La dixième saison du Meilleur Pâtissier est l’occasion de découvrir les coulisses du tournage. L’émission, qui connaît un succès croissant, a profité des évolutions technologiques pour se mettre au service d’une image toujours plus belle. Nous nous sommes entretenus avec Vincent Faure-Chappat, directeur de la photographie, à l’ouvrage sur cette production depuis ses débuts. L’occasion de faire le point, entre flashback et présent.
Ma première question portera sur la genèse de votre collaboration avec la chaîne M6, en particulier sur les émissions culinaires. Est-ce à chaque fois un challenge ?
Nous attaquons la dixième année du Meilleur Pâtissier. Ayant déjà travaillé avec la société de production Kitchen Factory, laquelle est détenue par le Groupe Cyril Lignac et le producteur Matthieu Jean-Toscani [à travers sa société Story+, ndrl]. C’était dans une suite logique.
Cette émission émane d’un achat anglais et d’une collaboration avec la BBC qui détient les droits du Meilleur Pâtissier. La chaîne britannique a décidé de collaborer avec le chef de renom, Cyril Lignac. Elle avait pour charte de présenter de la pâtisserie dans la nature avec, en arrière-plan, des paysages, la campagne, les animaux.
Le tournage se déroule sous une immense tente au cœur de la nature et notre premier challenge fut de conserver, dans la tente, une intensité lumineuse suffisante pour qu’on puisse voir aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur sans trop d’écart de luminosité. Quand nous avons démarré il y a dix ans, mon éclairage principal était assuré par des tubes fluorescents de chez Kino Flo, complétés par des HMI Joker 400 de K5600, petits et puissants. Cet ensemble permettait de faire une lumière douce et étale en accord avec la charte de l’émission.
Notre autre préoccupation était portée sur le choix de la toile de la tente qui ne pouvait être ni transparente, ni opaque, ni trop translucide. Selon la météo, elle devait me permettre d’avoir un plafond lumineux intense ou très éteint. Cette configuration perdure depuis la première saison.
Et puis est arrivée la Led…
C’est lors de la quatrième saison du Meilleur Pâtissier en 2016 que j’ai commencé à introduire de la Led dans ma configuration d’éclairage. J’avais rencontré Jacqueline Delaunay dirigeante d’Acc&Led, société de location d’éclairage spécialisée dans la Led, qui m’a permis sur d’autres projets de me familiariser avec des projecteurs d’éclairage Led de nouvelle génération plus performants, tant en qualité de lumière qu’en puissance lumineuse.
J’ai alors remplacé les Joker 400 par des TruColor afin d’augmenter la puissance et de rajouter de la douceur à l’image. L’avantage étant l’allumage immédiat et la possibilité de modifier l’intensité avec un dimmer en fonction des moments de la journée. Ce petit changement nous a changé la vie et nous a donné envie de poursuivre dans cette voie.
Lors de la saison 6, j’ai fait évoluer les projecteurs à tubes de Kino Flo vers la gamme SL1 Switch de DMG Lumière. Ce changement a été plus compliqué à faire pour des raisons budgétaires, mais j’ai convaincu la production que cela nous ferait gagner beaucoup de temps. Et le temps, quand il y a soixante-dix personnes sur un plateau qui doivent faire des heures supplémentaires, c’est de l’argent…
Jusque-là, quand nous devions modifier la configuration technique pour nous adapter aux changements de lumière à l’extérieur (nuages, puis soleil, puis nuages, puis pluie, ou bien petit matin, plein jour, coucher du soleil, nuit, etc.), nos interventions pouvaient prendre entre une heure trente à deux heures sur la journée de travail. Quand on multiplie ce temps par le nombre de jours de tournage et le nombre de personnes sur le plateau, on se retrouve avec un nombre d’heures supplémentaires impressionnant ! C’est l’argument qui m’a permis le changement vers la Led. Mais techniquement, ce changement a un autre avantage : il m’a permis de passer de 2000 lux à 12000 lux dans la tente entre la saison 1 et cette saison. J’ai donc multiplié par six l’intensité lumineuse à l’intérieur ! C’est tout juste s’il ne faut pas des lunettes de soleil sous la tente !
J’ai une grande liberté dans le choix du matériel grâce à la société Chapimages que j’ai depuis dix-sept ans. Elle me permet de proposer aux productions une prestation clé-en-main et de gérer la lumière, le personnel et la logistique. La technologie n’arrête pas d’évoluer et il faut chercher pour chaque projet la solution la plus adaptée et la moins coûteuse. Grâce à Chapimages, je fais un peu ma cuisine et avec la compétence d’Acc&Led je pense avoir un bon partenaire dans cette quête de performance.
