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L’interface Pro Tools Carbon en situation. Sitôt l’installation effectuée, entrées instruments, micro, casque et extension Adat sont utilisables. © DR

Interface Avid Carbon pour les professionnels de la musique

 

Bien que cette nouvelle solution s’adresse aux professionnels de la musique, le nouveau moteur Hybrid et le côté Plug and Play mérite qu’on s’y intéresse de plus près. De quoi motiver un test complet et poser quelques questions à François Quereuil, responsable développement pour l’ensemble de la gamme Pro Tools.

 

C’est un fait, des marques comme Antelope ou UAD proposent désormais leur propre écosystème de traitement audio à base de DSP ou de FPGA et attirent une frange non négligeable d’utilisateurs de Pro Tools qui peuvent ainsi goûter au confort de la faible latence et du processing DSP sans attendre d’avoir le budget pour investir dans un système HDX.

C’est pour répondre à ce type de demande qu’Avid propose aujourd’hui Pro Tools Carbon qui redynamise l’accès à sa propre technologie DSP en proposant une alternative certes moins puissante qu’un système HDX, mais plus abordable et plus facile à mettre en œuvre. Notons en passant que le principe de l’Insert hardware avec auto-compensation de la latence propre aux systèmes HDX est ici conservé.

 

L’héritage de la gamme Venue

D’un point de vue matériel, l’interface s’appuie largement sur l’expérience acquise sur le marché du live. On y retrouve notamment la technologie AVB qui assure la communication à faible latence avec l’ordinateur ou encore les huit préamplis micro dont le design s’inspire de ceux équipant déjà la gamme Venue 6L. L’interface se singularise, par contre, avec son circuit casque complet comprenant quatre sorties indépendantes et son micro Talkback intégré. Sous le capot, on trouve huit DSP (contre dix-huit sur une carte HDX) ainsi qu’un FPGA.

Avec de telles ressources internes, Pro Tools Carbon promet l’accès au confort et à la puissance d’un système à DSP et dévoile au passage un astucieux moteur Hybrid totalement inédit. Même si les mondes de la musique et de la postproduction ne sont jamais totalement étanches, l’absence de gestion multicanale, de référence vidéo ou de TC limite le champ d’application comme nous le confirme François Quereuil.

« Pour l’instant, les acheteurs sont principalement les producteurs, artistes ou groupes indépendants ainsi que certains studios, le monitoring stéréo étant l’une des limitations principales à l’utilisation en post/broadcast. Mais l’interface est fondamentalement évolutive et ses fonctionnalités vont s’étendre rapidement…».

 

Régie ou nodal ?

Au déballage on est frappé par la profondeur et le poids imposant du rack 19 pouces (quasiment 34 cm pour 5,5 kg). Sans être une présentation desktop, la Carbon n’est pas non plus une boîte noire sans aucune commande en façade. Elle propose en effet les afficheurs de niveau, un duo de jacks pour les entrées instrument ainsi que deux molettes cliquables qui permettent de configurer de nombreux paramètres comme les gains d’entrée, l’impédance variable ou encore les niveaux casque.

Après quelques instants suivant la mise sous tension, un léger soufflement dû au ventilateur peut se faire entendre, mais il reste malgré tout discret.

Se pose tout de même la question de l’emplacement idéal à choisir avant d’installer l’interface : nodal ou régie ? En l’état, la réponse sera plutôt régie puisqu’il faut garder le rack à portée de main pour avoir accès aux différents réglages ou pour bénéficier du micro de Talkback intégré. Mais les entrées et les sorties étant contrôlées numériquement, le pilotage à distance via le protocole Eucon est une piste envisagée, nous dit-on chez Avid. Voilà qui devrait permettre à terme d’envisager l’installation en nodal, d’autant plus qu’il est aisé de se procurer un câble RJ45 de grande longueur, un avantage de l’AVB par rapport au Thunderbolt.

En face arrière, on trouve huit entrées micro/ligne sur Combo Jack-XLR et une paire de sorties principales pour le monitoring en jack. Deux fiches Sub-D sont également présentes, l’une prend en charge huit sorties ligne supplémentaires, l’autre offre une connexion alternative aux huit entrées ligne déjà disponibles sur combo XLR. Les concepteurs ont également prévu une entrée footswitch pour piloter facilement au pied le circuit de talk-back intégré.

Enfin, le concept du prêt à l’emploi fait qu’il n’y a ici aucun emplacement pour carte additionnelle, l’extension du nombre d’entrées/sorties se faisant par contre facilement grâce aux quatre ports d’extension Adat inclus (jusqu’à seize In/Out supplémentaires). D’autre part, le deuxième port AVB présent pourra servir ultérieurement à étendre les possibilités de l’interface.

