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Le nouveau siège Canal One à Issy-les-Moulineaux regroupe à la fois les directions opérationnelles et les équipes de production et d’édition de toutes les chaînes du groupe.© DR

Canal One, le nouveau siège de Canal+

 

Le groupe Canal+ a emménagé au cours de l’été 2022 dans son nouveau siège social Canal One à Issy-les-Moulineaux. Cette opération immobilière a pour but de regrouper une partie importante de ses activités réparties jusqu’à présent sur plusieurs sites. Les chaînes historiques payantes étaient produites et diffusées depuis le bâtiment Lumière à Boulogne tandis que les chaînes gratuites, acquises plus récemment, étaient hébergées dans l’immeuble Arcs de Seine et que la production et la diffusion des chaînes internationales étaient confiées à Red Bee Media dans ses installations du Media Dôme.

Au-delà de la production et de l’édition de l’ensemble des chaînes du groupe depuis un site unique, l’objectif de cette opération immobilière est de rapprocher dans un lieu global les équipes de production et d’édition avec l’ensemble des directions opérationnelles du groupe, que ce soit pour les chaînes payantes et gratuites diffusées en métropole et celles destinées à l’international.

Un tel déménagement est aussi l’occasion pour la direction technique du groupe Canal+ de repenser complètement l’architecture des équipements de production d’autant que les évolutions techniques récentes avec la virtualisation des outils et le transport des signaux sur réseaux IP modifient totalement leurs modes de déploiement et d’exploitation.

 

L’un des quatre nouveaux plateaux installés à Canal One, utilisé alternativement pour des directs de CNews et des plateaux consacrés aux sports. © Stephan Faudeux

Un calendrier très serré

Le déménagement des installations vers le siège Canal One et le déploiement des nouveaux équipements se sont déroulés selon un planning très serré. Les bâtiments réaménagés ont été accessibles aux équipes techniques fin mars 2022 et les mises à l’antenne ont eu lieu au cours de l’été entre juillet et août 2022. Canal+ a fait appel à Red Bee Media pour lui confier le rôle d’intégrateur système pour les nouvelles installations de production et le transfert de celles existantes depuis les anciens sites. Ainsi ont été déménagées quarante-six salles de montage, trois salles de compositing, huit régies de mixage et quatre salles graphiques ainsi que les rédactions de CNews et d’Infosport. Les nouvelles installations dans le bâtiment One comprennent quatre studios sur place et un cinquième déporté chez Lagardère pour les émissions communes CNews/Europe1. À cela s’ajoutent trois régies d’habillage et une régie multifeed et la salle d’exploitation du nodal.

 

Une centaine de processeurs Neuron d’EVS ont été déployés dans les nouvelles infrastructures IP de Canal+. © EVS

 

Avec ses nombreux programmes sportifs, Canal+ est un client historique d’EVS qui lui fournit depuis de nombreuses années des enregistreurs a ralenti. La totalité du parc installé au bâtiment Lumière a été renouvelée avec des nouvelles machines XT-VIA équipées en interfaces IP et dont l’ensemble des canaux sont regroupés dans un pool commun grâce à l’orchestrateur Cerebrum, ce qui permet d’optimiser leur utilisation. Avec l’extension de son catalogue après l’acquisition d’Axon, le constructeur belge a été un acteur important de ce projet puisqu’il a fourni également une centaine de processeurs Neuron dont certains utilisés comme passerelles SDI <- > IP et trois orchestrateurs Broadcast Cerebrum.

 

Évolution des architectures de production

Pierre Maillat, responsable des études et de l’architecture technique du pôle Édition du groupe Canal+, précise les principes qui ont guidé les choix des nouveaux équipements : « Nous souhaitions passer d’une architecture SDI vers de l’IP, puis avec l’IP cela nous amène vers l’IT. Au lieu d’installer des salles techniques dédiées, notre choix est d’évoluer vers une logique de data centers. Ainsi nous pouvons clairement séparer l’infrastructure et l’exploitation afin d’être plus flexibles et agiles pour nous adapter facilement aux évolutions des demandes et répondre plus rapidement aux besoins occasionnés par l’acquisition de droits sportifs, la création de nouvelles chaînes et la multiplication des formes récentes de distribution. »

 

Sur les quatre plateaux, la prise de vues est assurée à la fois par des caméras PTZ Panasonic et des modèles GV LDX de type box pour les équiper d’objectifs adaptés aux murs à Led. © Stephan Faudeux

Il rappelle que Canal+ a déjà une expérience dans le domaine de la vidéo sur IP. Lors de l’acquisition des studios de Boulogne en 2016, le groupe les a réaménagés en lieu de prestations internes sous le nom de Canal Factory pour le tournage d’émissions en direct. Dès cette époque la direction technique a fait le choix d’une architecture IP, selon la norme SMPTE ST2022-6, la ST2110 n’étant pas encore publiée.

