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Le kit Deity Theos est soigneusement agencé dans une mallette style Pelican à deux étages. © DR

Deity Theos Digital Wireless – Ensemble HF numérique deux canaux

 

Parmi une gamme complète conçue pour le tournage, nous choisissons de tester le nouvel ensemble HF numérique Theos composé d’un récepteur double, de deux émetteurs ceinture et de deux micro-cravates, un pack proposé légèrement au-dessus des 1 000 euros hors taxes.

Filiale audio du groupe Aputure spécialisé dans l’éclairage Led, Deity propose sur son catalogue des micros adaptés à la prise de son à l’image pour perche et pour caméra, une gamme podcast, mais aussi des accessoires de tournage.

On y trouve, par exemple, une alimentation pour sacoche, ou encore une gamme timecode comprenant un clap et des générateurs. Le tout s’inspire plus ou moins ouvertement de références déjà en place, tout en intégrant les dernières technologies et fonctionnalités disponibles. Ainsi, sur le système Theos choisi pour ce test qui revient à environ 500 euros HT la liaison, on retrouve des choix techniques (modulation HF numérique, plage de fonctionnement étendue) mais aussi des fonctionnalités (pilotage Bluetooth, enregistrement sur les émetteurs) initiées par des marques pionnières comme Zaxcom ou Sound-Devices. Au-delà de l’effet d’annonce, comment se comporte cet ensemble sur le terrain ?

 

L’app éditée par Sidius Audio permet de contrôler et de régler l’ensemble : la modernité a du bon. © DR
Une présentation soignée

Le kit est livré dans une mallette style Pelican. On y retrouve deux émetteurs ceinture DBTX, le récepteur double D2RX avec son adaptateur sabot flash pour placer le récepteur sur appareil photo ou caméra, l’ensemble de la connectique, les antennes détachables au format SMA, les deux micro-cravate Deity W Lav Pro, ainsi que six piles lithium au format LR6. Lesquelles permettent d’atteindre douze heures sur l’émetteur et neuf heures sur le récepteur, là où avec des accus NIMH rechargeables, le constructeur annonce sept heures sur l’émetteur et six heures sur récepteur.

Rien à redire, la présentation est soignée, et ces boîtiers en alu, légers et bien finis, donnent une allure pro à l’ensemble. Deity adopte ici la solution classique qui consiste à placer l’ensemble des commandes ainsi que le bouton de mise en route sous la trappe à piles : c’est parfait pour éviter les manipulations accidentelles, mais c’est moins pratique pour une exploitation en sacoche où les ingénieurs du son apprécient la présence d’un bouton de mise en route accessible sur le dessus.

En ouvrant la trappe, on retrouve deux emplacements au format LR6, un standard qui n’est sans doute pas le plus performant aujourd’hui en termes d’autonomie, mais qui donne la garantie qu’on pourra toujours se dépanner facilement partout dans le monde. Et puis, cette source d’énergie amovible et remplaçable à volonté reste un avantage certain par rapport aux petits modèles 2,4 GHz type Røde Wireless Go ou Saramonic Blink, bien plus compacts mais dont la batterie n’est pas démontable… En dépannage, l’USB-C permet l’alimentation des appareils via des batteries type Power Bank par exemple, mais à condition de garder la puissance d’émission à 10 mW et d’éteindre les écrans…

 

Les connecteurs livrés permettent de faire face à toutes les situations : appareil photo, camescope pro, sacoche son et même ordinateur via USB-C. © DR
Quelques surprises…

Avant de pouvoir exploiter ce kit, une petite séance de travail manuel est obligatoire, puisque les deux jeux d’antennes sont à couper soi-même à la bonne longueur.

Comme la plage de fréquences s’étale entre 550 et 832 MHz en France, mais peut atteindre 920 dans d’autres pays, Deity se simplifie la vie de cette manière. L’opération de découpe des antennes n’est pas très compliquée puisqu’un gabarit spécial est fourni, mais elle suppose de se munir d’une pince coupante afin d’obtenir deux jeux d’antenne que l’on choisira en fonction du bloc de fréquences utilisé…

Comme d’habitude chez les fabricants de HF numériques, le principe et surtout les codecs utilisés sont rarement précisés. Deity mentionne juste un système 24 bits/48 Khz avec visiblement un double convertisseur 24 bits utilisé pour la numérisation au niveau des émetteurs et une technologie de modulation numérique propriétaire. Notons aussi que le constructeur a opté pour un découpage en quatre blocs que l’utilisateur choisira au moment d’effectuer le scan des fréquences : 550-608, 608-630, 630-694, et 823-832, une plage qui reste intéressante pour la France car elle permet de profiter du « duplex gap ».

