Lancé avec succès en 2023, le label Ecoprod a pour but d’encourager l’industrie de la production dans sa transition écologique et déjà près d’une trentaine de productions ont déjà été labellisées. Créée en 2009 sous la forme d’un collectif, Ecoprod opère avec un statut d’association depuis 2021. Celle-ci ne propose pas qu’un label, mais développe tout un accompagnement pour guider les acteurs de la filière dans une démarche d’écoresponsabilité avec des études, ses outils de calculs carbone et des fiches pratiques.
Plus de 350 sociétés ont rejoint l’association dont des géants comme Canal+, France Télévisions ou le groupe TF1, et Ecoprod étoffe chaque jour ses actions à l’attention d’organisations de toutes tailles. Quant aux productions labellisées, elles incarnent des formats très variés, allant de simples publicités pour l’ADEME et LG, jusqu’à la très populaire émission Top Chef sur M6 ou le feuilleton quotidien Un si grand soleil, diffusé sur France 2.

Un système de points basé sur un référentiel d’éco-critères
Le label Ecoprod, qui concerne des productions et non des sociétés, peut être délivré à tous types de productions cinématographiques et audiovisuelles (films, séries, documentaires, programmes de flux, publicités…). Il se base sur un référentiel commun de 80 éco-critères qui permet de calculer un « score d’écoproduction ». Contrairement au bilan carbone, plus le nombre de points obtenu est élevé, plus l’œuvre est jugée comme écoresponsable. Pour qu’une production soit labellisée, au moins 65 % des éco-critères doivent être validés, avec preuves à l’appui.
« Les critères du Label Ecoprod évaluent les impacts d’une production du scénario jusqu’à la postproduction. Le calcul du score d’écoproduction s’opère en passant en revue les différents postes professionnels impliqués dans un projet audiovisuel : il y a l’éditorial, les bureaux de production, la régie, les décors, les costumes, le maquillage… Des critères plus spécifiques sont également pris en compte tels que le recrutement d’une personne en charge de l’écoproduction, d’éventuelles clauses avec des obligations dans les contrats… », explique Alissa Aubenque, directrice des opérations chez Ecoprod. Concrètement, les critères pris en compte portent, par exemple, sur l’achat de produits de seconde main, leur utilisation après le tournage, l’utilisation de produits recyclés…

Chaque critère permet d’obtenir entre un et cinq points. Certains permettent d’obtenir des points bonus et ne font donc pas baisser le score s’ils ne sont pas validés, mais d’autres appliquent des points malus, notamment ceux qui concernent le nombre de vols longs et courts courriers utilisés par la production.
De plus, il existe huit critères impératifs à respecter et non négociables, même si l’on atteint les 65 %… Parmi ces derniers l’utilisation d’un jet privé, même une seule fois, est considérée comme rédhibitoire pour être labellisé. Alissa Aubenque développe : « Certains critères incarnent la base de l’écoproduction : la présence d’un éco-référent, que ce soit à plein temps ou pas, le fait d’avoir un plan d’action bas carbone, mettre en place le tri des déchets… Et, pour la cantine, proposer une alternative végétarienne tous les jours et limiter la viande rouge à une fois par semaine. »
La grille complète du référentiel d’éco-critères est libre d’accès et consultable sur https://certification.afnor.org/environnement/label-ecoprod-pour-oeuvre-audiovisuelle.

Le schéma de labellisation d’Afnor
Le label Ecoprod est délivré par Afnor Certification, une société qui délivre des certifications sur audit ou évaluation après un examen du dossier et sous réserve du respect du protocole suivant :
- mettre en place sa démarche Ecoprod en suivant le référentiel dès le début de la production, en s’assurant de bien respecter les huit critères impératifs ;
- calculer son score d’écoproduction en suivant toujours le même référentiel. Si celui-ci est supérieur ou égal à 65 %, la production est éligible à la labellisation Ecoprod ;
- transmettre tous ses justificatifs à Afnor Certification pour faire auditer la production.
Une fois le label délivré par Afnor, un logo est attribué à la production en fonction de son score. Celui-ci peut être affiché sur tous les génériques et supports de communication. Il existe trois logos différents : un logo à une étoile pour les scores entre 65 et 76 %, un logo à deux étoiles pour les scores entre 76 et 88 %, et un logo à trois étoiles pour les scores supérieurs 88 %.
Si ces quatre étapes font partie du socle obligatoire de « labellisation performance », il existe également une étape préalable optionnelle avec une vérification des critères impératifs et une revue descriptive préliminaire de la grille de référentiel Ecoprod. Cette étape préalable donne droit à un niveau « en engagement » qui permet de communiquer et valoriser cette démarche écoresponsable dès les débuts de la production.

Un investissement certain mais utile !
Le tarif de base de la labellisation Ecoprod est déterminé en fonction de la durée de tournage. Si celle-ci est inférieure à quatre semaines, le tarif est fixé à 850 euros, avec 50 euros de droits d’usage de la marque, et l’audit se faisant sur dossier.
Pour les tournages durant entre quatre et huit semaines, le coût de labellisation est à 1 275 euros, avec 75 euros de droits d’usage de la marque et l’audit pouvant se faire soit sur dossier, soit sur site. Enfin, pour les tournages de plus de huit semaines, le tarif est de 1 700 euros avec 100 euros de droits d’usage de la marque, et l’audit se fait obligatoirement sur site.
Si ces tarifs représentent un investissement conséquent, cette labellisation apporte bien des avantages aux productions qui en bénéficient. Elle facilite notamment l’obtention des aides financières soumises à des clauses d’éco-conditionnalité, elle renforce la cohésion des équipes impliquées qui sont heureuses de travailler dans un environnement vertueux. Elle peut aussi favoriser les collaborations avec la plupart des grands acteurs de l’audiovisuel, tels que France Télévisions, TF1, M6 et tant d’autres qui ont déjà entamé leur transition vers de nouveaux modes de production plus responsables…
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #56, pp 62-63