Spécialisée dans la recherche d’images additionnelles (notamment d’archives) et la gestion des droits, cette société fondée en 1992 s’est imposée comme un acteur clé – mais discret – de l’industrie française. Forte d’une longue liste de productions prestigieuses, cette société et ses équipes incarnent trente ans d’une adaptation portée par l’évolution continue de l’écosystème audiovisuel.
Un métier et des équipes pluridisciplinaires
Avec ses équipes composées de recherchistes chevronnés et d’experts juridiques, Le Chaînon Manquant met son savoir-faire au service de films, séries, documentaires ou publicités, en retrouvant les images justes et en sécurisant leur exploitation…

« Notre métier, celui de recherchiste audiovisuel, est en quelque sorte l’opposé de celui d’un archiviste. Nous ne possédons aucune image en propre : notre travail consiste à les trouver pour nos clients, afin qu’ils puissent les intégrer à leurs productions… En résumé, nous agissons un peu comme des agents immobiliers, mais pour les images additionnelles », explique Yannis Dubois-Paquelier, recherchiste depuis treize ans, dont douze passés chez Le Chaînon Manquant.
Au-delà de la recherche en elle-même, l’une des missions essentielles du Chaînon Manquant est de garantir les droits d’utilisation des images afin qu’elles puissent être exploitées en toute légalité dans les productions : c’est ce que l’on appelle le « sourcing », la « clearance » et le « licensing », trois étapes qui nécessitent une expertise pointue à la fois en audiovisuel et en droit.
Ses missions s’appuient donc sur deux équipes distinctes : un pôle de recherchistes composé de cinq personnes, et un pôle juridique formé de trois juristes. Malgré sa longévité, Le Chaînon Manquant reste une structure à l’échelle humaine, fidèle à ses valeurs fondatrices.
« À sa création, Le Chaînon Manquant ne comptait que le pôle de recherche, d’abord orienté vers le documentaire et la fiction, puis l’activité s’est élargie progressivement à la publicité, aux films institutionnels et aux productions corporate », raconte Yannis Dubois-Paquelier. « Avec le temps, nous avons rapidement constaté un besoin croissant en gestion et obtention de droits dans tous ces domaines. Des juristes extérieurs ont commencé à intervenir selon les projets, mais il nous est vite apparu plus judicieux d’internaliser cette compétence : c’est ainsi qu’est né notre pôle juridique. »
Des actions et services variés
L’expertise du Chaînon Manquant incarne un savoir-faire de niche dans l’univers de l’audiovisuel. Pour faire connaître et reconnaître ce métier essentiel, ses équipes multiplient les actions de sensibilisation. En plus de proposer et d’animer de nombreuses formations et masterclass dans des écoles comme le CEFPF ou la CineFabrique, les membres du Chaînon Manquant interviennent également en entreprise pour sensibiliser les équipes commerciales et les chefs de projet aux enjeux liés à la recherche d’images et à la gestion des droits.

Camille Carlier, recherchiste et coordinatrice de développement au sein de la société, souligne le double enjeu de ces actions : « Nous nous adressons aussi aux producteurs pour qu’ils puissent aborder plus sereinement les différentes étapes de production. Ces interventions ont ainsi pour but de repositionner et valoriser notre rôle dans la chaîne de production car notre contribution est encore trop souvent sous-estimée. »
Et lorsqu’un besoin en images très spécifique se présente, Le Chaînon Manquant peut compter sur un réseau fiable d’indépendants, comme le souligne Camille Carlier : « Nous collaborons avec de nombreux réalisateurs, vidéastes et photographes indépendants qui peuvent nous prêter main-forte selon les cas. Si un client recherche un plan très particulier, ces derniers peuvent soit rechercher dans leurs archives personnelles pour trouver des images adaptées, soit proposer une captation sur mesure sur devis. Enfin, si aucune autre solution ne fonctionne, nous avons également la possibilité de recourir à l’intelligence artificielle pour générer les images nécessaires. »
Un secteur qui nécessite une adaptation permanente
Au cours des trente dernières années, Le Chaînon Manquant a su s’adapter aux nombreuses avancées et ruptures technologiques du secteur. La généralisation d’Internet et la numérisation des archives ont bouleversé les métiers de la recherche d’images, tout en créant un besoin impératif de sécurisation juridique de ce domaine… « La multiplication astronomique des images et leur accès massif sur des sites comme Google Images ou YouTube ont entraîné de très nombreuses dérives de la part de non-professionnels. Beaucoup de personnes se sont mises à utiliser des images protégées sans respect du droit d’auteur. Il est donc devenu indispensable de réguler ce domaine, ce qui nous a conduit à créer notre propre pôle juridique… », détaille Yannis Dubois-Paquelier.

Plus récemment, c’est l’essor de l’intelligence artificielle qui est venu bouleverser de nouveau le paysage, comme le souligne Camille Carlier : « Dans la communauté des recherchistes, une inquiétude est née autour de la génération d’images historiques falsifiées. Plusieurs initiatives ont déjà vu le jour au sein d’associations professionnelles, notamment la rédaction de chartes de bonne conduite, signées par une grande majorité des acteurs du secteur, afin de promouvoir un usage responsable de la technologie. Nous avons rédigé la nôtre à l’impulsion de l’Archival Producers Alliance, une association américaine. »
Les équipes du Chaînon Manquant ne se revendiquent pas comme technophobes mais elles ont conscience que leur métier est en pleine mutation, et qu’il leur faut s’emparer de ces nouveaux outils pour continuer à avancer sereinement. « Personnellement, j’ai l’impression d’être sur le quai d’une gare avec plusieurs trains prêts à partir, et même si je ne sais pas encore lequel prendre, je sais que je dois monter dans l’un d’eux, car le vrai danger serait de rester sur le quai et de ne monter dans aucun ! », envisage Yannis Dubois-Paquelier face à cette période de transition…
Des collaborations d’exception et de grands rendez-vous

En trente ans, Le Chaînon Manquant a contribué à des projets d’envergure d’une grande diversité. Récemment, ses experts ont travaillé sur la série Netflix De rockstar à tueur : le cas Cantat, le long-métrage 100 millions ! sorti en mars 2025, et l’exposition « Chiens et Chats » à la Cité des Sciences et de l’Industrie (jusqu’au 28 juin 2026).
« Nous intervenons principalement sur des longs-métrages, des documentaires et des publicités, les projets corporate se multiplient. Il nous arrive également de répondre à des besoins nouveaux dans le jeu vidéo. Nous avons encore peu travaillé sur ce format, mais c’est un domaine qui observe en ce moment une demande croissante », précise Camille Carlier.
Côté événements, les équipes du Chaînon Manquant seront présentes à plusieurs rendez-vous majeurs de l’industrie qui se dérouleront prochainement, comme le Sunny Side of the Doc, du 23 au 26 juin, ou encore la Journée des Labels de la Maison du Film, le 24 juin. Une présence assidue qui témoigne en définitive d’un engagement continu envers l’industrie audiovisuelle.
QUELQUES PROJETS PHARES DU CHAÎNON MANQUANT
- Fictions : OSS 117, Boîte noire, Les Tuche (recherche d’images et clearance de droits)
- Documentaire : Chambre 2 806 : l’affaire DSK (Netflix, 2020)
- Expositions : « Monnaie de Paris » (2017), « Effets Spéciaux » à la Cité des Sciences (2017)
- Publicité : BNP Paribas (première négociation de droits à l’image de personnalités en 1995) 2022.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest # 62, p.85 – 87
