« En mars 2020, près de cinq cents tournages ont été mis à l’arrêt, ce qui a gelé l’activité de toute la filière. Le gouvernement a alors mis en place des mesures d’urgence avec une prise en charge à 100 % d’indemnisation du chômage partiel, une année blanche pour les intermittents du spectacle, des prêts garantis par l’État, des fonds de solidarité et des reports, voire des annulations partielles de charges fiscales et sociales. Ces mesures nécessaires le sont encore aujourd’hui pour que la plupart des entreprises de la filière de sombrent pas. Du côté du CNC, tout a été mis en œuvre pour poursuivre les missions et pour que les aides envisagées soient délivrées au plus vite », a rappelé en janvier dernier, Dominique Boutonnat, président du CNC lors de la conférence de lancement du rendez-vous Paris Images 2021.
« L’organisation du déconfinement, a-t-il poursuivi, enjeu prioritaire pour toute la filière, des auteurs jusqu’aux industries techniques en passant par les producteurs, la distribution, les salles, a été organisée par le CNC autour de trois axes :
– La mise en place d’un fonds d’assurance publique à hauteur de 50 millions d’euros permettant de garantir les tournages dans l’environnement sanitaire spécifique au Covid et la structuration d’un fonds d’assurances privé de 50 millions d’euros supplémentaires. Ce système a permis jusqu’au début 2021, à 470 œuvres cinématographiques et audiovisuelles d’être assurées et plus de 400 tournages sont désormais terminés. Aujourd’hui, en France, on tourne beaucoup et ce fonds, le premier du genre en Europe, est exemplaire pour beaucoup de pays qui reproduisent désormais des systèmes analogues ;
– Par ailleurs, nous avons a mis en place une procédure d’entrée sur le territoire français extrêmement rapide pour les professionnels extra-européens ;
– Enfin, le CNC a lancé un premier appel à projets en avril 2020 pour soutenir les industries techniques dans le défi de la production à distance. En quelques mois, vingt-neuf projets d’investissements ont été soutenus à hauteur de près de 2 millions d’euros et cet appel à projets restera ouvert tout au long de l’année 2021. Si l’investissement a initialement été lancé pour parer aux problématiques de confinement, il va désormais permettre la structuration à long terme car la production à distance sera désormais une des normes des organisations de travail. »
Les crises sont des accélérateurs de changement et le CNC est aujourd’hui déterminé à tirer parti de l’épisode sanitaire en offrant des opportunités encore plus larges aux filières de l’industrie audiovisuelle… « Avec la transposition de la directive SMA, les nouvelles obligations d’investissement des plates-formes étrangères dans la création française et européenne vont apporter un souffle à la création et au financement des œuvres cinématographiques et audiovisuelles. Dans une logique vertueuse, se doter des meilleurs outils et de renforcer les appareils de production représente une opportunité que nous ne souhaitons pas manquer et c’est la raison d’être du plan de relance organisé par le CNC », a souligné Dominique Boutonnat.
Dans le cadre de cette politique, deux axes occupent une place centrale : offrir une attractivité internationale augmentée aux filières tournage et postproduction cinématographique et audiovisuelle puis moderniser les industries techniques…
Une relance basée sur l’attractivité et la modernisation des industries
Cette année, le CNC compte déployer un budget d’un million d’euros au service de l’attractivité du territoire et de ses industries audiovisuelles et cinématographiques. Quelque 800 000 euros ont déjà été affectés à une campagne de promotion internationale ainsi qu’à l’installation d’un bureau français en Californie pour être au plus près des clients potentiels et des donneurs d’ordre américains.
Pour s’acquitter de cette mission de promotion, le CNC s’appuie aussi sur le réseau des bureaux d’accueil régionaux et sur l’expertise des équipes de Film France.
La modernisation des industries techniques, deuxième levier du plan de relance, fait l’objet d’une mesure exceptionnelle et d’un budget de 10 millions d’euros. « L’année dernière, sur le Paris Image 2020, j’avais annoncé un plan studio bénéficiant d’un million d’euros… Aujourd’hui, nous saisissons l’opportunité d’aller beaucoup plus loin avec un investissement de 10 millions d’euros qui se veut le départ d’un véritable choc de modernisation de notre appareil de production », a souligné Laurent Boutonnat.
Cette enveloppe accompagnera des projets d’investissement massifs susceptibles de répondre à trois grands défis concernant respectivement l’offre de plateau tournage, la production numérique et enfin l’impact environnemental.
La construction et la modernisation des plateaux de tournage, premier défi du choc de modernisation porté par le CNC, s’inscrit naturellement dans la continuité du plan studio.
« Il faut développer des équipements correspondant aux nouveaux modes de fabrication des films et séries dans le cadre d’une demande qui ne cesse d’augmenter. Pour séduire davantage les plates-formes et les grandes productions internationales, nous avons identifié le besoin de plateaux de 3 000 mètres carrés ou plus, ce qui nous fait actuellement défaut. Il manque aussi des plateaux avec des backlots, des infrastructures regroupant à la fois des studios et des studios de postproduction proposant un traitement des effets visuels sur le lieu de tournage… Nous souhaitons accompagner la structuration de tels projets en dialogue avec d’autres dispositif de financements (financement privé ou public), dans ce cadre, le CNC travaille déjà avec la BPI et l’IFSIC. L’association CNC, BPI et IFSIC offre l’avantage d’une possible complémentarité de financement sans éparpiller les efforts de chacun sur mille projets différents… », a précisé le président du CNC qui s’est donné pour deuxième défi de développer l’excellence de la production numérique.
« La France peut déjà compter sur la réputation de ses studios dans les effets visuels, dans l’animation, dans le jeu vidéo avec de nombreux atouts : des talents réputés, des écoles de premier plan, une maîtrise technique et un tissu industriel qui se consolide. Cependant, pour faire face à la montée en expertise des pays qui produisent à bas coût, il est indispensable d’accélérer le développement d’outils et de compétences qui dépassent notre état de l’art actuel afin de renforcer l’avantage compétitif de notre territoire au niveau mondial », a expliqué le président du CNC.
Le troisième défi représente une préoccupation nouvelle pour le CNC puisqu’il s’agit de réduire l’impact environnemental des productions…
« Le défi de l’écoresponsabilité peut directement se corréler aux enjeux de compétitivité. Dans ce contexte, l’impact environnemental des productions devient une cause majeure. » Mais, comme l’a souligné Laurent Boutonnat, les producteurs ne seront pas les seuls confrontés à ce défi, ils pourront également compter sur des équipements qui leur permettront de réduire très significativement leur empreinte carbone et, face à cet enjeu d’avenir essentiel, le CNC accompagnera donc vraisemblablement toute la filière.
Pour concrétiser toutes ses actions, l’institution pourra compter cette année sur une enveloppe de l’État de 165 millions d’euros intégrant une compensation des pertes de recettes de billetterie de l’ordre de 100 millions en 2020 en raison de la fermeture des salles de cinéma… Mais oui, les salles de cinéma… Ces lieux toujours fermés où l’on regarde les contenus produits grâce au soutien du CNC !
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #41, p. 56-57. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.
[envira-gallery id= »121685″]