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Le HDR offre une expérience télévisuelle améliorée. © Adobe Stock / Konstantin Yuganov

HDR, état des lieux dans les médias

 

Vingt-six diffuseurs ont été analysés, dont onze chaînes de télévision lors de cette étude. Pour un groupe, les enjeux du passage au format HDR constituent un progrès en matière de qualité. Le HDR provoque l’effet « waouh ! » pour le téléspectateur. Les spécialistes s’accordent sur le fait que le HDR l’emporte sur l’association UHD (Ultra-Haute Définition) et SDR (Standard Dynamic Range). Cela implique néanmoins de gros investissements sur le plan matériel, pour les diffuseurs comme pour les consommateurs qui doivent s’équiper d’écrans modernes.

L’adoption du HDR semble donc une réponse adéquate à la demande du public pour une meilleure qualité d’image face à la concurrence des plates-formes de streaming qui proposent en majorité des contenus 4K HDR. Les moyens alternatifs de consommation des contenus (smartphones, tablettes, consoles de jeux) permettent aussi ce format de distribution.

Selon les résultats de l’étude, cinq broadcasters produisent peu ou pas de contenus HDR. Six groupes télévisuels éditent au moins une chaîne linéaire de sport UHD-HDR avec une distribution OTT (hors offre du fournisseur d’accès à l’Internet), et parfois IPTV pour certains opérateurs. Par exemple, la BBC n’a pas de chaîne de sport 4K, mais est le plus important producteur HDR avec soixante-dix contenus UHD HDR (fictions et documentaires) qu’elle distribue exclusivement par OTT, via son player.

 

Une production en trois formats

La stratégie actuelle des acteurs analysés vise une production différenciée en trois formats HD-SDR, HD-HDR et UHD-HDR, en fonction des genres de contenu et du caractère premium du contenu :

  • UHD-HDR réservée pour le très haut de gamme du sport live, de la fiction, des documentaires ;
  • HD-HDR principalement pour un certain nombre de documentaires, de fiction ou de sport ;
  • HD-SDR pour le reste, dont les news.

Quel que soit le niveau de pratique actuel du HDR, la stratégie majoritaire des broadcasters est de converger à terme vers une production en partie HDR et une distribution HDR, à travers le format 1 080P50 et le 1 080P60 (un tiers de la planète utilise 60 images par seconde). Ils évitent, pour l’instant, la diffusion UHDTV au niveau de la TNT et du satellite, mais ne s’interdisent pas l’up-conversion de contenus produits en SDR pour les news en particulier. Sinclair est un des rares groupes à diffuser en HDR via la TNT, dans le format 1 080P HDR. Au moment du bouclage de l’état, cette diffusion TNT HDR concernait 98 de ses chaînes locales 24h/7jrs aux États-Unis. Les contenus news sont produits en HD-SDR et convertis en HDR.

 

Les meilleures pratiques en matière de workflow dual HDR-SDR

Tous les acteurs envisagent au niveau « workflow HDR » la production en HDR convertie ensuite en version SDR et ont choisi majoritairement le format HLG. Ce format demeure incontournable, notamment pour les retransmissions en direct. Un certain nombre de sources restent SDR parmi les moyens de production employés (caméras de studio, caméscopes, outils graphiques, etc.). De multiples conversions SDR<>HDR sont donc nécessaires pour produire le signal de base en HDR, et le signal secondaire en SDR.

Pour la fiction, les documentaires, les magazines et les émissions tournés en faux direct, la postproduction permet de modifier la colorimétrie a posteriori. Il reste néanmoins pour l’opérateur à trouver le bon alignement entre la version HDR de base et la version SDR. Elle doit rester fidèle aux intentions artistiques du réalisateur, en particulier pour les films. L’objectif : éviter l’achat de deux versions. Cette problématique se pose alors que certains acteurs doivent assurer la distribution en HDR et en SDR.

Pour les contenus avec postproduction, la pratique est d’avoir recours à deux étalonnages :

  • l’un pour la version HDR qui constitue le format master de production et de postproduction ;
  • l’autre pour la version SDR obtenue par conversion à partir du master.

Pour la partie captation en studio, on recourt à un process d’alignement HDR-SDR selon le même principe que pour le direct.

Pour l’info, enfin, où la qualité de l’image semble moins importante que l’immédiateté, le SDR reste la norme. On peut néanmoins prévoir à moyen terme un passage en HDR, pour le studio comme pour les reportages.

 

Impact du HDR sur les métiers techniques

Les principaux acteurs manquent encore de recul sur les conséquences de ce bond technologique. Il faut souligner l’émergence d’un nouveau métier : le rôle de superviseur HDR, qui coordonne les ingénieurs de la vision sur les grands événements et supervise l’étalonnage avec le réalisateur.

Les montées en compétences nécessaires sont de trois types et concernent trois catégories de métiers différentes :

  • la « colorimétrie, nouveaux process d’étalonnage couleur » pour les métiers d’ingénieurs vision et de responsable vidéo sur les opérations ;
  • les « nouvelles possibilités colorimétriques » pour les métiers qui ont un impact sur le plan artistique ou éditorial ;
  • le « workflow HDR/SDR », pour l’ensemble des postes de travail éditoriaux et techniques.

 

Conséquences financières de l’adoption du HDR

Au niveau des impacts financiers, et selon les prestataires interrogés, la différence de coût entre une production HDR et une production SDR, tout format d’image égal par ailleurs, devrait rester inférieure à 3 %, pour le direct comme pour le contenu préenregistré. Certains pronostiquent même la quasi-égalité une fois le processus de double production HDR-SDR assimilé et à mesure que les matériels deviennent natifs HDR. Néanmoins, le passage du 1 080/25P au 1 080/50P signifie un doublement potentiel en matière de bande passante et de capacité de stockage en production et postproduction, d’où une certaine recherche d’économie, dans un environnement économique et concurrentiel peu favorable aux télévisions traditionnelles. Rappelons qu’en diffusion, compresser 50 images par seconde est peu gourmand en bande passante comparé aux 25 images par seconde.

 

Conclusions

Ainsi les broadcasters semblent avoir trouvé le bon compromis avec un format « haut de gamme » HDR, couplé au 1 080P50. Le format permet de limiter les coûts, tout en restant compétitif au niveau qualité de l’image face aux plates-formes de streaming. Des bonnes pratiques se mettent en place en fonction du cas d’usage : UHD-SDR, HD-HDR, HD-SDR selon les genres et le type de production. Les contenus au format UHD-HDR restent réservés dans un premier temps à une distribution OTT, via un opérateur IPTV ou via une plate-forme de streaming.

Pour autant, dans un environnement économique peu favorable, cette adoption du HDR et du 50P associé, semble devoir s’accompagner de certaines remises en question afin de limiter les coûts, en profitant des évolutions de la compression et des nouvelles normes de diffusion. La mise en place de la production simultanée HDR-SDR doit s’accompagner de formations terrain et d’un renforcement du travail de laboratoire.

 

Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #61, p.44-46