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Leïla Bekhti et Pio Marmaï devront s’unir pour lutter contre des forces maléfiques © Shanna Besson

Comment je suis devenu super-héros

L’occasion était tentante de réunir, en avant-première, dans le cadre de la Satis TV, une partie de l’équipe de Comment je suis devenu super-héros : Douglas Attal, le réalisateur ; Nicolas Loir, le directeur de la photographie ; Séverine Cava, directrice postproduction de VFX au sein de la production Trésors Films, et Cédric Fayolle, superviseur de VFX pour Mikros Image. Alors que le long-métrage sortira sur Netflix le 9 juillet,  nous vous proposons un avant goût de ce que vous pourrez découvrir au travers leurs propos…

 

Douglas Attal, vous avez, semble-t-il, cumulé les difficultés en réalisant votre premier film sur un sujet, les super-héros, alors que déferlent sur nos écrans les comics américains. Parlez-nous de votre parcours du combattant, du saut d’obstacles que vous avez dû franchir pour finaliser ce long-métrage ?

Douglas Attal : Quand, il y a une dizaine d’années, j’ai lu Comment je suis devenu super-héros, je ne pensais pas mettre autant de temps à l’adapter au cinéma. Mais mon amour pour ce roman de Gérald Bronner m’a fait traverser les nombreux obstacles qui se sont présentés. L’aventure a commencé par l’écriture du film qui a mis du temps. Je voulais vraiment trouver le bon ton, celui qui allie à la fois polar et film de super-héros. Le montage financier également a pris beaucoup de temps, il fallait trouver les bonnes personnes qui comprennent ce que nous voulions faire. Nous avons dû concevoir une petite bande démo de quelques scènes pour montrer notre savoir-faire technique et notre exigence en terme d’effets spéciaux. Jusqu’à la dernière minute, nous étions sur le fil en matière de financement. Nous avons commencé la prépa sans être totalement sûrs de pouvoir continuer, mais avons trouvé pour partenaires Canal+ et Warner Bros. Le casting a demandé du temps aussi.

 

J’entends parler de votre film depuis 2015…

Douglas Attal : C’est en effet cette année-là que nous avons monté le petit teaser dont je t’ai parlé. Après cela, nous avons encore mis quatre ans avant de réussir à enclencher le tournage.

 

Le pitch ?

Douglas Attal : Le film se déroule dans un Paris où les super-héros sont banalisés, ils existent dans la vie de tous les jours. Un duo de flics, joué par Pio Marmaï et Vimala Pons, enquête sur une drogue procurant de super pouvoirs à tous ceux qui la consomment.

 

Quels écueils avez-vous avant tout cherché à éviter ?

Douglas Attal : Principalement, ne pas réaliser un film de super-héros similaire à ceux qui, comme tu l’as fait remarquer, déferlent tous les ans sur nos écrans (encore plus ces dernières années !), type Marvel et DC. Je voulais vraiment que mon film ait un ton propre. Je me devais d’éviter la surenchère d’effets spéciaux. Sous prétexte de construire un film de super-héros, je ne voulais absolument pas oublier les personnages, l’humanité, le scénario, l’histoire. Je souhaitais que mon film ait un peu de fond, des personnages auxquels le spectateur s’attache.

 

Vous avez dit que le casting avait pris du temps. Les acteurs ont-ils été faciles à convaincre ? Ont-ils ressenti une appréhension ?

Douglas Attal : Cela dépend lesquels. Certains, dès qu’ils ont entendu le mot « super-héros », ont accepté immédiatement, tout excités à l’idée de se battre, de se retrouver sur fond vert. D’autres, il a fallu les convaincre, en passant par une réécriture du film, de leur personnage. J’ai beaucoup travaillé, retravaillé, sur le scénario avec les acteurs et ma coscénariste Mélisa Godet. Et nous avons ainsi ajouté de la profondeur à chacun des personnages.

 

Quelles étaient les intentions de Douglas et comment les avez-vous mises à l’image ?

