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Au plus près des athlètes © Damien Vergez – Fastfokus

Des images au plus près des athlètes

 

Quand on pense « sports », ce sont d’abord les plus populaires qui viennent à l’esprit, à savoir ceux qui rassemblent des milliers de spectateurs dans des stades ou derrière des écrans, le plus souvent pour suivre la progression d’une balle.

Pour autant, l’ensemble des activités physiques ne se résume pas à ces quelques-unes et la production sportive ne concerne pas uniquement la retransmission des compétitions majeures, pour lesquelles l’enjeu essentiel est de relater un événement. Une part non négligeable de la création d’images de sports s’attache à mettre en avant la beauté du geste et des athlètes, voire du milieu dans lequel ils évoluent. La manière de les filmer est forcément bien différente et le matériel tout autant.

J’ai donné la parole à des cadreurs-réalisateurs, spécialisés dans les vidéos de sports dont ils sont eux-mêmes pratiquants. Cela leur permet de bien comprendre les sportifs, d’anticiper leurs actions et de les accompagner sur leurs terrains de jeux. Nous rencontrons ainsi : Mathias Lopez, apnéiste ; Ciaran Heurteau, kayakiste ; Julien Christe, alpiniste ; Jonathan Viey, kitesurfer ; Damien Vergez, VTTiste, et moi-même, skieuse.

 

Mathias Lopez – Vecom Video – Apnée

Le monde subaquatique est un environnement fabuleux et l’apnée est le mode d’exploration le plus pur que l’on puisse imaginer pour l’admirer. Filmer en étant soi-même en apnée plutôt qu’en utilisant des bouteilles d’oxygène apporte beaucoup d’avantages : tout d’abord on ne fait pas de bulles, donc on effraie peu la faune marine… on est presque un poisson parmi les poissons ! On peut monter et descendre autant de fois qu’on le veut ou peut, et les remontées en surface permettent d’échanger avec les athlètes entre chaque prise pour caler les suivantes.

Quand je filme en apnée j’aime faire des mouvements de camera smooth et me déplacer en permanence : tourner autour d’un rocher, faire un travelling latéral pour suivre une tortue en mouvement, être au plus près de mon athlète Stéphane Tourreau… J’aime passer sous le sujet et filmer vers le haut avec la surface en arrière-plan.

Utiliser un caisson vidéo en apnée est compliqué, car plus il est gros et plus il est difficile de descendre et remonter. Ce n’est pas tant le poids qui pose problème, car ils ont une flottabilité neutre, mais c’est surtout qu’ils ne sont pas très hydrodynamiques. Palmer avec un caisson à la main, c’est un peu comme rouler en voiture avec le frein à main…

Pour autant, je n’aime pas faire de compromis sur la qualité d’image, pour moi c’est une priorité. J’ai longtemps travaillé avec un Sony A7S II, très efficace en basse lumière, ce qui est très utile en profondeur. Désormais j’utilise essentiellement une Red Gemini, très performante en basse lumière avec son mode Low Light, et qui présente tous les avantages du Red Raw, du 5K et du slow Motion en 5K ! Que ce soit en Red ou au Sony, je tourne avec une optique 16-35mm Canon, pour avoir un grand angle qui ne déforme pas, et me permet dans certain cas de zoomer jusqu’à 35mm si besoin.

Évidement sur certains tournages, quand on veut descendre plus profond, il faut adapter le matériel à son niveau d’apnée et il m’arrive alors de reprendre mon boîtier Sony ou même de travailler avec une GoPro.

Quoi qu’il arrive j’aime être près de mon athlète car sous l’eau la visibilité diminue très vite avec la distance et pour conserver un bon piqué il est préférable d’être proche du sujet.

 

Ciaran Heurteau – Twelve Productions – Kayak

Je suis kayakiste, ancien athlète de haut-niveau dans cette discipline. Aujourd’hui ma spécialité ce sont les tournages en eaux vives et plus particulièrement pour faire des images de kayak extrême. Il est assez rare que les berges des rivières soient facilement accessibles par la terre, aussi être soi-même kayakiste est un atout déterminant car cela me permet d’évoluer avec les athlètes dans leur milieu pour accéder aux sections à filmer et de les suivre dans de longues descentes qui peuvent durer plusieurs jours ou même semaines pour certaines expéditions dans des pays étrangers, comme ça a été le cas au Pakistan.

