Les différents systèmes de prise de vue offrent désormais la possibilité d’assurer des plans stables en toute fiabilité dont il serait dommage de se priver quand on voit la plus-value que ces points de vue apportent aux films de tous types. Nous allons tenter une comparaison objective des performances des uns et des autres pour vous aider à choisir l’engin le plus adapté à votre tournage.
Image
Le marché du drone est aujourd’hui sous un quasi-monopole de DJI. En conséquence, les images tournées avec ces appareils se ressemblent toutes un peu. Elles sont faites avec des focales fixes, du fait des variations difficiles à gérer en raison de l’équilibrage qu’il faudrait compenser. Les qualités visuelles des optiques ne cessent de s’améliorer au fil des versions – surtout depuis que la société chinoise a racheté Hasselblad – et le rapport qualité/prix de ces appareils est plus que satisfaisant. Les FPV sont, quant à eux, souvent équipés de GoPro démontées, aux images très vite identifiables mais correspondant bien à l’effet recherché.
Dans les boules gyrostabilisées, fixées sous un hélicoptère (Cineflex, GSS, Shotover), on bénéficie d’un plus grand choix de caméras et d’optiques intégrables pour s’adapter au sujet à filmer. L’opérateur peut zoomer pendant la prise et profite d’une plus grande liberté de cadrage.
Vol
Les volumes d’évolution d’un hélicoptère et d’un drone sont incomparables, d’autant plus que la législation restreint les capacités de ces derniers, de même que leur survol des personnes. Du fait de ses dimensions, un hélicoptère ne peut voler que dans des espaces vastes et découverts, alors qu’un drone peut avancer dans des lieux très réduits, sous des arbres, pénétrer dans un bâtiment, etc. Les plus petits FPV ont une envergure d’une dizaine de centimètres seulement, ce qui les autorise à se faufiler dans des trous de souris pour créer des déambulations immersives et de nouveaux points de vue. Ils sont notamment faits pour filmer les intérieurs.
Un Inspire 2 en mode sport atteint les 100 km/h, quand un hélicoptère vole en vitesse de croisière à 220 km/h avec des pointes à presque 300 km/h. En revanche, un FPV a une accélération phénoménale : il peut passer de 0 à 100km/h en quelques secondes grâce à la capacité de décharge du lithium dont l’inertie est moins importante que celle d’un moteur thermique.
L’autonomie d’un FPV est de quelques minutes. Celle d’un drone DJI atteint les trente minutes en milieu tempéré, associé à une conduite souple, mais pour des vols dynamiques ce temps d’autonomie réduit de moitié. Les batteries sont sensibles au froid et doivent en être protégées (en les stockant dans des glacières remplies de bouillotes par exemple) pour pouvoir délivrer leur potentiel. Si on souhaite tourner longtemps, il faut donc multiplier les batteries et les recharger en continu avec une génératrice et, bien sûr, interrompre le vol régulièrement pour les permuter.
Un hélicoptère peut tenir jusqu’à trois heures sur un plein de quatre cents litres de kérosène. Je me rappelle d’un pilote canadien qui posait un patin sur un bloc pour pencher la machine afin de remplir le réservoir au maximum et ainsi, tenir le plus longtemps possible sans devoir remettre du carburant.
L’altitude maximale est similaire entre les deux, autour de 6 000-7 000 mètres. Un B3 allégé a réussi l’exploit de se poser au sommet de l’Everest (à 8 848 mètres), mais plus on monte en altitude, plus la portance de l’air est réduite, obligeant donc le plus souvent les machines à rester à des hauteurs plus modestes. Pour les drones, la limite est davantage liée à la lenteur de la redescente, contrainte par l’autonomie, qu’à des difficultés de vol.
Un hélicoptère génère un fort souffle qui le maintient à distance du sujet et qui est très bruyant. Pour les séquences dans lesquelles le son est important, comme en fiction, le drone est plus approprié.
Les drones peuvent voler au ras du sol, proposer des suivis et des plans dans lesquels les éléments se détachent les uns par rapport aux autres ou effectuer des entrées et sorties de champ aussi propres que celles d’une grue. Les hélicos peuvent accomplir des mouvements complexes. En effet, il leur est plus facile d’anticiper ce types de manœuvres car le pilote et le cadreur sont dans l’habitacle et perçoivent tout ce qui se passe autour d’eux, sans passer par un retour vidéo. Les plans effectués par l’un et par l’autre sont donc différents.