Nous reviendrons tout à l’heure sur votre structure. Mais j’aimerais que nous parlions de la tente elle-même. A-t-elle évolué ou est-elle identique depuis dix ans ?
Au niveau structure, elle s’est agrandie. Lors de la première saison, nous avions une tente cristal (transparente) de 25 mètres de long pour huit candidats. Nous nous sommes rapidement rendu compte qu’on voyait le câblage, les moteurs, les projecteurs. Ce n’était pas bien joli depuis l’extérieur. On l’a donc recouverte. L’année d’après, nous avons rajouté une toile extérieure au-dessus, ce qui nous a permis de maîtriser la lumière. Puis la tente s’est agrandie de dix mètres puisque l’émission est passée de huit à dix, puis onze, puis douze et maintenant quatorze candidats. La hauteur n’a pas changé. La tente actuelle mesure 35 m de long sur 15 m de large avec une hauteur de 5 m.
Avez-vous changé de lieu de tournage ?
Nous avons tourné dans trois châteaux : le premier fut le château de Gambais, à Neuville, où était installée la tente cristal. Les saisons 2, 3 et 4 ont été tournées au château de Groussay, à Montfort-l’Amaury, doté d’un très joli lac. Pour la saison 5, nous sommes partis au château féodal de Maillebois, en Eure-et-Loir, que nous avons vite quitté suite à des problèmes de réseau téléphonique, de puissance électrique et d’éloignement de Paris. Nous sommes depuis revenus au château de Groussay, à Montfort-l’Amaury, qui nous offre une belle facilité de travail.
Sur l’éclairage proprement dit, quels sont les changements d’une saison à l’autre ?
Depuis trois ans maintenant, nous avons basculé en Led à 100 % et chaque saison offre l’opportunité de faire évoluer la configuration. Aujourd’hui, en plus de la gamme SL1Switch, j’utilise des Aputure Nova P300C qui ont remplacé les TruColor, des Nanlite Forza 200 et 500 qui ont remplacé des Visiolight Zoom 200 et 350, pour ne parler que des plus nombreux. Avoir les bons outils en cohérence avec ce qu’on doit faire sur un projet permet de travailler en toute sérénité.
La Led a permis une autre avancée par rapport à la configuration d’origine. Grâce au DMX, nous pouvons contrôler avec beaucoup de précision à partir d’une console Grand MA2 l’intensité de chaque éclairage à tout moment et donc coller au plus près des besoins de la réalisation et des changements de climat extérieur. C’est instantané et précis.
Entre la configuration des débuts avec les tubes Kino Flo et les Jokers 400 sans DMX et aujourd’hui, dix ans plus tard, l’évolution a été impressionnante. Ces changements ne vont pas sans leurs lots de problèmes inhérents comme, par exemple, le nombre de projecteurs que l’on peut coupler sur une ligne qui n’est pas le même selon le type, la marque, etc. Nous avons aussi beaucoup appris et échangé avec les fabricants à ce sujet. Notre collaboration avec Acc&Led nous aide aussi dans la recherche de solutions sur ces problématiques de DMX.
Vous servez-vous de projecteurs d’effet ou asservis ?
Ici on cherche plutôt à rester proche de la réalité, garder de l’authenticité. On n’a pas à faire des effets de lumière, mais à obtenir une vraie profondeur sur la nature. Tout se joue sur l’intensité lumineuse, la douceur des ombres et il n’y a pas besoin d’effets. Je ne joue pas sur la qualité visuelle, mais sur l’identité de l’image. Sur Le Meilleur Pâtissier il n’y a donc pas besoin de flashs de couleur, d’ambiances colorimétriques, contrairement à ce que je fais sur Top Chef, que j’éclaire également.
Les objectifs que je me suis fixés étant de ne pas voir de pied de projecteur dans le champ, de ne pas voir l’ombre des cameramen sur les plans de travail. Avec les Kino Flo, les Joker 400 qui n’étaient pas sur console, je ne pouvais pas bien gérer l’intensité. Nous fonctionnions à la gélatine correctrice, au neutre et au diffuseur comme en fiction TV. L’apport d’une console pour gérer depuis la régie l’intensité lumineuse en fonction des fausses teintes constitue une grosse évolution. Les fausses teintes sont des nuages qui passent devant le soleil, il y a donc des intensités de lumière différente à l’intérieur de la tente qui s’en ressentent énormément à la caméra. C’est pourquoi je communique beaucoup avec les cadreurs, leur donne des directives sur le diaph en permanence, les préviens sur l’arrivée de nuages, les montées de soleil. Trouver cet équilibre est un enfer !