Mon équipement de tournage est donc avec moi dans le kayak, dans un sac étanche Watershed (la référence dans le milieu) placé entre mes jambes durant la descente. J’ai aussi un drone et un trépied léger stockés dans un des compartiments arrière.

Le choix du matériel de prise de vue va vraiment dépendre du film et de la rivière sur laquelle je vais faire les images. Étant un shooter hybride, je fais autant de la photo que de la vidéo. Pour les projets incluant les deux, j’utilise un Canon R5 avec le plus souvent un 16-35 mm car je suis toujours proche de l’action et dans des endroits encaissés. J’ai aussi avec un moi un 24-70 mm, et pour la prise de son j’utilise un Røde Videomic fixé sur le porte-griffe. Si un photographe est présent dans l’équipe j’utiliserai plutôt une Sony Fx6, fixée sur un trépied pour certains plans.

Cet équipement me permet d’être le plus léger possible sur la rivière et d’être prêt à filmer en très peu de temps, pour capter toutes les actions sans compromettre la descente des kayakistes.

 

Julien Christe- 5 Elements Production – Escalade

Je suis cameraman, spécialisé dans les tournages en milieu outdoor. Pratiquant l’alpinisme et l’escalade depuis plus de vingt-cinq ans, ce fut une évidence pour moi de mettre à profit mes connaissances en milieu vertical afin de filmer des athlètes dans ces disciplines.

L’été dernier, j’ai filmé l’ascension d’une longue voie d’escalade sous la direction de Mathieu Rivoire. Nina Caprez et Cédric Lachat, deux grimpeurs d’exception, se sont lancé le défi de réaliser une voie extrême dans les Grisons (en Suisse), à savoir gravir trois-cent-cinquante mètres d’escalade avec des longueurs dans le huitième degré (une cotation que seules les élites arrivent à passer).

Mon choix de matériel sur ce projet a été une Red Dragon-X, avec deux objectifs polyvalents, légers et qualitatifs : le Canon 24-70 f/2.8 II et le 16-35 f/2.8 I. Ce choix fut motivé par plusieurs critères : la qualité d’image, la dynamique de la caméra et le global shutter qui permet une meilleure stabilisation en postproduction.

Il est certain que le poids de ce matériel fut une contrainte supplémentaire. Au total le sac faisait dix kilos, mais étant en forme (car il le faut !) et ayant le temps de réaliser les prises de vues souhaitées, l’accent a été mis sur l’image. Pour nous, le gain de qualité valait la peine par rapport à la facilité de prendre du matériel plus léger, tel qu’un boîtier d’A7S III ou un S1H qui fonctionnent bien, c’est certain, mais dont le rendu est quand même moins bon qu’une Red.

Les athlètes ont installé des cordes le long de la paroi sur lesquelles je pouvais évoluer avec une poignée ascensionnelle pour choisir les meilleurs angles de vue.

 

Jonathan Viey – Kitesurf

Alors que les cadreurs ont longtemps été cantonnés aux bords de plage, armés de longues lenses, la manière de capturer les sports de glisses aquatiques comme le kitesurf a évolué très rapidement ces dernières années, notamment grâce à l’apparition de nouveaux outils :

1 / La Gopro : pas tout à fait nouveau comme toy mais l’arrivée de la Gopro Max vient tout changer. Grâce à une prise vue 360° qui permet en postproduction un « ultra grand angle » et à un support adapté sur le harnais (sorte de perche télescopique fixée au harnais), les riders se filment eux-mêmes et les images sont spectaculaires. On se croit derrière sa manette de Playstation, à deux mètres derrière son personnage.

Des supports de Gopro comme la « fixation bouche » et la « Kite line » sont des grands classiques de la prise de vue de ce sport et permettent de varier les angles de vues.

2 / Les drones : forcément. Timides dans les vents puissants à leurs débuts, de nos jours ils commencent à donner le change. Mais la grosse nouveauté c’est l’engouement pour les drones FPV. Le nombre de pilotes talentueux se multiplie et avec ces petites merveilles tout devient possible : des angles de vues inédits, des « follows » à couper le souffle, une impression de vitesse qui correspond bien à la pratique et au ressenti du rider. Bref, on n’a pas fini d’en voir… et avec le plus grand des plaisirs !

3 / Bien-entendu, en plus de tout ça, une caméra dans un boîtier sous-marin apporte un grand plus aux prises de vues. Il permet de se placer à l’opposé de la plage et d’être aux plus près du rider. L’effet de séparation sous-l’eau et hors de l’eau (délivré par le dôme du boîtier sous-marin) est toujours bienvenu, il plonge littéralement le spectateur dans l’élément.

