Depuis 2009, Ecoprod accompagne les productions vers l’écoresponsabilité à l’aide d’études, d’outils de calculs carbone et de fiches pratiques. Constituée en association fin 2021, elle enchaîne les actions pour des productions cinématographiques et audiovisuelles écoresponsables. Tandis que cette thématique prend de l’importance – notamment grâce à l’obligation de présenter un bilan carbone au CNC – Ecoprod accélère le mouvement.
Vous faites partie des lauréats de la Grande Fabrique de l’Image. Quel projet avez-vous présenté ?

Pervenche Beurier : Depuis longtemps, Ecoprod propose des formations à l’écoresponsabilité, à destination des professionnels ou des étudiants. Pour la Grande Fabrique de l’Image, nous avons voulu renforcer cette action indispensable en créant des modules qui peuvent s’adapter et s’intégrer aux formations des différents métiers de l’audiovisuel. Au total, une vingtaine de formations sont en cours de création, avec des modules conçus spécifiquement pour la postproduction, les VFX, la déco, la réalisation, le scénario…
Pour y parvenir nous avons établi des partenariats avec des écoles, parmi lesquels ARTFX, La Fémis ou encore Kourtrajmé, mais aussi des institutions de formation continue comme l’Ina. L’idée est que ces écoles fassent office de pilote pour essayer les modules, les adapter au besoin au cours de l’année 2024. Puis à la rentrée 2024, ces formations seront disponibles pour tous les organismes qui en feront la demande. Une plate-forme en ligne permettra aussi la mise en réseau des alumni, des formateurs et la mise à disposition de ressources pédagogiques régulièrement mises à jour.
Nous développerons aussi des formations plus larges notamment celle dédiée à l’éco-management. À terme, nous voudrions même faire reconnaître le métier d’éco-manager qui serait un professionnel dédié à la bonne tenue des pratiques écologiques tout au long de la création d’une œuvre, à la différence d’un éco-référent qui doit souvent cumuler son poste et son rôle de référent.
Lors du Festival d’Animation d’Annecy, vous avez présenté le Guide de l’Animation écoresponsable…
C’est un projet qui nous paraissait aussi logique que nécessaire. Parmi nos 300 adhérents, nous avons une trentaine de studios ou sociétés d’animation, nous voulions donc les conseiller au mieux. De plus, nous avons su que l’association Cartouch’ Verte voulait aussi lancer un guide sur l’écoresponsabilité dans l’animation, alors tout naturellement, nous avons travaillé ensemble.
Nous avons consulté nos adhérents pour comprendre leurs besoins, savoir comment structurer le guide. Nous avons alors compris qu’il fallait voir bien plus large que l’impact de la conception de l’animation mais aussi penser aux émissions carbone des bâtiments, des studios… En cela, le guide ne concerne pas que l’animation. Résultat, il est assez épais et se compose de plusieurs fiches pratiques en fonction de chaque problématique. Clair et pédagogique, il a été très bien accueilli ; toutefois, il ne s’agit pas d’une version figée. Il est appelé à évoluer avec les pratiques.
Depuis juin, vous avez également présenté Le Guide du Tournage en milieux naturels…
C’est un guide qui manquait à notre panoplie ! L’idée était d’apporter des connaissances scientifiques en lien avec les territoires. Nous avons coopéré étroitement avec Audiens et l’IFFCAM, et avons eu aussi plusieurs relecteurs comme l’Office Français de la Biodiversité ou la Ligue de protection des oiseaux.
Au final, ce guide aborde largement les enjeux de la biodiversité notamment au travers dix fiches pratiques en fonction des différents types de pollutions (pollutions sonores, de l’air, impacts liés au piétinement…). Nous évoquons diverses solutions telles qu’utiliser des générateurs silencieux au lieu des groupes électro pour ne pas gêner la faune, éviter de tourner pendant les périodes de reproduction… En résumé, nous voulons faire comprendre que lorsqu’il s’agit d’un tournage en extérieur, il n’y a pas que la météo qui compte !
Le CNC demande à présent des bilans carbone pour les productions. Votre calculateur, le Carbon’ Clap a été homologué par le CNC en mars dernier…
Le Carbon Clap existe depuis 2012, et a été amélioré au fil du temps avec notamment une refonte en 2022. Il sert bien sûr à estimer l’impact carbone d’une œuvre, mais c’est aussi un outil de sensibilisation en montrant de façon assez pragmatique les différents impacts d’un tournage. Via la même plate-forme, la production peut effectuer le bilan prévisionnel et le bilan final et comparer les résultats.
Aujourd’hui, nous avons 1 700 comptes utilisateurs et 2 200 bilans ont été effectués depuis l’homologation du CNC en mars 2023. Les retours sont très positifs.
Le Prix Ecoprod est aussi une manière de sensibiliser à l’écoproduction…
L’intérêt de ce prix qui existe depuis deux ans, est de montrer qu’il est possible d’avoir un film présenté à Cannes et pour lequel les enjeux environnementaux ont été pris en compte. Chaque film, de la Sélection Officielle ou d’une sélection parallèle, peut concourir à ce prix en remettant un dossier qui détaille ses pratiques. Cette année nous en avons remis deux : un pour Acide de Just Philippot et un autre pour La Chimera d’Alice Rohrwacher. Toutefois nous n’avons reçu que onze candidatures, contre dix l’année précédente. Ce ne sont pas exactement les chiffres que nous attendions et nous nous rendons compte qu’il y a encore beaucoup de travail à faire… Mais il faut rester positif ! Nous constatons tout de même une vraie prise de conscience de la part des professionnels et notre association le prouve. Depuis que nous sommes devenus une association, 300 structures nous ont rejoint et elles sont très actives dans nos nombreux groupes de travail.
D’autres actualités à venir pour Ecoprod ?
Nous avons une grosse actualité autour du label Ecoprod. Plusieurs structures avaient réclamé un référentiel commun d’écoproduction, et c’est ce que nous avons lancé en décembre dernier aux Assises de l’Écoproduction. Ce label s’appuie sur une grille de critères pondérés très compréhensibles pour toute personne travaillant dans l’audiovisuel. À partir de cette grille, il est possible d’établir l’éco-score de son film. Ensuite, après un audit effectué par Afnor Certification, la production peut obtenir le label. Nous finalisons cet été le système d’audit des critères avec des tests sur quelques programmes dont la série Un si grand soleil et en septembre, Afnor certification pourra décerner les premiers labels.
En parallèle, nous entamons une étude sur les impacts de l’écoproduction avec l’aide de l’IRCAV (Sorbonne Nouvelle), de l’Université Paris Cité, de l’ESC Clermont ou encore de l’ADEME. Le but est de penser l’écoproduction dans sa globalité. Cette étude se fait donc selon trois axes pour déterminer les impacts des démarches d’écoproduction en termes financiers (surcoûts ou économies), organisationnels (équipes, temps de tournage, etc.) et environnementaux (un bon geste peut-il avoir un effet négatif sur le long terme ou sur un autre maillon de la chaîne ?)
Nous présenterons une partie de nos résultats lors des Assises de l’Écoproduction le 12 décembre à Paris. Rendez-vous là-bas !
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #53, p. 108-109