« Nous souhaitions une architecture modulaire et évolutive pour aller vers l’UHD et le HDR. Avec l’IP, nous exploitons une grille virtuelle unique pour l’ensemble des installations de la Factory. Avec une capacité de 600 x 800 dès le démarrage, elle fonctionne de manière distribuée rendant l’ensemble des ressources accessibles depuis n’importe quel plateau ou régie de production. Nous avons alors découvert que la configuration d’une nouvelle émission ne demandait plus qu’une demi-journée de travail au lieu de deux ou trois en SDI. Avec la mise en place d’un orchestrateur broadcast, il devenait possible de passer d’un set-up d’une émission à une autre, le temps d’un écran publicitaire. »

Au cours des dernières années, les équipes techniques de Canal+ ont également exploré le travail en remote production à l’occasion du Festival de Cannes et des cérémonies de remise des Césars. Pierre Maillat détaille ses réflexions autour de ce concept : « Plutôt que d’avoir des schémas un peu simplistes, avec les caméras d’un côté, la régie de l’autre, nous avons tenté de mettre en place des configurations plus abouties avec, par exemple, pour le Festival de Cannes en 2019 un concept de production distribuée. Il y avait une répartition des postes et des équipes entre Boulogne et Cannes avec un fonctionnement assez fluide. » La période du Covid a également fait mûrir les réflexions en obligeant certaines équipes à travailler depuis leur domicile en mode distribué grâce à des outils basés sur le Web.

 

 

Basculer vers de nouvelles architectures

Pour les cabines de mixage audio, les équipements sont similaires à ceux de Canal Factory, organisés autour d’un mélangeur SSL série T. © Stephan Faudeux

 

Pierre Maillat détaille les trois axes qui ont guidé les choix de la direction technique pour le nouveau siège Canal One : « D’abord engager le basculement des infrastructures vers la vidéo sur IP et le ST2110. Comme beaucoup de projets similaires, nous sommes dans une architecture hybride SDI/IP car nous avons encore beaucoup d’équipements récents exclusivement SDI et nous n’allons pas les mettre au rebut dès maintenant. Le second point très important, c’est de migrer vers des infrastructures IT qui fonctionnent de plus en plus sur des équipements banalisés et accentuent le découplage entre les process et les opérations. Enfin, troisième objectif, offrir de l’agilité et de l’élasticité car notamment nos collègues de l’international vont bientôt nous rejoindre. Et donc, nous allons devoir produire du contenu à géométrie variable en fonction de l’évolution des droits, sportifs en particulier, et des spécificités des différents territoires. Il est donc important de disposer de nouveaux process qui puissent être agiles dans des workflows sans cesse innovants et plus nombreux. »

Le choix d’une architecture hybride exige la mise en place d’un grand nombre de processeurs IP <-> IP ou hybrides SDI <-> IP, dans le cas de Canal One des modèles Neuron d’EVS. Plus d’une centaine a été mise en place pour l’ensemble des sites. Elles servent d’abord aux conversions SDI <-> IP, mais grâce à leurs capacités de traitements internes plus d’un tiers sont exploitées exclusivement dans le domaine IP pour des process indispensables au fonctionnement du nodal, des régies de plateaux et à la diffusion.

 

Les régies vidéo des quatre studios sont équipées de mélangeurs GV de type Kahuna. © Stephan Faudeux

 

Une architecture distribuée

Le transport des signaux vidéo non compressés sur un réseau IP offre la faculté de dissocier les infrastructures techniques des postes opérationnels de production, comme l’a évoqué plus haut Pierre Maillat. Ainsi l’aménagement du nouveau siège Canal One a permis de redessiner toute l’architecture des infrastructures techniques de production et de diffusion.

