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Les locaux de Benuts sont présents dans trois localisations en Belgique, le site le plus important est à La Hulpe. © DR

Benuts, le cœur battant de la production belge de VFX

 

L’histoire de la société de postproduction belge Benuts commence par un amour de l’image… Photographe de formation, son fondateur Michel Denis se tourne vers l’animation 3D dans les années 1990. Après plusieurs expériences en tant qu’animateur et graphiste 3D pour du cinéma dynamique, Michel crée Benuts en 2010, une entreprise dédiée au design et aux VFX. En 2015, il s’associe avec Alain Carsoux, fondateur de la société de postproduction française la Compagnie Générale des Effets Visuels (CGEV). « Cette association a vraiment fait de Benuts ce qu’elle est aujourd’hui », résume Michel Denis.

En 2023, la société de postproduction compte plus de soixante-dix collaborateurs ; elle est présente dans les trois régions qui composent le territoire belge. Férue de coproductions avec divers pays européens, l’entreprise peut alors participer à de grands projets de longs-métrages comme Asterix et Obelix : l’Empire du Milieu mais aussi de séries telles qu’OVNI(S) (Canal+). Entre deux créations, Michel Denis répond à nos questions…

 

La cool attitude de Benuts. © DR

 

Qu’est-ce qui différencie Benuts des autres sociétés de postproduction ?

Depuis que je suis associé avec Alain nous avons comme cœur de cible les longs-métrages et les séries télévisées. Nous faisons très peu de publicité, maximum une à deux par an. De plus, nous sommes vraiment axés sur les VFX, c’est-à-dire que nous ne faisons pas d’étalonnage, de montage, etc. Nous nous spécialisons dans les environnements 3D, l’extension de décors ou encore la simulation de fluide. Dans notre équipe, cinq à six personnes se dédient à l’utilisation du logiciel Houdini.

Notre point fort c’est l’organisation. Au sein de l’équipe, chacun sait trouver sa place et est encadré grâce à des superviseurs VFX, des superviseurs 2D ou 3D. Il y a des artistes juniors et seniors qui travaillent ensemble et partagent leurs connaissances. Ainsi, nous pouvons accueillir parallèlement des films qui ne nécessitent qu’une courte intervention sur deux ou trois plans et des longs-métrages où nous avons 800 plans à traiter. Nous passons de l’un à l’autre avec une grande agilité.

 

Quels sont les plus gros projets sur lesquels vous avez travaillé ?


Benuts est intervenue sur de nombreux plans truqués pour « Asterix et Obelix : l’Empire du milieu ». © DR

 

Notre catalogue est assez diversifié. Il y a le cinéma et les séries belges bien évidemment comme Des gens bien (Arte) mais aussi de grosses coproductions comme le dernier Astérix et Obélix : l’Empire du milieu de Guillaume Canet. Nous essayons de porter notre regard au-delà de nos frontières limitrophes. Dans cette idée nous travaillons actuellement sur une série finlandaise, Estonia, qui raconte l’histoire du naufrage du navire MS Estonia en 1994. Les plates-formes nous offrent également beaucoup d’opportunités. Nous collaborons régulièrement avec Netflix et nous avons pu participer à plusieurs projets réalisés par Julien Leclercq comme Sentinelles, La Terre et le sang et Braqueurs.

 

Comment financer toutes ces coproductions ?

La série « Marie-Antoinette » a pu bénéficier de l’aide via le Tax Shelter belge. © DR

En Belgique, nous avons le Tax Shelter qui est un peu l’équivalent du crédit d’impôt français. Mais, à ce système fédéral, s’ajoutent différents systèmes d’aides en fonction des régions : Wallimages pour la Wallonie ainsi que Screen Brussels et Screen Flanders. En fonction des projets nous pouvons les cumuler.