 

Mac OS only

Pour l’instant, Pro Tools Carbon fonctionne uniquement sous Mac OS, en version Catalina 10.15.7 avec Pro Tools 2020.11 ou ultérieur. Après branchement du secteur et du monitoring, il suffit pour démarrer de connecter le câble RJ45. Côté Mac, s’il s’agit d’une machine dotée d’un port Ethernet la connexion est simple mais elle l’est moins si la machine en est dépourvue, l’AVB ne supportant pas les Hubs USB ou Thunderbolt. Ainsi, sur les Mac portables, suivant l’âge de la machine, il faudra soit passer par un adaptateur Apple T2 vers RJ45, soit rajouter un adaptateur T3 vers T2. On aurait pu souhaiter plus direct ! Heureusement, la configuration est rapide : aucun pilote ni logiciel à installer et, après un passage dans l’Audio Midi Setup de Mac OS, l’interface Carbon devient accessible depuis le Playback Engine de Pro Tools.

Après quelques tests comparatifs portant notamment sur la lecture de CD, le rendu audio de l’interface Avid se caractérise par un aigu globalement plus doux, plus lissé que sur d’autres produits concurrents. Après connexion d’un micro dynamique pour un test d’enregistrement vocal, la réserve de gain ne paraît pas faramineuse à première vue, mais les 60 dB annoncés se montrent finalement suffisants à l’usage, d’autant plus que le bruit de fond reste très faible même avec le gain au maximum, ce qui n’est pas si courant.

De plus, la Carbon permet d’optimiser le son selon ses goûts en expérimentant avec l’impédance variable – intéressante notamment sur les guitares et basses électriques mais aussi sur certains micros – les modèles à ruban notamment. Le réglage est ainsi disponible sur les deux entrées instruments mais aussi sur les quatre entrées micro numérotées de 5 à 9.

Par contre, en enregistrant une voix seule, sans traitement, même en réglant le volume casque au maximum, le niveau perçu sur ce modèle est de 200 Ohms ce qui est juste suffisant. Une petite réserve de niveau supplémentaire serait bienvenue, d’autant plus que certains chanteurs ou speakers se montrent parfois exigeants en la matière. Malgré ces petits griefs, aucun doute, cette Carbon propose une qualité de son indéniable et des possibilités créatives intéressantes.

 

Mode hybride DSP/Natif au sein de la fenêtre de mix

Outre le côté tout-en-un, Pro Tools Carbon apporte une nouvelle gestion des ressources d’un système DSP avec ce fameux Hybrid Engine qui mérite d’autant plus l’on s’y attarde qu’il concernera les utilisateurs de systèmes HDX à partir du premier semestre 2021.

Actuellement, sur un système HDX muni de DSP, l’utilisateur lorsqu’il insère un plug-in peut choisir entre Native Processing et DSP. Le choix est donc disponible insert par insert mais l’ensemble de la piste consomme obligatoirement du DSP ainsi que le mixeur. Le nouveau moteur baptisé Hybrid par Avid permet d’effectuer ce choix piste par piste, routing compris.

« En fait, il faut voir le système comme un mixeur natif et un mixeur DSP fonctionnant en parallèle et se rejoignant en sortie, ce qui apporte plus de flexibilité dans un environnement mixte », résume Jean-Gabriel Grandouiller, spécialiste des solutions audio chez Avid. Et c’est bien cette superposition des deux univers accessibles dans la fenêtre de mix de Pro Tools qui rend la gestion quotidienne fluide. Avec une telle souplesse, l’optimisation des ressources devient bien donc plus efficace.

Si l’on regarde de plus près l’implémentation du mode Hybrid dans le logiciel Pro Tools, on remarque une nouvelle préférence qui prévoit le passage automatique en mode DSP des pistes validées à l’enregistrement, Insert et Send compris. Les plug-ins passent alors automatiquement en AAX DSP si la version est disponible, ou sont sinon désactivés. Mais rien n’est pour autant figé car Pro Tools dispose d’un astucieux mode DSP Safe qui permet de protéger une voie se trouvant sur le chemin d’une piste validée à l’enregistrement. De quoi conserver au besoin des départs vers des réverbérations ou des délais en mode natif sans gêner l’artiste, la latence n’étant pas dérangeante dans ce cas précis. L’utilisateur peut également passer manuellement chaque piste en mode DSP en sélectionnant un petit éclair qui apparaît désormais sur la tranche en console ou en entête de piste.

 

Forte intégration dans Pro Tools

Évidemment, le gros avantage d’une solution intégrée comprenant soft et hard réside dans les possibilités d’intégration bien mises à profit par les ingénieurs de chez Avid. Aucun panneau de contrôle, encore moins d’application dédiée ou de fenêtre de mix supplémentaires à explorer, tous les réglages se font soit directement en face avant sur le rack, soit dans le logiciel Pro Tools où un code couleur unifié permettra plus facilement de configurer les circuits casque ou la gestion du monitoring.