J’ai pris le parti de calibrer les caméras à 5400 kelvin à l’intérieur comme à extérieur, de nuit comme de jour, ayant adapté la lumière dans ce sens, ceci afin de faciliter le travail de l’étalonneur qui doit seul équilibrer douze caméras ; s’il y a tout le temps des changements de température, c’est un enfer à gérer. Sur Le Meilleur Pâtissier, je gère l’intensité, je veille à ce que les gens soient beaux, qu’il n’y ait pas d’ombre mais une vraie profondeur.
Vous utilisez beaucoup de projecteurs DMG. Tirez-vous bénéfice de leur science colorimétrique ?
Non, je travaille au spectromètre. Je suis de la vieille école, pas vraiment convaincu par les filtres. Je ne critique pas, mais il y a toujours un écart de 100-150 kelvin. Alors, comme j’essaie de travailler au maximum dans la précision, je me fie à mon spectro plutôt qu’aux filtres température de couleur calibrée.
Outre la gestion de la lumière du jour, quelles sont les autres difficultés propres à ce type de tournage par rapport à un plateau traditionnel ?
Sur Le Meilleur Pâtissier, la difficulté majeure est de ne pas faire perdre de temps à toute une équipe et surtout aux cuisines, car la cuisine, et surtout la pâtisserie, c’est de la cuisson avec des temps à la minute. Quand on lance une recette qui doit durer deux heures, elle dure deux heures ! Si je me permets de faire perdre dix ou quinze minutes, les recettes ou cuissons sont faussées. Il nous faut être dans les clous. La gestion du temps exige une très grosse organisation.
Avec les Kino Flo, quand ce n’était pas encore la Led et que les lampes lâchaient, je ne vous cache pas que c’était très compliqué ! Par moments, j’ai piqué quelques colères pour pouvoir faire mon travail. La Led nous a beaucoup facilité les choses.
Avant l’arrivée de la Led, nous avions « inventé » un système afin de couper la lumière extérieure avec du black screen, sorte de toile perforée qui coupe 2,5 diaph de lumière quand on filme à travers les carreaux mais très coûteux. Nous avons donc trouvé un moyen économique avec du tissu, sorte de tarlatane perforé en rouleaux de quatre mètres sur des tubes qu’on descendait contre les verrières et montait en permanence. C’était un va-et-vient d’électro, de régisseurs pour dérouler ou rouler les tubes de tarlatane en fonction de la météo extérieure. Un peu compliqué à gérer car nous perdions beaucoup de temps !
Ces dernières années, la Led, grâce à sa puissance lumineuse, m’a permis de supprimer le système complet des tarlatanes et d’équilibre au mieux l’intensité de lumière entre l’intérieur de la tente à l’extérieur. Nous sommes arrivés à laisser les pâtissiers cuisiner, ce qui est le but de l’émission !
Tenez-vous compte de la dimension écoresponsable dans le choix de la lumière ?
Disons qu’en ce qui me concerne, j’attache une grande importance à l’économie d’énergie. Pour être exact, je consomme sous la grande tente un peu moins de 23 kW. Il faut savoir qu’un seul plan de travail consomme environ 20 kW d’énergie entre le four les plaques de cuissons, les robots, etc. et l’émission en compte quatorze ! Ce n’est donc pas la lumière qui fait grimper la consommation électrique. Actuellement, nous sommes sur un groupe électrogène de 360 kVA. Nous disposons juste d’un branchement forain EDF parce qu’il y a des cellules froides et des frigos qui, la nuit, ne peuvent pas être éteints. Les batteries des caméras doivent également être rechargées. Quelque 60 kW sont réservés à toute cette gestion. L’émission fait appel à une grosse machinerie et beaucoup d’électroménager. La lumière n’est pas du tout le plus gros consommateur, ni en lampe, ni en gélatine, ni en courant.
Combien de personnes constituent sur place l’équipe lumière ?
En fait, l’équipe lumière se compose de quatre personnes par jour : un chef électricien, un électricien, un chef machiniste et d’un directeur photo. Le chef électricien arrive à sept heures du matin pour lancer le groupe et l’installation jusqu’à seize heures, puis l’électricien arrive vers midi et termine la journée entre vingt-et-une et vingt-trois heures s’il y a des dépassements. Seul le chef machiniste et moi-même restons du début à la fin de chaque journée.
