Comment devient-on compositeur pour le cinéma et l’audiovisuel ?

Un peu par hasard, en tout cas pour moi. Quand j’étais enfant, le cinéma ne m’intéressait pas vraiment. Pendant mes études de musique, j’ai fait un stage dans un auditorium à Paris, un endroit fascinant où j’ai croisé Orson Welles, Frédéric Rossif et François Reichenbach. Ce dernier savait que je composais et m’a proposé d’écrire la musique d’un de ses documentaires. Ce qui m’a fasciné, c’est de voir à quel point la musique pouvait transformer une séquence, presque comme une seconde mise en scène. J’ai alors commencé à me passionner pour le rapport entre la musique et l’image. Petit à petit, je me suis plongé dans le cinéma, découvrant Buñuel, Bergman, les grands réalisateurs américains et italiens… C’est à partir de là que je suis devenu vraiment cinéphile.
Quels sont les principaux défis de votre métier ?
Se remettre en question en permanence. Chaque projet est un nouveau défi, et c’est ce qui rend ce métier passionnant. Si on faisait toujours la même chose, on finirait par s’ennuyer. Il faut aussi savoir s’adapter et trouver ce que le film a d’unique pour le révéler en musique. Personnellement, j’aime me laisser porter par le film et voir où il m’emmène.
L’approche diffère-t-elle entre fiction et documentaire ?
En quelque sorte, oui. Quand j’enseignais au Conservatoire de Paris, je conseillais souvent aux élèves de commencer par le documentaire. C’est un exercice exigeant, car il faut apporter une touche de fiction au réel sans le dénaturer. Il faut aussi se demander si la musique est vraiment nécessaire, ce qui n’est pas toujours évident. En comparaison, la fiction laisse plus de liberté.
Comment travaillez-vous avec les réalisateurs ?
Je préfère attendre de voir les premières images avant de commencer à travailler, car j’ai un peu de mal à travailler avec le scénario seul. Ensuite, on discute beaucoup avec le réalisateur, mais pas tant de musique que du film en lui-même. Ce sont ces échanges qui me permettent de comprendre ce que la musique doit apporter.
D’après vous, quelles sont les étapes essentielles de la production où un compositeur doit être présent ?
Il est toujours utile de discuter avec le réalisateur dès que le scénario est prêt, mais le montage reste l’étape clé. Avant, j’assistais aussi aux mixages, mais j’ai appris à lâcher prise. Le cinéma est un art collectif, on ne peut pas tout contrôler. J’aime aussi travailler sous pression, en dernière minute. Ça évite de s’éparpiller et de perdre la spontanéité des premières idées.
Pourquoi fait-on appel à vous pour un projet plutôt qu’à un autre compositeur ?
Franchement, je ne sais pas. Je suis incapable d’aller voir un réalisateur pour lui proposer mes services. En revanche, j’adore travailler sur des premiers films, ça me pousse à innover. Je pense qu’il ne faut pas s’embourgeoiser avec le cinéma. Inversement, je n’aime pas quand on vient me chercher parce que j’ai eu un succès en particulier. En vérité, tout se joue lors de la première rencontre avec le cinéaste, et si le courant ne passe pas, je préfère ne pas travailler sur le film.
Y a-t-il des projets dont vous êtes particulièrement fier ?
Microcosmos a été une étape importante dans ma carrière. Côté animation, Coraline et les films de Tomm Moore sont aussi de beaux souvenirs. Je suis également assez content de mes nombreuses collaborations sur certains films, ça a été à chaque fois un grand bonheur.
On parle souvent de votre travail sur Les Choristes, comment percevez-vous aujourd’hui votre travail sur ce film ?
C’est sans doute la bande-son que j’ai composée le plus rapidement, et pourtant, c’est celle qui a le plus marqué. J’étais dans une période difficile et j’ai commencé tard, donc j’ai misé sur une musique simple, émouvante, sans prétention. Le défi principal était que la musique devait être prête pour le tournage, afin que les enfants puissent la chanter. C’est toujours intéressant de travailler sur des films où la musique est le sujet principal, car cela fait prendre à la bande-son une importance bien plus forte.
Pour finir, avez-vous des projets à venir dont vous aimeriez nous parler ?
Plusieurs films et concerts sont en préparation. En ce moment, j’ai envie de composer de la musique pure, détachée de l’image. Le cinéma, c’est formidable, mais travailler sur des projets plus personnels permet aussi de se renouveler.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #61, p.84-85