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Sabrina Bernard (maquilleuse) et Estelle Bault (scripte) travaillant chacune sur leur CineKlee (CineKleeHMC et CineKleeScripte) sur « Les Bracelets Rouges » S2 et S3. © CineKlee

CineKlee, des outils pour la préparation des œuvres de cinéma

 

Avec la modernisation des productions, il nous a semblé intéressant d’échanger avec une société française spécialisée dans les outils de préparation des productions audiovisuelles. Nous pensions faire la connaissance d’un chef d’entreprise à la tête d’une équipe de développeurs, nous avons rencontré un parcours atypique issu d’une passion chevillée au corps pour le théâtre et le cinéma.

 

Quel parcours t’a amenée à créer la société CineKlee et ses différents outils ?

Odile Levasseur : J’ai toujours été attirée par le théâtre et, à quatorze ans, un metteur en scène, Chafik Shimi, m’a repérée. Professeur à l’université Paris VIII et lauréat du Conservatoire supérieur d’art dramatique de Paris, il était, avec André Veinstein, un des deux seuls docteurs ès théâtre. Le sujet de sa thèse couvre tout ce qui fait la réalisation concrète d’une œuvre théâtrale : mise en scène, scénographie, histoire du costume. Il a été mon mentor et m’a appris les techniques théâtrales. J’ai fréquenté le conservatoire du XXe arrondissement pour préparer le concours du Conservatoire supérieur. Quand j’y suis rentrée, j’ai trouvé les cours très impersonnels et peu concrets. Il n’y avait aucune formation aux techniques de respiration, au jeu d’acteur, au travail avec les accessoires, ni au chant. J’aurais apprécié suivre les cours d’une école dans le style anglais, mais je ne la trouvais pas en France. À dix-huit ans, après l’obtention de mon Bac S, j’ai suivi mon mentor qui avait décidé après trente ans d’exil politique de rentrer au Maroc pour remonter sa troupe brechtienne des années 70.

 

Tu avais uniquement ton bac en poche et tu as commencé à travailler au théâtre ?

Mon mentor m’a conseillé d’intégrer une des meilleures écoles de gestion d’Afrique, une école publique marocaine jumelée avec l’ESSEC. Nous connaissions le manque d’infrastructures au Maroc. Les théâtres étaient à l’abandon à cause d’une politique volontaire d’annihilation de l’espace culturel. Je me suis spécialisée dans les systèmes d’information des chaînes de télévision. Nous avons eu des commandes de pièces télévisées financées par les budgets annuels dédiés à la culture. Nous avons fait du Bertolt Brecht et du Tchekhov. Malgré les moyens disponibles, personne n’arrivait à gérer l’organisation nécessaire pour monter de plus gros projets comme les séries feuilletonnantes. Notre metteur en scène écrivait facilement de nombreuses pages d’adaptation, et en tant qu’assistante réalisateur, j’optimisais les outils de gestion appris à l’école pour organiser et classifier les castings, les plans de travail et le dépouillement des séquences. J’ai alors développé mon propre logiciel dit « In-House » à partir des années 2000 jusqu’en 2013, spécialement conçu pour nos coproductions exécutives.

 

Sur quelle base technique as-tu développé ce premier outil ?

La première version développée avec ACCESS n’arrêtait pas de bugger. Six semaines avant la fin d’un tournage en 2007, de nombreux virus ont bloqué le logiciel en pleine réalisation d’une imposante production de 30 x 52 minutes : Les Frères Karamazov de Dostoïevski. C’est à ce moment que j’ai décidé de passer à Filemaker sur Mac. J’ai éprouvé cet outil sur de gros projets depuis Les Frères Karamazov jusqu’à la transposition des Misérables de Victor Hugo (60 x 52 minutes) durant la période du protectorat avec plus de 3 000 comédiens, des milliers de figurants et un petit budget de 2,4 millions d’euros. Avec 70 % de décors en extérieur, nous avions des besoins importants en matériel, en préparation, en coaching et en costume.

 

As-tu créé CineKlee à ce moment-là ?

