Éco-référents et coordinateurs d’intimité, nouveaux métiers des tournages

La prise de conscience écologique et les différentes polémiques autour du consentement entraînent de profondes mutations dans l’industrie de l’audiovisuel. Micro tendu à deux nouveaux métiers créés en conséquence, les éco-référents et les coordinateurs d’intimité s’expriment à l’occasion d’une conférence organisée par la CST sur Paris Images 2023.

Publié le 18/09/2023

 

Environnement. Consentement. Deux mots incarnant à eux seuls la plupart des problématiques actuelles de l’industrie du tournage. Le CNC a décidé de répondre à chacune d’elles… En ce qui concerne l’écologie, depuis le 31 mars 2023, chaque producteur doit présenter un bilan carbone de ses œuvres au moment de la demande d’aides. Et, pour prévenir le harcèlement sexuel lors des tournages, le Centre National a mis en place des formations obligatoires ainsi qu’un kit de prévention. Dans la continuité de ces initiatives, de nouveaux métiers apparaissent…

 

Éco-référent, qu’est-ce que c’est ?

En parallèle de son métier sur le plateau, l’éco-référent doit veiller à la préservation des endroits de tournages et réfléchir aux options susceptibles de faire baisser le bilan carbone. Des activités faciles à résumer mais difficiles à mettre en pratique ! Etienne Labroue, réalisateur et éco-référent, le rappelle : « Une conviction personnelle ne suffit pas. Nous devons tous apprendre à faire le deuil d’une manière de travailler qu’on ne peut plus avoir. En tant qu’éco-référent, il faut réussir à embarquer les gens avec nous, leur montrer les bons gestes. »

Alexis Giraudeau, régisseur général et éco-référent. © DR

Fédérer autour des valeurs écologiques toute une équipe est une première étape, mais insuffisante selon Alexis Giraudeau, régisseur général et éco-référent. « Le tournage c’est le temps court, la préparation c’est le temps long. Être écologique ça se réfléchit dès le départ. Plus on s’y prend tôt, plus les résultats sont bons. »

Penser aux impacts écologiques en amont est donc la clé de voûte pour un bilan carbone maîtrisé. Cela peut se faire de plusieurs manières, de caster à domicile pour éviter le déplacement des équipes, à baliser les zones de tournages dans la nature pour éviter les piétinements qui favorisent l’érosion des sols.

Alexis Giraudeau insiste aussi sur la prise de contact avec les partenaires locaux. « Nous ne pouvons pas tout savoir, alors il faut contacter ceux qui savent : Île-de-France Nature, Films Paris Region, etc. Ils peuvent nous renseigner sur les zones à risques pour la faune et la flore et nous conseiller sur les bonnes attitudes à adopter. »

Là où certains pourraient voir une accumulation de contraintes, le régisseur membre de l’AFR (l’Association française des régisseurs) y voit un bénéfice à tous les niveaux. « N’oublions pas que dans la plupart des cas, si on baisse le bilan carbone, on baisse le coût total d’un film. »

 

La création d’une formation écoresponsabilité

Face à la crise environnementale, la CST, Ecoprod et l’INA ont décidé d’agir. Après quatre ans de réflexion, une « formation écoresponsabilité » a été mise en place. Ce programme d’une durée de cinq jours à trois semaines s’adapte à différents corps de métiers : régie, décoration, gestion de production. À l’issue, les volontaires reçoivent une certification délivrée par le CPNEF et obtiennent le statut d’« éco-référent ».

Une formation efficace et connectée à la réalité des tournages puisqu’elle a été conçue en tandem avec des professionnels du secteur. « J’étais la personne ressource pour que cette formation prenne véritablement en compte les problématiques de terrain », raconte Alexis Giraudeau. « Après, pour dérouler toute la partie production, postproduction, finition, nous avons consulté différents intervenants. »

Un travail payant puisque la formation a su attirer des profils divers dès son ouverture en novembre 2022. Etienne Labroue l’affirme : « On s’inscrit car nous sommes en quête de sens, et c’est ce qu’on y trouve. »

 

Coordinateur d’intimité, métier venu d’Outre-Atlantique

Monia Ait El Hadj, seule coordinatrice d’intimité pour le moment en France © DR

Autre nouveau métier présenté pendant cette conférence du Paris Images : la coordinatrice d’intimité. Pour l’instant, ce titre se genre souvent au féminin pour la bonne raison qu’en France, nous n’en connaissons qu’une : Monia Ait El Hadj ! Son but : coacher et diriger les acteurs pendant les scènes d’intimité. Ses missions sont donc différentes d’un autre statut émergent, l’administrateur référent VSS (Violence Sexiste Sexuelle) qui doit accompagner les personnes victimes lors des tournages.

La fonction de coordinateur d’intimité, très répandue aux États-Unis, n’en est qu’à ses débuts sur notre territoire. Pour cause, « les metteurs en scène pensent que nous allons censurer leur créativité. C’est tout le contraire. Notre objectif est de faciliter l’expression artistique par le corps mais tout en restant professionnel », affirme Monia Ait El Hadj.

Outre ce coaching, Monia Ait El Hadj s’assure du consentement des comédiens mais aussi de celui de l’ensemble de l’équipe technique présente au moment des scènes. Un métier qui demande donc dialogue et pédagogie. « Comme nous faisons de la sensibilisation aux sujets liés aux VSS nous sommes parfois confondus avec les administrateurs-référents. Cependant, il faut garder à l’esprit que les coordinateurs d’intimité ne peuvent pas être ces administrateurs car nous ne sommes présents que quelques jours, le temps du tournage des scènes en question », met en garde Monia Ait El Hadj.

 

À quand la formation et la certification ?

Pour faire ce métier, Monia Ait El Hadj a suivi une formation aux États-Unis où il est assez répandu. « Il n’y a pas de formations ou de certifications en France, ce qui est un véritable problème. Comme tout nouveau métier, nous attirons beaucoup. Alors nous nous retrouvons avec plusieurs personnes qui s’autoproclament “coordinateur d’intimité” mais qui n’en ont aucunement les compétences », souligne la coordinatrice.

Une situation à laquelle Ségolène Dupont, déléguée de la CPNEF compte bien remédier. Elle annonce donc que des discussions autour de ce nouveau statut débuteront courant avril 2023. Une réflexion qui aboutira peut-être à la création de formations et de certifications…

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #51, p. 84-85

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