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Julien Tricard, président et fondateur du Media Club Green et directeur-fondateur de Lucien Prod. © DR

Un ambassadeur du développement durable auprès de la filière audiovisuelle

 

Cet ambassadeur du développement durable est lui aussi producteur. Par la force des choses, souvent, il met donc en application les conseils qu’il dispense : la preuve par l’exemple !

 

Éduquer, passer à l’acte et former

« Mon évangélisation des producteurs va de pair avec des films engagés sur l’environnement ou sur les questions environnementales que je produis. En ce moment, je finalise par exemple pour France 3, un documentaire sur la pollution aux microplastiques en haute altitude. La force du métier de producteur c’est de pouvoir éveiller le public ou au minimum d’informer… Mais outre la question éditoriale, notre filière peut faire des efforts car quelle que soit notre activité, nous contribuons tous au réchauffement climatique… »

« Et c’est là où nous, le Media Club Green, intervenons ! Les problématiques écologiques, complexes, concernent une grande diversité de postes et pour progresser, il faut se poser les bonnes questions au bon moment, avec les bonnes personnes et les bons prestataires. C’est sur ces points que le Media Club Green joue un rôle en sensibilisant et en apportant une visibilité sur les solutions existantes. Il existe un troisième pilier, c’est la formation, la transmission à tous les niveaux des savoirs en relation avec le développement durable », récapitule Julien Tricard.

 

« La force du métier de producteur c’est de pouvoir éveiller le public », souligne Julien Tricard qui a cet été tourné « Pas si douce », un documentaire sur la pollution aux microplastiques en haute altitude… © DR

Illustration par l’exemple…

« Chez Lucien Prod, nous avons produit Les Incorrects, un film documentaire sur l’histoire d’Alice Milliat, une pionnière du sport féminin qui a tenu tête à Pierre de Coubertin pour que les femmes puissent entrer dans les stades en tant que sportives. Elle a créé les Jeux olympiques féminins qui ont eu un succès phénoménal entre les deux guerres mondiales. Pour traiter ce sujet engagé, nous avons interviewé des sportives à l’international, ce qui nous a mené à tourner en Nouvelle-Zélande, en Algérie, en Éthiopie, en Hongrie et aux quatre coins de la France, mais nous avons choisi de ne pas nous déplacer et au final, ce film a été tourné sans prendre un seul billet d’avion. »

« C’est beaucoup de travail en amont parce qu’il faut sélectionner les bonnes équipes sur place, faire des feuilles techniques très précises pour que les gens travaillent tous de la même façon… Mais ça vaut le coup ! », s’enthousiasme le producteur avant de préciser : « J’ai calculé le bilan carbone fictif de cette production en mode traditionnel, c’est-à-dire en envoyant des équipes aux quatre coins de la planète avec les hébergements. Ce bilan carbone aurait été de douze tonnes, il est passé à deux tonnes soit une diminution de 78 %. Le résultat financier est aussi très positif : j’ai économisé 12 000 euros… Mais je ne suis pas le seul, d’autres sociétés ont institutionnalisé ce type d’approche, par exemple, Bonne pioche, qui ne fait quasiment plus que des coproductions sur l’environnement, a aussi mis en place ce type de process. »

 

Les Incorrects, un film documentaire sur l’histoire d’Alice Milliat, une pionnière du sport féminin qui a tenu tête à Pierre de Coubertin pour que les femmes puissent entrer dans les stades en tant que sportives. © DR

Une question de bon sens…

« Globalement, adopter une démarche écologique c’est juste arrêter de gaspiller dans tous les sens », souligne Julien Tricard. « Sur le long terme comme le moyen terme, on est gagnant mais c’est vrai qu’il y a un petit coup de collier à donner pour amorcer la démarche ! »

Il poursuit : « C’est dans le sens de l’histoire, notre métier va se transformer parce qu’on ne pourra pas faire autrement. Intéressez-vous au discours de Benoît Ruiz et Cédric Lejeune qui ont développé au sein de leur société Workflowers un service d’accompagnement « Réduction Carbone » à l’attention des acteurs des médias. Ils mettent en évidence une accélération de la raréfaction des ressources de tous types et, que l’on parle de métaux rares mais aussi tout simplement d’eau, la fabrication des composants électroniques devient de plus en plus problématique. Il faudra donc bientôt être plus frugal par nécessité. » Comment amorcer le processus pour s’inscrire dans une démarche de développement durable ?

