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Le siège d’OBS, à Madrid, abrite également une partie des services de la chaîne olympique, lancée officiellement le 21 août 2016. © 2022 Olympic Braodcasting Services – Mario Martin

Dans la machine OBS

 

Filiale du CIO, Olympic Broadcasting Services (OBS) a été créé en mai 2001 dans le but de fournir à la communauté des radiodiffuseurs mondiaux le signal international des JO et Paralympiques d’été et d’hiver. Après avoir assuré en partie le contrôle des opérations de radiodiffusion pour la première fois lors des Jeux de Pékin en 2008, par le biais d’une coentreprise baptisée Beijing Olympic Broadcasting (BOB) avec le comité d’organisation local, les Jeux de Londres, quatre ans plus tard, ont marqué l’avènement d’OBS en tant que seul opérateur hôte pour un rendez-vous estival.

 

« Brain company »

Dès l’annonce de la ville hôte par le CIO (Comité international olympique) – cette annonce intervient en général sept ans avant l’événement –, OBS, dont le siège social est à Madrid, est officiellement chargé de la planification et de l’exécution des opérations de radiodiffusion.

Ses missions principales sont alors de produire les signaux internationaux de télévision et de radio, d’assister le comité d’organisation (COJO) dans la conception et la construction des infrastructures nécessaires sur les sites pour répondre aux besoins d’OBS et des détenteurs de droits, de concevoir, équiper, installer, exploiter puis démonter le Centre international de radiotélévision (en anglais IBC), de concevoir, construire, installer, exploiter puis enlever les installations et équipements nécessaires sur les sites de compétition et de sélectionner des sites hors compétition, de relayer les besoins des détenteurs de droits auprès du COJO concernant les installations et les services, enfin de produire divers contenus et de maintenir un service d’archives olympiques pendant la durée de l’événement.

La planification de l’ensemble des opérations de radiodiffusion hôte s’étale en général sur trois à quatre ans. Cependant, « ce processus de planification chevauche également d’autres projets, au moins trois, qui sont gérés par la même équipe mais qui sont actuellement à des stades d’avancement différents », explique-t-on à Madrid.

Autant de missions qui, pour une édition estivale des Jeux, mobilisent quelque 8 000 professionnels, dont certains free-lances internationaux qui vont d’événement en événement. « Grâce aux avancées technologiques et aux capacités de diffusion basées sur le cloud, OBS a été en mesure d’optimiser ses opérations et d’atteindre une plus grande efficacité, ce qui a permis de maintenir le personnel opérationnel au même niveau que lors des Jeux précédents, tout en produisant jusqu’à 30 % de contenus en plus, comme ce fut le cas à Tokyo par exemple. »

Successeur de l’espagnol Manolo Romero, à l’origine de la création d’OBS, le grec Yiannis Exarchos dirige la filiale du CIO depuis la fin des Jeux de Londres 2012. © 2022 Olympic Broadcasting Services – Mario Martin

En fait, sous la direction du Grec Yiannis Exarchos, qui a succédé après les Jeux de Londres 2012 au légendaire espagnol Manolo Romero, à l’origine de la création d’OBS et pionnier de l’industrie de la radiodiffusion hôte, la filiale du CIO est typiquement ce qu’il est convenu d’appeler une « brain company ». Son fonctionnement s’appuie sur un noyau de collaborateurs permanents (plus de 160, représentant plus de trente nationalités) auquel viennent s’agréger des effectifs « circonflexes », selon le lexique des économistes, qui montent et qui baissent au gré des besoins et des périodes.

Côté matériel, pour assurer une couverture complète des Jeux, OBS a principalement recours à la location auprès de fournisseurs tiers. Cette approche répond à plusieurs objectifs, notamment la commodité de la maintenance et l’accès aux technologies et équipements de dernière génération. Par ailleurs, outre plusieurs polecams et d’autres systèmes de caméras, « trois véhicules spécialement conçus pour la diffusion en direct, que nous utilisons d’un rendez-vous olympique à l’autre, font partie de nos équipements propres et seront ainsi déployés pour la couverture des épreuves d’aviron lors de Paris 2024 », annonce l’opérateur.