Outre le monitoring principal, les sorties 1‑2 et 3‑4 peuvent ainsi être configurées pour alimenter des écoutes alternatives labellisées A, B et C. C’est bien pensé et plus fluide au quotidien que d’effectuer des allers-retours dans plusieurs fenêtres. Évidemment, devoir passer par une unique molette cliquable pour régler toutes les entrées (niveaux, 48V et phase) se montre à l’usage plus lent qu’un réglage dédié par voie, mais c’est sans doute le prix à payer pour conserver une présentation en rack 1U dont la façade est déjà bien dotée en retour visuel.

On pourra également être un peu dérouté par la conception du talk-back qui nécessite d’être assigné au préalable comme entrée sur une voie Aux du mixeur de Pro Tools pour fonctionner. Suivant le même concept d’intégration, les quatre sorties casques (HP) apparaissent dans le I/O setup et apparaissent dans la fenêtre de mix pour gérer le monitoring casque. La souplesse est intéressante mais il faudra jouer avec les modèles de pistes et de session pour ne pas perdre de temps à chaque début de séance…

Contrairement à ses aînées, l’interface Carbon se partage volontiers entre Pro Tools et d’autres applications Core Audio tournant en simultané comme le Finder, Logic Audio ou Final Cut par exemple. Au final, Avid propose avec Pro Tools Carbon un ensemble complet, plus facile à vivre que les précédentes interfaces signées Avid et qui pourra également trouver sa place en post pour certaines applications comme l’enregistrement ou le montage stéréo, en attendant les futures évolutions annoncées.

 

L’AVB SELON AVID

Lorsque l’on voit une connexion RJ45 sur un appareil audio, on imagine des fonctionnalités réseau typiques auxquels les standards d’audio sur IP nous ont habitué au fil du temps. Or pour l’instant, rien de tout ça n’est disponible avec Pro Tools Carbon. Pourquoi une telle limitation ?

« C’était principalement une question de timing et de disponibilité sur le marché », répond François Quereuil qui ajoute : « Carbon était prêt à servir une grande partie des workflows de production musicale pour lesquels nous avons conçu le système, mais nous avons une longue liste de fonctionnalités et évolutions que nous comptons ajouter. »

 

CUPERTINO ET BURLINGTON

La sortie d’un nouvel OS chez Apple suppose souvent une adaptation importante pour tous les développeurs et notamment les développeurs d’applications et de plug-ins audio. La venue de Big Sur, alias Mac OS 11, et la mutation de l’architecture Intel vers l’architecture ARM M1 amorcée par Cupertino ne fera pas donc exception à la règle mais le calendrier des mises à jour annoncé par

François Quereuil se montre plutôt rassurant : « Les innovations d’Apple sont toujours les bienvenues, mais elles créent toujours des challenges uniques pour les développeurs. Dans notre cas, nous avons beaucoup de configurations à gérer et à tester et de logiciels à mettre à jour : Pro Tools, mais aussi nos drivers, sans oublier l’environnement de développement AAX pour les plug-ins. Si un nouvel OS en soi impose déjà un certain nombre d’évolutions logicielles, une nouvelle famille de processeurs requiert énormément de travail. Ceci étant dit, nous avons déjà fait beaucoup de progrès sur Big Sur et les résultats sur Rosetta 2 sont prometteurs. Nous espérons donc annoncer la compatibilité Big Sur au premier trimestre 2021, le support des processeurs M1 en mode Rosetta 2 au premier semestre 2021 et le support natif dans le courant de l’année. Le support Rosetta 2 devrait offrir un niveau de performance suffisant pour la plupart des applications et ne devrait pas poser trop de problèmes au niveau des plug-ins. »

 

L’OFFRE LOGICIELLE

Facturé 3 499 euros HT, Pro Tools Carbon est un ensemble prêt à l’emploi comprenant l’interface, un abonnement d’un an permettant d’utiliser le logiciel Pro Tools « standard » agrémenté de l’Avid Complete bundle (un ensemble de cent quinze plug-ins dont soixante AAX DSP) et des goodies comme Heat, Melodyne Essential et UVI Falcon 2. Notons qu’en cas de non renouvellement de la souscription, ces bonus logiciels ne sont plus utilisables, mais la licence Pro Tools reste et devient perpétuelle.

D’autre part, les détenteurs d’une souscription ou d’une licence en cours pourront également tirer avantage de cette offre suivant plusieurs options (prolongation, passage à deux licences…).

Enfin, cet ensemble est agrémenté d’un pack de plug-ins provenant d’éditeurs partenaires comme McDSP, Brainworx, Arturia, Native Instruments et UVI.

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #40, p. 54-57. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.

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