Par le passé, nous avons déjà testé dans nos colonnes les AudioFuse et AudioFuse Studio, des produits dont les performances audio se situent dans le haut du panier des produits destinés aux home-studio. Avec des prix échelonnés entre 99 et 199 euros TTC, les trois MiniFuse tout récemment lancées par Arturia visent le public des musiciens, podcasteurs ou youtubeurs travaillant en mobilité ou en configuration légère sur Mac (dés OS 10.13), PC (dès Windows 8.1) mais également tablette Android ou iOS. Dans cette gamme, les modèles se différencient principalement par le nombre d’entrées/sorties. Ainsi, la MiniFuse 1 ne dispose que d’une seule entrée micro, tandis que la MiniFuse 4 annoncée pour juin prochain offrira un total de quatre entrées (deux entrées instruments supplémentaires), deux sorties stéréo, deux sorties casque indépendantes et un double hub USB.
Proposée en dessous des 150 euros TTC, la MiniFuse 2 que nous testons aujourd’hui est dotée de deux entrées micro-instrument-ligne sur combo Jack-XLR avec 48 V, d’une paire de sortie en jack pour le monitoring, d’un duo Midi in/out et du fameux hub USB qui permet de connecter un dongle ou tout autre périph USB consommant jusqu’à 250 mA. Nos ordinateurs portables étant de plus en plus pauvres en connecteurs, voilà qui permettra de partir en balade avec un clavier maître ou un Launch Pad sans pour autant devoir emporter un hub USB externe.
Les plus observateurs noteront qu’aucune des fiches présentes en face arrière n’est vissée sur le boîtier, mais c’est une pratique courante à ce niveau de prix où l’on retrouve des fabricants solidement établis tels que Focusrite, Universal Audio, SSL, Motu ou Tascam. Alors comment se situent les MiniFuse face à cette concurrence féroce ?

EN BAS – En face arrière : à gauche, la prise antivol, la paire de sortie en jack pour le monitoring, le duo Midi in/out et le petit hub USB qui permet de connecter un dongle ou tout autre périph USB consommant jusqu’à 250 mA. © DR
Premiers contacts
Au déballage, la MiniFuse 2 paraît vraiment minuscule avec ses neuf centimètres de profondeur ! Plus classique que l’étonnante AudioFuse, qui disposait d’un capot de protection, le design reste malgré tout bien adapté à une utilisation nomade, et l’interface se montre discrète sur le bureau, surtout dans sa version blanche. Notons que le constructeur propose également une finition noire à l’allure plus conventionnelle…
D’un point de vue ergonomique, les concepteurs auraient sans doute pu inclure des patins un poil plus adhérents pour plus de stabilité ou encore un moyen de surélever l’interface pour une meilleure prise en main, mais rien de dramatique.
Dès la connexion de la MiniFuse avec l’ordinateur effectuée avec le câble USB-C vers USB-A fourni, les réglages d’écoute monitor et de volume casque s’illuminent en bleu ciel, un moyen plutôt élégant d’attester que l’interface est bien alimentée par le bus USB de mon MacBook Pro. La façade laisse apparaître un commutateur instrument/ligne individuel pour chaque entrée et une mise en route du 48 V, hélas commune aux deux entrées, mais c’est la règle à ce niveau de prix. On apprécie par contre la présence d’un afficheur de niveau stéréo six segments bien lisible, et d’un gros encodeur dédié au réglage du niveau des enceintes. Sur la droite, on trouve une balance direct/retour permettant de doser entre le signal présent à l’entrée de l’interface et le retour logiciel complété par un bouton « mono » pour écouter les entrées toujours au centre. Notons enfin le réglage du niveau casque indépendant du niveau de monitoring.
Comme toutes les interfaces modernes, la MiniFuse 2 est directement reconnue sous Mac en tant que périphérique Core Audio, ce qui lui permet aussi bien de sonoriser le système que d’être utilisé depuis les stations audio comme Pro Tools, Live, Garage Band ou Logic. Les utilisateurs de logiciels vidéo comme iMovie, Final Cut ou Premiere Pro pourront également utiliser l’interface pour poser une voix-off par exemple. Pour retrouver les mêmes performances en environnement Windows, il faudra juste accepter d’installer les drivers Asio à faible latence qui sont proposés lors de l’installation du MiniFuse Control Center, le panneau de contrôle dédié à la gestion des MiniFuse…
Contrairement à la série AudioFuse, le panneau proposé n’offre pas de fonctionnalité supplémentaire type routing. Il permet juste de piloter les entrées, de visualiser les niveaux entrants et d’effectuer les éventuelles mises à jour de firmware. En revanche, les petites MiniFuse conservent la fonction « loopback recording », que nous avions appréciée sur les interfaces Arturia de gamme supérieure, car elle permet d’enregistrer le son qui sort de l’ordinateur dans son logiciel audio favori, que la source soit Spotify, YouTube ou une application de vidéo conférence. Il faudra juste penser à faire les réglages appropriés dans l’utilitaire « configuration audio Midi » de Mac OS ou dans la « barre de tâche » de Windows…et ne pas oublier de les remettre en position « standard » après utilisation…

