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Dhaval Ponda, responsable mondial du secteur des médias et du divertissement chez Tata Communications qui s'est aussi fait un nom dans le sport en étant notamment prestataire sur la Formule 1. © Tata Communications

Le cloud vu à travers le prisme du sport selon Tata

 

Conglomérat de 160 sociétés aux activités multisectorielles occupant un million de personnes dans le monde, Tata Group est devenu, via sa filiale Tata Communications (14 000 collaborateurs), un puissant acteur dans le cloud. Rencontre.

 

Mediakwest : Par rapport à votre offre traditionnelle, quels services à valeur ajoutée le cloud vous permet-il d’activer, tant en matière de production que de distribution ?

Dhaval Ponda : Dans ces deux domaines, le cloud permet un déploiement efficace et agile. En ce qui concerne le second, traditionnellement, nous avions toujours un point d’agrégation physique dans chaque région (New York, Londres, Paris, Singapour), où le contenu était agrégé puis distribué vers sa destination finale. Cela est inefficace, utilise plus de ressources et dépend de l’usure physique à un endroit particulier. Les workflows basés sur le cloud signifient que le commutateur est dans le cloud, ce qui est efficace en termes de distribution, utilise moins de ressources et optimise le résultat souhaité. De même pour la production, les workflows cloud rendent possible l’ajout de services à valeur ajoutée, tels que des commentaires à distance, l’édition de clips automatisés, des flux personnalisés pour chaque foyer, etc. Tata Communications a donc investi dans un cloud et un cloud edge vidéo à l’échelle mondiale qui prennent en charge des services à valeur ajoutée pour les fédérations sportives mondiales, les diffuseurs et les conglomérats médiatiques.

 

En sport, la notion de temps réel est cruciale. À cet égard, la réduction, sinon l’élimination, de la latence vidéo va-t-elle de pair avec l’utilisation de ces services à valeur ajoutée ?

La latence est un grand défi dans tout traitement ou service à valeur ajoutée, surtout pour la diffusion en direct. La plupart des workflows cloud aident à éliminer la latence et, en même temps, fournissent une expérience vidéo améliorée pour le client final. Un exemple est la visualisation d’une vidéo sur une plate-forme de streaming qui avait toujours un retard de dix secondes à une minute. Maintenant, des solutions à faible latence améliorent l’engagement de l’utilisateur final, au point d’égaler, voire de dépasser la visualisation traditionnelle à la télévision, et permettent des expériences telles que les « watch parties » qui sont devenues très populaires. Notre réseau de diffusion vidéo ultra-live (VDN) en est un exemple concret.

 

Néanmoins, pour le sport « premium » en particulier, l’exécution de certains workflows dans le cloud n’a-t-elle pas ses limites, comparativement à la puissance et aux fonctionnalités des moyens de production « on premise » ?

Il s’agit d’un processus en évolution. Finalement, les solutions actuellement déployées sur site passeront telles quelles dans le cloud. C’est là que certaines fonctionnalités dans le cloud prendront du temps pour égaler complètement les solutions sur site. Cependant, avec le temps, la plupart des solutions seront « cloud native » avec, à la clé, l’avantage de maximiser tout le potentiel de telles solutions. Ce sera une transition naturelle et un changement majeur dans le fonctionnement de l’industrie. Et cela conduira à une multitude de solutions cloud orientées vidéo.

 

Pour le sport en général, et pas seulement le sport « premium », va-t-on vers des solutions « end to end » dans le cloud ?

Pour le sport, au départ, on ira vers des solutions hybrides, certains aspects de la production étant plus faciles à déplacer dans le cloud, avant d’aller à terme vers des solutions « end to end ». Il sera alors possible pour un responsable de production de se connecter à partir d’un terminal distant, éventuellement à domicile, et de gérer la production de bout en bout.

 

Synoptique des services proposés dans le cloud par Tata Communications à ses clients médias. © Tata Communications

 

L’essor de la production cloud, spécialement dans le domaine du sport, n’est-il pas freiné par l’absence de normes industrielles uniques ?