Nicolas Loir : C’est la première fois que je travaillais avec Douglas. Nous avons commencé par échanger nos points de vue, nous suivions les personnages de Moreau et de sa partenaire Schaltzmann. Nous sommes volontairement restés dans un film, non pas naturaliste, mais réaliste, plutôt quotidien, pour que le monde des super-héros soit le plus intégré possible et que l’on ne se pose pas de questions à la vision du film. Douglas avait à cœur de rester très proche des personnages. Comment je suis devenu super-héros est avant tout un film de personnages, avant d’être un film de super-héros.

 

Je trouve l’image du film assez naturelle, collant bien aux décors, avec un étalonnage sobre. Vous avez accompli un travail de repérage sur les décors plutôt original, loin des quartiers habituels de Paris…

Douglas Attal : J’avais en effet à cœur de trouver des endroits un peu inédits, insolites, de fuir le Paris carte postale auquel on pourrait s’attendre en voyant un film de super-héros se déroulant dans la capitale. Nous avons beaucoup tourné dans les 18e et 19e arrondissements. Pour moi, créer un univers, c’est avant tout choisir des décors. Finalement, à partir du moment où on trouve les bons décors, on a un univers. Un des premiers décors que nous avons trouvés est un hippodrome désaffecté, fermé depuis les années 90 à Ris-Orangis. Il a donné un ton à tout le film, à l’ensemble des repérages. Nous l’avions dans un coin de notre bureau. Quand on voyait de nouveaux décors, on le rapprochait de tous les autres pour voir si c’était cohérent. Le travail de décor a été assez long. Je tenais à montrer un Paris jamais vu, une ville tournée vers l’avenir, pas le Paris haussmannien qu’on a l’habitude de voir, des bâtiments un peu plus modernes, des quartiers plus rares au cinéma.

 

Avez-vous tourné uniquement en décors naturels ou également en studio ?

Nicolas Loir : Très peu de studio. Nous n’avons tourné que la dernière journée en studio, tout le reste c’est du décor naturel. Du studio pour les effets spéciaux, bien sûr.

 

En termes de caméra, d’éclairage, quels ont été vos choix ?

Nicolas Loir : Je cadrais avec du matériel léger assez classique, une Alexa Mini Arri et optiques anamorphiques. Nous avons surtout tourné à une caméra, quelques scènes à deux caméras, et une seule à trois. Nous sommes partis du principe d’être assez cadrés, de faire des choix de découpage. Le dispositif technique était assez simple, à l’exception de quelques scènes. En lumière, l’installation était aussi très simple.

 

À quel moment, Séverine Cava, intervenez-vous dans le projet ?

Séverine Cava : Au départ, on s’intéresse à ce qui se passe en prépa, ensuite on suit les rushes du tournage, les conversations de Douglas avec le superviseur VFX présent sur le tournage. On essaie de comprendre. On n’intervient pas vraiment. Pour anticiper, prévoir le budget, tout ce que ça va engendrer, tout ce qu’il faut tourner en plus, il faut être au courant de tout. Ensuite, un assistant monteur est intervenu pour concevoir des maquettes un peu sommaires sur After Effects afin d’aider la narration sur les VFX. Il y a eu des discussions avec Cédric, Aurélie Lajoux de la CGEV, mais aussi Alexis Wajsbrot arrivé sur le film à un moment crucial, pour savoir comment transformer les envies de Douglas en images.

 

Douglas, vous avez choisi dès le début Mikros pour vous accompagner ?

Douglas Attal : En matière d’effets spéciaux, trois intervenants privilégiés ont participé à Comment je suis devenu super-héros. Cédric, ici présent, de chez Mikros ; Aurélie Lajoux de la CGEV. Ils ont été rejoints, au moment où les effets spéciaux étaient déjà lancés, par Alexis Wajsbrot, superviseur VFX de nombreux films de super-héros américains. Ce dernier a chapeauté un peu le tout, les allers-retours avec Cédric, Aurélie et les autres. On avait besoin de tout unifier. Le travail à proprement parler des VFX a débuté en février, en plein début du premier confinement. Cela nous a permis de bien nous poser. Nous avons pris le temps, la situation était quelque peu bizarre, mais il me fut agréable de ne me consacrer qu’au film, j’avais le temps de réfléchir aux effets spéciaux nécessaires.

 

Combien de plans truqués au final ?

Séverine Cava : Quelque 580, pour un film de 1h39.