De plus, ce dernier a réalisé des investissements stratégiques dans un système de contrôle central et un réseau de contribution de pointe. Entre les sites et l’IBC, les signaux UHD sont transférés en IP avec une redondance en SDI afin de minimiser les risques. La nouvelle infrastructure de transport prévoit également la mise à disposition de la technologie ST2110, en plus d’une distribution standard en 12 G. « Cette approche avant-gardiste nous permet d’optimiser l’utilisation des ressources et de répondre aux exigences spécifiques de chaque édition des Jeux. »

 

En route pour Paris 2024

Produit nativement en Full UHD HDR et audio immersif 5.4.1, Paris 2024 bénéficiera du standard de production inauguré lors des Jeux de Tokyo. © 2021 Olympic Broadcasting Services – Owen Hammond

 

Lors des JO de Tokyo 2020, OBS avait livré quelque 9 500 heures d’images aux différentes familles d’ayants droit (chaînes linéaires, services OTT, réseaux sociaux…). Pour Paris 2024, la filiale du CIO annonce un volume de production global prévisionnel de plus de 11 000 heures, dont 3 800 à 4 000 heures dédiées aux épreuves en direct ainsi qu’aux cérémonies d’ouverture et de clôture.

Fin juin, le CIO recensait vingt-trois détenteurs de droits, garantissant à eux seuls une couverture mondiale de l’événement, et plus d’une centaine de sous-licenciés, dont France Télévisions et d’autres chaînes en clair qui sont contractuellement tenues de consacrer un minimum de 200 heures à une édition estivale des Jeux.

Pour l’opérateur hôte des JO, « chaque rendez-vous olympique comporte son ensemble unique de défis et de complexités. Cependant, ces défis représentent également des opportunités, obligeant nos équipes à penser de manière innovante et à concevoir de nouvelles solutions et approches afin de diffuser les Jeux », souligne-t-on au siège d’OBS.

En l’occurrence, ceux de Paris, dont la planification est gérée depuis Madrid, la plupart des travaux étant effectués à distance, seront à la fois l’occasion d’asseoir certaines technologies et pratiques opérationnelles inaugurées lors des derniers Jeux d’été (Tokyo) et d’hiver (Pékin), et d’en introduire de nouvelles, conçues autour de quatre objectifs : améliorer la qualité de la production et élever le niveau de service fourni aux diffuseurs, selon le slogan forgé pour l’occasion. « Le sport à travers une lentille cinématographique » ; utiliser la technologie et les nouvelles données pour améliorer la narration en offrant une couverture plus centrée sur l’athlète et des solutions immersives ; s’assurer que le contenu est accessible et évolutif, en prenant en charge les opérations à distance et la production numérique ; enfin accroître l’efficacité des flux de travail et des outils OBS, permettant à l’opérateur hôte d’en faire plus avec moins de ressources et d’installations, tout en fonctionnant de manière plus intelligente et plus rentable.

Ainsi, l’événement sera produit dans un standard Full UHD HDR avec audio immersif 5.4.1, après la bascule technologique opérée lors des Jeux de Tokyo. Sur l’ensemble des sites, la production utilisera pour la première fois des caméras cinématographiques, capables de fournir des images avec une faible profondeur de champ qui pourront être exploitées en direct ou en différé.

