Armées de solides arguments, les versions 12K et 17K ciblent les tournages fiction haut de gamme. Leurs tarifs, sensiblement plus élevés que les précédents modèles de Blackmagic, restent dans ce contexte plutôt agressif par rapport aux marques plébiscitées sur les plateaux de cinéma : Arri, Red ou Sony. La Blackmagic Ursa Cine Immersive est dédiée à la création de contenu pour l’Apple Vision Pro.
Histoire
L’entrée de Blackmagic dans le monde de la captation a débuté en 2012 avec la Blackmagic Cinema Camera qui a su imposer les fondamentaux des caméras de la marque : captation en RAW, image et ergonomie adaptée à la fiction et prix modérés. Depuis, plus de vingt-cinq modèles ont été déclinés. Les différentes versions des Pocket Cinema Camera ont fait le bonheur des indépendants et des cinéastes débutants. Le nom Ursa apparu en 2014 a symbolisé la volonté d’aborder des marchés plus haut de gamme.
Imposant par sa taille et son poids, le premier modèle sobrement nommé Blackmagic Ursa a précédé plusieurs déclinaisons Ursa Mini. Leurs solides boîtiers et les connectiques plus ambitieuses permettent une exploitation professionnelle sereine sans nécessiter une accessoirisation trop lourde (cages, protections, alimentations).
D’autres références ciblent des marchés précis : la télévision avec l’Ursa Broadcast, les drones ou les plateaux multicaméras avec les Studio et Micro Studio Camera. La Pyxis 6K (annoncée au NAB 2024) exploite le même capteur que la Cinema Camera 6K alors que la Pyxis 12K (annoncée au NAB 2025) partage le capteur de l’Ursa Cine 12K.

Description

Dès la sortie de son carton, nous avons été surpris par le poids de l’Ursa Cine 12K. Ses 3,96 kg augmentés des objectifs, des accessoires et de la batterie devront être compensés par un support adapté pour aborder sereinement de longues sessions de tournage : épaulière ou easyrig par exemple. En configuration cinéma, ce poids pourra être un avantage pour absorber les micro- vibrations des tournages « main libre ».
Deux écrans de monitoring tactiles HD de 5 pouces et de 1 500 nits sont présents de chaque côté de la caméra. L’écran de gauche orientable évite l’ajout d’un moniteur externe et peut être dirigé vers la personne filmée. Lorsqu’il est replié, un petit écran affiche les réglages techniques de la caméra. L’écran de droite équipée d’une casquette amovible est destiné aux assistants caméras pour effectuer les réglages et suivre le point.
La caméra est commercialisée nue (6 025 euros) ou en packs accessoirisées prêts à tourner avec un module de stockage M2 8TB, une poignée supérieure, des antennes wi-fi, une épaulière, une alimentation et un support batterie éventuellement complété de l’œilleton Ursa Cine EVF (8 155 et 9 475 euros avec EVF).
Manipulation et câblage
De nombreux boutons et molettes permettent des réglages directs sans nécessiter d’entrer dans les menus. Côté audio, les prises XLR peuvent être commutées en AES, la sensibilité des entrées et les alimentations fantômes sont sélectionnables et les gains réglables. Les connectiques sont complétées par une entrée time code et deux sorties 12G SDI sur BNC réglables indépendamment.
Deux prises USB-C permettent de connecter des moniteurs externes, les contrôleurs déportés de mise au point ou de zoom Blackmagic et d’effectuer les mises à jour logicielles ; une troisième située près de la monture d’optique permet de connecter l’EVF. Des sorties d’alimentations sont proposées en prises Lemo sept broches et Fischer trois broches 12 ou 24 V. L’alimentation externe utilise une prise à huit broches et plusieurs types de batteries B Mount, Gold ou VLock sont utilisables via des adaptateurs.
Capteur et montures