 

Comment s’est effectuée la répartition des VFX entre Mikros et la Compagnie Générale des effets visuels ?

Cédric Fayolle : Par pouvoirs. À Mikros, nous avions les pouvoirs d’Eclipso, Gigaman et Moreau.

Douglas Attal : La CGEV avait les pouvoirs de feu, de téléportation et de vision, sans oublier le pouvoir de Callista, le personnage joué par Leïla Bekhti. Au final, tout s’est plutôt bien passé grâce au travail de Séverine qui coordonnait, techniquement parlant. Les plans où se chevauchaient les deux pouvoirs ont été truqués par les deux entreprises, une gymnastique que Séverine a super bien gérée, préservant de toute difficulté mes équipes !

 

Comment les graphistes de Mikros ont-ils travaillé ? En remote ?

Cédric Fayolle : Nous étions tous dispatchés. Ce fut une des plus grandes difficultés : nous étions tous confinés. Une vingtaine de graphistes, chacun chez soi ! Au début, ce fut un peu sportif, mais cela nous a permis de ne pas voir passer le confinement ! Nous nous organisions des rendez-vous quotidiens en visio. Je passais mon temps au téléphone et en visio. Une fois par semaine puis, vers la fin, pratiquement quotidiennement, je faisais une visio avec l’équipe. Nous avons fait quasiment tout le film en visio ! Comment je suis devenu super-héros est le premier film en visio au monde !

 

À écrire sur les affiches ! Chez Mikros, avez-vous rencontré des difficultés particulières sur les effets à traiter ? Aviez-vous déjà certains assets ?

Cédric Fayolle : Non, il a fallu vraiment tout créer. En France, on fait peu de films de super-héros ! Nous sommes plutôt spécialisés dans les effets invisibles, les reconstitutions historiques. Ici, nous disposions d’une base de jeu enthousiasmante !

 

Les graphistes devaient être contents !

Cédric Fayolle : C’est vrai que nous n’avons eu aucun mal à recruter ! Nous avons tout créé de A à Z, nous n’avons rien récupéré. Il est vrai qu’Alexis, habitué à travailler sur les blockbusters américains, nous cadrait bien sur là où il fallait aller, en tenant compte de notre budget sans équivalence à celui des Américains ! Nos conversations étaient très intéressantes, ses dires très précis. Alexis était à Londres, mais en visio cela n’était pas gênant, mes équipes elles-mêmes se trouvant partout en France.

 

Comment s’est passé le workflow entre les effets ?

Séverine Cava : Nous passions des commandes de plans au labo Paris qui a réussi, malgré le confinement, à fournir assez rapidement et Mikros et la CGEV. Ces derniers nous envoyaient les plans en bonne ou basse définition et nous nous concertions. Avec Douglas et Alexis, nous regardions tous ces plans. Je pouvais les intégrer directement dans le montage parce que je disposais du matériel adéquat. Après, nous débriefions en visio.

Nicolas Loir : Pour donner un look au film, nous avons fait quinze jours d’étalonnage avant d’entamer les effets, que nous avons revus un jour par-ci, un jour par-là. Quatre mois après, nous avons joué au ping-pong avec les boîtes de postproduction. J’ai suivi tout l’étalonnage avec Jules Granier au labo Paris.

 

Sur le tournage, aviez-vous des DIT pour gérer les rushes, faire du pré-étalonnage ?

Nicolas Loir : Non, j’étais parti d’une Lut que j’avais conçue sur un précédent film. Sur le plateau, nous avions juste un data manager. Douglas n’avait pas de look particulier dans le moniteur. Nous voulions conserver l’esprit naturaliste du film. C’était plus dans la déco et la lumière du plateau, mais l’image du moniteur était assez naturelle.

 

Physiquement parlant, où s’est déroulé le montage ?

Douglas Attal : À Trésors Films, avant l’épidémie. Nous avons achevé le gros du montage fin 2019. Ce qui n’a pas empêché notre monteur, Francis Vesin, de procéder à quelques ajustements à chaque fois que des effets spéciaux arrivaient. Il avait chez lui le matériel pour. Il ajustait légèrement parce que parfois, dans le montage imaginé, l’effet ne fonctionnait pas. Il faisait un ajustement, qui repartait en effets spéciaux. J’ai eu la grande chance d’avoir mon monteur disponible pendant ce temps long de postproduction. J’ai pu ainsi partager avec lui un regard artistique sur le film, son rythme.

