Capable de fonctionner avec une station audio, une station vidéo, mais aussi en autonome, voyons quels services peut rendre la Mbox Studio dans le cadre d’une petite régie image ou son, ou de création de podcast.
Si à l’origine, Mbox désignait chez Avid les interfaces d’entrée de gamme permettant d’accéder à Pro Tools à bon prix, cette mouture estampillée Studio n’a plus grand chose à voir avec les modèles minimalistes des débuts. Exit donc les boîtiers blanc et bleu, le châssis en plastique et le positionnement entrée de gamme.

Comme sur la troisième génération de Mbox dont la sortie remonte à une bonne dizaine d’années, on retrouve donc ici un boîtier en métal bien stable et une finition noire plutôt soignée. Pour la première fois, Avid adopte ici le format desktop sur lequel on trouve des afficheurs de niveau de taille confortable pour le retour visuel mais aussi deux molettes « cliquables » et une série de boutons de bonne taille pour le contrôle et les réglages de la bête.
Mais c’est aussi grâce au choix de ses composants que cette version Studio se distingue de ses devancières puisqu’elle intègre les mêmes préamplis et convertisseurs que l’interface Avid Carbon et se dote d’un mixeur interne proposant traitements audio et monitoring basse latence. Dans le même temps, la fourchette de prix évolue à la hausse et se place désormais juste en dessous des 1 000 euros. Pour quelles possibilités ?
L’USB plug and play
Une fois alimentée via l’alimentation 12 V puis connectée en USB, la Mbox Studio est, sur Mac comme sur PC, immédiatement reconnue en tant qu’interface « Class Compliant ». Par rapport à un produit d’entrée de gamme de dernière génération, le son est ici plus précis, avec un meilleur rendu des transitoires et plus de largeur dans l’espace stéréo. La filiation avec le modèle Carbon se vérifie donc dans le rendu audio. Le niveau d’écoute se contrôle naturellement avec la molette de droite.
En étudiant un peu plus précisément l’ensemble, on sent que les concepteurs de la Mbox Studio n’ont pas cherché ici la compacité à tout prix. Exit donc l’interface sac à dos, cette Mbox Studio privilégie le confort de travail plutôt que la portabilité. Entre les deux gros encodeurs cliquables qui servent aux réglages, les huit afficheurs de niveaux à neuf segments, la douzaine de boutons permettant d’accéder aux principaux réglages des entrées et du monitoring (48 V, appairage Bluetooth, impédance et niveaux d’entrée, réduction mono, Mute, Dim…), sans oublier les boutons personnalisables, tout est largement proportionné et prévu pour contrôler aussi bien les entrées que les sorties de manière fluide.

Le tour du propriétaire laisse apparaître deux entrées Mic/Line/instrument sur combo XLR/jack, un départ Hi Z conçu pour le « re-amping » cher aux guitaristes et deux sorties casque en façade. La face arrière regroupe deux autres entrées Mic/Line/instrument, quatre entrées supplémentaires sur jack, et six sorties. La partie numérique comprend une paire SP/DIF format coaxial que l’on pourra utiliser par exemple pour connecter directement un monitoring numérique ainsi qu’un duo In/Out au format optique ADAT Lightpipe permettant d’envisager une extension huit canaux souvent mise à profit pour bénéficier d’un bloc de huit préamplis supplémentaires. Pour les musiciens, le traditionnel duo Midi In/out est également de la partie, mais on note par contre l’absence d’entrée Wordclock pour la synchro numérique.
Comme sur l’AudioFuse Studio du Français Arturia précédemment testée dans nos colonnes, on a également droit ici au Bluetooth en entrée (pour écouter voire enregistrer le son provenant d’un portable), mais aussi en sortie (pour écouter sur ses oreillettes sans fil) ainsi qu’à la fonctionnalité Loopback. Cette dernière utilise l’entrée 7-8 pour enregistrer le signal provenant de l’ordinateur, de quoi recevoir dans sa station audio ou vidéo le son d’une vidéo YouTube, ou d’une conférence Zoom ou FaceTime : intéressant en postprod comme en podcast.