De manière globale les activités opérationnelles du groupe sont réparties autour de trois grands sites, le nouveau siège Canal One, la Factory qui a été maintenue à Boulogne avec ses vastes plateaux pour accueillir des émissions en public et enfin l’entité Cast installée sur un espace sanctuarisé et en charge de la diffusion des programmes. Deux autres lieux de production complètent ces trois entités. D’un côté le Mediadôme géré par le prestataire Red Bee Media et qui assure la production et la diffusion des programmes internationaux, en particulier ceux destinés à l’Afrique et aux Caraïbes. Ses activités de production et de post-production seront prochainement rapatriées au siège à Canal One. Par ailleurs, plusieurs émissions de CNews sont coproduites avec Europe 1 et sont tournées dans le studio Bellemare de la radio, au siège du groupe Lagardère, dans les locaux de l’ancien siège de Canal, quai André Citroën. Celles-ci sont réalisées en remote production avec les caméras et la régie vidéo installées à Europe 1 et les équipements de traitement à Canal One.

Une partie des équipements sont regroupés dans des locaux spécialisés de type data center : les processus de post-production, le montage news, l’habillage et le processing de fichiers, le nodal et la diffusion ainsi que les librairies de programmes et d’archive patrimoniale. Canal+ a également déployé des équipements dans les data centers externes pour du stockage et des sauvegardes et fait appel à des services dans le cloud public en particulier pour gérer des liaisons de contribution.

 

Trois réseaux IP séparés

L’ensemble des systèmes de production, les serveurs et les équipements informatiques mis en œuvre sur le nouveau siège Canal One sont desservis par trois réseaux informatiques physiquement distincts.

Un premier réseau, dénommé IPFM (IP Fabric For Media, selon la terminologie Cisco) est réservé au transport temps réel des médias. Il fonctionne en mode multicast IGMP et transporte les signaux vidéo, audio, le sous-titrage et la référence horaire PTP indispensable à la synchronisation selon les divers chapitres de la norme SMPTE ST2110. Ce réseau est constitué, environ, d’une centaine d’équipements actifs (switchs, routeurs…) munis d’interfaces optiques en majorité à 100 Gb/s, certains équipements étant connectés à 25 ou 50 Gb/s. Certains sites externes sont desservis avec les liens à 400 Gb/s.

Un second réseau appelé SDDC (Software Defined Data Center) est réservé au transport des commandes métier pour la supervision, les ordres de télécommande et le monitoring des équipements de production avec des outils de type KVM sur IP. Ce réseau transporte également de l’audio sur IP selon le protocole Dante. En effet malgré la généralisation du transport audio en SMPTE ST2110-30 sur l’ensemble du site, il subsiste des îlots fonctionnant en Dante, ceinturés par du ST2110-30.

Un troisième réseau de type campus est affecté à la bureautique et à la communication générale sur lequel transitent la téléphonie, l’informatique de gestion, la télédistribution, les imprimantes ainsi que les accès Internet généraux.

Ces trois réseaux sont organisés selon une architecture en étoile autour de plusieurs cœurs de réseaux et d’outils netcenters qui gèrent les communications vers l’extérieur que ce soit de l’Ethernet, des réseaux IP ou des accès vers les services de cloud. Les sites de production externes à Canal One et les data centers sont reliés au siège via des liens à 400 Gb/s pour les principaux et à 100 Gb/s pour les entités moins importantes.

 

La chaîne Infosport dispose en permanence d’un plateau dédié avec un aménagement spécifique. © Stephan Faudeux

 

Installation de quatre nouveaux studios

Le nouveau bâtiment Canal One regroupe les activités de production et d’édition de plusieurs chaînes du groupe et donc avec des studios pour assurer les émissions de flux, en particulier pour l’actualité avec CNews et les plateaux associés aux retransmissions sportives. Le bâtiment destiné initialement à des activités tertiaires et au coworking est aménagé sur plusieurs niveaux avec une hauteur habituelle sous plafond de 2,80 m peu propice à la mise en place de plateaux TV. Sur le pourtour du bâtiment, était prévue l’installation de commerces aménagés sur deux niveaux. Ces espaces ont été mis à profit pour aménager en rez-de-chaussée quatre plateaux d’une centaine de mètres carrés chacun. Leur taille a aussi été limitée pour des raisons réglementaires car au-delà de cette jauge il est nécessaire de prévoir un système de désenfumage. Un cinquième plateau de taille plus réduite est aménagé dans les étages pour la chaîne Infosport.