Fiabilité
A leurs débuts, les drones, qui étaient le fruit de bricoleurs adeptes d’aéromodélisme, étaient peu fiables. Il était fréquent de les voir chuter, voire ne pas décoller du tout, et leurs autonomies limitaient les possibilités de vol. Ils ont grandement progressé et su gagner la confiance de toutes les productions. Les meilleurs opérateurs sont mobiles et rapides à se mettre en place, pouvant ainsi multiplier les vues avec aisance et sureté.
Le Mavic Pro 2 est donné pour pouvoir voler avec un vent atteignant 35 km/h, mais il peut affronter des rafales allant jusqu’à 60 km/h. C’est alors au pilote de gérer sa trajectoire et de profiter des accalmies pour le rapatrier, en gardant un œil sur un anémomètre et l’autre sur la charge des batteries. Dans la tempête, un hélicoptère reste une entité autonome complète et demeure donc plus efficace. Il est recommandé de ne pas voler par plus de cinquante nœuds, soit 92 km/h. Une couche nuageuse peut être embêtante, mais la pluie ou même l’orage lui posent peu de soucis. Hélico et drone peuvent avoir des problèmes lorsque les températures sont basses. Le risque de gel sur les pales est important. Pour l’éviter, il faut les asperger d’antigel avant le décollage.
Quand le sujet est exceptionnel et qu’il est impératif d’en faire des images, le plus prudent est de faire appel à un hélicoptère. En effet, il est rare qu’il ne puisse pas voler. De plus, il le fait en bonne sécurité car le pilote voit ce qui se passe autour de lui. Un crash de drone est vite arrivé et peut signifier aussi une perte des médias, même si les conséquences restent bien moins dramatiques dans la mesure où il n’est pas habité.
Live
Aujourd’hui, il est fréquent d’utiliser le signal fourni par la caméra d’un système gyrostabilisé sur un hélicoptère ou par un drone dans un live. Pour ce dernier, il s’agit de récupérer le retour de la télécommande ou directement l’image de la caméra dans le cas des systèmes captifs. Dans ce cas, l’aéronef est relié par un filin qui assure l’alimentation électrique et le transport de la vidéo, contraignant forcément l’appareil à quelques courts déplacements.
Pour l’essentiel des situations, la transmission du signal se fait par une liaison HF. Dans le cas de l’hélicoptère, celle-ci est généralement assez facile car il vole en hauteur, donc à vue du récepteur, en limitant les risques de coupure de flux par un obstacle. Le technicien HF prend souvent place à bord de la machine pour ajuster les réglages en temps réel et ainsi garantir un signal optimum jusqu’à la régie. Du fait de son autonomie de plusieurs heures, il peut assurer des programmes longs sans interruption.
L’intégration d’un drone dans un live demande plus de préparation et d’attention sur le placement des éléments car il faut combiner les signaux allant de la camera à la télécommande puis de celle-ci à la régie. L’engin ne doit pas couper le signal dans sa trajectoire, sans quoi la liaison drone-télécommande pourrait être brouillée par la HF ou inversement. Comme l’autonomie est courte, le pilote doit garder un contact permanent avec le réalisateur pour l’avertir des changements de batteries.
Prix
Le marché du drone évolue continuellement à la baisse, avec des équipements de moins en moins chers qui sont rapidement remboursés, malgré des prestations facturées à des tarifs de plus en plus légers. C’est notamment le cas pour les mono-commandes qui se sont imposées sur tous les types de production.
Le prix d’une prestation d’hélicoptère, en revanche, n’évolue pas car les coûts de la machine et de sa maintenance sont fixés par le fabricant et ne sont pas compressibles. On compte au minimum 4500 € HT pour la prise de vue et 1 500 € HT par heure de vol. Cela revient en moyenne au double d’une prestation de drone double-commande de type Inspire et est quatre fois plus cher qu’une prestation mono-commande avec un Mavic.
Le drone est donc particulièrement intéressant pour les productions légères qui n’auraient pas eu d’images aériennes autrement, mais il n’est pas toujours plus économique que l’hélicoptère, dans la mesure où il faut multiplier les engins et/ou les jours de tournage pour couvrir une zone équivalente. Avec l’hélicoptère, on paie aussi la garantie de ramener des images, qui peut être primordiale pour un set-up très compliqué à mettre en place. Le calcul est donc à faire en fonction du sujet à filmer.
On le voit, chaque système a ses avantages, ses inconvénients et sera plus ou moins adapté à une configuration de tournage qu’à une autre. Un drone ne peut pas remplacer un hélico et un hélico ne peut pas faire ce que fait un drone : leurs images sont différentes. Plus que concurrents, ils sont complémentaires. Plutôt que de devoir choisir entre drone et hélico, l’idéal ne serait-il pas, peut-être, de s’offrir les deux ?