OBS proposera des expériences vidéo volumétriques 3D et de réalité augmentée (AR) de haute qualité mettant en vedette des athlètes olympiques et paralympiques. « Ces expériences uniques offriront aux fans un aperçu des aspects les plus intimes et personnels de l’entraînement et de la préparation de leurs athlètes préférés avant les Jeux », précise l’opérateur. « Il sera possible d’y accéder via des terminaux mobiles, améliorant ainsi l’engagement et le plaisir des amateurs de sport. »

Le nombre des systèmes multi-caméras sera au moins doublé par rapport à celui de Tokyo 2020, où ils avaient été utilisés sur quelques sports seulement (basket-ball 3×3, gymnastique, athlétisme, cyclisme BMX freestyle et course, golf (trou 14 Te), finale féminine de football, skateboard street, escalade sportive, volley-ball). Ces outils serviront à des rediffusions visuellement riches, de type « Matrix » (stroboscopique), permettant de décrypter la performance sportive au-delà des noms, des temps et des scores. OBS produira également des graphismes dynamiques avec de nouvelles données (tracking automatique de plusieurs athlètes en temps réel, mesures de distance et de vitesse…) améliorant la narration.

Pendant les compétitions, via la plate-forme OBS Cloud, lancée en septembre 2018 avec le concours du géant chinois Alibaba, l’un des « top sponsors » du mouvement olympique depuis 2017, des vues panoramiques des sites externes les plus pittoresques seront proposées aux détenteurs de droits, en complément des douze « beauty shots » utilisées en direct.

 

L’an prochain, l’initiative « Athlete Moments », lancée à Tokyo, sera poursuivie et étendue à un plus grand nombre de disciplines. © 2021 Olympic Broadcasting Services – Owen Hammond

OBS poursuivra, en association avec Intel, le développement de son projet pilote d’OB van virtualisé (configuration de production remplissant les mêmes fonctions qu’un car-régie traditionnel mais basée sur une architecture logicielle hébergée dans le cloud), amorcé sur le curling lors des Jeux d’hiver de Pékin 2022, ainsi que l’initiative « Athlete Moments ». Étrennée à Tokyo, cette suite numérique, comprenant une « Cheer Map » et un « Fan Video Wall », sera étendue à un plus grand nombre de disciplines et accessible via Olympics.com ainsi que via les détenteurs de droits participants. Elle permettra à ces derniers de connecter les athlètes avec leurs fans et aux téléspectateurs et familles du monde entier d’interagir avec les événements en direct.

Les ressources de l’intelligence artificielle (IA) seront également mobilisées afin de générer automatiquement du contenu sous forme de highlights avec un délai d’exécution rapide et dans différents formats de livraison.

 

OBS Cloud dans une autre dimension

À quoi s’ajoutera une distribution des signaux en direct via le cloud, qui rendra l’accès aux contenus plus simple et plus économique, augmentera ou réduira leur volume en fonction des besoins et permettra d’offrir le choix entre les différentes normes de diffusion (HD ou UHD).

Pour Paris 2024, ce modèle de distribution, de même nature que celui des derniers Jeux d’hiver (Pékin 2022), sera plus volumétrique par rapport aux modèles de livraison standard. Depuis l’IBC ou via le cloud, 49 flux seront proposés en UHD et 50 en HD. Celui d’actualités destiné à la chaîne olympique sera, lui, distribué uniquement dans ce dernier format.

D’autre part, un réseau de transmission international étendu sera mis en place afin de faciliter les opérations à distance et d’offrir une flexibilité accrue aux diffuseurs, tout en réduisant les coûts globaux. De leur côté, les médias sociaux travaillant sous l’ombrelle des détenteurs de droits se verront attribuer des postes supplémentaires à proximité des FOP (field of play) et dans des zones contiguës aux aires de compétition.

Pour optimiser les services de la plate-forme OBS Cloud, opérationnelle depuis Tokyo 2020, priorité a d’abord été donnée à la mise en place d’une connectivité dédiée entre l’IBC et le data center, où sera hébergée l’infrastructure d’Alibaba, fournisseur officiel des services en nuage. « Cette connectivité optimisée assurera une communication transparente et efficace et améliorera les performances et la fiabilité globales de notre plate-forme. »

Dans le même registre, l’autre initiative vise à améliorer l’expérience utilisateur et à réduire la latence. Pour cela, « nous avons entrepris de répliquer stratégiquement nos services dans trois régions clés du monde (Amérique du Nord, Europe, Asie), dans le but de réduire considérablement le temps nécessaire aux utilisateurs pour y accéder et de les faire profiter d’un environnement plus réactif », fait-on valoir du côté d’OBS.

