Après avoir obtenu un BTS audiovisuel au lycée Jean-Rostand de Roubaix, Armance Durix a intégré l’Insas à Bruxelles. Âgée aujourd’hui de vingt-quatre ans, elle a démarré sa carrière en 2018 comme cheffe opératrice prise de son sur le film documentaire « Anyegba, Dieu de la Terre », réalisé par Anastasia Salomé.

Qu’est-ce qui vous a décidé à choisir le métier de cheffe opératrice prise de son, un milieu très masculin ?
Il est vrai qu’il y a peu de femmes cheffes opératrices prise de son. Mais je ne me suis pas du tout posée la question s’il y avait plus d’hommes que de femmes dans ce métier. J’ai commencé petit à petit, d’abord à la perche, puis en tant que cheffe opératrice et ça m’a plu. Peut-être que le fait qu’il y ait peu de femmes me donne encore plus envie de le faire, pour que la parité soit plus présente.

C’était une vocation ?
Une vocation que j’ai trouvée petit à petit parce qu’en sortant du bac, je ne savais pas du tout quoi faire. J’ai foncé, puis ça m’a plu et quand ça me plaît j’y reste.
Une passion qui est née et que vous avez eu envie d’approfondir… Vous avez eu votre BTS audiovisuel au lycée Jean-Rostand de Roubaix et juste après, vous avez intégré la prestigieuse école Insas à Bruxelles. Tout d’abord, quelles sont les étapes pour y rentrer et comment se prépare-t-on ?
Entre mon BTS et l’Insas, j’ai fait un an de stages, enchaînant un long-métrage et une série. Puis j’ai travaillé sur le premier documentaire d’Anastasia Salomé au Togo, Anyegba, Dieu de la Terre. On est parti deux mois. C’était très formateur. Mais, après toutes ces expériences, je me sentais encore jeune pour me lancer. C’est pour ça que j’ai tenté l’Insas, sans énormément d’attentes. Je ne me suis pas beaucoup préparée car entre le BTS audiovisuel et l’Insas, on trouve des cours similaires. Mais ça faisait un an que j’avais quitté l’école et j’avais déjà complètement oublié les matières théoriques. Les épreuves écrites comme les maths, la physique, furent compliquées. J’étais plus à l’aise dans les épreuves orales comme l’écoute, une prise de son à commenter, un film à analyser. La rencontre avec les enseignants n’a pas été très facile. Je pense que mes expériences professionnelles et ma motivation sont des points importants dans les profils qu’ils recrutent. Et j’étais dans les neuf sélectionnés sur la centaine qui présente le concours. J’étais assez contente. Mais je me souviens que j’ai hésité à faire cette école parce que je craignais de prendre la place de quelqu’un qui avait très envie de la faire.

Qu’y avez-vous appris qui ait consolidé vos expériences sur les tournages ?
Au départ j’ai fait cette école pour le master qui me tentait énormément car on part sur le terrain avec les élèves en regards croisés. Et il y a tous les films de fin d’études. Il faut savoir que la première année est un tronc commun, donc je n’ai pas fait que du son. Et ça m’a beaucoup plu. On écrit et réalise chacun et chacune des courts-métrages documentaires en pellicule. On est sur le terrain avec les personnes qu’on a envie de filmer. Faire mon propre projet et découvrir les autres corps de métier étaient très enrichissant.
Mais cette première année était redondante avec mon BTS, car il y avait beaucoup de théories, alors que je sortais d’une année de stages et je commençais à travailler sur de courts-métrages payés ou en bénévole en tant que cheffe opératrice. Donc, pour moi, c’était un peu dur.
Pour la deuxième année, j’avais déjà fait part de mes doutes à certains professeurs qui me conseillaient de terminer le cursus de trois ans, que ça me plairait. J’ai refusé beaucoup d’emplois à Bruxelles car l’école prend beaucoup de temps. Puis le confinement est arrivé et il n’y avait plus que de la théorie. J’ai donc décidé d’arrêter pour apprendre sur le terrain. Je n’en suis donc pas sortie diplômée.
Pour résumer, l’Insas m’a appris à travailler main dans la main avec les réalisateurs et les réalisatrices, à perfectionner mon travail sur la prise de son pour aider la narration, participer aux choix artistiques, approfondir le relationnel sur un plateau et tout ça grâce à l’aide des nombreux intervenants que l’on rencontre durant le cursus.