 

Ecran scan couleur © DR

Autre surprise qui pourra déstabiliser lors de la première mise sous tension, le récepteur affiche une invitation à réinitialiser le Bluetooth, tandis qu’un QR code s’affiche sur l’écran Led que mon smartphone ne semble pas comprendre. Renseignement pris sur le manuel (uniquement en anglais) il faut passer par le smartphone pour initier l’ensemble, ce qui signifie qu’il faut obligatoirement télécharger l’app éditée par Sidius Audio et accepter de se localiser : ça peut refroidir un peu, mais il s’agit de choisir les bonnes plages de fréquence en fonction du pays. Je m’exécute donc en choisissant l’option « quand l’app est ouverte », et me retrouve dans une application qui me fait penser à celle proposé par Tentacle pour gérer leurs modules de TC. Je parviens à initier le récepteur et l’émetteur entièrement depuis mon smartphone. Une fois l’app téléchargée, je retrouve finalement mes marques en accédant facilement à tout ce dont j’ai besoin : le scan des fréquences, le réglage des niveaux d’entrée et de sortie, le réglage de TC des deux enregistreurs présents sur les émetteurs.

Tout est accessible directement sur les appareils, ou à distance, depuis le smartphone grâce à la transmission Bluetooth. On peut même personnaliser les émetteurs en les nommant (sept caractères max) et en leur attribuant une couleur. En outre, les écrans sont très lisibles et la prise en main est rapide car il n’y a pas de section ou de sous-menu. Un peu déstabilisante de prime abord, il faut bien avouer que cette modernité reposant sur le Bluetooth et le smartphone offre des possibilités de réglages à distance et une vision centralisée de tous les paramètres réservée jusqu’à présent à des systèmes haut de gamme… À l’usage, le confort est indéniable, même si la synchronisation de tout ce beau monde demande tout de même que les trois éléments se trouvent bien placés en proximité à chaque redémarrage.

 

Gros plan sur la trappe à piles et le port Micro SD pour l’enregistrement direct sur l’émetteur. © DR
Le récepteur double

À ce niveau de prix, on n’est pas surpris de retrouver sur la gamme Theos des connecteurs mini-jack verrouillables, une solution moins compacte, mais plus abordable que le Lémo par exemple. Sur le récepteur, par contre, sont présentes non pas une, mais deux sorties mini-jack stéréo, ce qui peut paraître surprenant. En circulant dans les menus, on comprend que ces deux sorties sont entièrement paramétrables. Suivant les situations, elles peuvent véhiculer un ou deux canaux séparés ou encore se transformer en voie de monitoring.

En sacoche ou sur un camescope pro, on utilisera le mode monocanal pour utiliser les deux adapteurs XLR simples sans avoir à utiliser de bretelles, tandis qu’avec un appareil photo, on utilisera le connecteur mini-jack qui véhiculera les deux canaux séparés sur chaque piste du DSLR, tandis que l’autre port mini-jack pourra servir de monitoring casque. C’est plutôt malin !

 

Le sabot fourni permet de placer facilement le récepteur sur un reflex numérique. La deuxième sortie permet alors d’être utilisée comme monitoring casque. © DR
Des émetteurs très complets

L’entrée mini-jack des émetteurs peut recevoir des micros dynamiques ou à électret et les alimenter en 3 V ou 5 V. Elle peut également recevoir des niveaux ligne toujours utiles pour réaliser une liaison mixette-caméra, ou reprendre une console de sono. L’alimentation 48 V, pour goûter aux joies de la perche HF, n’est en revanche pas de la partie.

Le réglage du niveau d’entrée se fait avec un indicateur de niveau bien lisible, mais dont la balistique n’est vraiment pas standard. Résultat, j’ai eu tendance au départ à surmoduler un peu et à saturer légèrement, et ce risque est d’autant plus réel que le système est dénué de limiteur. Rien d’ingérable, mais cela demande quelques tâtonnements et pourrait être amélioré.