Nous avions dénoncé un général de l’armée qui soudoyait les chaînes de télévision pour détourner les budgets alloués aux projets culturels. Je suis rentrée en France en 2013 un peu bredouille et sans carnet d’adresses. Des amis me disant que mon logiciel était génial, je me suis approchée des associations professionnelles pour connaître les solutions existantes. En France, « l’industrialisation de la télévision » ne s’était pas faite en fiction, il n’existait pas de productions de 60 x 52 minutes. Notre outil, même s’il ne faisait pas tout, nous permettait de programmer de nombreuses minutes quotidiennes. Alors que les temps de préparation se réduisaient inexorablement, les sociétés de production n’étaient pas prêtes pour cette transition. Dix ans plus tard, les productions de fictions sont confrontées à des conditions que j’ai vécues au Maroc il y a vingt ans. La préparation et les repérages permettent d’absorber les problèmes sur le plateau et d’optimiser les temps et les espaces.

 

Page d’accueil CineKlee avec son menu reprenant la méthodologie des scriptes de fiction. © CineKlee

 

Est-ce que CineKlee reste aujourd’hui développé avec Filemaker ?

Arrivée en France je n’étais pas sûre d’avoir toutes les connaissances pour gérer un gros projet. Je me suis fait accompagner par deux développeurs FileMaker dont l’un avait été le développeur des outils de gestion du « Cirque du soleil » et le second, Nadia, ingénieure informatique d’État. J’ai reconstruit le logiciel selon des normes de relationnel et de données dynamiques, de manière à ce qu’il soit le plus flexible possible et que toute modification soit directement répercutée dans l’ensemble des documents sans perte d’informations. Pour les séries, notre solution permet de décliner à partir de la séquence tous les rapports de production des différents épisodes avec les variantes multi-équipes et multisessions.

 

Votre outil initial incluait toutes les étapes d’une production. Pourquoi avez-vous ciblé les publics de CineKlee ?

Mon logiciel disposait de toute l’arborescence et de l’analyse relationnelle des données d’un métier audiovisuel. C’était déjà un ERP qui permettait à tous les corps de métier de trouver l’information qu’ils voulaient. Un accessoiriste pouvait obtenir les plans de travail et les raccords associés à ses accessoires. Il lui manquait la flexibilité nécessaire pour gérer des changements réguliers de scénarios. J’avais été scripte sur Les Frères Karamazov et sur Les Misérables, mais mon logiciel n’avait servi que pour un réalisateur. Il me semblait important de consulter les professionnels pour connaître leurs méthodologies de travail.

 

Pourquoi avez-vous débuté le développement par un outil dédié aux scriptes ?

Il existe des logiciels dédiés aux assistants réalisateurs, mais contrairement aux scriptes, ces derniers ne supervisent pas la cohérence du film, ne suivent pas l’évolution d’une continuité et la logique artistique d’un film. Pour les costumiers et les autres métiers du plateau, sans disposer des jours de continuité et sans connaître la chronologie de l’histoire, ces logiciels ne permettent pas les dépouillements. C’est pour cela qu’il fallait débuter le développement par la version dédiée aux scriptes qui supervisent les raccords et la cohérence de l’ensemble du film afin de pouvoir décliner la structure à partir d’une bonne matrice. Ma première démarche a été de comprendre le vocabulaire des scriptes, dont on connaît la rigueur du travail.

 

Interface continuité de CineKleeServer. © CineKlee

 

En débutant par les scriptes, cela facilite donc l’adaptation de l’outil pour les autres métiers…

Notre logiciel permet d’observer les évolutions artistiques du scénario et de connaître leurs impacts sur les rôles et les accessoires. Pour l’adapter aux autres métiers, il suffisait de continuer à développer en extension les interfaces permettant la création de costumes et fiches de mesures pour les HMC, ou des modèles de listes et de fiches de décors pour le département déco, tout en gardant la structure affinée des temporalités de la fiction (jours et horaires de l’histoire). Aucun logiciel en dehors de CineKlee ne permet de suivre une organisation par jour et par horaire plutôt que par plan de travail. Un accessoiriste peut utiliser le logiciel OutlookMovie pour préparer son dépouillement, mais l’évolution des accessoires n’y est pas renseignée, pour connaître par exemple les différentes patines d’un carnet de voyage au cours du film et savoir combien de modèles acheter.

 

As-tu observé les autres outils du marché ?