L’Insas vous a donc permis de vous conforter dans ce métier et de vous amener à de nouvelles missions professionnelles, dont Mi iubita, mon amour. Comment avez-vous rencontré Noémie Merlant ?
C’est une histoire de bouche à oreille. Lors de l’un de mes stages, après mon BTS audiovisuel, une personne de la déco a donné mon nom à une comédienne de Noémie car elle cherchait une femme assez jeune, avec un peu d’expériences. Et comme nous ne sommes pas cinquante, elle m’a téléphoné. Je venais de finir ma première année à l’Insas et je suis très friande de ce genre de projet. Cet appel était un peu comme un entretien. Elle devait voir plusieurs personnes. J’ai été très honnête en précisant que j’étais jeune, que je n’avais jamais fait de long-métrage, encore moins toute seule, mais que j’adorais les enjeux, que je me sentais prête pour le faire, même si c’était impressionnant et qu’il y allait avoir beaucoup de choses à préparer. Noémie a été dans l’écoute, dans la compréhension, parce que pour elle aussi, c’était son premier film qui sortait des sentiers battus, sans production, fait avec ses amis.
Mon travail sur le documentaire Anyegba, Dieu de la Terre d’Anastasia Salomé, où j’étais toute seule au son, a dû la convaincre car c’était un tournage avec des conditions assez « roots ». C’était vraiment ce qu’elle cherchait, une personne motivée, prête à l’aventure. Le contact est bien passé et je pense que ça compte énormément. Sur un projet aussi personnel et intime, c’est très important d’avoir envie de travailler ensemble mutuellement. C’est précieux.

C’est une belle expérience pour un premier long-métrage. Vous avez travaillé sur du documentaire et de la fiction. Est-ce que vous avez envie de consacrer plus à l’un qu’à l’autre ?
Je ne me pose pas cette question car j’aime beaucoup les deux et j’ai envie de continuer à travailler pour les deux. Lorsque l’on me propose un projet, que ce soit de la fiction ou documentaire, je regarde s’il m’intéresse et si j’ai envie de le faire. Ensuite, ce sont deux manières très différentes de travailler.
Sur un documentaire, on est en plus petite équipe et je vais être toute seule au son. Je prends une réelle place dans la narration, dans le projet, je suis proche des protagonistes que l’on filme. On se partage vraiment le travail avec l’équipe « image ».
En fiction, c’est différent. Notre place est plus petite sur le plateau. Par moment, il faut plus s’imposer. Mais malgré tout, j’aime beaucoup la fiction car les histoires sont diverses et variées. Les équipes sont plus grandes, le travail de chacun entre en compte, que ce soit à la décoration, l’image, la lumière… C’est un grand ballet. Alors que le documentaire est plus intime. Que ce soit l’un ou l’autre, c’est vraiment la qualité du projet qui m’impose le choix de me lancer.

Quels sont vos projets pour 2022 ?
J’ai différents projets qui s’annoncent comme cheffe opératrice son ou perchwoman : je suis contente. Il m’importe surtout de pouvoir continuer à travailler avec des équipes hétérogènes, non sexistes et bienveillantes. Je souhaite vraiment continuer à faire des documentaires et de la fiction, de travailler avec des personnes main dans la main pour faire des projets qui ont du sens ! Mon goût pour les projets qui sortent des sentiers battus reste bien présent ! Et continuer à travailler avec des femmes : j’en ai vraiment envie et besoin ! Nous en avons tous et toutes besoin d’ailleurs. Comme disait Delphine Seryig : « Que les femmes se racontent elles-mêmes ».
Article paru pour la première fois dans Moovee #10, p.58/59