Quand on prend en main le Ronin 4D pour la première fois, le mot qui vient à l’esprit est « ingéniosité ». Alors qu’on peut être interloqué (voire sceptique ?) devant cet objet incongru, on sent d’emblée que DJI a mis ses années d’expérience en matière de têtes gyrostabilisées, que ce soit sur leurs drones ou leurs gimbals, au service de ce produit innovant et facile d’utilisation.
Le Ronin 4D est composé d’un corps principal, fait d’un alliage d’aluminium et de magnésium, duquel part un bras en fibre de carbone sur lequel est fixée une caméra nacelle Zenmuse X9. La monture d’objectif peut être DJI DL, M ou E, mais aussi depuis février 2023, L, fruit d’un partenariat avec Leica. Les focales proposées par DJI sont les 24, 35 et 50 mm avec lentille asphérique à ouverture constante f/2.8, elles aussi conçues avec une structure en fibre de carbone pour réduire leur poids. Pour le test nous avons monté le 24 mm, et avons ainsi bénéficié des automatismes et des contrôles de mise au point et d’iris.
Le corps est très modulable. Deux poignées latérales se fixent de chaque côté. La droite permet d’accéder à toutes les commandes de contrôle image, dont les filtres ND intégrés. La gauche détermine l’orientation de la nacelle, par un joystick, et verrouille le suivi de sujet. Porter l’ensemble avec ces poignées demande moins d’effort que pour la plupart des stabilisateurs, car on peut le tenir près du torse comme une caméra, plutôt qu’à bout de bras comme souvent avec les gimbals.
Sur le dessus se fixe l’écran haute luminosité de 5,5 pouces qui, comme son nom l’indique, est lisible même en extérieur, sous forte lumière. Il comporte de nombreux boutons de raccourcis et l’accès à l’ensemble des menus, très intuitifs, dans lesquels on modifie les paramètres en touchant sur l’écran la fonction choisie.
Le module média peut être une carte CFexpress ou un disque dur SSD 1 To, équipé directement d’une prise USB-C pour simplifier la connexion à un ordinateur. Les batteries intelligentes DJI sont elles aussi bien pensées, avec un contrôle visuel permanent de leur charge.
Contrairement à d’autres caméras à assembler comme des Lego, la mise en place du Ronin 4D est très aisée et rapide : pas besoin d’outils, tout se clipse directement, et les connectiques sont intégrées aux prises ce qui limite la quantité de câbles.
De même – et c’est là à mon avis – un des principaux atouts de cet appareil est le réglage très facile de la nacelle. Il suffit de monter l’objectif puis d’ajuster globalement les positions pour que la nacelle soit relativement équilibrée, avant de lancer un Auto Tune dans le menu dédié : en quelques secondes l’ensemble est prêt, sans avoir besoin de le fixer sur un trépied pour effectuer les manipulations. Quand on a connu les autres stabilisateurs, on apprécie grandement cette rapidité de mise en place.
Cet ensemble de base a un encombrement de 30 cm de côté environ, pour un poids légèrement inférieur à 5 kg.

Deux versions
Le Ronin 4D existe en deux versions : avec un bundle 6K ou un bundle 8K. Dans les deux cas il s’agit d’un capteur CMOS Full Frame 35 mm. On peut choisir d’utiliser tout le capteur ou seulement le Super 35, dans des ratios 17 :9 ou 2 :39. Les cadences d’enregistrement vont de 23,98 à 60 images par seconde, et jusqu’à 100/120 en 4K Super 35 ou en 2K Full Frame. Côté format, on choisit en interne entre ProRes 422 HQ ou H.264 (4 :2 :0 10 bit) (en 4K et 2K pour ce dernier). En 8K 60 ProRes HQ FF les débits montent à 500 Mb/s, ce qui impose bien sûr un support d’enregistrement adapté. On peut tourner en D-Log, Rec.709, ou HLG, pour une plage dynamique de 14 stops. L’accent est mis sur la qualité d’image, et on apprécie le rendu très piqué avec une excellente gestion des contrastes.

Principal atout : sa stabilisation
L’atout principal de cet appareil est bien sûr sa stabilisation. La nacelle, elle-même déjà stabilisée sur trois axes, est montée sur le bras d’axe-Z, qui vient compenser les mouvements verticaux typiques d’un opérateur qui marche ou qui court, ou les vibrations lors d’une utilisation en véhicule-travelling. Le maniement de l’ensemble est naturel et il est facile de cadrer. Comme sur les gimbals Ronin, on peut choisir entre plusieurs modes de suivi, cette fois à l’aide d’un commutateur sur le côté du corps. Les réactions de la nacelle sont personnalisables dans un menu dédié, afin d’obtenir les mouvements souhaités.
Pour bénéficier du meilleur confort d’utilisation, on peut fixer le télémètre laser LiDAR au-dessus de l’objectif et ainsi profiter d’une excellente mise au point automatique, pour peu qu’on utilise un objectif compatible. Sur les objectifs manuels il faut rajouter le moteur Focus DJI. En mode autofocus avec reconnaissance des humains, le Ronin 4D repère le sujet et le suit, non seulement pour la mise au point mais aussi avec la nacelle si on valide l’Active track Pro. En effet, grâce à la puissance de calcul de la puce CineCore 3.0 et à la technologie de deep learning, l’appareil a appris à identifier les sujets, même en mouvement. Sur le moniteur un carré propose un sujet, et si on le valide la caméra fait en sorte de le garder dans le cadre. L’opérateur n’a plus qu’à se concentrer sur ses propres déplacements, l’appareil fait le reste.

Accessoiré ou non
Pour des réalisateurs en solo qui souhaitent profiter d’un appareil efficace, rapidement mis en place et ni trop encombrant ni trop lourd, le Ronin 4D peut s’utiliser tel quel. Mais pour les équipes de tournage plus conséquentes, on peut l’accessoiriser davantage, en profitant notamment de la transmission vidéo et du contrôle à distance intégrés dans le corps principal. La transmission vidéo DJI O3 Pro émet en HD 60P jusqu’à 6 km de distance. Le réalisateur peut ainsi réceptionner le signal sur l’écran sans fil HD de 7 pouces, dans lequel il peut enregistrer les médias sur une carte microSD. Le chef opérateur peut lui aussi contrôler l’image sur un écran distancié, mais surtout procéder à des modifications de paramètres de caméra et, peut-être encore plus intéressant, il peut piloter la nacelle à distance avec les DJI Master Wheels, des roues de commande externes envoyant les instructions par signal radio. Il peut ainsi effectuer des mouvements précis, que le corps soit porté par un opérateur, fixé sur une grue ou sur un véhicule.
Un micro stéréo intégré permet une prise de son directe, et une prise mini-jack donne la possibilité de connecter un micro externe. Il n’y a pas de prise XLR mais on peut en rajouter si besoin, via la plaque d’extension spécifique. Ce système d’accessoires modulaires permet d’optimiser l’appareil pour chaque configuration de tournage.
DJI signe ici un produit audacieux, pour réaliser très facilement des travellings impeccables, avec une mise en place intuitive et rapide, modulable en fonction des types de tournages. Le bundle 6K est proposé à 6 599 euros TTC, et le 8K à 10 999 euros. La version 6K se place ainsi en-dessous des tarifs de nombreux gimbals seuls, sans la caméra associée. À ce tarif, avec la qualité d’image fournie et la simplicité d’utilisation, il paraît plus convaincant de s’équiper avec un Ronin 4D qu’avec un autre système de stabilisation.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #51, p. 14-16