Les logiciels Movie Magic Budgeting et MovieDATA utilisés par les assistants réalisateurs sont limités à du dépouillement factuel de listings non croisés avec la chronologie de l’histoire. Il est impossible d’y préparer quotidiennement de longues durées de projets. ScriptE et Script Evolution sont des outils de plateau mais pas de préparation. Ils ne permettent pas de faire des continuités, soit 90 % du travail des scriptes. ScriptE permet d’importer un scénario s’il est correctement formaté. C’est un outil « à l’américaine » qui a été traduit en français par deux scriptes, avec le vocabulaire réellement utilisé en France. L’interface en noir et blanc est peu agréable à utiliser et ne permet pas une vision claire en préparation, mais ce logiciel a pour avantage de permettre le lignage. Lequel consiste à indiquer via une ligne verticale dessinée sur le scénario les répliques couvertes par les différentes prises. Nous nous sommes rendu compte qu’avec l’iPad de nombreuses scriptes préparent leurs lignages sur GoodNote ou PDFExpert, nous avons donc préféré investir dans le développement des fonctions de préparation du tournage et de rapport montage. Lors de nos formations, nous recueillons les besoins de nos clients et développons uniquement les fonctions qui leur sont nécessaires. Nous envisageons des passerelles vers d’autres logiciels de gestion de fictions Movie Date, Movie Magic et Setkeeper. Nous pouvons actuellement exporter des datas en ALE, CSV et des API en Json ont été créées sur notre CineKleeServer pour permettre de la récupération de données si besoin.

 

Interface « Fiche Clap » de CineKleeServer permettant la préparation du plateau avec les informations de préparation et de continuité et le classement de photos raccords. © CineKlee

 

Peux-tu nous décrire l’offre actuelle de CineKlee ?

Nous ne souhaitons pas proposer une solution complète unique mais des solutions adaptées à chaque métier. Aujourd’hui trois outils sont dédiés respectivement aux marchés des scriptes, du HMC et de la décoration. Une version serveur complète notre offre. Nous avons créé la société CineKlee en 2016 et sorti notre premier outil homologué par l’association professionnelle LSA : Les Scriptes Associés en 2017. Pendant l’année 2018, CineKlee a été décliné en version HMC pour les habilleurs, maquilleurs, coiffeurs et professionnels des effets spéciaux qui y font leur propre dépouillement. En 2019, nous sommes devenus organisme de formation et avons signé un partenariat avec l’AFCCA (Association Française des Costumiers du Cinéma et de l’Audiovisuel). La certification Qualiopi nous permet de proposer des formations prises en charge par l’AFDAS ou Pôle Emploi. En septembre 2021, nous avons lancé GestionKlee, un outil utilisé actuellement à la CST pour organiser leurs formations sur l’écoproduction et contre le harcèlement sexuel. En juin 2022, CineKleeDeco voit le jour après deux ans de développement à la demande de régies d’extérieur, d’accessoiristes et chefs déco.

 

À quoi correspond votre outil CineKlee serveur ?

Le CNC a financé la migration de CineKlee en mode serveur SAAS pour que nous puissions répondre au cahier des charges de séries quotidiennes telles qu’Un si grand soleil. Cette déclinaison supporte le travail multi-équipe et multisession et permet la création du rapport montage. Nous avons conservé un mode hybride pour pouvoir exploiter la solution connectée ou en local. Nous avons commencé par le portage de l’outil « historique » dédié aux scriptes et débuté le développement des interfaces pour HMC.

 

Comment est constituée votre équipe ?

J’ai créé CineKlee seule en 2016, et j’ai confié à Nadia qui m’a rejoint en 2020 la migration en mode serveur. Notre équipe évolue rapidement et est actuellement structurée autour de neuf permanents. Nous travaillons également avec des consultants sur la recherche et le développement. Nous avons obtenu une subvention du CNC pour analyser l’éventuelle intégration d’outils d’aide à la prise de décisions écoresponsables dans CineKleeDeco à partir des résultats d’une enquête sociologique et de nos recherches sur l’intelligence artificielle et la « business intelligence ». Aujourd’hui 150 utilisateurs exploitent la version CineKlee scriptes, 175 la version HMC et 8 la version déco. Ces personnes ont suivi une de nos formations prises en charge par l’AFDAS. Nous offrons une licence de trois mois du logiciel à l’issu de chaque formation et avons développé sur notre site Internet plus de 50 tutos gratuits par outil.

