Lors de notre essai du système HF numérique Theos publié dans le Mediakwest #56 , nous avions été bluffés par le rapport qualité/prix et la maturité technique de cette configuration. Quelques mois plus tard, lors du dernier Satis, nous retrouvions sur le stand AEITech le même système disponible en connectique Lemo entouré d’une nouvelle gamme adressant presque tous les besoins des ingénieurs du son spécialisés dans la prise de son à l’image.
Microphones, suspensions, bonnettes, perche, enregistreurs miniatures, systèmes HF, solutions de gestion du Time-Code et de distribution d’alimentation, accessoires RF… Deity se développe avec toujours l’idée de servir les besoins de l’ingénieur du son avec une approche de plus en plus professionnelle tout en gardant des prix contenus. L’occasion d’échanger quelques mots avec Vincent Rozenberg, directeur général Europe de Deity Microphones, et de lui donner rendez-vous pour l’interview que voici…
Vous avez démarré votre vie professionnelle dans la prise de son à l’image. Pourriez-vous nous parler de cette expérience ?
Vincent Rozenberg : Comme de nombreux professionnels du son, je suis au départ un musicien frustré qui a décidé de passer rapidement à la prise de son. J’ai commencé dans les années 90 à enregistrer des groupes de musique locaux, puis j’ai travaillé à partir de la fin des années 90 pour des sociétés de location. Ensuite, au début des années 2000, je me suis dirigé vers la prise de son sur le terrain pour la télévision et le cinéma, avec à mon actif plusieurs longs-métrages et des documentaires. J’ai travaillé en Hollande, mais aussi en Turquie. J’ai d’ailleurs vécu environ huit ans à Istanbul. Je suis toujours membre des guildes (AMPS et IPS basées au Royaume-Uni, DFSA néerlandaise). Cette expérience m’a permis de développer une bonne connaissance de l’offre proposée par des constructeurs comme Sound Devices, Schoeps, Sennheiser, Lectrosonics, etc.

Quelle est votre expérience en conception de produits ?
Comme je suis autodidacte dans tout, j’ai un fort instinct sur ce qui est bon ou mauvais, basé sur plus de vingt-cinq ans d’expérience. En plus du son à l’image, j’ai de l’expérience en programmation et en conception d’identité visuelle, donc cela s’avère utile de temps en temps.
Quel a été votre parcours chez Deity ?
Tout a commencé fin 2018, lorsque mon ami Andrew Jones, qui travaillait chez Deity m’a approché pour que je les aide durant l’IBC d’Amsterdam. Et puis fin 2019, ils m’ont demandé de rejoindre l’équipe à temps plein, et de fil en aiguille, je suis devenu directeur général de Deity Europe. Cela signifie que l’équipe européenne est sous mon contrôle. Pour résumer, je travaille pour Deity depuis 2019, et je suis passé directeur général en 2024.
Quels produits avez-vous conçus ?

Chez Deity, la phase de préproduction se fait de manière collaborative. En général, à partir d’un de nos bureaux basés en Chine, à Singapour, aux États-Unis, en Inde ou en Amérique du Sud ou Europe, une nouvelle idée est proposée à la discussion en fonction de ce que nous considérons comme nécessaire pour les professionnels de la prise de son à l’image. Ensuite, nous commençons à réfléchir ensemble et nous arrivons à une liste de spécifications et à un cahier des charges. Il faut bien comprendre qu’aucun produit n’est l’œuvre d’une seule personne : nous intervenons tous, apportons notre expérience et notre point de vue pour obtenir le résultat final. Pour donner quelques exemples de produits sur lesquels j’ai collaboré : la gamme Theos (HF audio numérique), nos solutions pour le Time-Code et la distribution d’alimentation, ainsi que les accessoires RF. Donc en fait, je suis intervenu sur quasiment tous les produits. [Sourire].

Mais quand on regarde l’ensemble des nouveautés, entre les microphones, les systèmes HF, les solutions de Time-Code et d’alimentation, les petits enregistreurs, les perches, les accessoires RF… Ça représente tout de même un grand nombre de produits constitués dans un laps de temps relativement court ! Comment est-ce possible ?
Notre mission actuelle est de rendre nos produits le plus accessibles possible aux ingénieurs du son de terrain. Et pour mener à bien cette mission, nous pouvons nous appuyer sur une grosse structure et une organisation solide qu’il ne faut pas sous-estimer. Nous faisons partie en effet d’un grand groupe qui chapote également deux autres sociétés sœurs (Aputure et Amaran, toutes deux axées sur l’éclairage pour la télévision et le cinéma), ce qui représente au total un ensemble d’environ 900 à 1000 personnes. Nous partageons certaines ressources, mais nous avons aussi notre propre équipe dédiée à Deity.
Nous avons des équipes réparties dans le monde entier et nous savons très bien sourcer nos composants. Mais vous savez, l’hypothèse selon laquelle la fabrication en Chine est « abordable » ou « bon marché » est fondée sur une vision tronquée. En fait, la concurrence en Chine est très élevée, donc le personnel hautement qualifié a un coût et finalement, le niveau de salaire n’est pas si différent qu’en Europe. Si vous n’êtes pas rémunéré à votre juste valeur, vous serez très vite débauché par une entreprise concurrente…
La différence réside plutôt dans la manière agile de faire des affaires. Agir rapidement, prendre des risques et voir grand, voilà les principales raisons pour lesquelles un grand nombre d’entreprises connues sont aujourd’hui originaires de Chine. Il faut arrêter de penser que leur succès est dû aux bas salaires ou aux inondations massives. Malheureusement, c’est encore un préjugé courant pour tout ce qui est fabriqué en Chine. Comme je me rends au siège plusieurs fois par an, j’ai pu voir tout ça de mes propres yeux et il faut vraiment aller sur place pour comprendre cette évolution.

Vous allez encore étendre votre gamme ?
Oui, absolument ! Nous avons actuellement une feuille de route qui va jusqu’à la fin de 2027, avec de nombreuses nouveautés prévues. Ce seront soit des produits appartenant à nos gammes actuelles, soit des produits appartenant à de nouvelles gammes, mais toujours dans l’optique de satisfaire les besoins de l’ingénieur du son de terrain spécialisé dans le son à l’image.
Mais alors, dans ce contexte, vous pourriez parfaitement proposer un mixeur-enregistreur multipiste portable, non ?
Eh bien… Nous entendons les voix, mais nous ne pouvons pas commenter des produits qui ne sont pas encore annoncés. En tout cas, nous notons tous les souhaits émis par les utilisateurs finaux avec qui nous sommes régulièrement en contact, ce qui nous permet d’avoir une idée précise de la demande. En ce qui me concerne, j’ai gardé un pied dans la profession et le fait d’aller encore régulièrement boire des bières avec mes anciens collègues, j’avoue que ça m’aide à savoir ce qu’il en est !
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #61, p.30-32