 

N’oublions pas le son. Comment avez-vous géré le mixage ?

Séverine Cava : Nous avons fait une première session mix avant le confinement. Par la suite, nous avons ajouté des rustines, effectué un vrai peaufinage avant l’échéance de Deauville qui nous a un peu pressés. Nous avons ensuite pris le temps de retravailler. Tout le mixage s’est fait chez Purple.

 

J’ai visionné Comment je suis devenu super-héros en avant-première dans une salle Dolby Cinema. Le film est-il étalonné pour cette technologie ?

Séverine Cava : C’est en cours.

Douglas Attal : Je suis très content qu’on le fasse et très excité à l’idée que les spectateurs puissent voir mon film sur un écran Dolby Cinema parce que ce sont les meilleures conditions qui puissent exister. Le Dolby Atmos, des sièges incroyables, une image parfaite avec des noirs vraiment noirs. C’est l’idéal !

 

Cédric, y a-t-il une scène qui vous a donné plus de fil à retordre ?

Cédric Fayolle : L’overdose des jeunes peut-être, qui était la plus longue à sortir. Le combat final, finalement, est plutôt sorti vite, les premiers jets ont été bons. Cela s’est plutôt bien passé. L’overdose du début fut un peu longue à mettre en place, on n’avait pas trouvé le bon système. Nous y sommes revenus plusieurs fois. C’est quand nous avons attaqué le combat final, que nous nous sommes aperçus qu’il fallait revenir sur la scène du début pour s’en inspirer. Cette scène a duré un peu tout le film, le premier plan commencé et le dernier… terminé ! Il nous fallait trouver un look et le look de cet effet se répartissait sur tout le film, d’où le besoin d’attaquer toutes les séquences. Forcément, au bout d’un moment, quand on a trouvé, il a fallu recommencer les scènes attaquées au début pour que le tout soit cohérent. Ce fut l’une de nos plus grandes difficultés, mais sans plus. Juste un peu plus long !

Douglas Attal : En VFX, la scène de l’overdose est une de celles que je préfère. Je la trouve vraiment très réussie, très belle, aussi parce que nous avons tourné dans un super décor. Je suis très content de cette scène !

 

Sur The Mandalorian, le fond vert a été remplacé par des écrans Led aux pitchs tout fins pour avoir le retour directement. Ces technologies vous tentent-elles ?

Douglas Attal : Je trouve The Mandalorian très réussi, cela marche super bien, on n’y voit que du feu. Je ne vois pas d’inconvénient à tourner avec ce type de technologie.

Nicolas Loir : Je reviens d’un test qui utilise cette technologie et je pense que le principal problème réside dans le schéma de préparation. Les décors virtuels devront se faire avant le tournage. Cela devient-il un travail de décorateur ? Va-t-on avoir le temps, dans les plannings de préproduction actuels, d’intégrer ce temps-là ? Par exemple, pour des intérieurs voiture, c’est super intéressant. Pour le reste, les plâtres restent à essuyer.

Cédric Fayolle : Nous n’en sommes encore qu’au tout début. La technologie est surtout intéressante avec Unreal. La capacité temps réel est géniale, mais il reste un peu de travail à accomplir pour qu’elle soit utilisable en fiction. The Mandalorian a coûté extrêmement cher. Avant de faire un autre The Mandalorian, il va falloir disposer d’un budget conséquent. Néanmoins, plus ça va, plus nous l’utilisons. Il faut continuer à défricher, la voie est très intéressante. Comme le souligne Nicolas, la postproduction passe alors en prépa…

 

On ne pourra plus dire : « Cela se fera à la postprod… »

Cédric Fayolle : Pour le coup, c’est une autre philosophie de travail. Une fois qu’on a tourné, la marge de manœuvre est nulle. Ou alors, comme dans The Mandalorian, tu « rotoscopies » tes personnages et tu refais le fond… La technologie est super, mais avant de pouvoir s’en servir en fiction, il reste un peu de recherche.