 

Combien de temps durent vos formations ?

Nous proposons des formations à distance ou en présentiel de 39 heures sur 7 jours pour les niveaux 1 et 2, complétées par des formules plus courtes de 21 heures. Le niveau 1 permet d’appréhender le logiciel pour faire toute sa préparation en amont du tournage et le niveau 2 est accessible après avoir fait une fiction avec CineKlee. Dans cette formation, nous accompagnons les utilisateurs sur une préparation d’un véritable tournage. Nous proposons tout notre contenu de formation en MOOC sur la plate-forme 360Learning, avec ou sans tutorat. Nous mettons à disposition des apprenants un cahier de 400 pages incluant le déroulé de toute l’histoire, depuis la préparation jusqu’au tournage, avec des exercices et des simulations. Le niveau 3 est conçu à partir de quizz pour vérifier les savoir-faire et les méthodologies. Des formations express de trois jours sont proposées aux assistantes scriptes pour entretenir la base de données sur les plateaux, classer les photos de raccord et éditer les rapports de production.

 

Y a-t-il un développement spécifique de votre logiciel pour l’iPad ?

Nous avons préparé des interfaces spécifiques et verrouillé certaines fonctionnalités pour que les utilisateurs n’effacent pas les données par inadvertance. C’est le même outil paramétré pour une utilisation sur ordinateur ou en version responsive sur iPad et iPhone.

 

Tournage des « Misérables » de Victor Hugo – 60 x 52 min – Midelt Bouznika – 2013. © CineKlee

Avez-vous adapté vos méthodologies pédagogiques à un public plus ancien ?

En formation, il y a les cerveaux plutôt didactiques et rationnels à qui il faut tout expliquer avant qu’ils acceptent de cliquer et les cerveaux en constellation plutôt artistiques, qui par intuition ont besoin de toucher et tester pour trouver les bons chemins vers leurs solutions. À l’instar des premiers niveaux du célèbre jeu Candy Crush, notre parcours de formation commence par des concepts très simples. L’interface du logiciel a été optimisée pour qu’un utilisateur retrouvant l’outil après six mois puisse reprendre facilement son utilisation en connaissant les six principaux boutons. Nous avons également voulu proposer des formations qui permettent d’accompagner les gens, quel que soit leur niveau. Une fracture numérique sépare quatre générations de scriptes, c’est pourquoi nous avons attaché une importance toute particulière à l’ergonomie de nos logiciels qui permettent aux plus expérimentées des scriptes de retrouver leurs repères habituels. Avec des temps de préparation réduits et des modifications incessantes de scénarios et de plans de travail, les scriptes qui travaillent avec un stylo et des feuilles de papier peuvent tenir le coup, mais elles vont moins dormir qu’avant. Nous sommes entrés dans une ère industrielle, il faut disposer de moyens adaptés.

 

Comment préparez-vous les futures scriptes dans les écoles ?

Il est important que les scriptes soient préparées aux différents outils qu’elles seront amenées à utiliser tels que Scripte Evolution et ScriptE. N’étant pas scripte professionnelle, je ne forme pas les futures scriptes mais les professionnalise de façon à ce que, quand elles interviennent dans des écoles, elles maîtrisent le fonctionnement du logiciel. Virginie Cheval, qui est une utilisatrice de CineKlee et formatrice, choisit ce qu’elle montre de CineKlee selon ce qui lui semble primordial dans son exploitation professionnelle. Je n’interviens exceptionnellement qu’à la Fémis tous les deux ans où une formation de 35 heures sur CineKlee est programmée pour chaque nouvelle promotion de scripte en seconde année d’étude ; je ne traite que de l’utilisation de l’outil informatique.

 

Formation décembre 2023 à la CST de scriptes © CineKlee

Quels sont les tarifs de vos outils ?