Les activités de ces cinq plateaux sont orientées vers des émissions de continuité ou l’enregistrement de débats ou de talk-shows. Les émissions plus prestigieuses ou qui accueillent du public continuent à être enregistrées à la Factory à Boulogne qui dispose de quatre plateaux s’échelonnant de 140 à 1 000 m2. Comme le remarque Pierre Maillat, « le plus petit des plateaux de La Factory est plus grand que ceux de One ! ».

Les quatre plateaux principaux de Canal One sont équipés chacun de huit caméras télécommandées : cinq constituées d’un pied et d’une tête motorisée Shotoku associée à une caméra de type box munie d’un objectif de qualité (des têtes LDX C92 de Grass Valley avec des spécifications identiques à celles de la Factory) et trois caméras PTZ monobloc Panasonic. Cette répartition peut varier en fonction des particularités de certaines productions. Pierre Maillat détaille les raisons de ce choix : « Avec une caméra de type box, nous avons un large choix d’optiques et comme les plateaux sont équipés avec des murs à Led, nous pouvons les équiper de filtres anti-moiré et ajuster parfaitement les réglages pour obtenir une image sans défauts. »

Les plateaux affectés aux émissions sportives sont équipés de murs à Led sur trois faces avec des habillages graphiques créés avec les outils de Vizrt couplés à l’éclairage décoratif. Tous les plateaux sont équipés pour fonctionner en HD/HDR, l’hypothèse d’une production en 4K n’étant pas retenue pour l’instant selon Pierre Maillat : « Lorsque des feeds d’événements sportifs sont fournis en UHD comme certains matchs de la Ligue 1 ou du Top 14, nous passons les signaux en transparent dans le mélangeur de la régie. Nous pourrons tourner sur les plateaux en HD/HDR qui sera mélangé au natif pour fabriquer du coup un programme UHD/HDR. Pour l’instant, nous voyons plutôt une évolution du HD entrelacé vers le HD progressif avec du HDR pour le sport. Du coup, nous sommes en train d’essayer d’avancer vers le HDR. »

L’équipement des régies associées à ces plateaux est similaire dans leurs grandes lignes avec néanmoins des différences entre celles affectées aux news et celles réservées aux émissions de flux ou de sports. Les studios affectés aux actualités sont équipés en Dalet à la fois pour le playout et l’automation, alors que celles réservées aux sports sont pourvues d’outils Avid et de Mosart pour le contrôle et le pilotage.

Pour l’équipement audio des quatre régies de production de Canal One, les équipes techniques de Canal+ ont reconduit les choix effectués lors de l’équipement de la Factory, à savoir des consoles de mixage SSL série T avec un mode normal/secours. Elles sont intégrées dans un îlot en réseau audio Dante pour assurer des opérations de commutation, de distribution et de conversion à travers des processeurs Stagetec qui font office de conversion Dante <-> ST2110-30 et offrent un certain nombre de process. Les cabines de mixage audio associées aux régies vidéo sont équipées d’une écoute 5.1. Pour l’instant il n’est pas prévu d’écoute Atmos pour ces cabines car ce type de codage correspond plus aux besoins des productions réalisées à la Factory où il y a déjà des régies bientôt prêtes pour l’Atmos.

 

Les régies multifeed et d’habillage

L’une des 23 cabines commentateurs qui sont assignables selon les besoins aux régies de production, aux régies d’habillage et à la régie multifeed. © Stephan Faudeux

Les quatre studios de production sont conçus de manière classique pour assurer des plateaux en direct ou enregistrés avec des journalistes, des invités et des animateurs. Mais les infrastructures techniques de Canal One sont aussi imaginées comme une véritable plate-forme d’échanges entre les sources d’événements filmés en direct, principalement le sport et l’ensemble des chaînes diffusées par le groupe, aussi bien les programmes payants Canal+ distribués en métropole, que les chaînes gratuites (C8, CNews), mais aussi les multiples diffusions vers l’Afrique et les Caraïbes. Les directs retransmis vers ces chaînes exigent d’être déclinés dans des versions adaptées. Pour assurer ce travail de mise en forme, les responsables techniques du projet Canal One ont développé un concept de régie multifeed associée à trois régies d’habillage.