Nicolas Loir : Par la suite apparaîtront peut-être des repéreurs de décors virtuels. Cela va amener d’autres fonctions, d’autres compétences…

 

Une scène assez centrale du film est celle où le commissariat est pris d’assaut par une bande de « méchants ». Douglas, pouvez-vous nous la décrire ?

Douglas Attal : Ces « méchants » ont le pouvoir d’aveugler, ce qui leur permet de faire ce qu’ils veulent, d’immobiliser les policiers sans que ceux-ci puissent voir leurs adversaires. Ce pouvoir a été inventé pour cette scène. Lors de l’écriture, on s’est demandé comment les flics pourraient se retrouver démunis et j’ai trouvé cette idée de pouvoir d’aveuglement. On s’est mis d’accord assez vite sur le look de ce super pouvoir. J’étais assez content de ce trait de lumière, avec ces petites particules multicolores. Il y a un effet spectre de lumière qui se rétracte sur le personnage aveugle. Cela m’a tout de suite plu. Nous sommes partis sur cette base.

 

Combien de jours de tournage au final ?

Douglas Attal : Cinquante jours, ce qui est confortable, mais ce n’est jamais assez ! Nous avons tout de même dû trouver des idées pour concentrer ce temps de tournage. Je pense notamment à cette scène tournée au lycée Henri Bergson dans le 19e arrondissement. Nous sommes restés là-bas deux jours, mais n’avons réussi à réellement tourner qu’une demi-journée.

 

Sur le tournage, avez-vous fait appel à un peu de machinerie ou tout était porté ?

Nicolas Loir : Ce fut un mélange de techniques, très peu de grue, un petit peu de steadicam. Nous sommes restés assez simples.

Douglas Attal : Comme je le disais au tout début de cet entretien, j’avais envie que le film commence presque comme un film « normal ». On suit des gens dans leur quotidien, l’aspect super-héros arrive petit à petit. Du coup, le procédé de tournage se devait d’être assez léger, sans beaucoup de studio, ni grosse machinerie. Cela pour que, quand ça pète, ce soit inattendu !

 

Pour revenir sur les acteurs, ont-ils joué eux-mêmes leurs cascades ?

Douglas Attal : Ils ont tous plus ou moins fait leurs cascades. Certains ont été un peu doublés, mais pour de petites choses. Par exemple, Vimala a fait elle-même une grosse chute. Elle est habituée à ce genre de choses assez physiques parce qu’elle vient du théâtre, du cirque. Mais cela lui fut quand même très, très difficile. Elle s’est retrouvée avec d’énormes bleus sur les jambes en raison de l’appareillage qui la tenait. Elle a même fait une sorte de décompression, fondu en larmes à la fin, tellement la pression était forte avec tous ces trucs et ces câbles où tu es projeté ! C’est difficile à vivre, mais la plupart des acteurs ont vraiment joué le jeu.

Ce fut compliqué aussi pour Benoît Poelvoorde qui n’a pas du tout l’habitude de ce type de tournage. J’ai essayé d’alléger le côté un peu technique, mais pour lui c’était énorme ! Il devait sauter, en même temps qu’il y avait une personne par terre avec un ventilateur pour faire l’effet de vent quand il se téléportait, le tout avec un fond vert derrière lui ! Il avait un peu parfois du mal à être vraiment dans la situation, mais mon rôle était de le rassurer, de lui dire que ça allait rendre super bien au final.

 

Et Leïla Bekhti est bien loin de son image de L’Oréal, elle s’est manifestement bien défoulée !

Douglas Attal : Se donner physiquement, bastonner, faisaient partie de ce qui l’excitait dans le film. Elle a pu bien se lâcher ! Elle s’est longuement entraîner avec notre coordinateur de cascade, Manu Lanzi. Elle s’est vraiment donnée et a été au rendez-vous !

 

Certains studios préfèrent aujourd’hui aller directement sur le « petit écran ». Question collégiale : comment voyez-vous l’avenir du cinéma et de la salle de cinéma ?