 

Créée en 2009 par l’ADEME, Audiens, la Commission du Film d’Île-de-France, Direccte IDF, France Télévisions et TF1, Ecoprod propose toute une palette d’outils pour maîtriser l’impact environnemental des productions audiovisuelles. © DR

 

En France, les formations et initiatives sectorielles se multiplient, comme le détaille Julien Tricard : « Ecoprod et la CST ont mis en place une formation avec l’AFDAS, le MediaClub’Green a fait de même avec Secoya  Ecotournage et Media Faculty, Secoya et Media Faculty organisent aussi une formation pour le CPNEF (la Commission Paritaire Nationale Emploi-Formation). On peut aussi devenir membre du MediaClub’Green, d’Ecoprod ou suivre les travaux de la CST pour se tenir informé des dernières actualités… L’information existe, il faut juste aller un peu la chercher ! Pour ce qui est des conseils concrets, si vous avez un tournage, appelez Secoya. Si vous êtes plutôt dans l’animation ou dans la postproduction, tournez-vous vers Workflower. En termes de services opérationnels, si vous faites un tournage cinéma, penchez-vous sur ce que font des acteurs comme La Ressourcerie du Cinéma qui travaille sur la problématique des décors ou encore sur la proposition de Fin de Déchets qui propose de recycler les déchets générés sur les tournages. Tout un écosystème est déjà en place. »

 

Julien Tricard a tourné cet été « Pas si douce », un documentaire sur la pollution aux microplastiques en haute altitude… © DR

Le CNC a repéré quatre périmètres sur lesquels il est possible d’être proactif sur un tournage : les déchets, l’approvisionnement, l’énergie et les transports mais comme il le précise, l’impact de l’audiovisuel est beaucoup plus large que la production… « Il y a une vie après : les films, les séries sont diffusés sur des plates-formes, chez les diffuseurs, sur des écrans de cinéma et puis désormais dans des mondes virtuels. La problématique du numérique est vertigineuse ! Toutes les activités numériques regroupées génèrent d’ailleurs 4 % des émissions de gaz à effet de serre, c’est-à-dire deux fois plus que l’aviation et probablement la moitié de ces émissions sont dues à l’utilisation de bande passante pour la consommation de contenus, dont notamment les contenus Netflix, Disney et le porno ! Et la consommation mondiale n’arrête pas d’augmenter ! Face à ces enjeux, le MediaClub’Green s’est mis en quête d’alerter et d’apporter les meilleures réponses avec un maximum d’informations autour de toutes ces problématiques… »

 

Pour produire le documentaire « Les Incorrectes », Julien Tricard a tourné en Nouvelle-Zélande, en Algérie, en Éthiopie, en Hongrie et aux quatre coins de la France… Sans bouger de son bureau, résultat : un bilan carbone diminué de 78 % ! © DR

Une responsabilité collective

Le périmètre sur lequel tout un chacun peut agir est large… En réfléchissant, on peut souvent consommer moins de ressources, être moins énergivore. La course aux pixels n’est pas non plus toujours très légitime. Du côté des industries techniques, les gros fabricants de caméras et des loueurs avaient jusqu’à présent un modèle économique qui consistait à proposer des nouveaux modèles de plus en plus performants de façon régulière…

« En réalité, on exploite souvent des moyens dont on n’a pas toujours impérativement besoin. Par exemple, dans de nombreux cas l’usage du format 8K n’est pas utile, en plus du matériel onéreux, vous risquez de payer plus de jours de montage parce qu’en postproduction les équipements vont se retrouver aux limites de leur puissance de calcul… », avertit le producteur.

« Peut-être que l’avenir c’est moins d’équipements ultra performants et plus de services autour de l’optimisation des outils existants pour sortir de la spirale de la sempiternelle course aux nouveaux produits ? », interroge Julien Tricard. « Je n’ai pas la réponse mais je sais que la transformation inéluctable de notre industrie ne pourra se faire harmonieusement que dans la concertation et dans l’écoute des gens qui sont confrontés aux contraintes de terrain… », conclut-il.

 

Cet article est paru pour la première fois dans Mediakwest #48 p. 86-88

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