Pierre Maillat en détaille les caractéristiques : « Une régie d’habillage, c’est équivalent à une régie de production mais sans plateau. Elle est centrée sur la gestion d’un événement dont elle reçoit plusieurs feeds internationaux, essentiellement du sport. On y ajoute des commentaires et un habillage graphique spécifique. On peut également l’agrémenter avec un duplex à distance ou la diffusion d’un clip. La régie multifeed, c’est un peu la même chose mais en version allégée car elle traite de douze à seize feeds en parallèle avec une équipe restreinte, un cadre technique de réalisation, parfois assisté d’un opérateur son quand le traitement audio est plus complexe. Dans ce type d’architecture, des outils de rappel de configurations sont indispensables car il est hors de question de modifier les réglages dans le feu de l’action. Chacune d’elles est préparée en fonction de la production et est rappelée au moment de la mise à l’antenne. »

L’agilité et la modularité des régies d’habillage et multifeed reposent principalement sur deux composants : la plate-forme AMPP de Grass Valley pour le processing vidéo et la suite logicielle Artisto de On-Hertz pour le mixage audio, le tout échangeant des signaux avec le reste de l’installation par le truchement de l’orchestrateur Cerebrum. Chacune des vingt-trois cabines de commentateurs est assignable via le réseau à n’importe quelle régie d’habillage ou de production et à l’un des programmes traités par la régie multifeed.

 

Le centre nodal intégralement en ST2110

Vue partielle du centre nodal par lequel transitent tous les signaux arrivant ou partant du siège de Canal One. © Stephan Faudeux

 

Le centre nodal est au cœur des échanges entre, d’un côté, les équipements de production installés à Canal One et, de l’autre, toutes les entités externes avec les arrivées et les départs de signaux. Devant un imposant mur d’images, quatre postes d’exploitant associés à un poste de supervision établissent et contrôlent les liaisons mises en place vers l’extérieur. Toute l’infrastructure du nodal fonctionne en ST2110 avec une multitude de passerelles tant la diversité des signaux traités est importante. Le passage vers le tout IP s’est déroulé en deux temps : d’abord avec le déménagement de CNews depuis le bâtiment Arcs de Seine vers le bâtiment Lumière avec la conversion du centre nodal qui lui était associé. Après cette première phase réussie, le centre nodal a été étendu en vidéo sur IP à l’ensemble des activités de production lors de sa mise en place à Canal One.

Le centre nodal gère plusieurs dizaines de liaisons vers les autres centres nodaux du groupe. Comme le téléport installé sur le bâtiment Lumière n’a pas pu être transféré sur les toits du siège à Issy-les-Moulineaux, Canal+ reçoit beaucoup de signaux extérieurs par l’intermédiaire d’Ad Valem Technologies (filiale du groupe TDF spécialisée dans l’établissement des liaisons événementielles). Ces signaux sont reçus soit en HD ou en UHD codés directement en SMPTE ST2110. Le nodal de Canal One est également relié à Globecast et reçoit les signaux sous la forme de flux TS (Transport Stream). Il est également raccordé à l’UER (EBU) pour des réceptions nocturnes par satellite (signaux codés en ASI et convertis en TS à leur arrivée) ainsi qu’à leur réseau par fibres optiques Fine qui fonctionne en mode IP multicast managé, via le POP (Point Of Presence) d’Amsterdam. Cette liaison sert entre autres à la réception des images liées à la Ligue des Champions. Le groupe Canal+ utilise aussi les services d’un quatrième opérateur Tata Communications pour recevoir les images des activités de Nibra Sports.

Pierre Maillat constate la très grande diversité des types de signaux utilisés pour les liaisons de contribution : « Nous sommes en train de discuter à propos de migrations en TS pour la Moto GP, la Formule 1 et le WRC (Championnat du Monde des Rallyes). Et puis à côté de ça, nous voyons arriver des flux alternatifs comme le SRT, soit pour des flux additionnels comme en Première Ligue, ou pour le WRC. Le ST2110 reste au cœur de l’infrastructure pour avoir demain une complémentarité entre la partie ST2110 qui est du non compressé et les autres codages en compressé, et des passerelles entre eux, et ainsi obtenir une continuité entre le non compressé et le compressé. »

Les départs du nodal contribuent vers toutes les régies de Canal One, vers l’ingest et vers le Médiadôme pour l’international (trente-deux canaux). Actuellement le système d’ingest est dimensionné pour soixante-quatre canaux entrants mais prochainement sa capacité passera à quatre-vingts canaux quand la production des chaînes internationales sera rapatriée à Canal One. Les fonctions d’ingest sont gérées et contrôlées depuis un poste de travail et un mur d’écrans dédiés installé dans la continuité du nodal.