Précision audio
Pour réaliser notre test d’écoute, nous insérons un CD audio lu par iTunes afin de comparer le rendu de la MiniFuse avec une interface de gamme équivalente, mais de génération précédente. Résultat, la petite Arturia offre une précision accrue dans le haut du spectre, un peu comme si on enlevait un voile qui étoufferait certains instruments, comme quoi la qualité des convertisseurs progresse et les designers produit ont su en tirer parti. Notons que comme la plupart des produits récents, les petites Arturia acceptent le format 24 bit/192 kHz, là où la génération précédente s’arrêtait la plupart du temps à 96 kHz.
Nous passons ensuite à l’enregistrement d’une voix parlée. Pour nous aider à trouver le bon niveau même sans jeter un œil dans le logiciel audio, une petite diode bleue présente sur le réglage de niveau de l’interface passe au rouge en cas de surcharge. En maintenant la bouche à proximité d’un micro dynamique, il nous faut pousser le réglage de l’entrée micro jusqu’au trois quarts de la course pour obtenir le niveau requis, mais le rendu reste très propre, le souffle restant très discret. On retrouve bien les 56 dB de gain annoncés, une valeur moins confortable que ce que proposent les grandes sœurs, mais à ce niveau de prix, c’est assez normal. Le préampli casque délivre de son côté un niveau suffisant avec un modèle dont l’impédance se situe entre 25 et 150 Ohms, mais avec le Beyer DT 770 en version 250 Ohms, c’est un peu juste.
En termes de latence, comme sur toutes interfaces utilisant des drivers génériques, on retrouve les performances limitées de l’USB 2. En pratique, des tailles de buffer situées entre trente-deux et soixante-quatre échantillons se montreront acceptables pour la plupart des personnes souhaitant écouter le retour casque avec les traitements audio calculés dans le logiciel ainsi que les autres pistes. Sur la MiniFuse 2, on pourra alternativement utiliser la balance direct/retour pour minimiser le phénomène. Signalons enfin, pour les guitaristes ou bassistes, le bon rendu des entrées en position instrument, ce qui n’est pas toujours le cas à ce niveau de prix.

Bien placée dans sa catégorie
Au final, Arturia propose ici une interface à petit prix, simple à prendre en main, au design plutôt conventionnel certes, mais avec quelques petit plus comme le hub USB et les Led astucieusement placées qui donne un look moderne et un bon retour visuel en face avant. Le rendu audio est satisfaisant en regard du prix et l’offre logicielle intéressante pour les musiciens. Les youtubeurs et podcasteurs devront par contre ajouter quelques plug-ins pour le traitement dynamique voire la mesure de loudness pour être pleinement opérationnels.
Une offre logicielle orientée musique
Dans le pack logiciel fourni avec les MiniFuse, on trouve une sélection de plug-ins maison parmi lesquels Analog Lab Intro, un instrument virtuel regroupant une sélection de cinq cents sons de claviers et synthés extraits des vingt-huit instruments de la V Collection, mais aussi Arturia FX, une suite de quatre traitements audio émulant une reverb Plate EMT, une tranche de console 1 073 Neve, un écho à bande et un chorus Roland.
Arturia fournit également Live Lite 11, la station audio d’Ableton devenue incontournable pour la création de musique à base de boucle. Pour les guitaristes et bassistes, Arturia inclut le simulateur d’amplis et d’effets guitare Guitar Rig LE de Native Instrument. Enfin, une souscription de trois mois pour le plug-in de traitement de voix Auto-Tune et la banque de boucles Splice sont également de la partie. L’offre est cohérente pour démarrer la musique et le sound-design, mais les traitements de dynamique type compresseur et limiteur manquent à l’appel pour les créateurs de contenu.
Article paru pour la première fois dans Moovee #10, p.28/30