 

Des caméras dotées d’optiques stabilisées seront l’une des composantes du dispositif déployé par OBS pour filmer la flottille des délégations nationales sur la Seine. © Paris 2024

 

Durabilité

Par ailleurs, tant en ce qui concerne l’IBC (lire plus loin) que les broadcast compounds (centres de production) installés sur site où, par exemple, le nombre des cabines pour les unilatérales sera plus réduit que lors des Jeux de Tokyo 2020, OBS s’est efforcé d’adapter ses plans au puissant courant qui parcourt le monde d’aujourd’hui : la transition écologique.

Ainsi, en transférant la plupart des flux de production vers le cloud pour plus d’efficacité et de flexibilité, des équipements de front-end et back-end sur mesure peuvent être montés, testés, intégrés depuis le siège madrilène avant d’être physiquement déployés sur site. « Cela permet de réduire considérablement le temps d’installation et le besoin d’une présence physique globale dans la ville hôte », abonde une source interne.

Ainsi encore, la mise en œuvre de visites virtuelles supplémentaires, d’outils collaboratifs, de systèmes de visioconférence et d’autres technologies a contribué à limiter les déplacements et les transports. « Ce changement se traduit, non seulement par un allègement du bilan carbone, mais ces progrès technologiques ont également un impact positif sur nos méthodes de planification, avec à la clé une efficacité accrue et des pratiques de durabilité améliorées pour l’ensemble de nos opérations. »

 

La Seine entre en Jeux

Enfin, Paris 2024 révolutionne le concept de la cérémonie d’ouverture, de tout temps organisée dans l’enceinte du stade olympique. « Son déplacement sur la Seine représente un bond en avant extraordinaire qui défie les conventions et nous projette en terre inconnue », reconnaît-on du côté d’OBS, dont les équipes ont pu réaliser le 17 juillet dernier des tests de prises de vues lors d’une première répétition (d’autres sont prévues dans les prochains mois) à laquelle participaient 57 bateaux. Le jour J, ils seront 91 (plus 25 de réserve), sur lesquels défileront quelque 10 500 athlètes, à descendre durant quelque 45 minutes le fleuve d’est en ouest, du pont d’Austerlitz jusqu’au pont d’Iéna. Quatre-vingts écrans géants jalonneront les 6 kilomètres du parcours le long duquel quelque 600 000 spectateurs devraient prendre place.

« En tant que producteur, pour que le public présent et le milliard et demi de téléspectateurs attendu ne ratent rien de cet événement sans précédent, nous poursuivons un double objectif : épouser sans réserve la vision du directeur artistique (ndlr : le metteur en scène de théâtre Thomas Jolly) et mettre en valeur les athlètes eux-mêmes », expose un acteur du dossier. « Nous serons ainsi présents dans tous les coins et aspects de la cérémonie, que ce soit sur les bateaux avec les athlètes ou positionnés à proximité des monuments emblématiques balisant le parcours. Grâce à des images aériennes fournies par des hélicoptères, des drones et des systèmes sur câbles, à de nouvelles technologies et de nouveaux systèmes de caméras (ndlr : l’opérateur utilisera une embarcation pneumatique sur mesure accueillant des caméras dotées d’objectifs stabilisés afin de compenser les remous provoqués par la parade fluviale) et, enfin, au dévouement inébranlable de son personnel, OBS s’efforcera d’offrir au monde entier une expérience immersive incarnant l’esprit et la beauté captivante des Jeux Olympiques. » Vivement le 26 juillet prochain !

 

Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #53, p. 124-128