Grâce à Alain de la CGEV, nous nous positionnons régulièrement sur des coproductions franco-belges. Toutefois, il faut bien admettre qu’il est difficile de s’exporter au-delà de l’Europe car nos systèmes de financements ne sont pas ouverts à l’international. Certes, nous avons des accords bilatéraux avec le Canada mais le pourcentage est assez faible… Il faudrait que nos systèmes d’aides soient plus ouverts car cela nous permettrait, comme en France, d’attirer des projets internationaux sur notre territoire, voire d’accueillir des sociétés de productions américaines. Pour nos graphistes, ce serait une opportunité formidable de travailler sur de si gros projets.

 

« La Vie pour de Vrai » de Dany Boon. © DR

Y a-t-il suffisamment de jeunes en Belgique formés pour ces métiers ?

Alors ça, c’est vraiment le nerf de la guerre ! C’est très compliqué car tous les studios de Belgique et d’ailleurs se les disputent. En plus, avec la démocratisation de la remote, de plus en plus de graphistes belges peuvent travailler pour des grosses productions américaines et canadiennes sans bouger de chez eux, ce qui est très tentant pour eux. À l’inverse, le Tax Shelter nous oblige à ce que nos dépenses soient faites au niveau de la Belgique, alors il est plus compliqué pour nous d’employer des graphistes étrangers.

Pour attirer les graphistes, on essaie de mettre nos projets en avant. Nous communiquons sur le fait que nous avons travaillé sur le prochain Largo Winch par exemple et que nous sommes ouverts sur le marché européen avec de nombreuses participations à des projets scandinaves et irlandais. Le fait de collaborer avec les plates-formes comme Netflix et Amazon est également un atout car leurs créations sont très demandeuses en matière de VFX. Puis, nous sommes présents dans des salons comme le FMX pour faire connaître notre travail mais aussi dans les jurys d’écoles en Belgique et en France avec Rubika ou ARTFX.

 

La série éOvni(s) » compte de nombreux effets spéciaux signés Benuts. © DR

 

Avez-vous recours à des studios virtuels avec des murs Led ?

On suit toutes ces technologies de très près. Nous avons commencé à nous y intéresser il y a deux ans pour un projet de Dany Boon qui s’appelle 8 rue de l’Humanité. Ce film se tournait intégralement en studio à la sortie du Covid et le décor était un immeuble parisien de trois étages. Pour permettre à Dany de commencer à découper un peu son film en amont, nous avons construit tout le set dans Unreal Engine. Avec ça, nous pouvions utiliser des caméras virtuelles et prévisualiser le découpage.

Après cette première expérience, nous avons peaufiné notre savoir-faire en améliorant les prévisualisations et en créant des animations, ainsi que des caméras virtuelles pouvant être manipulées par des réalisateurs et des chef opérateurs. C’est d’ailleurs ce que nous avons fait pour le prochain Largo Winch afin de découper les scènes avec le réalisateur Olivier Masset-Depasse. On a aussi expérimenté quelques tournages avec ces techniques de virtual production associées aux écrans Led. Sur deux d’entre eux, nous ne gérions pas les écrans Led mais en notre qualité de superviseurs. Sur un autre, une série allemande qui s’appelle Night In Paradise, nous avons généré le contenu par Unreal Engine, avec des dispositions un peu complexes où plusieurs caméras tournaient autour d’une voiture. Actuellement, nous sommes à nouveau sur un projet qui nous demande de prendre en charge des écrans Led. Alors, on parle avec différents partenaires, en Belgique ou en France, pour trouver les meilleures solutions. En Belgique, quelques studios se spécialisent déjà dans cette technologie.

 

Locaux de Benuts © DR

Que pensez-vous de la présence de l’intelligence artificielle dans vos métiers ?

Nous constatons bien l’avènement de l’IA, il ne faut pas en avoir peur. Nous avons mis au sein de Benuts un groupe de réflexion afin de voir la meilleure utilisation à en faire dans nos métiers. Je vois cela comme un outil qui permettra d’automatiser certaines tâches, comme la rotoscopie, le clean par exemple. Avec le temps gagné, cela nous donnera de nouvelles opportunités au niveau artistique.

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #53, p. 96-99