Les tarifs de nos logiciels sont inférieurs à ceux de la concurrence et 71 % de notre chiffre d’affaires est réalisé avec la formation. C’est un cercle vertueux. Nous avons développé notre politique de prix en sachant que les intermittents n’ont pas le budget nécessaire pour investir dans un abonnement annuel. La licence standard de l’outil dédiée aux scriptes est facturée 27 euros par semaine et la version serveur 30 euros. Cela permet à des professionnelles ne disposant pas des moyens suffisants en début de tournage d’effectuer un préminutage ou un début de préparation durant une semaine. Si leur contrat est signé avec la production, une licence d’un mois permet de créer la continuité, les dépouillements par rôles et le plan de travail, puis de suivre le travail de plateau. Pour un travail plus long, la licence trimestrielle est moins onéreuse (84 euros). Les scriptes qui travaillent très régulièrement (une cinquantaine en France) investissent dans un abonnement annuel. Les versions serveur sont prises en charge par la production, parce que ce sont des solutions multi-équipes qui peuvent être utilisées par deux scriptes, leurs assistantes ainsi que d’autres utilisateurs qui vont travailler simultanément sur le même fichier. Cela correspond à des configurations de grosses séries ou de quotidiennes avec plusieurs plateaux. Nous avons développé la version serveur pour apporter une plus grande réactivité en évitant de longues et fastidieuses phases d’échanges de données. En tournage, plusieurs équipes peuvent accéder aux fichiers synchronisés à la seconde.

 

Comment gérez-vous les sauvegardes du travail des scriptes avec votre outil ?

Sur les versions locales, les sauvegardes de fichiers (backups) sont manuelles. En glissant les photos de tournage dans CineKlee, le logiciel va compresser les photos de manière à conserver une très bonne qualité, tout en réduisant leurs tailles de 3 Mo à 500 Ko ; cela représente une quantité de données importantes pour les milliers de photos d’un tournage. Nous avons travaillé avec Louison Pochat, une scripte appartenant à l’association des scriptes associées. Elle a réalisé une batterie de tests pour choisir la meilleure résolution afin que les fichiers des scriptes ne dépassent pas 2,4 Go, la limite des fichiers Dropbox gratuits bénéficiant du suivi de fichiers. Avec la version serveur, nous introduisons les sauvegardes automatiques paramétrables. En formation, je précise pour les sauvegardes, que les utilisateurs peuvent utiliser des clés USB branchées sur leurs iPad. Cela ne sert à rien de tenter de vendre des solutions réseaux systématiquement alors que tous les tournages ne sont pas forcément en réseau.

 

Quelles sont vos réflexions pour intégrer l’intelligence artificielle dans votre outil ?

Le CNC impose depuis mars 2023 des bilans carbone en amont et en aval des tournages. Les chefs de postes devront répondre à de nouvelles questions : « Devrais-je acheter un accessoire ou le fabriquer ? », « Chez quel fournisseur ? ». Nous venons d’intégrer l’API des outils Google et avons préparé une page spéciale fournisseur liée à Google Maps pour croiser les lieux de tournage et leurs adresses. Lorsque dix malles sont prévues sur un tournage, les fournisseurs seront organisés en fonction des distances de livraison. Des bases de données de fournisseurs écoresponsables sont en cours de préparation et de labellisation avec les collectifs et les associations de décorateurs. Nous allons intégrer des fonctionnalités de deep learning à CineKlee de manière à ce que chaque chef déco ou chef artistique optimise son carnet d’adresses, sans devoir partager ses précieux renseignements sur Internet. Nous souhaitons donner des moyens de prise de décision écoresponsables. Ils pourront renseigner certaines informations pour préparer des devis compatibles avec le Carbon’Clap et exporter ces données en CSV ou en XML pour les producteurs et le CNC.

 

Quelle est l’origine du nom CineKlee ?

Le nom est un hommage à Paul Klee, un artiste militant qui a refusé pendant la période nazie ce qu’on lui imposait d’enseigner dans son école des beaux-arts du centre de Berlin. Il s’est expatrié en Suisse et a beaucoup voyagé en Afrique du Nord où il a accumulé énormément de patchwork de couleurs. Je tenais à lui rendre hommage parce qu’il avait ce rapport à l’image, à l’écriture, à l’histoire et aux cultures très prégnantes dans ma propre histoire. Sur le logo de CineKlee, le carré noir est représentatif des techniciens du cinéma. On y retrouve également les trois couleurs primaires ainsi que la partie blanche représentative d’une toile de cinéma.

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #53, p. 16-20

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