 

© Stephan Faudeux

 

Trois orchestrateurs Cerebrum d’EVS

Vu la complexité des infrastructures et la multiplication des configurations d’exploitation, l’orchestrateur broadcast est devenu l’un des éléments clefs de l’architecture technique tant pour la production que la diffusion des programmes TV. Dans le cadre du regroupement des activités de production à Canal One et de la mise en place des nouvelles infrastructures techniques, les équipes techniques de Canal+ ont déployé trois nouveaux orchestrateurs broadcast. Ils ont choisi le système Cerebrum conçu par Axon et intégré au catalogue d’EVS. Un quatrième orchestrateur est utilisé à la Factory. Lors de la mise en place des équipements en 2016 sur ce site, c’est un système VSM de Lawo qui avait été choisi et qui demeure en exploitation.

Le premier orchestrateur, mis en place à Canal One en collaboration avec Red Bee, pilote l’ensemble des équipements de production mis en place sur les quatre plateaux et les régies qui leur sont associées, ainsi que la régie multifeed et les trois régies d’habillage. Mais leur périmètre d’action ne se limite pas là car ils englobent l’interconnexion des vingt-trois cabines de commentateurs vers les régies de production la régie multifeed et les trois régies d’habillage. Cet orchestrateur gère aussi l’affectation des canaux des serveurs XT-VIA regroupés dans un pool commun. Pierre Maillat confie que « lorsque l’on parle d’EVS, on pense tout de suite serveurs et nombre de canaux. Pour ce projet nous avons bien sûr acquis de nouvelles machines mais nous avons passé beaucoup plus de temps à discuter avec eux de la partie Cerebrum et de ce que cette solution apporte au niveau d’une architecture distribuée en particulier en termes de scalabilité. C’est vraiment un élément clé pour nous car il nous permet d’envisager dès maintenant les futures évolutions de notre infrastructure. »

Le second orchestrateur Cerebrum est destiné à l’exploitation du nodal et des fonctions d’ingest associées. Les signaux traités par le nodal sont codés dans une multitude de formats, en HD, en UHD avec ou sans HDR et une grande palette de codecs de compression. Mais de l’aveu de Pierre Maillat, « pour les formats vidéo en ST2110, cela reste encore assez simple, mais pour l’audio cela devient beaucoup plus complexe. Chaque flux vidéo est associé à huit ou seize flux audio distincts. Dès que nous souhaitons effectuer une opération de processing comme un routage, l’ajout d’un délai ou l’insertion d’un élément, il faut s’abonner au stream audio concerné, réaliser les opérations de traitement et générer un nouveau stream. Pour les traitements audio, nous nous appuyons sur les outils de Stagetec. Cela reste quand même d’une grande complexité d’approche que nous avons pu améliorer avec Cerebrum. Par ailleurs, nous avons développé une notion intéressante, celle d’événement ou “event”. C’est une espèce de panier dans lequel on regroupe tous les éléments d’une contribution pour un show ou une émission. Au lieu de repérer les sources avec leur origine technique ou géographique, Globecast243 ou AdValem105, tous les éléments, éventuellement processés et liés à un événement, sont regroupés ensemble et repérés avec leur nom de manière explicite, par exemple pour un match de la Ligue 1, Marseille/PSG et affichés de cette manière sur les écrans. Cela offre une présentation plus simple aux exploitants et demain les équipes de production pourront aller chercher directement les éléments qu’ils souhaitent car ils seront classés logiquement. »

Pour la diffusion, l’utilisation du troisième Cerebrum est centrée sur l’aiguillage et la commutation des signaux ST2110 dans une interface simplifiée qui regroupe toutes les commandes pour des opérations manuelles.

 

Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #52, pp. 84-90