Les capteurs RGBW associent autant de photosites rouges, verts et bleus que de photosites blancs (W) permettant une grande sensibilité et un respect des teintes en basse lumière. Le capteur 36×24 de la 12K mesure précisément 35,64 mm x 23,32 mm avec un pas de pixel de 2,9 microns, alors que la 17K arbore un capteur au format 65 mm de 50,81 mm x 23,32 mm (même pas de pixel). La 12K est livrée avec une monture Ursa Cine EF et la 17K avec une monture PL. Des montures interchangeables sont disponibles : Ursa Cine PL pour la 12K et Ursa Cine LPL (large), EF et HC pour la 17K (95 euros par adaptateur).
La plage dynamique des deux capteurs annoncée à 16 diaphs est en pratique impressionnante. Un filtre optique ND intégré à quatre positions filtre la luminosité jusqu’à 6 diaphs : il inclut un filtre infrarouge. La caméra est également dotée d’un filtre OLPF passe bas. Le capteur de l’Ursa Cine 12K peut être exploité selon différents ratio : Open Gate, 16 :9, 17 :9, 2.4 :1 (cinémascope) ou 6 :5. En Open Gate l’entièreté du capteur est exploitée selon un ratio 3 :2. Certaines productions optent pour cette configuration en préparation d’un recadrage de l’image en postproduction.
RGBW sur un capteur ?
Pour synthétiser les informations colorimétriques des capteurs mono-capteurs, les données des différents photosites généralement associés à des filtres rouge, vert ou bleu sont décodés selon la matrice utilisée. La majorité des capteurs utilisent la célèbre matrice de Bayer. Sur les capteurs RGBW à larges formats des Ursa Cine 12K et 17K, les photosites W sensibles à l’ensemble du spectre captent davantage de lumière. L’architecture CFA (Color Filter Array) des capteurs exploite un motif de 6×6 photosites qui se répète (au lieu des habituelles matrices 2×2). Les avantages de l’utilisation de photosites W sont une augmentation de la sensibilité et la réduction du bruit en basse lumière, ainsi qu’une plus grande dynamique.
Contrairement à d’autres modèles de la marque lorsque la résolution est abaissée en 8K ou en 4K, les caméras à capteurs RGBW de Blackmagic exploitent la totalité du capteur (open gate) via des techniques de suréchantillonnage offrant de grands détails et une réduction naturelle du bruit. Cela permet de conserver l’angle de vue et la longueur focale des optiques sans fenêtrage (windowing). Le mode 9K cible une partie restreinte du capteur pour bénéficier des optiques Super 35 existantes. Une des limites de ces capteurs est la plus petite taille des photosites comparativement à d’autres types de matrices (due à leurs répartitions). La sensibilité accrue des photosites blancs (W) et l’agrégation des pixels en basse résolution compense la perte qui pourrait en résulter.
Exposition et sensibilité
La grande sensibilité de la matrice RGBW du capteur permet une bonne maîtrise du bruit sans nécessité d’adopter un système de dual ISO natif. L’Ursa Cine 12K ne sera pas forcément la caméra choisie pour travailler dans les conditions extrêmes de basse lumière. La sélection du réglage d’ISO de la caméra permet d’équilibrer le rendu de l’image. À 400 ISO, le rendu est très propre voire « lisse » ; à 800 ISO l’équilibre est bon entre la sensibilité et la texture de l’image, et selon l’éclairage de la scène filmée le bruit commence à apparaître à 1 600 et 3 200 ISO.
Vitesses et rolling shutter
Notre test de la Pyxis 6K ayant présenté un point de vigilance sur les valeurs de rolling shutter, nous avons naturellement challengé l’Ursa Cine 12K sur ce critère. Même si elle n’est pas dotée d’un capteur « global shutter », les valeurs sont particulièrement bonnes avec 12,08 ms en 12K Open Gate, 6,75 ms en 8K Open Gate et 4,29 ms en 4K 2.4 :1. Elles ont été confirmées lors de nos tests en bougeant la caméra dans tous les sens au-delà de ce qui serait raisonnable en exploitation « normale ».
Ces valeurs situent l’Ursa Cine 12K un peu en dessous d’une Sony Venice 2, d’une Red V‑Raptor 8K ou d’une Arri Alexa LF mais au-dessus d’une Sony Burano ou d’une Canon C500 mkII. La grande vitesse de lecture du capteur associée à une électronique et des supports d’enregistrement à hautes vitesses permettent également des captations HFR : 12K 3 :2 open gate jusqu’à 80 i/s, 12K 2.4 :1 jusqu’à 120 i/s ou encore 8K/4K 2.4 :1 jusqu’à 224 i/s.
Enregistrement
Nous retrouvons le désormais célèbre codec Blackmagic RAW en version à qualité constante de Q0 à Q5 ou à débit constant de 3 :1 à 18 :1. Ces deux formats en 12 bits log sont optimisés pour la postproduction grâce à une prise en charge partielle du traitement de dématriçage dans la caméra. Il n’y a pas de possibilité d’enregistrer en Apple Prores mais un format proxy est décliné en H.264 (1 920 x 1 080, 4 :2 :0 8 bits). Les débits restent raisonnables en 4K 6 :1 (68 MB/s), mais leurs grandes valeurs en 12K 3 :1 (1,194 MB/s) imposent des stockages fiables et de grandes tailles.
Les Blackmagic Media Module de 8 ou 16TB développés pour cet usage exploitent des SSD M2 PCIe (1 475 ou 2 325 euros). Un module optionnel permet d’utiliser deux cartes CF express de type B. Après le tournage les médias peuvent être rapidement transférés ou directement exploités via le Blackmagic Media Dock (1 725 euros) et ses trois emplacements Media Module en façade.
Streaming, commande déportée et connexion au Blackmagic Cloud