Mbox Control : au cœur de la matrice
Évidemment, pour aller plus loin dans le contrôle et la compréhension de l’interface, le téléchargement de l’appli Mbox Control devient nécessaire. Elle se présente comme un mixeur virtuel offrant une vision globale sur les entrées/sorties de l’interface et que l’on peut rappeler facilement à l’écran via une touche dédiée comme chez Arturia. On y découvre huit canaux internes véhiculant les huit voies de retour de la station audio ou vidéo qui permettront par exemple de construire un réseau de monitoring casque sans latence. Le logiciel permet en outre d’accéder au pilotage intégral de l’interface, l’occasion de personnaliser certains points comme les couleurs, l’assignation des touches personnalisables, d’affiner les préférences ou encore d’utiliser les traitements audio et de sauvegarder l’ensemble sous forme de mémoire. Pour ceux qui trouvent que le look contrôleur DJ détonne dans leur studio, ça peut être l’occasion de passer dans les préférences pour supprimer le halo lumineux violet un brin flashy qui entoure les deux molettes…
Un œil sur les possibilités d’assignation des touches configurables montre qu’elles sont pour l’instant limitées au contrôle de la Mbox, mais après échanges avec l’équipe de développement, rien n’interdirait un pilotage étendu à l’assignation de raccourcis clavier ou au contrôle de logiciels Avid comme Pro Tools ou Media Composer. À suivre…

C’est également dans le Mbox Control que l’on peut accéder aux traitements audio comprenant actuellement une section EQ quatre bandes enregistrable avec l’option EQ to Daw pour les huit entrées physiques et un bloc delay/reverb sur toutes les voies. La prestation est donc bien différente de ce que l’on trouve sur des produits de gammes supérieures comme l’interface Carbon ou des interfaces plus onéreuses type UAD ou Antelope (lire plus loin « Du traitement DSP dans les interfaces »). La capacité DSP embarquée étant ici plus modeste, la Mbox Studio se limite donc à un traitement d’appoint destiné à apporter une touche de confort pendant l’enregistrement, sachant que des mix casques individualisés sont parfaitement envisageables dans ce mixeur.
Sur la version testée, si la section EQ s’est montrée efficace, le délai et la reverb nous ont laissés sur notre faim. Renseignement pris, le portage de ces effets est en voie d’achèvement, la finalité étant de proposer rapidement l’équivalent d’une D-Verb et d’un Mod Delay, deux plug-ins que les utilisateurs de Pro Tools connaissent bien.

Play Rec
Comme toute interface utilisant des drivers USB génériques, la Mbox Studio n’offre pas de performances miraculeuses en termes de latence, mais c’est le prix à payer pour bénéficier du plug and play. Au moment de l’enregistrement, on est donc tenté de s’aventurer du côté du monitoring sans latence, un exercice pour lequel cette Mbox semble à priori plutôt bien armée puisqu’elle dispose d’un mixeur intégré et de traitements internes. Dans Pro Tools, le mode Low Latency permet d’écouter les pistes validées à l’enregistrement directement dans le mixeur Mbox Control.
Sur une séance de speak, le comédien-voix s’entend au casque avec un rendu équivalent à celui d’une configuration plus coûteuse, même s’il manque tout de même un compresseur dans le mixeur de la Mbox pour que le comédien-voix puisse plus facilement ses marques. Dommage ! Il faudra donc se tourner vers un processeur hardware, à moins qu’un développement futur ne vienne combler cette lacune. Sinon, que ce soit dans le logiciel ou directement sur l’interface, l’accès aux réglages habituels est vraiment rapide, plus fluide d’ailleurs que sur l’interface Carbon. La présence d’un micro de Talkback, que l’on peut déclencher via le bouton dédié en mode fugitif ou permanent mais aussi au pied avec une pédale de sustain optionnelle, est un vrai plus. Avec un micro statique, j’apprécie la commutation individuelle du 48 V toujours plus sécurisante, surtout pour les utilisateurs de micros à ruban.
Une fois le Pad désactivé, on accède à une plage de 50 dB de gain, qui sans être énorme reste parfaitement exploitable sur toute la course grâce à un niveau de souffle très bas. Rien à dire, les préamplis sont très silencieux, comme sur la Carbon. On retrouve d’ailleurs le même système de pilotage numérique du filtre coupe-bas, du soft limiter, et de l’impédance variable particulièrement intéressante sur les micros à ruban, les guitares et les basses électriques…
Je poursuis l’aventure dans Final Cut Pro, histoire de tester le comportement de la Mbox Studio en posant une voix directement dans le logiciel vidéo d’Apple. Rien à dire. La Mbox Studio apparaît bien la fenêtre Voix-Off de FCP et en effectuant quelques réglages dans la console Mbox Control, j’arrive facilement à affecter le son du micro sans latence vers la sortie casque de l’interface. Notons que du côté Avid, la Mbox Studio est officiellement supportée depuis la dernière version de Media Composer.