Les normes industrielles évoluent rapidement pour les services basés sur le cloud également. Le principal obstacle réside dans la difficulté à égaler les solutions sur site et à surmonter la barrière psychologique. De nouvelles normes pour les workflows « cloud native » sont en discussion et devraient être largement adoptées prochainement.

 

À propos d’obstacles, quels sont ceux qui, aujourd’hui encore, entravent, sinon bloquent, la transition vers le cloud, spécialement pour le sport « premium » ?

Le sport « premium » est largement suivi et bénéficie d’une audience traditionnelle et en ligne massive. Avec ce niveau de concentration et d’investissement, le produit de diffusion ne peut pas non plus changer radicalement par rapport à ce qu’il était depuis de nombreuses décennies. La manière de travailler actuelle prendra du temps pour évoluer, et sera le facteur déterminant dans la rapidité du déploiement.

 

Plus précisément, ces obstacles se situent-ils au niveau des énormes enjeux financiers que drainent le sport « premium » et qui exigent de ce fait un niveau supérieur de QoE ? Au niveau technologique ? Au niveau des ressources humaines ?

Cela dépend. Le sport « premium » revêt des enjeux financiers plus élevés, le rendant plus « sensible » à l’acceptation de nouveaux outils ou changements. Cependant, ce qui fonctionne avec succès pour les sports de niveau 2 peut également fonctionner pour le sport « premium ». Maintenant, le différenciateur clé en ce qui concerne ce dernier ne sera pas financier. Si les workflows basés sur le cloud parviennent à améliorer de manière significative le produit de diffusion, cela changera la donne et entraînera une adoption généralisée, permettant aux détenteurs de droits de générer plus de revenus à partir des droits existants et des produits de diffusion.

Au niveau technologique, les workflows basés sur le cloud évoluent pour fournir à la fois des modèles hybrides et des workflows « cloud native ». Enfin, en termes de ressources humaines, il y a quelques années, on pouvait effectivement déplorer un manque de personnel qualifié en informatique et vidéo, mais aujourd’hui il y a suffisamment de talents disponibles. De plus, avec les workflows basés sur le cloud, les équipes peuvent également travailler à distance pour répondre à plusieurs besoins, augmentant ainsi le réservoir des talents disponibles.

 

Malgré tout, le coût d’une production cloud n’est-il pas actuellement plus élevé que celui d’une production « on premise » ?

Oui, c’est un facteur crucial. L’avantage économique de la transition vers le cloud doit être clairement perceptible et suffisamment important pour inciter les équipes à changer leur façon de travailler. Cependant, un différenciateur clé et un point de départ seront lorsque les solutions basées sur le cloud pourront offrir un produit de diffusion bien différencié et supérieur, conduisant à une maximisation des revenus.

 

D’un autre côté, les stades et autres enceintes sportives sont-ils eux-mêmes éligibles à des opérations « cloud native » ?

En tout cas, en les adaptant à de telles opérations, cela permettra d’offrir aux fans une expérience considérablement améliorée, telle que la réalité virtuelle, la visualisation à faible latence et le partage de vidéos, augmentant ainsi l’attrait de regarder des sports en direct sur place. La connectivité ainsi que la configuration technologique dans ces lieux sont actuellement un grand défi et passeront par des étapes d’amélioration pour pouvoir prendre en charge des workflows « cloud native ».

 

À quel terme peut-on envisager que le sport « premium » cesse d’être exclusivement ou presque une production « on premise » ?

Ce sera un processus progressif, mais des progrès significatifs ont déjà été réalisés aujourd’hui, où la plupart des organisations sont déjà dans un environnement hybride avec une combinaison de solutions sur site et d’autres basées sur le cloud. Avec une supériorité technique et des avantages commerciaux évidents, la transition se fera vers des solutions entièrement « cloud native » au fil du temps. Cette tendance est bien établie, et nous voyons déjà des organisations planifier le moment de passer à des workflows entièrement basés sur le cloud.

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #56, pp 80-82