Douglas Attal : Je trouve que pour les films riches en effets spéciaux, les films à grand spectacle, il n’y a rien de mieux que la salle. C’est top, côté son, image, détail des graphistes. Après, je ne suis pas un puriste de la salle. Je pense qu’on peut aussi apprécier un film sur petit écran. Je suis pour préserver la salle, tout en laissant chacun apprécier le cinéma là où il le souhaite.

Nicolas Loir : Je suis un peu d’accord avec Douglas, mais je reste persuadé que le cinéma est une expérience collective. Quand on regarde un film, on perçoit les réactions des spectateurs présents à nos côtés. C’est aussi pour ça que les gens vont beaucoup en salle. Au-delà de la taille de l’écran, il s’agit de vivre une expérience collective. Ce qui est néanmoins drôle c’est que, pendant le tournage, nous voyions Comment je suis devenu super-héros sur un petit écran. Nous l’avons redécouvert à l’étalonnage sur un grand écran. Et là, nous procédons à l’étalonnage en HDR pour la vidéo. Il est plutôt drôle de le revoir dans un tout petit écran, la perception est vraiment différente !

Séverine Cava : Personnellement, je suis une pro-salle. Pas pour tous les films, il y a certains films que je peux voir facilement sur petit écran. La salle est à la fois une expérience collective et d’immersion. On est concentré dans un endroit donné pour apprécier l’image, le son, des sensations que je ne ressens pas à la télévision.

Cédric Fayolle : Ce sont vraiment deux médias différents. Aller en salle est une activité culturelle. La télé, vous êtes chez vous, vous ne faites rien, vous regardez un film. Ce n’est pas une activité culturelle, comme aller au théâtre, au cinéma. C’est quelque chose de collectif. Mais je n’oublie pas que j’ai fait la moitié de ma cinéphilie à la télé avec les VHS, les DVD ! En vérité, ces médias sont complémentaires. Je ne pense pas que la salle soit plus que ça en danger. Elle va se redéfinir, mais nous avons envie de vivre en grand.

 

Le Dolby m’apparaît comme un moment privilégié pour admirer une œuvre. J’ai une question un peu technique pour Cédric. Utilises-tu du machine learning pour les effets spéciaux et le moteur Unreal pour de la production ?

Cédric Fayolle : Oui, nous faisons de plus en plus du machine learning, lequel est encore en phase expérimentale sur certaines choses comme le deep fake. On fait du machine learning en prod pour la foule notamment. De même pour Unreal que nous utilisons de plus en plus. Les premiers décors, nous les passons sur Unreal, tout comme nos premières maquettes. On peut placer une caméra et très rapidement un décor avec Unreal. La technologie monte très fort depuis une petite année.

 

Quittons le cadre strict de ce long-métrage. Quels sont vos projets respectifs ?

Cédric Fayolle : Chez Mikros, je citerais Aline de Valérie Lemercier qui devait sortir en novembre mais devrait être à l’écran en février. Et nous avons beaucoup d’autres choses dans nos cartons.

Douglas Attal : Je réfléchis à plusieurs choses différentes. Je ne suis pas focalisé sur un seul projet. Je réfléchis à une série de SF, à deux longs-métrages, un polar et un film fantastique. Je bosse sur plusieurs desseins en même temps. Je ne peux pas trop en parler parce que ce n’est pas encore vraiment défini, mais j’ai plein d’idées, je ne m’interdis rien pour l’instant. J’ai passé dix ans sur ce film, sur un seul film, là j’ai envie de multiplier les projets en parallèle, toujours dans la lancée du fantastique, je vis pour ça !

Nicolas Loir : De la publicité, de la série aussi et de la fiction, mais cela n’arrête pas de bouger en raison des contraintes sanitaires.

Séverine Cava : Quant à nous, nous avons en cours un film de Guillaume Canet, Lui, qui a été tourné en quatre semaines au mois de septembre. Le monteur est dans sa salle dans le respect des règles sanitaires. Guillaume passe de temps en temps, cela se déroule plutôt bien. Tous les autres projets sont en cours de montage, je ne peux donc pas trop en parler. Et chacun sait qu’Astérix et Obélix, l’empire du milieu du même Guillaume a dû être repoussé.

 

Article paru pour la première fois dans Moovee #7, p.46/51. Abonnez-vous à Moovee (6 numéros/an) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.

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