4 / Dans l’idéal, avoir un bateau à disposition pour se placer où l’on souhaite et faire des suivis au ras de l’eau. Attention : gimbal indispensable !

 

Damien Vergez – Fastfokus – VTT

Filmer du VTT c’est ce que je fais depuis plus de dix ans. Passionné et pratiquant depuis l’âge de quatorze ans, j’ai acquis mon expérience au fil des années et j’ai eu la chance de pouvoir filmer les meilleurs athlètes et les plus gros événements de la discipline. Je pense que pour filmer du VTT il faut avant tout pratiquer, comme beaucoup de sports « extrêmes » d’ailleurs. C’est grâce à cette pratique, qu’une fois derrière l’objectif, vous pouvez anticiper les trajectoires et vous pouvez vous placer aux meilleurs endroits. Je passe beaucoup de temps à regarder des films, le cinéma est une autre passion qui m’aide beaucoup pour l’inspiration. L’évolution du matériel, la miniaturisation des caméras et l’arrivée des gimbals m’ont beaucoup aidé à améliorer la qualité de mon travail et à faire des vues de plus en plus impressionnantes, au plus près de l’athlète.

Pour mon choix de matériel, tout dépend de la mission, du choix du client et du budget.

Je suis spécialisé dans la production de contenus haut de gamme, donc ma caméra principale est une Red Gemini. Une caméra que j’ai choisie pour sa qualité d’image incomparable, la latitude et la facilité de l’étalonnage des rushes R3D, et puis, ce dont je me suis rendu compte au fil des années, sa robustesse et sa fiabilité. Je voyage aux quatre coins du monde : terre, sable et vent sont mon quotidien. Je filme dans des déserts à cinquante degrés, dans la jungle avec quatre-vingt-dix pour cent d’humidité, et la fiabilité est primordiale pour moi. J’utilise également les drones, du DJI Mavic à l’Inspire et parfois des gros porteurs type « Freefly Alta » pour faire voler une Red. Et puis j’utilise beaucoup le gimbal pour faire de beaux suivis ainsi qu’une cablecam pour les plans dans la forêt. Je reste attentif à l’évolution du matériel, c’est quelque chose d’important pour moi.

 

Aurélie Gonin – Alpine Medias House – Ski/Snowboard

Quand je n’écris pas dans Moovee, je suis réalisatrice et cadreuse, spécialisée dans les vidéos de sports de montagne et principalement de ski et de snowboard.

Pour filmer ces activités, qui ont des actions très rapides dans un cadre souvent grandiose, il est indispensable de multiplier les angles de vue et les caméras. Les images aériennes, prises avec un drone ou une boule gyrostabilisée sous un hélicoptère, celles effectuées à la longue focale depuis un versant opposé et les vues embarquées des actioncams forment un ensemble idéal pour retranscrire l’action. Elles ne sont toutefois pas suffisantes pour montrer les émotions des riders.

Pour cette raison, j’aime utiliser une caméra légère et compacte, de type Nikon Z6II, Sony a7SIII, Panasonic S1H ou GH5, pour être au plus près de mes athlètes. Ce gabarit me permet non seulement d’alléger mon chargement et donc d’accéder plus facilement aux sites (ce qui entend souvent des heures de montée en peaux de phoque), mais aussi de garder la caméra accrochée à l’extérieur du sac à dos, sur une hanse. Ainsi, je peux évoluer en gardant les mains libres pour tenir bâtons ou piolets et être prête à tourner en quelques secondes, même dans les situations où il n’est pas possible de poser son sac (quand la pente est raide).

C’est en partageant ces efforts et ces moments exceptionnels avec les riders que j’arrive à capter leur ressenti et à prendre la mesure de leurs exploits. La beauté du cadre de travail compense largement les efforts pour y arriver.

Les viseurs et écrans de ces caméras sont de qualité exceptionnelle et sont exploitables en très haute lumière, parfois même en gardant des lunettes de glacier pour protéger ses yeux en altitude. Les températures peuvent être très froides, mais je n’ai jamais eu de souci de fonctionnement, ce sont des équipements robustes. Cette nouvelle gamme de caméras est donc parfaite pour mon utilisation, car elle me permet d’engranger des images au plus proche de l’action, sans faire trop de compromis sur la qualité.

 

Article paru pour la première fois dans Moovee #8, p.28/33. Abonnez-vous à Moovee (6 numéros/an) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.

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