Plus qu’un supplément d’âme, le documentaire gagne du terrain stratégique pour les nouvelles chaînes au Festival international du documentaire… Et T18 n’est pas en reste !
Face aux producteurs et distributeurs réunis dans la rotonde de Bellevue, Christopher Baldelli, président de la chaîne, et Caroline Cochaux, directrice des programmes et des contenus, s’emploient à envoyer un message clair. T18 est en phase de montée en charge, et la case documentaire fait de toute évidence partie du socle.
Une palette large, portée par le film avant le sujet
Chez T18, la ligne directrice éditoriale ne s’appuie pas sur une thématique dominante. Caroline Cochaux revendique, au contraire, une approche guidée par la puissance narrative des projets.
« La chaîne ne cherche pas à empiler des problèmes de société », insiste la directrice des programmes et des contenus, mais à construire une programmation à partir d’œuvres fortes.
Plusieurs exemples dessinent déjà une grille éclectique :
Elle & nous (80 ans d’émancipation), un documentaire qui retrace 80 ans du magazine Elle et son rôle dans l’émancipation des femmes ; La revanche des Kim, plongée dans la dynastie nord-coréenne ; Nos restaurants, une grande histoire française, promesse d’un récit collectif à travers les lieux emblématiques de la gastronomie ; ou encore une enquête sur les coulisses idéologiques du retour de Donald Trump.

Autant de récits politiques, culturels ou historiques qui montrent une volonté de ne pas se laisser enfermer dans une seule case.
« La palette est là et elle est large », résume Caroline Cochaux, évoquant également des sujets géopolitiques et des témoignages intimes qui s’ajoutent à la diversité éditoriale.
Une chaîne encore jeune… mais déjà en train d’investir
Ce qui ressort au premier plan dans le discours de Christopher Baldelli et Caroline Cochaux, c’est l’accélération du développement de T18. Bien que la chaîne n’ait que six mois d’existence, elle a déjà engagé des préachats et des coproductions dès 2025, sans attendre que les obligations réglementaires ne s’imposent pleinement.
Christopher Baldelli le souligne : « Dès 2025, nous avons coproduit ou fait des pré-achats, alors même qu’on n’en avait pas l’obligation. »
S’agit-il d’un positionnement offensif ? Peut-être, mais il est assumé comme nécessaire. Partir de zéro implique de remplir vite une antenne, mais aussi de prendre place rapidement dans l’écosystème.
« On avait besoin d’être alimentés assez rapidement », explique le président de la chaîne.
T18 a donc procédé par fenêtres, souvent en deuxième diffusion, pour permettre aux producteurs de boucler leur financement tout en constituant un stock éditorial cohérent.
Mais l’étape suivante est clairement enclenchée, celle où T18 devient coproducteur structurant.
« Ce qui change », continue-t-il, « c’est le temps. » À mesure que la machine se stabilise, T18 peut moins courir après le stock et davantage entrer dans la fabrication.
« On commence à rentrer sur des projets de coproduction, soit on est les premiers coproducteurs permettant aux films d’exister », ajoute Christopher Baldelli.
Pas de grille tarifaire, mais une logique de cohérence
Sur la question des budgets, la réponse des dirigeants de la chaîne est prudente, mais révélatrice. En effet, il n’y a pas de prix fixe, ni de fourchette standardisée. T18 veut garder une approche souple, au cas par cas.
« On regarde les projets, le coût, l’intérêt qu’on a pour le projet, et ce qu’on est capable de mettre », tranche le président.
Même logique côté fenêtres de diffusion. La chaîne s’aligne sur les standards du marché, discute avec les producteurs, mais refuse toute automaticité.
La priorité, dans cette phase de construction, reste la cohérence éditoriale. Caroline Cochaux revient sur le travail de catalogage déjà engagé :
« On met toujours en parallèle ce qu’on a acquis, ce qui est dans notre catalogue, et ce qu’on va produire par souci de cohérence éditoriale. »
Autrement dit, la chaîne maintient une vigilance permanente sur son identité.
Formats : le prime comme horizon naturel
Derrière la quesiton budgétaire, un point clé pour les producteurs a été abordé, l’accès au prime. La nouvelle chaîne affiche une préférence nette pour le documentaire de prime time, pensé pour sa case du lundi soir.
« A priori, le 52 minutes nous plaît beaucoup jusqu’à 70 minutes », précise Caroline Cochaux.
La chaîne reste néanmoins ouverte : 2×52, ou, « dans un cas exceptionnel », un 90 minutes, selon les besoins de programmation.
Christopher Baldelli élargit encore le spectre :
« On est intéressés par des documentaires d’histoire, culturels, scientifiques. » Concrètement, le prime fixe une norme, mais le format reste un outil de programmation plutôt qu’un cadre intangible.
Donc, la durée n’est pas un dogme, et l’enjeu, pour T18, est de pouvoir installer un rythme de prime sans perdre le spectateur à l’entrée.
Une montée en puissance attendue dès 2026
T18 avance avec pragmatisme, mais n’oublie pas sa trajectoire claire. Les obligations d’investissement vont augmenter dès 2026, puis franchir un nouveau cap en 2027. La chaîne l’assume, elle sera au-delà des minima.
« On dépassera vraisemblablement nos obligations d’investissement », se contente d’annoncer Christopher Baldelli.
Sans fixer de volume cible, la chaîne compte déjà cinq à six documentaires coproduits ou préachetés début janvier, et entend poursuivre sur ce rythme.