Les possibilités de connexion réseau de l’Ursa Cine 12K sont très complètes. La liaison peut emprunter plusieurs chemins : le câble Rj45 (10GB/sec), le wi-fi via deux antennes vissées à l’arrière de la caméra ou le réseau cellulaire d’un smartphone branché en USB-C. Le Bluetooth permet toujours le contrôle des paramètres principaux de la caméra, mais le wi-fi autorise, via l’app Blackmagic Camera sur smartphone ou iPad, le contrôle à distance et le monitoring.
Les transmissions peuvent se faire en streaming live local en srt ou rtmp et en streaming live global. L’encodeur intégré permet une diffusion directe sur les plates-formes Twitch, YouTube Live ou Facebook Live. Un boîtier Atem Streaming Bridge permet de configurer facilement et rapidement un retour vidéo au sein d’un réseau local ou à distance via Internet.
L’écosystème Blackmagic Cloud se marie très bien avec l’Ursa Cine qui peut transmettre immédiatement les médias filmés aux formats proxys ou natifs selon les débits et l’espace de stockage cloud disponible. Les monteurs peuvent commencer à travailler alors que le tournage est en cours.
Sur le terrain

L’Ursa Cine 12K que nous avons testée était en configuration complète livrée en flight case avec le visualiseur OLED Ursa viewfinder et le support épaulière, bienvenu pour supporter le poids honorable de la caméra et de ses accessoires. Trois très belles optiques 29, 40 et 85 mm LF Tokina Vista en monture PL complétaient le kit.
La fiction est le terrain de jeu idéal pour cette caméra qui rivalise très fièrement avec ses consœurs haut de gamme et onéreuses de chez Arri et Red ou avec les Sony Burano et Venice. Le choix de rester sur un ISO natif unique s’avère intéressant, cela permet une large gamme de choix esthétique entre une image très nette et propre à 400 ISO et une texture agréable qui apparaît en évoluant vers les plus hautes valeurs. La caméra filmant exclusivement en BRAW, la sensibilité reste modifiable en postproduction mais le choix de la valeur d’ISO influe l’équilibre de la plage dynamique disponible autour du gris neutre dans les hautes et basses lumières.
La fluidité d’utilisation de l’Ursa Cine 12K, la qualité de son image et les nombreuses possibilités d’exploitation nous ont impressionnés. Trouvant toutes leurs places dans des workflow ciné modernes, ces fonctionnalités peuvent également élargir le cadre des usages de la caméra. Des préamplis audio de qualité, de vrais prises XLR, des réglages physiques accessibles, deux écrans HDR de 1 500 nits exploitables en extérieur et des filtres neutres optiques intégrés sont des atouts qui permettent aux Ursa Cine de trouver une place de choix pour la captation de documentaires ou de films de commandes.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #64, p.18-21






