On est par contre étonné de trouver une sortie casque sur chaque émetteur. Pour l’instant, y brancher un casque permet juste de vérifier que le son transite bien à l’émetteur, mais avec une latence audio nettement audible. Bien que ce ne soit pas possible aujourd’hui, on peut imaginer qu’elle a plutôt été prévue pour écouter au casque les enregistrements présents sur la carte Micro SD 32 Go fournie, car effectivement, il y a bien un enregistreur intégré. Ce dernier produit des fichiers BWF en résolution 32 bits flottants ou 24 bits@48 Khz avec un timecode intégré largement exploitable en mode Jam puisque la dérive du système annoncé est d’une image par quarante-huit heures.

Le déclenchement de l’enregistrement peut se faire manuellement depuis l’App Sirius, directement sur les émetteurs, ou automatiquement dès la mise en route. La puissance d’émission HF est réglable sur 10,25 ou 50 mW et même en restant à 10 mW, le test de portée est très satisfaisant pour un système qui n’est pas « true diversity ». Tant en intérieur avec des cloisons et des murs, qu’en extérieur, en poussant la puissance d’émission jusqu’à 50 mW, nous avons pu régulièrement atteindre une bonne cinquantaine de mètres en milieu urbain, même avec quelques obstacles.

 

Les capsules W Lav Pro livrées avec le système Theos sont de taille comparable à la Cos-11 de Sanken. © DR
Qualité audio et latence

Sont incluses dans le pack Theos deux capsules Deity W Lav Pro, des modèles étanches dont la taille est relativement comparable à des standards établis comme les DPA 4060 ou Sanken Cos 11. Les accessoires fournis se limitent à une pince métallique et une bonnette en mousse, mais l’utilisateur déjà équipé pourra utiliser ceux prévus pour DPA ou Sanken. Afin de réaliser quelques enregistrements comparatifs, j’essaye de connecter une capsule Sanken Cos 11 déjà câblée en mini-jack TRS, mais aucun signal ne passe à moins de distribuer le point chaud à la fois sur Tip et Ring.

À la réécoute, le micro Deity donne sur les voix un peu moins de présence vers les 4-5 kHz que la capsule japonaise, mais le rendu général reste équilibré. Le bruit de fond est relativement bas, et sur ce point, le constructeur a fait de gros progrès par rapport à son ancienne gamme 2.4 GHz. Une fois importé dans Pro Tools, je constate un retard entre la perche filaire et les HF Deity de six millisecondes, ce qui est conforme avec la latence annoncée par le constructeur. Rien de dramatique en soi, mais sur ce point, les systèmes HF numériques de dernière génération proposés par des marques comme Sennheiser ou Shure font mieux avec des latences inférieures à 2 millisecondes.

D’autre part, les capsules fournies ainsi que les Sanken d’ailleurs, fournissent un signal en opposition de phase par rapport au micro filaire, ce qui nécessitera, pour les utilisateurs qui mixent plusieurs micros de nature différente, de l’inverser, mais ce n’est sans doute pas le cœur de cible visée.

 

Les capsules W Lav Pro © DR
Le milieu de gamme numérique

Au final, ce pack Theos est à la fois moderne, complet, facile à utiliser et abordable. La cible première sera sans doute le réalisateur indépendant qui cherche une solution plus pro et plus fiable que les systèmes 2,4 GHz. En effet, la plage HF étendue, la bonne portée, l’enregistrement avec timecode intégré et le pilotage Bluetooth sont des points forts indéniables qui ont de quoi séduire.

Bien sûr, l’utilisateur avancé devra composer avec la latence et éventuellement la phase, mais ce sont des paramètres que les enregistreurs actuels permettent de maîtriser et que les ingénieurs du son connaissent bien…

 

Les trois utilisations de l’USB-C

Sur le système Theos, le port USB-C a trois fonctions. Il permet d’alimenter émetteurs et récepteurs en secours. Il peut également servir à effectuer les mises à jour de firmware ou à transmettre les fichiers enregistrés sur la carte Micro USB directement sur l’ordinateur sans avoir à l’enlever, ce qui n’est pas un luxe sachant que cette opération demande vraiment des doigts de fée.

Mais les techniciens de Deity ont également mis à profit l’USB pour transmettre en numérique les deux canaux du récepteur D2RX. Connecté directement en USB-C à mon MacBook Pro, le récepteur Deity est donc apparu automatiquement dans MacOS parmi les entrées disponibles. J’ai ainsi pu réaliser un enregistrement numérique directement dans Pro Tools en créant un périphérique agrégé.

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #56, pp 26-29