L’émission se décompose en deux journées. La première comprend deux épreuves de pâtisseries alors que la seconde une seule. On termine cette deuxième journée en général autour de dix-neuf heures. Les trois premières émissions (sur treize) sont tournées en trois journées, parce qu’il y a douze, treize ou quatorze candidats et une épreuve de pâtisserie par jour. À partir de onze personnes, on peut descendre à deux journées afin de faire des horaires de travail acceptables.
La première installation est-elle particulièrement longue ?
L’accroche lumière se fait à dix personnes, un chef machiniste, un machiniste, un chef électro, sept électros et le directeur photo, bien sûr. Je suis là, même s’ils ont les plans détaillés d’accroche, parce qu’il y a toujours des modifications, des astuces, des choses à trouver. En une journée, on installe les trois ponts lumière et à dix-neuf heures tout est monté, testé, il n’y a plus qu’à faire les réglages. Travaillant sur Vectorworks depuis six ans, mes plans sont affinés chaque année, ce qui nous permet de travailler rapidement et proprement car une bonne préparation est primordiale à mon sens.
Le lendemain, on fait le prelight de la grande tente et j’envoie deux personnes installer la petite tente de Cyril et Mercotte près du lac où encore pas mal d’installations lumière sont à finaliser. Au cours d’une autre journée, les extérieurs sont installés, les petites zones éclairées, en particulier les interviews de Cyril, de Mercotte, des invités ou candidats.
Le chef électricien et souvent les régisseurs sont présents chaque jour pour la livraison des frigos, le câblage des plans de travail. Chaque année, arrivent de nouveaux fours, de nouvelles plaques de cuisson, il faut tout réhabiliter, un vrai travail d’électricien de bâtiment ! En dessous, c’est une usine à gaz, ces professionnels connaissent bien leur centrale. Notre chef électricien Christian Comas arrive à coordonner tous les corps de métier, que ce soit la régie cuisine, la vidéo, la régie générale, le son et évidemment la lumière. Il est la pièce maîtresse de tout ce petit monde. Sans en avoir le titre, il en a la fonction. Il est chef électro alors qu’il devrait être directeur technique.
En début d’entretien, vous avez évoqué avoir créé votre propre société il y a dix-sept ans. Pourquoi cette démarche ?
Après quinze années de reportage, documentaires ou émissions en tous genres mon dos a commencé à ressentir le poids des caméras et suite à un effort physique sur l’émission Très chasse en septembre 2001, mon dos s’est coincé. Je me suis retrouvé sous morphine vingt-quatre heures, alité vingt-trois jours et six mois chez l’ostéopathe. J’avais trente-trois ans. Je me suis posé la question : comment continuer ce métier ?
J’ai donc entrepris des démarches pour monter ma propre affaire afin de sortir progressivement de la caméra. Le plus compliqué fut d’arriver à faire comprendre à des sociétés de production qu’en travaillant avec moi ils avaient un chef opérateur lumière et une prestation technique globale sur une seule facture ! J’ai mis à peu près trois ans à préparer mon dossier avec la CCI de Versailles. J’ai monté Chapimages Production en 2004 et la société existe toujours.
Quand avez-vous commencé à vous intéresser plus particulièrement à la lumière ?
En 1993-94, nous étions dans le monde de la télé qui se regarde. Des programmes sur les backstages, interviews, filmer les plateaux de tournage cinématographiques… bref, on filmait la télé. J’ai beaucoup filmé, jusqu’au jour où en 1992, on m’a envoyé à Deauville pour éclairer les interviews d’acteurs ou réalisateurs américains avec les moyens qu’on voulait bien me donner. La manière dont j’éclairais ces personnalités a plu, cela m’a donné le goût de poursuivre en lumière. Petit à petit, on m’a confié de plus en plus de moyens, je suis passé du sac de mandarines de reportage aux Joker 400 avec des Fresnels. Je suis arrivé à faire de la lumière de plus en plus précise. On m’a fait de plus en plus confiance. Jean-Luc Delarue, pour qui j’ai travaillé durant huit ans, m’a laissé le libre choix. J’ai eu des petits contrats. Cela a affirmé ma passion. Jusqu’en 2004, j’ai toujours fait de la lumière. On m’a toujours fait confiance là-dessus, peut-être parce que j’amenais quelque chose de différent. J’ai suivi la vague, et suivre la vague m’a fait avancer…
Comment se sont déroulés les débuts de Chapimages Production ?