Et le bilan carbone ?
L’attention du grand public aime pointer du doigt l’hélicoptère, symbole de la consommation d’énergie fossile par excellence. Il est vrai qu’à 100-180 litres de kérosène à l’heure pour un monoturbine, la consommation est loin d’être insignifiante. Il est toutefois difficile de comparer ses vertus écologiques avec celles d’un drone, alimenté par quantité de batteries au Lithium Polymère dont l’extraction et le recyclage ont un impact lui aussi certain sur l’environnement.
L’anecdote de Mikko Paillot, opérateur de système gyrostabilisé
Pour des émissions comme Des racines et des ailes ou Faut pas rêver, il faut couvrir une grande surface en peu de temps, en profitant de la meilleure fenêtre météo. L’hélicoptère permet de filmer trente sites sur toute une région en une seule journée, là où il faudrait plusieurs jours, voire des semaines, à une équipe de dronistes.
L’anecdote d’Evert Cloetens, opérateur de système gyrostabilisé
Sur les vingt-quatre heures de Nürburgring, en Allemagne, l’hélicoptère suivait la tête de la course automobile, ce que n’aurait pas pu faire un drone qui vole plus doucement. Mais, dans les virages, étaient placés des drones faisant de légers mouvements de type grue. Ils étaient reliés par filin pour pouvoir être alimentés en continu et transmettre un signal propre à la régie. Les deux étaient donc complémentaires.
L’anecdote de Cyril Neri de VisionAir, droniste
Pour filmer l’Xtreme de Verbier, la compétition de freeride, l’équipe de dronistes doit rejoindre à skis un replat au milieu de la face ultra raide et y faire héliporter le matériel : drones, sacs HF, multitude de batteries dans des glacières thermisées… Une grosse installation qui nécessite une expertise montagne pour l’équipe, celle-ci devant être au plus près du sujet pour effectuer des plans au ras de la neige et rendre compte de l’engagement des athlètes, tout en cohabitant en toute sécurité avec l’hélicoptère.
L’anecdote d’Alan Graignic de Tiltop films, droniste
Lors de la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques d’hiver de Pyeongchang, en Corée du Sud en 2018, les hélicos avaient du mal à décoller à cause d’une couche de nuages de basse altitude, alors que les drones ont pu voler et assurer les plans aériens faits d’élévations simples, avec des perspectives peut-être plus réalistes, car filmés de près avec des focales courtes.
L’exemple d’une compétition de freeride
Je réalise les live de compétitions de freeride dans lesquelles des skieurs et snowboardeurs dévalent des montagnes en choisissant leur itinéraire pour sauter des barres rocheuses ou emprunter un couloir raide. En plus des longues focales, il est impératif d’avoir un point de vue aérien pour retranscrire ces actions. La question de l’appareil se pose donc systématiquement.
Un hélicoptère a l’énorme avantage de pouvoir suivre les athlètes sur toute la face, grâce à sa vitesse et son autonomie. C’est fascinant de voir le pilote faire descendre sa machine en tire-bouchon pour perdre de l’altitude au plus vite et laisser à l’opérateur la possibilité d’assurer les images continues du « run ». Si les deux sont bons, le plan est exploitable dans sa quasi-totalité et pendant plusieurs heures, ce qui est très appréciable dans un live.
Le drone offre des points de vue plus proches du sol. Ceux-ci donnent une meilleure impression de raideur et de vitesse car les plans défilent les uns par rapport aux autres, là où l’hélico pourrait les écraser un peu du fait de la longue focale en plongée. En revanche, leurs autonomie et vitesse de déplacement étant limitées, il faut donc répartir sur la face plusieurs drones qui se relaient pour suivre l’action. On peut exploiter l’image pour rendre compte d’une section mais pas d’une descente entière.
Un FPV peut proposer des vues sensationnelles et certaines télécommandes peuvent transmettre un signal à une régie. Un suivi de rider rend bien l’impression de vitesse, mais la compréhension globale de la descente est difficile pour le spectateur. Ce type d’images est plutôt à privilégier pour les replays et pour les highlights montés a posteriori.
Les trois sont donc complémentaires ; l’idéal est de les combiner. Dans ce cas, il faut bien anticiper les trajectoires entre l’hélicoptère et les drones contenus dans des couloirs aériens très précis, pour ne pas mettre en danger l’équipage de la machine.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #39, p. 18-21. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.
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