majorité des dépenses en VFX des productions françaises étaient effectuées à l’étranger. « Aujourd’hui, grâce à notre objectif de relocalisation largement atteint, 90 % des dépenses VFX sont effectuées en France », précise Pauline Augrain. Cette transformation a été possible grâce à l’attractivité des dispositifs fiscaux et à l’émergence d’un écosystème compétitif.

Des projets internationaux majeurs ont décidé de réaliser une partie de leurs VFX en France et d’autres productions, comme ce fut le cas pour le spin-off de The Walking Dead (Daryl Dixon), ont choisi la France pour leurs travaux VFX. Grâce au C2I, les entreprises étrangères peuvent décider de se relocaliser complètement en France car le C2I s’applique alors pour les autres étapes de production du film. Ces succès ne se limitent pas aux créations visuelles : ils renforcent aussi la reconnaissance des talents locaux et la pérennité des studios français.
Si les aides financières et techniques jouent un rôle structurant, elles s’inscrivent également dans une démarche plus large visant à moderniser les infrastructures et à répondre aux besoins d’un marché en constante évolution.

France 2030 et aides techniques : vers la modernisation de l’industrie
Les aides techniques s’inscrivent dans le cadre de France 2030 et du programme « La Grande Fabrique de l’Image ». Elles financent la modernisation des infrastructures (studios, équipements) et accompagnent les studios dans l’acquisition de technologies de pointe. Ces investissements permettent à l’industrie de répondre aux besoins croissants des productions internationales tout en renforçant l’innovation locale. L’évolution des VFX entraîne la création de nouveaux métiers et la nécessité de former des techniciens qui pourront relever les défis techniques et artistiques. « Les organismes de formation jouent un rôle clé, tant pour la formation initiale que pour la formation continue », insiste Pauline Augrain.
Outre ces aides spécifiques, Claire-Alix Gomez, cofondatrice et directrice générale de Spline, explique que d’autres guichets leurs permettent d’obtenir des subventions. C’est le cas notamment des aides de la BPI, notamment du prêt Innovation, qui peut s’appliquer à n’importe quelle entreprise qui travaille sur des nouvelles technologies.
Une mise en avant des savoir-faire et des pratiques de production
Un des enjeux clés mis en avant par le CNC est l’intégration des VFX dès la phase d’écriture. Anne Le Van Ra, décoratrice, insiste sur l’importance de la collaboration dès la préparation entre les départements de décoration, VFX, et production : « Les projets qui intègrent les VFX dès le début, comme Valérian ou Un Long Dimanche de Fiançailles, démontrent que la coordination est essentielle pour maximiser les résultats. » Cette anticipation est soutenue par des dispositifs comme l’aide au pilote, qui permet de tester des concepts visuels en amont. « Cette aide permet aux créateurs de réaliser des tests dès la pré-production. Elle est de plus en plus sollicitée », explique Pauline Augrain. Elle ajoute que le CNC « souhaite également mettre en place des résidences de création, où réalisateurs et/ou scénaristes pourront collaborer avec des superviseurs VFX dès la phase d’écriture ».
La production virtuelle, combinant murs Led et environnements numériques, redéfinit les méthodes de fabrication des films avec une préparation des séquences avant le tournage. L’exemple de The Serpent Queen de Justin Haythe illustre ce potentiel : « Concernant la production virtuelle, l’exemple de The Serpent Queen tourné à Provence Studios dans leur studio Led La Planète Rouge est particulièrement intéressant. Pour des scènes se déroulant dans des palais florentins, il était impossible de tourner sur place. Reconstruire ces intérieurs en décor réel aurait été extrêmement coûteux. Il a donc été décidé de scanner les palais et de les reconstituer en studio virtuel. Le rendu est très satisfaisant, avec un coût dix fois inférieur à celui d’un décor physique. » Cependant, cette technologie reste coûteuse et exige une synergie entre les départements techniques et artistiques. Claire-Alix Gomez souligne que « la production virtuelle est encore une technologie en devenir, mais son potentiel pour optimiser les coûts et améliorer la qualité est immense ».
Former et retenir les talents : une priorité stratégique
La filière VFX repose sur des talents hautement qualifiés. Le CNC, à travers France 2030, finance des écoles spécialisées dans les métiers numériques (VFX, animation, jeux vidéo). Parmi les trente-quatre établissements soutenus, seize se consacrent à ces disciplines.
Les initiatives misent en œuvre visent également à attirer des entreprises internationales. « Plusieurs sociétés comme One of Us et Rodeo FX ont choisi de s’installer en France ces deux dernières années. L’une des raisons est la qualité des talents formés dans nos écoles. Les entreprises viennent chercher ce savoir-faire et sont également attirées par la vitalité de notre production domestique », explique Pauline Augrain. Ces investissements garantissent un écosystème robuste, capable de répondre aux besoins des productions locales et internationales.

L’impact économique et culturel des aides
Depuis 2017, le secteur des VFX a connu une forte évolution. Autrefois marginale, l’industrie est désormais un acteur clé du cinéma et de l’audiovisuel. Les productions internationales dépensent cinq fois plus en France qu’il y a dix ans, preuve de l’efficacité des dispositifs fiscaux et des aides. Depuis 2022, le César des meilleurs effets visuels met en lumière l’expertise des techniciens et artistes français, pour une filière qui a parfois eu du mal à faire reconnaître ses talents. Des événements comme le PIDS (Paris Images Digital Summit) permettent de mettre en avant le savoir-faire des professionnels et de dresser un bilan annuel de la filière, tout en anticipant les défis à venir. L’intégration de technologies comme l’IA et les workflows numériques nécessite des investissements constants. Les aides techniques et la R&D jouent ici un rôle crucial pour garantir l’innovation.
Un modèle à consolider et à pérenniser
Malgré ses succès, la France doit continuer à adapter ses dispositifs pour rester compétitive face à des pays comme le Canada ou la Nouvelle-Zélande. Le maintien du crédit d’impôt bonifié à 40 % est essentiel pour attirer des productions internationales. Les aides aux VFX ne se contentent pas de soutenir financièrement l’industrie : elles structurent un écosystème, favorisent l’innovation et attirent des talents et des productions internationales. Alors que la concurrence internationale s’intensifie et que les attentes technologiques évoluent, la France devra continuer à renforcer son écosystème et à anticiper les transformations de l’industrie. En investissant dans des infrastructures de pointe et en consolidant son crédit d’impôt, elle pourra conforter son statut de leader.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #60, p.134-136