En 2004, j’ai eu la chance de travailler sur l’émission Queer avec le réalisateur Loran Perrin qui m’a proposé un très beau contrat. J’ai fait une saison, laquelle m’a permis de démarrer la société tranquillement et, de fil en aiguille, d’autres s’en sont suivies comme La Nouvelle Star. J’ai réussi à me faire accepter dans le monde des sociétés prestataires clef-en-main de la lumière. Ce qui ne m’a pas empêché, jusqu’en 2011, de continuer à faire de la caméra car la transition est longue… Entre 2004 et 2011, j’ai donc pratiqué les deux activités. Je cadrais encore, je faisais un peu de documentaire parce que je n’étais pas encore suffisamment établi. Cela fait maintenant dix ans que j’ai totalement arrêté la caméra sur l’épaule et mon dos s’en porte très bien !
Si j’ai bien compris, vous travaillez aujourd’hui essentiellement avec les chaînes de télévision…
Les plateaux de télé sont mon secteur d’activité. Le Meilleur Pâtissier, Top Gear, Top Chef, Quatre Mariages pour une Lune de miel, le château de Nandy qu’on éclaire de nuit, de jour… Quelques tournages s’ajoutent sporadiquement. J’ai fait l’an dernier SAS, une émission sur les forces spéciales, une captation de réhabilitation dans une ancienne caserne militaire, la technique de lumière était totalement différente.
J’aime à dire que ce n’est pas moi qui fais la lumière, c’est le lieu qui me l’impose. Je n’impose jamais une lumière, c’est un réalisateur, une production et un lieu. Je me fais plaisir par rapport à un cahier des charges et le lieu me dicte mes choix de matériel. Je suis surtout sur du programme de flux, même si je viens de terminer un petit film promotionnel pour une marque de Champagne sur fond vert, avec des incrustations, une réalité virtuelle, un éclairage, beaucoup d’images 3D… Mais cela fait trente ans que j’œuvre dans le milieu, j’ai un certain recul pour faire le bon choix. Avoir fondé ma société m’a permis (et me permet encore) de ne pas me faire imposer des moyens techniques lumière par rapport à un budget. J’arrive à trouver des astuces qui me permettent de prendre les bons outils pour la bonne émission.
Comment s’est faite votre rencontre avec Jacqueline Delaunay qui dirige Acc&Led ?
C’est une histoire assez sympa. Il y a une dizaine d’années, un de mes amis a monté LightCo, (société disparue depuis) un regroupement de directeurs de la photo. L’idée était de mettre en relation plusieurs directeurs photos avec des producteurs, lesquels pouvaient choisir le directeur photo correspondant à leur style d’image, un style de création, une technique. Nous étions plusieurs partenaires associés. Nous nous retrouvions régulièrement lors de réunions avec des calls tous les deux mois avec des prestataires pour nous présenter du matériel. Et c’est ainsi que j’ai rencontré pour la première fois Jacqueline Delaunay qui venait de faire entrer dans son parc je ne sais plus quel matériel, peut-être les TruColor de chez Cineo. Je me suis intéressé aux produits et me suis très bien entendu avec Jacqueline et j’ai ainsi commencé à m’associer techniquement avec Acc&Led afin de développer beaucoup de mes projets quasiment depuis ses débuts en 2012.
Jacqueline a investi sur des équipements qui m’intéressaient et a vraiment parié sur moi, ce qui a fonctionné. Elle a investi sur 20 SL1 Maxi Switch pour Le Meilleur Pâtissier en saison 6, c’était lourd comme investissement ! Je les utilise encore et continuerai à les utiliser si une nouvelle saison du Meilleur pâtissier se confirme, un super produit puissant et doux. Nous fonctionnons comme des partenaires, dès qu’elle a un matériel nouveau, Jacqueline me prévient, me demande : « Tu en penses quoi ? Viens voir ! ». Je viens voir, lui dis : « Oui, non ». Cette collaboration a été un atout pour son développement, mais pour le mien également. C’est un partenariat gagnant-gagnant !
Une conclusion ?
J’aimerais conclure cette interview sur Le Meilleur Pâtissier en remerciant le réalisateur que je connais depuis 2001 qui me fait confiance et surtout me canalise, Olivier Ruan, qui possède une véritable connaissance de l’image et un regard très cinéphile sur la lumière. Nous avons évolué ensemble et appris à mettre nos compétences en commun. J’ai énormément de respect pour lui, pour ses connaissances et sa diplomatie. Sur Le Meilleur Pâtissier, il a réussi à fédérer un groupe de cameramen, de techniciens, créer une famille. Du coup, on se sent presque en vacances sur cette émission… ressentir du plaisir est l’attrait de notre métier. Si tout va bien, nous redémarrerons en juin prochain.
Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #43, p. 32-40
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