« Nos motos seront prochainement équipées d’un intercom numérique », annonce Stéphane Alessandri pour AMP Visual TV. De même, chez Euromedia, la redescente des ordres vers les motos, couverts parfois par les cris d’un public dense, notamment sur les derniers kilomètres d’une étape de montagne, est le dernier maillon en analogique d’un dispositif HF par ailleurs entièrement en numérique.
« Depuis plusieurs années déjà, nous menons des tests sur des systèmes de transmission audio numérique dont la qualité ne nous donne pas encore satisfaction, mais qui, à terme, nous permettront, sur un seul canal, de multiplexer plusieurs audios (voix, N-1, jingle…) », expose Nicolas Bladou.
Dans le même registre, la qualité de la prise de son, qui pâtit grandement du bruit des cylindrées actuelles, sans parler du bourdonnement des hélicoptères autour du peloton, devrait s’améliorer grâce à l’arrivée des motos électriques dans le circuit international, « sur quoi nous travaillons actuellement », dévoile Stéphane Alessandri.
Par ailleurs, verra-t-on plus de caméras high speed sur les courses extérieures ? Déjà, lors des éditions 2018 et 2019 du Tour de France, une Superloupe RF, mise au point par Digital Vidéo Sud (DVS), filiale du groupe EMG, fut utilisée sur les étapes de plaine, en alternance sur la moto 2 à l’avant du peloton, la moto 1 avec l’échappée et la moto 4 pour des « passages », vu la volonté de l’UCI et des organisateurs de limiter le dispositif motorisé sur l’épreuve. Du coup, l’appareil devait pouvoir être commuté en direct, à l’égal d’une caméra classique, et, au besoin, produire en temps réel des ralentis à 300 images/seconde, grâce à un processeur (BPU) placé dans l’une des sacoches de la moto.
« On a fait des essais à des vitesses plus importantes, mais cela s’est révélé excessif », indique Jean-Maurice Ooghe, avant de souligner que « les deux dernières positions ont donné d’excellents ralentis, avec une grande variété de plans. » Quant à la moto 2, « l’encombrement de la caméra rend cette position très fatigante et peu exploitable, notamment en montagne. »
En revanche, aucune grande course du circuit international ne devrait être filmée avant longtemps avec des moyens déportés, comme un bras articulé à l’arrière de la moto (sinon à l’avant, lors d’un contre-la-montre, par exemple), piloté à l’aide d’un joystick par un opérateur à la place du cadreur, ou une boule gyrostabilisée, de type Cinéflex, montée sur une plate-forme à l’arrière d’un véhicule à trois roues.
Si ces équipements, déjà testés sur des courses cyclistes à l’étranger et des marathons, permettent d’obtenir un plan large très stable en se positionnant loin devant les coureurs, « le premier serait impraticable sur des courses en montagne ou des parcours sinueux », juge Jean-Maurice Ooghe, pour des motifs de sécurité et en raison d’un poids d’ensemble trop important.
Quant au second, « cela ne fonctionnerait que sur de longues lignes droites et ne pourrait en aucun cas remplacer l’image de la moto 2 devant le peloton », ni même celle de la moto 3 à l’arrière, du fait de l’impossibilité de filmer vers l’avant.
Surtout, après d’autres expériences sur moto (caméra gyrostabilisée filmant le sprint des coureurs en travelling sur les derniers hectomètres de l’arrivée aux Champs- Élysées en 2005, caméra 360 sur la Route du Sud en 2017…), « notre prochain défi sera de produire des courses en UHD, comme on l’a déjà fait, à titre de test, sur le Paris-Tours en octobre 2019 », espère Hervé Besnard.
« La problématique du passage à l’UHD est d’acheminer plus d’informations dans la même bande de fréquence, qui reste limitée à 10 MHz », résume son collègue Nicolas Bladou.
Pour cela, plusieurs étapes ont déjà été franchies, comme l’amélioration de la modulation HF, celle des méthodes de compression avec le passage à l’encodage HEVC, lequel offre une qualité d’image 20 % meilleure par rapport à la norme précédente (H264), ou encore la généralisation des systèmes de type « diversity » qui permettent de choisir la meilleure réception, voire de recombiner des flux compressés en provenance de plusieurs relais.
La mise sur le marché de nouvelles optiques va aussi aider les prestataires. « Le développement de lentilles encore plus définies est en cours et cela nous permettra sûrement de proposer encore des produits adaptés aux besoins de nos clients », assure Benoît Mercier.
Pour le Tour de France notamment, le passage au nouveau format n’est donc plus qu’une question de temps. « Nous avons les équipements pour le faire », convient Nicolas Bladou.
De leur côté, les équipes d’AMP Visual TV sont également opérationnelles, « En 2020, nos motos ont été équipées d’encodeurs UHD HDR, qui peuvent recevoir le signal vidéo d’une caméra compacte UHD HDR monobloc », confirme Stéphane Alessandri. Maintenant, « il faut avouer que les demandes ne sont pas très nombreuses. »
Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #42, p. 88-95. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.