Une gestion de monitoring autonome
Dans une régie audio, vidéo ou un studio personnel, la Mbox Studio peut parfaitement fonctionner en mode autonome, sans connexion avec un ordinateur. Elle garde alors en mémoire la dernière configuration utilisée et se transforme en gestionnaire de monitoring stéréo autonome ou en petit mixeur hardware compact, de quoi garder à poste deux ou trois sources stéréo filaire, tout en conservant au moins deux entrée micro, sans oublier le Bluetooth, la commutation petites et grandes écoutes et le Talkback.
La Mbox Studio hérite de la qualité audio sans concession de la Carbon, combinée à une ergonomie agréable et elle est livrée avec un abonnement d’un an à Pro Tools Studio et un pack de plug-ins bien garni. Pour les séances d’enregistrement, le monitoring sans latence est satisfaisant, mais les traitements embarqués encore un peu justes. D’autre part, le standard USB offre l’assurance du plug and play, mais une latence qui peut se montrer rapidement gênante et il est certain qu’une double connectivité type USB/Thunderbolt ou USB/AVB ouvrirait la porte à des environnements plus professionnels sachant que la prise en compte des formats surround serait à l’étude selon nos sources…

Du traitement DSP dans les interfaces
Même si les ordinateurs sont de plus en plus puissants et que le native processing permet aujourd’hui d’envisager tous les traitements audio, certains fabricants d’interface audio se distinguent en ajoutant à leurs produits une capacité de traitement audio intégrée. D’un côté, le maniement est souvent un peu plus complexe pour l’utilisateur qui doit gérer deux environnements et le travail de développement n’est pas anodin pour le fabricant. Mais la solution offre l’avantage de soulager le CPU de l’ordinateur tout en assurant un monitoring sans latence à l’enregistrement digne des consoles analogique d’autant. Comme sur les consoles de sonorisation, les équipes de développement s’appuient alors sur une ou plusieurs technologies disponibles aujourd’hui en fonction des besoins en mettant à contributions des puces DSP, FPGA et plus récemment des processeurs ARM semblables à ceux qui motorisent nos téléphones portables.
On retrouve ces technologies embarquées sur la Carbon de chez Avid, la série Appolo dechez Universal Audio ou encore les séries Zen, Discrete, Orion et Galaxy de chez Antelope. Sur ces produits, l’utilisateur peut insérer à loisir des traitements audio dans le mixeur de son interface comme il le ferait sur son logiciel audio, sauf qu’ici, le standard est propriétaire à chaque marque (AAX pour Avid, UAD pour Universal Audio et Synergy Core pour Antelope), ce qui suppose parfois d’investir dans des plug-ins additionnels.
Sur les produits plus abordables comme chez Tascam (interfaces US-16×08, 102 et 208i) ou sur notre Mbox Studio dont le traitement audio est assuré par une puce fournie par le fondeur anglais Xmos, la puissance de calcul moins élevée et la volonté de simplifier l’utilisation expliquent sans doute qu’on se retrouve avec un mixeur figé dans sa construction et un panel de traitements sensiblement plus limité. Mais entre le progrès des développements et l’augmentation de puissance de ces puces, qui sait ce que nous réserve l’avenir ?
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #51, p. 70-73